Bubulle et le somnambule

Bubulle est douce, Jules est mince comme le fil qu’il arpente chaque soir. Jules est funambule. Le nez en l’air, Bubulle a mal aux vertèbres à force de surveiller son homme. Leurs vies sont suspendues au balancier. Le public retient son souffle, et s’il tombait? Jules a toujours refusé le moindre filet, par orgueil ou par inconscience.

 

Un pas chasse l’autre, le portique s’approche, aujourd’hui, c’est le dernier parcours, Jules raccroche, il vendra de la barbe à papa ou tiendra un stand de tir, il ne sait pas encore. Et puis, il s’en fout, tout ce qui l’intéresse, c’est d’être à côté de Bubulle qui vendra des sacs en plastique remplis de poissons.

 

Le roulement de tambour, il ne peut plus le supporter, plus que dix mètres…Son frère Jim le clown arrête aussi, il va se mettre en civil et ranger son faux nez. Finies les tournées, le coup de main pour monter le chapiteau.

 

Plus que cinq mètres. Jim lui fait un signe de la main, lève le pouce au niveau de son sourire artificiel, Jules lui sourit, il sourit à Bubulle et à la mort qui l’attend dix-huit mètres plus bas, chaque soir. En vain.

 

Jules pose son balancier, le même geste depuis vingt-cinq ans. Il commence à descendre l’échelle en se disant que ses barreaux  ne lui manqueront pas. Un barreau, il en manque un justement et Jules ne l’a pas vu tout occupé à regarder Bubulle.

 

Jules est tombé aux pieds de Bubulle. Comme elle est belle dans sa robe de satin, elle semble triste, son frère aussi semble triste, un clown triste, un cliché. Jules sourit, il va devenir somnambule, il se verra sur son fil, il entendra les applaudissements et c’est Bubulle qui viendra le border.

5 commentaires sur “Bubulle et le somnambule”

  1. Éclaircie dit :

    Quelle tendresse dans ce texte, le tragique aussi, bien présent rendent très attachant cet écrit.
    je prends goût à ses lundi d’Héliomel. (bon, je viens de vérifier, c’était dimanche en 8, et c’était rudement bien, aussi)

  2. Éclaircie dit :

    à ces ou à tes, oupsss.

  3. 4Z2A84 dit :

    Ton texte est émouvant et les personnages en sont très attachants. Les funambules m’ont toujours fasciné. Fellini nous a quelquefois montré des artistes de ce genre, lesquels plus qu’aujourd’hui attiraient encore beaucoup les foules il y a une cinquantaine d’années.

  4. Heliomel dit :

    Ce sont des souvenirs de ces cirques ambulants qui passaient de villages en villages. Ils remplaçaient avantageusement les postes de télé . Cordialement.

  5. OulRa dit :

    Contre plongées, plongées, tout est dans les regards. Ils sont tendres et ils portent « Ils ont des poids, ronds ou carrés,
    Des tambours, des cerceaux dorés, »*… C’est ce qui me touche le plus, la fragilité, et cela ne tient qu’à un fil.
    ;o)
    Beaucoup aimé.

    * Guillaume A.

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