POEME A PLUSIEURS VOIX

MARGUERITE HORS DU PUITS

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Un train dans la gorge et le monde dans une poche, Marguerite dodeline tant et si bien que tous pourraient la comprendre.

Elle est la femme élastique qui, de sa démarche souple et musicale  – une fanfare vit dans l’autre  poche – visite nos rêves chaque nuit.

Marguerite retrouve les clés égarées, les chaussettes orphelines et les poèmes inachevés. Elle efface les nuages trop gris et les songes trop sombres.

Elle est la concierge inattendue  –  parfois distraite  –  chargée de chasser cauchemars et souvenirs désagréables, sorcières et pluies d’orage.

Tandis que nous dormons, Marguerite veille.

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Un petit bateau en papier

Le long d’une rigole dans laquelle

Court une eau de vaisselle

Il ne s’échoue pas il navigue

Avec sa passagère la vie

Une passagère encombrante

On ne compte plus ses jupons

Elle les collectionne

Comme d’autres les accidents

Mais elle évite tout danger

En leur faisant jouer le rôle de voiles

Dont on ne vantera jamais assez les mérites

Quand le vent se lève et chasse

Les relents des rots de l’égout

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C’est  une heure entre chien et chat

Lapin fait sortir le loup du bois

La méditerranée a des plis amers

Au coin des bouches de Bonifacio

 

Entre Bir-Hakeim et Dupleix

Le métro se la joue genre Roland Garros

Faut que je fasse mes racines dit la taupe

Pas impressionnée du tout

 

La boite à outils est prête, on y trouve

Un marteau à bomber le torse

Des pinces sans rire

Une perceuse à secrets

 

Un niveau de vie

Un grugeoir pour chevilles ouvrières

Un rabot  à niches fiscales

Des clous qui ressemblent à des tours de vis

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Depuis que nous avons franchi le cap de Désespérance nous quantifions très précisément quatre cent décès par noyade.

Les femmes et les enfants sans corolles

Puis les hommes sans élytres

Ne me demandez pas comment cela est arrivé

Le capitaine et moi naviguions à vue depuis quelque temps dans un épais brouillard, nous n’avons rien vu venir

Quelqu’un a entendu des cris

Quelqu’un d’autre s’est bouché les oreilles

Nous avons senti des ombres, des souffles affolés, le capitaine a bien tenté d’en retenir quelques-unes, mais vous savez ce que c’est…

Les pages tournent, les bouées se dégonflent, les bouteilles se vident

Les messages perdent l’encre

Non, vous ne savez pas ?

Alors, il est inutile que je poursuive ce récif…

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L’eau
prisonnière au fond du puits

Rejoint l’océan
guidée par le souffle du vent

Pour s’étaler
se dissoudre dans cette liberté nouvelle

Peu lui
importe qu’elle se noie au bout du voyage

 

Je suis le
puits et l’eau

Vous êtes
l’éclair, le souffle et l’océan.

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Ont entouré Marguerite

Eclaircie ;

Elisa R ;

Héliomel ;

Phoenixs ;

et moi-même.

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4 réponses sur “POEME A PLUSIEURS VOIX”

  1. 4Z2A84 dit :

    L’air du large nous porte. On ne rêve pas : on est rêvé.

  2. phoenixs dit :

    C’est une  » Marguerite  » non effeuillée que l’on prend plaisir à laisser dans le vaste ciel de l’intouché…

  3. Elisa-R dit :

    Il me semble parfois que la vie prend naissance ici…

    PS : 4Z et Phoenixs , j’aime aussi beaucoup vos commentaires !

  4. heliomel dit :

    Marguerite regarde passer les les trains, les bateaux, les lapins et rêve de porter des élytres, c’est normal, on rêve tous de ce qu’on a pas.

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