Ma vie en bout de fils…

 

J’entends la voix en sourdine, la même depuis trente ans, égrener les mêmes propos derrière les portes que je referme de plus en plus souvent. Et cela dure des heures, des heures de salive dans le combiné, de postillons dans les trous et les fils. De petits soupirs accrochés au bout de la langue qui n’en finit plus d’enfiler ses histoires en pointillé.

En revanche, je n’entends jamais l’autre qui écoute entre les suspensions, se gratte-t-il les doigts de pied ? Suit-il d’un œil paresseux le vol des autruches qui s’en vont dans le désert planter leur derrière peureux ?

C’est ce que je ferais si un incorrigible bavard amputait ma solitude ou la bourrait de propos aussi creux que la queue du homard à la mayonnaise.

J’ouvrirais grand ma fenêtre et appellerais les moufettes et les lapins brodés. Que vienne leur passage silencieux dans les airs rosis, entre les palmes épanouies des fonds marins ! Que glissent derrière les rideaux crasseux, les têtes rieuses des épluches légume, une dernière peau de carotte entre les dents !

Que m’emporte ces bouts de vie loin de l’étranger qui boit mon espace à grandes goulées !

.

L’océan l’attendait dans un coin de mémoire

Reflété par le ciel

Ondoyant au ruisseau

Les vagues sont venues se jeter à ses pieds

Aux fenêtres déjà se dessine le port

Plonger encore

Nager sans fin

La voix dans le vent portée par son souffle

Ne pourra se noyer ni s’enfouir sous la nuit

L’écume a la couleur du berceau retrouvé

.

Comme une chanson douce que l’on aurait inventée

Des chemins accessibles tout en haut des nuages

Une histoire d’enfants sages allongés sous le ciel

Quelques  formes souriantes d’ ours blancs et d’éléphants

Et les bonbons roses et verts des églises du dimanche

Une sorte de livre ouvert dans une chambre chaude

Des princesses de conte dans les ruines d’un château

Une fée déguisée en vieil arbre familier

Un grand-père un peu gourmand déguiserait les jours gris

En soleil  pour toujours dans le coin de nos yeux

Et l’on pourrait  d’un pied léger pousser la petite pierre blanche

Jusqu’aux grandes ailes du vent d’été

.

Le vent cherche une oreille et trouve un coquillage

Sa parole s’y perd comme l’eau s’évapore.

Il racontait que l’homme, effrayé par le ciel

D’où ne tombait jamais une réponse aux coups

Frappés contre sa porte, inventa l’ineffable

Créature connue sous le nom d’ange – ainsi

Le firmament eut-il son locataire : un être

Apparemment sans sexe et dont les larges ailes

Assombrissaient les jours du pécheur confondu,

Lorsqu’il perdait son temps à descendre sur terre

Avec l’espoir de mettre au pas ses détenus.

Ce fait le vent le conte à des sourds. Mais la mer

Qui l’entend, le retient, le répète et, commère

Intarissable, nous abreuve en poésie.

.

Les Apsaras ont des grâces

De Vénus dénudées

Des bouches cerise mystérieuses

Des yeux aux bouts des doigts

.

Le bus s’arrête à toutes les stations

Sous la mangrove, sous l’oreiller

Son périscope est déployé

Asmodée contre Morphée

.

Sur la banquise

Les fils de vierge

Font des ronds sur la glace

En attendant l’été

.

Il neige sur Manaus

Et l’opéra troublé

Joue du limonaire

Jusqu’au rio Négro

.

Une composition d’Eclaircie, Héliomel, 4Z, Phoenixs et moi-même.

Merci à Phoenixs pour le titre.

 

 

6 replies on “Ma vie en bout de fils…”

  1. Éclaircie dit :

    Les voix dans toutes leurs tessitures, quel ensemble !

  2. 4Z2A84 dit :

    Le merveilleux dans les PPV, c’est qu’il y en a pour tous les goûts. Ainsi les sensations que leur lecture procure sont aussi diverses que les créatures qui peuplent l’océan. A chaque coin de paragraphe ou même de ligne comme à chaque coin de rue une nouvelle apparition surprend le promeneur curieux d’apprendre.

  3. phoenixs dit :

    Et le concerto final qui s’évapore sur les meilleures notes : la musique !

  4. heliomel dit :

    j’aime les lapins brodés que seuls ceux qui savent peuvent admirer le long des chemins de proies.
    bonjour à tous

  5. Elisa-R dit :

    Un flot de sons et d’images qui parfois se rejoignent, toujours nous emportent.

  6. oulRa dit :

    … Je savais bien qu’on pouvait toujours compter sur les épluches légume pour pitrifier le grave des accents pointus lorsqu’ils cherchent une oreille.
    (un écrit à siroter au fil des nuages…)
    ,-)

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