Un poème de Jehan Mayoux

Un poème de Jehan Mayoux

 

« FATRASIE

Madame Orlon sur son divan

Tricotait du fromage bleu

Son époux accablé dormait

Les pieds au mur la tête au large

La porte chauve du salon

S’ouvrit soudain sans aucun bruit

Un héron noir ganté de roux

Fit une entrée existentielle

Madame Orlon lui présenta

Un grand fauteuil beurré de frais

Bien assorti à son plumage

Lui dit en bref “ soyez béni ”

Le mari sourd comme un potage

Fut éveillé non par ces mots

Mais par un pou qui sur sa bouche

Par distraction laissa tomber

Un sucrier en bois d’érable

Monsieur Orlon tiré d’un songe

Où il coupait du buis lunaire

Pour abreuver une chamelle

Héritée d’un oncle espagnol

Poussa un cri de branche sèche

En se dressant droit sur la tête

Pour retomber sur ses deux pieds

La parabole ainsi décrite

Dans un espace trop restreint

Fit qu’un soulier brisa la patte

Du visiteur inoffensif

On appela une infirmière

Pour réparer le pauvre oiseau

Elle accourut dans la lumière

De ce beau jour qui finissait »

 

Jehan Mayoux (1904-1975).
.

5 replies on “Un poème de Jehan Mayoux”

  1. 4Z2A84 dit :

    « L’imaginaire est une des catégories du réel, et réciproquement. » J. Mayoux.

  2. 4Z2A84 dit :

    Jehan Mayoux né le 25 novembre 1904 à Cherves et mort à Ussel le 14 juillet 1975, était un poète, enseignant et militant pacifiste.

    Biographie

    Il est de le fils de Marie et François Mayoux, enseignants et syndicalistes très engagés dans le militantisme. Instituteur antimilitariste et libertaire, Mayoux entre en contact avec les surréalistes au début de l’année 1933, envoyant à André Breton et Paul Éluard un « jeu surréaliste » qui sera publié dans « Le surréalisme au service de la révolution ». En 1935, il participe à la première manifestation du groupe Rupture. Il restera membre du groupe surréaliste jusqu’en 1967.

    En 1939, il refuse la mobilisation et se voit condamné à cinq ans de prison, dont il s’évade. Il est repris par les autorités de Vichy et est transféré sur le font ukrainien.

    En 1945, il réintègre l’enseignement. Durant la guerre d’Algérie, il réclame le droit à l’insoumission en signant le manifeste des 121. Il subit alors un interdit professionnel de cinq ans. Par la suite, il participe aux mouvements de Mai 68, mais s’en écarte après un désaccord avec certains syndicats.

    Ami du peintre Yves Tanguy et du poète Benjamin Péret, il laisse derrière lui une œuvre poétique encore largement méconnue.

    Bibliographie :
    Ma tête à couper, GLM (1939)
    Au crible de la nuit, GLM (1948)
    André Breton et le surréalisme, Les cahiers de Contre-courant/Le libertaire, Revue de synthèse anarchiste, Le Havre, s.d1.
    Œuvres complètes, Éditions Peralta, Ussel (1976)
    Traînoir. Le Fil de la nuit. Maïs. Autres poèmes…, Atelier de création libertaire (1997)

    Wikipedia

  3. Éclaircie dit :

    Merci pour la découverte, ce poème est délicieux (et j’apprécie le parcours de ce poète).
    Je ne suis pas étonnée que ce soit un proche de Benjamin Péret.

  4. 4Z2A84 dit :

    On songe en effet beaucoup à Péret et à Lewis Carroll en lisant cette « fatrasie ».

  5. Au détour d’un chemin du web, j’atterris ici et suis heureuse d’y trouver ce poème. J’étais une amie de la deuxième épouse de Jehan Mayoux. Je ne l’ai pas connu lui mais j’ai eu entre les mains, ses livres, ses objets et la présence de mon amie. Merci pour ceci.

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