Un petit glaçon dans le scotch

 

De la neige en été

Du soleil à minuit

J’aurai tout exploité

Pour vaincre mon ennui

 

J’ai mis une bonne année à terminer la concierge du dessous. Entre l’instant de la suppression de sa virgule et les pointillés découpés à la machine, imagine le boulot.

Ou plutôt, n’imagine rien, ton magasin est assez encombré, tes utopies, tes iles et leurs solitaires occupent bien assez tes jours pour que tu prennes de surcroît mes cadavres à la petite semelle.

J’ignore de quand date cette aversion profonde pour les greffières d’immeubles cossus. Le dernier entomologiste des cervelles et des reins m’a dit, entre deux silences, que j’étais atteint du trouble de la perception d’escalier.

Piètre explication.

Toujours est-il que je cède très facilement à mes pulsions de crime tranquille dès qu’elles me pincent le lobe de la gâchette.

Je ne peux pas réellement t’expliquer comment je procède. Secret de destruction oblige, sache que je sévis la nuit, entre chiens et loups, au moment interlope du sommeil radical.

Je commence toujours par me verser un scotch double face, j’aime le bruit mat du liquide épais, un petit glaçon pour éprouver les dérives de l’ours abandonné, et me voilà prêt.

 

C’est un matin grognon

Un jour à tout donner

Aux orties la belle âme

La main gauche à la flamme

L’absolution aux chats

Aux souris mort aux rats

Sa vie pour un empire

Paris pour un sourire

La rime et la raison

Et sa tête à couper

 

Ma fourmi est entrée un jour de printemps, un jour où j’étais allongé, dormant sur l’herbe fraîche

Elle s’est introduite par une narine, je ne sais pas laquelle. Elle s’est habituée, moi aussi.

Au début j’avais des fourmillements dans l’estomac quand elle se promenait

Mais peu à peu elle s’est faite discrète, se déplaçant surtout quand je dors, picorant de ci-delà

 

Hélas, elle est devenue alcoolique. Ce n’est pas pourtant  que je boive beaucoup

Quand elle est en manque, c’est insupportable, elle remonte le long de l’œsophage

Elle taille, gratte, cisaille, c’est à hurler de douleur, à se taper la tête contre les murs

Pour la calmer je suis obligé de boire environ trois litres de vin par jour

 

J’ai essayé de la désintoxiquer mais rien à faire ou plutôt si, j’ai imaginé un piège.

J’ai pris de la morphine pour calmer les douleurs et j’ai réussi à la sevrer 48 heures

Puis j’ai acheté un flacon d’alcool à 90 ° je l’ai répandu sur un mouchoir

Je respire  lentement et je crois qu’elle remonte…tranquillement.

 

La terre entière en fut témoin

Cette lune inconnue grandissait chaque nuit

Les champs bien peignés semblaient fébriles

Les vieux arbres bienveillants

Se penchaient tendrement sur le berceau

Des étoiles quittaient le ciel

Se posaient doucement sur le lit de terre

Et de feuilles

Une nouvelle saison prenait corps

A l’abri  de montagnes bleues

Façonnées par les nuages

A la rondeur extrême des nuits

Assoupies dans le creux de nos rêves

Répondait l’infini du jour

 

Ont participé au cocktail :

Élisa, Héliomel, Phoenixs, 4Z2A84 et éclaircie

dont le titre revient à Phoenixs

 

13 réponses sur “Un petit glaçon dans le scotch”

  1. Éclaircie dit :

    Fantastique !
    mes invités m’attendent, je vous laisse savourer !

  2. Josy dit :

    j’ai adoré!!!

    pleines d’idées fabuleuses
    et surtout pleines de wisky!

  3. 4Z2A84 dit :

    Par un matin grognon les pulsions de la concierge du dessous se transmettent à une fourmi alcoolique au-dessus de laquelle se penchent tendrement de vieux arbres pour mieux l’exploiter… Il faut intervenir!

  4. Elisa-R dit :

    La venue de Phoenixs parmi nous donne plus d’éclat encore au vendredi (voisin du samedi).
    Je n’ai jamais autant apprécié le scotch (et son glaçon)qu’aujourd’hui.

  5. heliomel dit :

    la concierge de la tour Eiffel a les reins en feu, regardez le petit panneau
    « la concierge est dans l’escalier »
    alors, un petit remontant!

  6. phoenixs dit :

    Quel savoureux cocktail que ces  » glaçons  » dans le verre de l’assassin 😉

  7. phoenixs dit :

    Sans compter qu’il se savoure à la paille, assis au bar de l’hôtel des mots de luxe…

  8. Annick SB dit :

    Délicieux cocktail surréaliste, à ne pas servir à n’importe quelle heure !

  9. Éclaircie dit :

    Vrai, que ce cocktail a bon goût, les ingrédients parfaitement choisis et dosés.
    La fourmi n’a pas résisté, l’infini du jour (même au matin grognon) cache bien l’assassinée, non, non, non, on ne s’ennuie jamais.

    Josy et Annick, vous reprendrez bien un verre ? sympa d’être passées à l’inauguration du cinq voix nouveau.

  10. Rengab dit :

    Mon baygon bougonnant devant la fourmilière, au moment d’appuyer j’ai tout abandonné, plutôt qu’un vieux whisky j’ai bu tout une bière, et j’ai regardé en arrière… Votre style a changé… mais Bon Dieu que c’est bien !

  11. Heliomel dit :

    Je me demande si les croque-morts qui descendent des bières ont des arrières pensées.

  12. Elisa-R dit :

    Ils ont des arrière-gorges et un bon appétit. Pour le reste, il faut attendre l’autopsie.

  13. Elisa-R dit :

    Merci Rengab, pour nous tous.

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