Dans les coursives du jour

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La forêt est entrée dans mon cœur et j’ai cru

Voir les arbres donner moins d’ombre et plus d’étoiles

On entendait la voix des sources s’éclaircir

Le vent rafraîchissait les feuilles au tapis

Peut-être en avançant de quelques pas l’épée

De la lune ferait un trou dans les taillis

Alors des animaux furtifs se glisseraient

Hors de chez eux pour boire un lait tombé du ciel

Là-haut quelqu’un chantait mais nous n’avions d’oreille

Que pour l’eau dont l’interminable mélodie

Endormait doucement nos têtes douloureuses

Nos têtes qui roulaient sans décider sur quelle

Epaule s’appuyer pour seller des licornes

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L’homme en bois dodeline

Et sa démarche étrange étourdit le monde

Il croit aux étoiles comme on berce l’espoir

Un matin il rêve que la nuit prend fin

Qu’elle se meurt d’un amour impossible

C’est alors qu’il entrevoit une brève lueur

A l’instant où la vie réchauffe ses cercles vides

L’homme en bois prend chair

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La fièvre dans le chaudron

Dissout les grêlons rouges

Que la nuit peignait pour ne pas hurler

Il en reste une encre noire perforant le papier

La mémoire et les tympans

La ligne de flottaison dépasse sa cote d’alerte

Les cales trop pleines aspirent à s’engloutir

L’immense cratère creusé par le naufrage

Confond les couleurs et les heures

Et le dernier fantôme se retourne dans son sommeil

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Avec ses volets gris souris  et ses fers rouillés, la rue des Martyrs, c’est la via dolorosa de Paris.

On y trouve un peu de tout, des kamikazés ratés se recyclent en ouvrant des karaokés

Des karatekas s’entrainent dans la boutique abandonnée par le dernier débloqueur de mobiles.

Des Sri-Lankais nés entre Dambula et Kandy, nostalgiques des lampes à huile

Et des fleurs passées au cou des éléphants vendent des moulins à prières aux Népalais de plus en plus nombreux.

Il y a  aussi des Péruviens qui se sont perdus entre Cuzco chicha ou  Machu-Picchu quena

Des Jordaniens du Wadi Rum qui voulaient voir des tours Eiffel en vrai,

Des Rajputes de Vârânasî qui charrient des Boliviennes à chapeau d’hommes,

Des Mayas miraculés, un Karen marchand de…riz.

Un Canadien de Vancouver aux yeux bleu glacier est maqué avec une Mexicaine d’Oaxaca.

Un Javanais de la place Merdeka qui se balade avec un varan apprivoisé.

On vend des i phone à 30 euros, des tapis au même prix, garantis développement durable.

On était 4 autochtones à faire la belote mais Raymond n’a pas voulu finir l’année.

On a rangé les cartes, on se contentera de gratter des kenos à deux euros.

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La présente traversée est offerte par :

Elisa, Héliomel, 4z et Eclaircie

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10 replies on “Dans les coursives du jour”

  1. 4Z2A84 dit :

    Qu’il est bon de se promener le long de ces coursives. Par les hublots on aperçoit au-delà de la mer la terre et tous ses rivages des plus brûlants aux plus glacés…et même en se penchant au risque de tomber…la rue des Martyrs, à Paris ! Cette rue (j’habite à environ un quart d’heure à pied d’elle) m’est ici méconnaissable, surtout par qui la hante (ne faut-il pas monter un peu plus haut, sur Barbès – et m’y trouver aussi ?). Mais marchons – plus ou moins droit – vers le Nouveau.
    Bravo à tous qui sommes inspirés !

  2. 4Z2A84 dit :

    Un poème de Marcel Thiry :
    Toi qui pâlis au nom de Vancouver

    « Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
    Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
    Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
    Des perroquets ni le soleil sauvage.

    Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
    Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
    Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
    Pour déserter tu fus toujours trop sage.

    Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
    D’avoir été ce soldat pérégrin
    Sur les trottoirs des villes inconnues,

    Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
    D’avoir aimé les grâces Greenaway
    D’une Allemande aux mains savamment nues. »

    Marcel Thiry (« Toi qui pâlis au nom de Vancouver » 1924)

  3. 4Z2A84 dit :

    « …de maint steamer »

  4. 4Z2A84 dit :

    « Au Pérou et en Bolivie, beaucoup de femmes des peuples quechua et aymara portent le chapeau melon. Il aurait été adopté après le passage des ingénieurs britanniques lors de la construction du chemin de fer. » Wikipédia.

  5. 4Z2A84 dit :

    Devant l’immense cratère creusé par le naufrage, l’homme ne reste pas de bois : il prend chair.

  6. heliomel dit :

    La rue des Martyrs, c’est le nom qui m’interpelle, c’est vrai que mon texte fait plutôt penser à Belleville, là où habite ma fille, mais c’est également un clin d’oeil à la chanson de Lazaro que j’apprécie beaucoup.

    Les boliviennes en chapeau melon, c’est exact, vestiges de l’emire britannique. Elles sont impressionnantes, hiératiques, sourient rarement, j’en ai vu sur les marchés de La Paz vendre des foetus de lama censés guérir la stérilité.

    Vancouver, c’est pareil, j’ai toujours aimé ce nom, Vancouver, vent couvert, quand j’y suis allė, le ciel était d’un bleu profond, au nord, les montagnes encore enneigées de l’Alaska brillaient…c’était en juillet…

    Merci AZ pour ce très beau poème.
    Encore un beau voyage, celui d’aujourd’hui, ne coupez pas la tête de l’homme en bois, celui qui vient de la forêt profonde, il attraperait la fièvre.

  7. heliomel dit :

    pas l’émir, l’empire!

  8. 4Z2A84 dit :

    Merci de nous apporter ces précisions, Homme aux Semelles de Vent.

  9. Éclaircie dit :

    J’empreinte les coursives, bien plus vastes que le mot pourrait laisser paraître. De nouveaux chemins se sont ouverts, l’homme en bois est vivant et les licornes nous attendent.
    J’aime notre navire, ses passagers et leurs bagages.

  10. Elisa-R dit :

    J’étais si occupée à contempler l’océan et les courses blanches de monstres fabuleux que j’ai oublié de signaler ma présence…Vous ouvrez l’imaginaire, quel que soit l’endroit d’où nous lisons, nous n’y sommes plus.

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