Spirales

 

Le temps passe

Vieillard aux yeux gris révulsés

Il traîne ses douze pieds chaussés de pantoufles

Ni la jeune fille du premier balcon

Ni la vieille pie du troisième ascenseur

Ne le reconnaissent

Le temps s’égare dans les couloirs d’une gare

Et les mains accrochées aux valises

Le frôlent distraitement

Quelqu’un voudrait lui sourire

Peut-être l’aider

Mais le temps s’est évaporé

Ne laissant sur le quai qu’un peu de poussière

Et une houppelande râpée

 

Eveil :

L’œil me fixe

Un œil aussi beau qu’une voile à l’horizon

Aussi improbable que ma présence au monde

Mais son regard demeure froid

La fumée flotte et ne se pose pas

Les arbres restent seuls

Interdits

A l’abri comme je crois l’être de toute contrainte

La lueur faiblit le nuage perd son temps les maisons

Glissent.

 

Parmi ces blondes et rouges taches de rousseur

Que sont les déserts posés sur le visage de la terre

Entre ces oasis de miel de marbre et d’honneur

La reine de sabbats méprise les sistres et les ouds

Sa musique préférée n’est pas le vent de palmes

Mais celui des armes au tonnerre assourdissant

Elle est à la fois vipère et cigüe, morsure et poison

Servie par ses sicaires issus de mosaïques en pacotilles

De la mémoire des hommes, elle voudrait effacer

Les tombeaux, les peintures et les mausolées

Elle aime sa liberté et hait celle des autres

Son jeu de balles s’appelle kalachnikov

 

C’est entre les lignes

De mire, de faîte, de vie,

Du cahier quadrillé qui a perdu la verticale,

De la main tendue comme un arc

Visant la tête, toujours la tête,

Que s’éparpillent les souffles, les pas,

Les brisures d’étoile et la raison.

Puis un matin l’évidence est là ;

Les courbes des collines s’inversent

Les écheveaux emmêlés donnent leurs couleurs

À cette écharpe qui, de gorge en gorge,

Protège le murmure des ruisseaux.

Les pointillés prennent corps

Dans la boue s’incrustent les racines de l’arbre naissant.

 

Le temps, l’espace, la déraison, spirales merveilleuses ou hallucinantes par :

Élisa, Héliomel, 4z et Éclaircie

4 commentaires sur “Spirales”

  1. 4Z2A84 dit :

    On a le vertige ! Sans doute est-ce dû à la circulation sur une courbe qui n’en finit pas. Car une fois le poème lu, on cherche à le relire. Mais de nouveau le fil se perd quand nous croyons le saisir et pouvoir nous fier à son itinéraire. Il faut recommencer, heureux Sisyphe !
    ….
    « ….
    Fuyons sous la spirale
    De l’escalier profond !
    Déjà s’éteint ma lampe;
    Et l’ombre de la rampe
    Qui le long du mur rampe,
    Monte jusqu’au plafond. »
    V. Hugo.

  2. Elisa-R dit :

    Franchement, vous me surprenez et m’émerveillez chaque semaine.

  3. Éclaircie dit :

    Je reprends ton commentaire à mon compte, Élisa.

  4. Heliomel dit :

    L’oeil, ici, c’est le centre de la spirale, il regarde le temps passer, en pointillé ou en fumée. Contracte, dilate, tic tac…spiral, ressort d ‘horloger…

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