L’ombre de l’escargot

 

 

L’escargot attend le retour du printemps

Il est sorti de sa coquille – on voit croître ses ailes

Le vol des oiseaux est si beau qu’il fait pleurer les arbres

Là-haut un nuage réfléchit à propos du sens de la vie – tous ses enfants se taisent

Il y a des averses en perspective

Le vent sur une chaise à bascule hésite entre deux itinéraires

Et les volcans mûrissent – le vin remonte vers sa source

Les châteaux charment le paysage en battant des paupières

La présure caille le lait dans le flanc des montagnes

On tourne à l’angle des aurores dont se replient les éventails

Au moindre bruit la treille des étoiles visibles tremble et la nuit se fend comme un livre

Alors les navires commencent à bondir sur la plaine

Et de toutes les rives accourent des animaux autrefois cachés certains en robe de chambre

Tandis qu’au pied des falaises les grottes sont réquisitionnées par les maîtres-queux

Déjà l’odeur de friture attire les météores

Le train passe en sifflant – aux portières de ses wagons fleuris

Se penchent des filles dont la chevelure rousse crache des étincelles

 

Je reconnais dans chaque rue l’ancienne derrière les nouvelles façades

La boucherie devenue, par la grâce des époques, un restaurant « brunch, after, new » quelque chose entre quatre tables modernes

Les hommes et les femmes façon Marais exporté, coupes froides et grises, attablés sans appétit devant une carte amaigrissante

Comment pourrais-je aimer ce nouveau sexe si distant et polycopié ?

Je reconnais dans chaque espèce l’ancienne qui se ravine

Les ombres debout

Les ombres couchées

Le si peu d’amour entre nous qui chaussons du temps qui passe de la parole au vaniteux

Je m’affuble d’une jeunesse dépouillée

Groggy

Chaque devanture me renvoie le sourire tendre d’un passé moléculaire

Seule une sérénade lancinante me tient sur le fil du vivant

Dont il n’est pas certain qu’il soit bien tendu…

 

La lune avait écrit au repli d’un nuage

La partition ambrée qu’elle voulait offrir

Aux fenêtres ouvertes quand le sommeil s’enfuit

Aux yeux cherchant de l’ombre pour effacer l’éclair

Brûlant tous les reflets et ne laissant que cendre

Au miroir oublié dans la main déjà froide

Avant que le soleil

Ne fasse étinceler les notes les plus noires

Gronder quelques soupirs

La musique s’est noyée dans un regard livide

 

Tous les trains sont partis

Mais on peut voir encore leurs couleurs

Surtout si l’on a chaussé ces belles bottes en caoutchouc

Qui sautent en chœur dans les flaques

Les gros nuages blancs que l’on regarde du bon œil

Le vert

Montrent d’un sourire qu’ils aiment les rires

Alors on laisse les portes ouvertes

Pour que le vent bien installé se repose

Et on achète un billet en gare

Destination demain

 

Dans les wagons ou sur le quai :

Élisa-R, 4Z2A84, Phoenixs et Eclaircie.

7 réponses sur “L’ombre de l’escargot”

  1. Éclaircie dit :

    Nous avons devancé demain, grâce au vol de l’escargot et son ombre debout sous le regard de la lune riant avec les (ou des) nuages.

  2. Elisa-R dit :

    J’adore vous lire !

  3. Elisa-R dit :

    Et écrire avec vous.

  4. phoenixs dit :

    Quel voyage ! Quel voyage !

  5. phoenixs dit :

    Vive les animaux en robe de chambre et bottes en caoutchouc qui sautent dans les flaques d’un livre tout en couleur 😉

  6. 4Z2A84 dit :

    Entre
    le tendre sourire d’un passé moléculaire
    le miroir oublié dans la main déjà froide
    les éventails des aurores
    et les portes ouvertes pour que le vent bien installé se repose,
    mon cœur balance…

  7. Heliomel dit :

    un train de sénateur pour cet escargot qui doit transpirer même à l’ombre des fenêtres ouvertes.

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