Sous la vague ou le vent

 

Comme j’aime traverser le parc municipal

Longer le mur d’enceinte percé de poternes

Où le pauvre lierre de l’année dernière admire

Le ballet des grappes de glycines parfumées

 

Gonds rouillés, planches disjointes

Les portes branlantes des rendez-vous secrets

Aimeraient s’ouvrir une fois encore

Sur le petit chemin de  briques posées sur chant

 

À peine sortie du bourgeon froissé de l’hiver

La feuille du marronnier est comme un nouveau-né fripé

On dirait qu’elle pointe du doigt la terre redoutée

Six mois d’éternité, c’est peu

 

Des filets de saules fouettent les pierres moussues

Se baignent dans la rivière aux eaux changeantes

Et toi, l’érable, ne fais pas le fier

Ecoute la musique, mais méfie-toi du vent

 

Question ne ment,

 

– Pourquoi ? dit l’enfant

– Parce que…murmure le vent en passant

– Tu ne réponds jamais à mes questions

– Je n’ai pas le temps

– Tu pourrais t’arrêter un peu

– Je ne vois pas l’utilité de répondre à un enfant trop curieux

– Tu es mal poli monsieur le vent !

– Tu es trop humain monsieur l’enfant!

– Qui va m’écouter alors ?

– Personne

– Ce n’est pas du jeu, dit l’enfant en tapant du pied

– Je sais, glisse le vent en sortant pas la fenêtre, qui t’a dit qu’il fallait jouer ?…

 

Un sac au ventre blanc dort sur une chaise.

Sur le meuble en merisier, un bocal aux yeux rouges nage vers la mer et un bouquet de trèfles à quatre feuilles s’envole par la fenêtre aux cheveux verts.

Dans la rue, quelques passants brossent leurs écailles pour en chasser les traces de la dernière pluie.

Au loin un coq annonce le lever du soleil tandis qu’une petite fille et sa poupée Bella rêvent qu’elles sont des fées aux ailes bleues.

Quant à l’homme il ne reste de lui que sa jeunesse et deux longs pans de manteau flottant au vent.

 

Il fait noir dans le jour rétif

Toutes les maisons tremblent

Même celles qui étaient construites pour durer.

La nôtre montre ses organes

Comme on expose des souillures

Aux yeux des curieux jamais las

De voir leur sang sécher faute d’alcaloïde.

D’un seul et large coup de pinceau le soleil

A chassé les ténèbres.

On se sort de son lit trempé

Persuadé d’avoir dormi dans une vague

Une vague sombre et dentée.

Sous la fenêtre où la rue se suspend

Comme à sa tringle la lessive

Les piétons vont à leurs affaires

Aussi pressés que sous l’averse

Et nous n’existons plus ni vous ni moi pour ceux

Qui nous traversent.

 

Apporté par les ailes de :

Élisa-R, Héliomel, Phoenixs et 4Z2A84

 

7 réponses sur “Sous la vague ou le vent”

  1. Éclaircie dit :

    Je suis passée par ce parc. Restée derrière l’arbre, j’ai vu l’enfant. Était-ce son sac resté sur la chaise ? Ensuite j’ai retrouvé une rue quelque peu angoissante, mais le soleil a tenté de me rassurer.
    Bientôt, je franchirai la vague ou le vent pour mêler mon chant à vos voix.

  2. phoenixs dit :

    Je trouve que ces voix ont de plus en plus d’accords subtils, poétiques, profonds sans même répéter leur chant, elles n’ont besoin ni de chef d’orchestre, ni même de partition.
    Quelquefois, les mots font bien les choses.

  3. Elisa-R dit :

    Je crois, Eclaircie, que tu as déjà franchi cette vague et que ton chant n’a jamais cessé d’exister auprès des nôtres.
    On pourrait croire que nous avons choisi quelques mots à glisser dans nos songes…Il est très beau ce vendredi du samedi.

  4. 4Z2A84 dit :

    « Dans le vieux parc solitaire et glacé »
    le vent prend la parole et répond à l’enfant.
    Bocaux aux yeux rouges, fenêtres aux yeux verts,
    sous la protection d’une vague,
    parcourent l’océan vertical.
    .
    Miss Eclaircie, qu’entendez-vous par « bientôt » ? Il ne sera jamais assez tôt pour nous rejoindre dans ce tourbillon d’images qu’est le PPV !

  5. heliomel dit :

    Quand le parc se noie, les huitres remplacent les feuilles.
    Amitiés

  6. Éclaircie dit :

    Oui Phoenixs, nous sommes depuis le début des PPV toujours surpris des concordances, des accords non prémédités.

    Sieur 4z, les mots me boudent, ce n’est pourtant pas faute de tenter de les charmer…et puis il y a tant de lierre à maîtriser sur les vieux murs de mon jardin, ou de jours de pluie à dormir 26 heures par nuit.

  7. Josy dit :

    j’aime vos ailes..

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