Derrière le rideau

On dessine un rideau d’arbres
Pour ne plus voir le mur
Celui qui se rapproche jusqu’à frôler la joue
Que l’on tendait au vent
Dans l’aube naissante
Rejoignant la lune dans ses voyages
Ou bien vos paroles lancées aux nuages
Depuis la courbe des branches
Dont les feuilles aux nervures bleues
Conservaient l’empreinte par-delà les saisons
Et c’est contre l’écorce que l’on s’endort soudain
.
Quand on joue pour de vrai
la lame ne s’enfonce plus dans le manche
elle déchire les tissus
et atteint le coeur, sa cible.
Le chasseur qui pas à pas me file
même lorsque le soleil est derrière nous
subjugue dans le rôle de l’ombre.
Personne n’applaudit personne.
Le traître se trahit en saluant trop tôt
un public étonné de voir mourir la mort
(derrière le rideau jubile sa doublure).
.
Le flot de véhicules nyctalopes
Se répand sur le sol
C’est un soir de décembre
Peut-être y a-t-il encore
Dans les carcasses de métal
Quelques rêveurs
Qui voient clairement
Les sommets d’un autre monde
Les autres ont disparu
Sans doute avalés par la nuit
Qui se faufile par les fenêtres
Imprudemment ouvertes
Seul demeure ce flot
Et personne ne voit l’oiseau
Ni cette voiture allongée sur le flanc
Abandonnée aux ombres
.
Parce qu’on a plusieurs vies

Ça ne devait pas durer plus que…

Mais on a pris le temps de…

C’était une nuit de veilleuse

Venues de l’arsenal
Il y avait des vapeurs d’alcool
Pleines de brouillard jaunâtre

À moins que ce ne soit le contraire

Des antilopes mirobolantes

Traversaient sur des clous de girafe

Les derniers vaisseaux brûlaient
Là-bas, du côté de l’arsenal
Parmi les cymbales et les pianos
Un arlequin se la coulait douce
Nous, on se promenait en cristal

Sous le pont des soupirs

.
Derrière ce rideau : Héliomel, Eclaircie, 4Z et moi-même.

6 replies on “Derrière le rideau”

  1. Éclaircie dit :

    Merci vous tous, du spectacle sans cesse renouvelé. (et d’être enrôlée pour chaque voyage)

  2. 4Z2A84 dit :

    Un PPV avec des accents tragiques. Est-ce le contexte (la fin du monde annoncée pour aujourd’hui) qui nous inspire – consciemment ? inconsciemment ? Toujours de magnifiques images dont un arbre seul rescapé, on s’endort contre son tronc après avoir gravé dans son écorce des mots d’adieu à la Terre.

  3. Heliomel dit :

    le solstice a toute son importance, on s’en apercoit en effet ici, seules les racines ne changent pas.

  4. Elisa-R dit :

    Merveilleux solstice qui nous contemple, de toute sa hauteur, unis comme jamais.

  5. Éclaircie dit :

    Je le relis, ce matin, le monde sain et sauf et à la lumière (même faible) du solstice et le trouve assez fascinant.
    Jouons pour de vrai (ça me rappelle tant l’enfance ou ce « pour de vrai » nous ouvrait toutes les portes de l’imagination) et plongeons dans une de nos nouvelles vies. L’oiseau nous protège et l’arbre nous accueille.

  6. Heliomel dit :

    Eclaircie, et si on faisait sang blanc?:)

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