Parfois on avale les mots…

 

Parfois on avale les mots comme un tunnel avale les trains, sans les digérer.

 

Personne, pourtant, ne se trouve simultanément à l’entrée ni à la sortie des tunnels et ne peut dire ce qu’il advient des passagers dans l’intervalle.

 

Certains tricotent sans doute d’interminables écharpes de fumée qu’ils lanceront par les portières ouvertes des wagons, si le voyage se termine. D’autres se dessinent sur le visage des paysages bucoliques, car on sait bien que les trains recherchent les troupeaux pour parader et se faire applaudir.

Dans les compartiments, les bagages bâillent et réclament que l’on éteigne les lumières, tandis que les plus hardis des voyageurs, dans les couloirs, tentent de creuser le sol pour retrouver le fil de leurs pensées, les aiguilles de leur montre et le tracé originel des premières rivières.

 

On dit même qu’un astre factice éblouit les yeux des plus fous les entraînant à lire les petites lettres inscrites sur les paupières de la lune (mais eux sont des poètes et personne ne s’étonne de leurs bizarreries).

 

Et les chauves-souris désireuses de partir en croisière se cachent dans les chignons des plus belles femmes, se doutant bien qu’elles sont sirènes retournant à l’océan…

 

6 commentaires sur “Parfois on avale les mots…”

  1. Elisa-R dit :

    Un texte fabuleux ! On ferme les yeux, prenant soin de ne pas confondre globe et paupière, et on devient passager d’un train, témoin de chaque comportement, discutant aimablement des derniers propos de la lune ou du charme mystérieux des femmes sirènes. Ce texte est un billet de première classe pour l’imaginaire.

  2. 4Z2A84 dit :

    A propos de ce texte, je partage l’enthousiasme d’Elisa : « fabuleux » de bout en bout. Nous y entamons l’exploration d’un autre monde, comme si les yeux à peine clos un rêve inouï nous entraînait loin de nos préoccupations quotidiennes, au-delà même de ce que nous pouvions espérer faire surgir de notre imagination en lui accordant notre confiance et en nous laissant guider par elle. A cette percée dans l’Inconnu l’écriture s’adapte avec bonheur.

  3. OulRa dit :

    J’adore cette explosion de bizarreries rythmée de tatactatoum !
    … Et, ce n’est pas pour te contredire, mais « quantiquement », « on » pourrait* être à deux endroits en même temps sans être coupé en deux (ce qui ouvre encore plus de possibilités).
    J’en lirais bien d’avantage !

    *et d’après ce que j’ai compris… ;o)

  4. Éclaircie dit :

    OulRa, tu compliques tout, toi 😉
    si un matin je me trouve des deux côtés du tunnel, je te dirai ce que je vois !

  5. Éclaircie dit :

    Au bout du silence : un autre silence
    Reposant, amical, complice
    Maintenant que les mots vivent loin de ma bouche
    Ne vivent plus peut-être, ou sont devenus souffle
    Qu’importe les nuages
    Qu’ils entraînent au loin
    Sans répit les images
    Dessine le chemin
    Que nul ne prend mais qui existe
    Espace ouvert toujours béant
    Illuminé la nuit, protégé par le jour
    Chemin que tu empruntes
    Où je ne peux te suivre

  6. 4Z2A84 dit :

    Face à la mer le sable a beau durcir il cède
    Il a mémorisé nos désirs il exporte
    Le rêve de chacun d’ouvrir à l’eau sa porte
    Elle entre et se recoiffe – on dirait une fée
    Dont agitée la baguette produit
    Des vols de confettis
    Ou de flocons multicolores
    On l’écarte d’un geste tendre
    Comme à regret car le train n’attend pas.
    Sur les aéroports les fusées s’impatientent
    Leur nez comme un museau renifle l’air du large
    On nous attend ailleurs dans de petits souliers
    Les doigts s’y trouvent à l’étroit
    Le cœur serré descend quelquefois les rejoindre
    Il y a tant de gens de ballots sur le quai
    Pour creuser sans bobo dans leur foule un couloir
    On joue des coudes avec tact
    Un enfant pleure un autre emporté par son rire
    Provoque les échos accrochés aux solives.
    Réveillées en sursaut les chauves-souris chargent
    Mais le rêveur les chasse il cligne ses paupières :
    Miracle ! En gare un train un vieux train sans moteur
    Est pris d’assaut par les pirates
    On traverse à son bord des écrans ou des toiles
    Sur lesquelles des films sans fin sont projetés
    J’y ai vu la lune éborgnée par un obus
    Depuis la lune porte un bandeau sur l’œil droit
    Ou le gauche – je perds le nord en voyageant
    Dans ma chambre où le chef vibrant je virevolte.

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