Le grenier à rêves.

 

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Monter dans un grenier, c’est comme monter dans un avion

Au lieu des rires des passagers, de l’air pressurisé

On entend les rires des poutres et le bruit de soie du vent

Le voyage est plus court que les souvenirs anciens

Tiens, je croyais pourtant avoir remplacé la vitre du vasistas

Le bol bleu à l’anse brisée, une publicité  bébé Cadum

Des liasses de feuilles d’impôts sur un pot de chambre

Tout est à sa place, les lettres de ma grand’mère

L’encre oscille entre le mauve et le sépia

Elle avait une belle écriture, appliquée, penchée,

Comme elle l’était sur moi quand elle me prenait sur ses genoux

Pour me faire oublier que les tombes bombaient au hasard

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Il faudrait quelquefois dormir sous une pierre

Sa chaleur nourrirait les petites graines

Que certains nomment les rêves

Une montagne surgirait alors de l’ ombre

Le soleil serait une fleur à larges pétales orange

En contrebas courraient quelques oiseaux

Bien sûr dépourvus d’ ailes le temps que volent un peu les zèbres

Des éléphants d’ hiver nageraient la brasse

Avec l’ élégance de ces petites danseuses aux bras levés

Qui ornent le couvercle des boîtes musicales

Sur le sommet bleu du sommeil

Un hérisson dormirait en tenant contre lui un réveil

Et quand viendrait le moment d’ ouvrir les paupières

Les éléphants dociles sortiraient de l’ eau

Pour retourner sagement au fond de notre cerveau

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La route cherche à fuir or l’auto la rattrape

On appuie fermement sur l’accélérateur

Et les chevaux sortent furieux de l’écurie

Beaucoup comme Pégase ont des ailes mais l’amble

Suffit pour voyager sans heurt, destination :

L’horizon.  L’horizon ce mythe insaisissable

Une barque à moteur l’atteint et le retient

Dans une nasse où fut capturé le soleil

Mais on l’a relâché sans attendre les plaintes

De la terre privée de ce grand fleuve d’or.

On marche sur un fil entre des continents

Cajolés par la mer. Un avion les survole

Une flèche privée de cible un cri pour rien

Dans l’espace.  Artémis y fait la sourde oreille.

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Qu’importe les couleurs que l’on ne sait décrire

L’eau sur la tempe blanchit nos petits jours

Trois carreaux sont cassés mais l’on veille à marcher

Dans la rue dessinée en dehors de toute ombre

Le puits comblé retient la source

Pourtant la mousse entend sa force frapper la pierre

Les empreintes de la main se fondent aux draps

Tendus pour recueillir ce qu’il reste de sommeil

À cet hiver immobile

Peut-être un pas nouveau marquera-t-il de rouge

Le sillon de cendre creusé jusqu’à la route

Que la toile renaisse et l’œil s’entrouvre

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Eclaircie

Elisa

Héliomel

4Z2A84.

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4 replies on “Le grenier à rêves.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Entre autres ces tombes qui bombent me subjuguent.

  2. Éclaircie dit :

    On oscille entre hier et demain, la veille ou le rêve, le réel et le fantastique. Sacré beau grenier.

  3. Elisa-R dit :

    Je pense que je vais rester un peu dans ce grenier , il y a tant à voir !

  4. heliomel dit :

    un bestiaire qui hésite entre mer et grenier et toujours ce fil mystérieux qui finit par envelopper les textes, comme un paquet cadeau. Attendons que passe l’hiver pour dénouer les rubans.

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