Grand cru

Une tempête dans un bol
Parce que la feuille manquait d’air
Peut-être de largeur
Alors on ouvre les tiroirs pour parer à toute atteinte
On déploie les pièces de taffetas
On entasse les pierres et autres bimbeloteries
La valise est ouverte posée sur une table basse
On y glisse deux ou trois sourires
Un mot rare une âme lasse
Puis on regarde la grande aiguille de l’horloge
Et on boit le café encore un peu chaud
Sans autre forme de procès
.
La roue s’arrête et les étoiles tombent
On ne sait pas ce qui doit arriver
Ce silence est inconfortable
On s’y résigne comme à regarder au loin.
Le ciel se met à table
Il avoue qu’il ne cache rien
Mais des années de solitude
Le long d’une avenue déserte
Nous sont contées par tous ses biographes
Avec eux cultivons la douce incertitude
Vous ignorez mon âge
Le vôtre dépend du hasard.
– Je ne veux pas d’autres yeux que les miens

Sous mes paupières quand je dors

Signe de mauvais temps
Il pleuvait des chats blonds
Sur un nuage blanc
J’ai posé mon ballon

Entourées d’un ruisseau
Des femmes regardaient
L’ancre au milieu des prés
Fleur aux pétales noirs

Sous le poids de palanches
Remplies de lait mousseux
Elles gravissaient courbées
Un escalier de pierre

Le poids de leurs efforts
Tombait dans un chaudron
Un sapajou doré
Buvait sans retenue

Lorsque la caresse cessa
Le corps inerte, disloqué
Semblait enfin dormir en ce pré
Le vent osa s’approcher
Comme l’étreinte qui berçait, inutile, nos ombres
Le ruisseau étalait cette couleur sanguine
Scandant le geste mille fois répété
De ma lèvre à ta gorge bleuie
Nous avions communié
Dans cet enfer splendide de lys rouges
Que seuls les enfants grandis trop vite
Savent recoudre et découdre au matin

Eclaircie, Elisa, 4Z, Helio

à consommer avec modération

9 réponses sur “Grand cru”

  1. Elisa-R dit :

    Oublions la modération pour ce « grand cru » si bien nommé. Merci, chers comparses, pour le plaisir que nous partageons une fois encore.

  2. Michel dit :

    Combien de temps ça va durer?

  3. Michel dit :

    Le plus longtemps possible!

  4. Elisa-R dit :

    Ici, le temps n’existe pas…Chaque vendredi est le premier.

  5. josy dit :

    un vrai régal à vous lire…
    petits rêveurs d’une autre planète..

  6. Elisa-R dit :

    Merci Josy : celle qui contemple les rêveurs ne peut être, elle-même, qu’une autre rêveuse.

    Bien amicalement.

  7. Michel dit :

    je confirme!

  8. 4Z2A84 dit :

    On fait ses bagages
    sans oublier d’y glisser quelques sourires
    pour partir
    soit vers ces pays où il pleut des chats blonds
    soit vers cet enfer spendide où l’on cultive des lys rouges
    mais seulement quand nous dormons avec nos propres yeux.

  9. Éclaircie dit :

    Du bol au chaudron, le ciel nous envie nos étoiles, nos potions nos veilles et nos sommeils.

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