Un poème de Jean Rousselot

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Un poème de Jean Rousselot :

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« A la fin, j’ai le droit

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A la fin j’ai le droit d’être le cavalier,

A la fin j’ai le droit d’être l’amant, le maître.

A la fin j’ai le droit d’oser me reconnaître

Dans ce fracas de chair qui s’est rué vers toi.

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Quand j’ai pris comme un nid ton sexe dans ma paume,

J’ai recouvré d’un coup l’usage de la terre.

Tout m’est redevenu propice, fraternel :

Ma mémoire, ma force et ma véracité.

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Et quand j’ai ramené l’étoile de ton corps

Dans le chalut de mes veines, j’ai vu

Tous les oiseaux du monde y pendre en gouttelettes

Et tout le frai de l’homme et mille autos grouillantes.

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Mais non, dis-tu, ce ne sont que mes pleurs.

Je suis l’inachevée, l’inerte, la recluse

Ah, retiens-moi, j’ai peur

De mes sables mouvants, de ma neige confuse.

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Ou bien

Entre deux scansions de mon sang dans le tien,

Tu ris d’avoir voulu mourir

Pour immobiliser l’éclair et pour souffrir

Toute une éternité le haut-mal du plaisir.

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Et nous ne pouvons plus qu’attendre l’ouragan

Qui mettra hors de nuire

A la neige à la vague à l’enfance rouverte,

La vitesse et le poids la parole et le temps.

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Il faut brûler, il faut gémir.

Tu n’es seule que si tu penses,

Si tu te regardes gésir

Et si tu refermes ton ventre.

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Sur quels rochers as-tu crispé tes ongles

Pour qu’ils soient rouges à ce point ?

Sur tes épaules, me dis-tu,

Je n’avais qu’elles pour légende :

Dix pétales de sang dans le mitan du lit

Pour te rappeler que je suis. »

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Jean Rousselot (« Maille à partir », 1961).

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4 réponses sur “Un poème de Jean Rousselot”

  1. 4Z2A84 dit :

    Wikipédia :
    « Jean Rousselot, né à Poitiers le 27 octobre 1913 et mort dans les Yvelines le 24 mai 2004, est un poète et un écrivain français.

    Orphelin issu d’une famille ouvrière, il doit se satisfaire de brèves études et gagner sa vie dès l’âge de 15 ans. Fonctionnaire, il démissionne en 1946 pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Entre-temps : la guerre, la résistance, la rencontre des Amis de Rochefort (Bouhier, Cadou, Béalu, Becker, Guillevic…). Ses maîtres en poésie se nomment Paul Éluard, Max Jacob, Pierre Reverdy…. Chargé de missions de conférences par les affaires étrangères et l’Alliance française, il a beaucoup voyagé.

    Il a présidé la Société des gens de lettres et il était membre de l’Académie Mallarmé.

    Il inaugure la bibliothèque Jean Rousselot à Guyancourt, dans les Yvelines, le 14 février 2002. »
    WIKIPEDIA

  2. Elisa-R dit :

    Très beau poème ! Il sera ma nourriture pour (re)plonger jusqu’à ce soir dans le monde des travailleurs.

    Merci 4Z pour ces lumières que tu installes régulièrement le long du chemin.

  3. Éclaircie dit :

    Érotisme mais pas seulement, on sent la volonté de se réaliser, de s’accorder ce plaisir frôlant la souffrance.
    J’aime beaucoup cette découverte.

  4. OulRi dit :

    Expressif et embrassant tout un monde. Encore une belle fleur de la flamme du poète inconnu (de moi) !
    Merci d’être curieux et généreux 4Z’.

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