Des bestioles (extrait)

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Le charmant crabe lunaire

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Le premier exemplaire jamais localisé du blanc crabe lunaire, était gros comme poing. L’avait bien ses six pattes velues comme cycliste. Également deux pinces comme la verte étrille, sa consœur terrienne.
Sa grande occupation -sa raison d’être même- est de serrer des pinces. S’il peut vous alpaguer un revers, un ourlet, une partie de votre anatomie, un nez, il ne vous lâchera -et on peut le comprendre- pas d’autant plus que la compagnie sur la Lune n’est pas guère nombreuse.
Son langage est basique -une glossolalie-, gestes de sémaphore, souffle de champignon quand va y avoir du sport…
Alors en un éclair il vous casse la noix, vous tord les nougats sans pousser le moindrouf.

Qu’il reste sur sa Lune !
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Gracieuse, méduse d’Arcueil

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La méduse dansotte, écoutant le Satie -qu’il compose à Arcueil- dans son piano cercueil. A fait sa gymnastique, blottie dans l’aquarium, du restaurant chinois qui est au coin du coin. Il s’appelle Rivière, aux six parfums têtus…
Ventrue et potelée -bien qu’elle n’ait point de ventre, malgré un estomac- elle se nourrit d’un rien, quelques vagues bacilles, du plancton égaré passé par l’écumoire aux petits trous laxistes. A parle pas non plus car elle n’a pas de bouche. Bizarrement fichu ce bizarre animal.
Sa gestuelle est gracieuse, fluide comme un voile -sous zéphyr coquin s’il vient à rafraîchir la fesse pyropyge- et sa lenteur exquise -démarche de marquise… Et hop!-.
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29 réponses sur “Des bestioles (extrait)”

  1. 4Z2A84 dit :

    Du plaisir à lire ces extraits des « Bestioles » (ouvrage vraisemblablement volumineux, encyclopédique…Buffon…). On y devine le plaisir que tu y as pris toi aussi à l’écrire. Un souci d’invention ludique à chaque ligne, sinon à chaque mot. « Bien qu’elle n’est (pour n’ait) point de ventre… » : est-ce intentionnel ?

  2. 4Z2A84 dit :

    « La méduse dansotte
    Ecoutant le Satie
    Qu’il compose à Arcueil
    Dans son piano cercueil
    A fait sa gymnastique
    Blottie dans l’aquarium
    Du restaurant chinois
    Qui est au coin du coin… »
    Etc.
    Ah mesure, mètre, métrique…quand tu (vous) nous tiens (tenez) !

  3. OulRa dit :

    😉
    Encyclopédie bouffonnes, sûrement… géomètrée de même.
    (Houps ! point intentionnel mais d’inattention)

  4. Éclaircie dit :

    De charmantes bestioles, gracieuses de surcroît, vous z’avez tout dit sur le fond et les formes, moi, me suis régalée de cette chair de crabe en regardant danser la méduse.

  5. Heliomel dit :

    Il parait que finalement, c’est la méduse lunaire qui a mangé le crabe terrien, à moins que ce ne soit le contraire, ah ma pauvre tête…

  6. OulRa dit :

    Page 36 du S. [noms plus douteux que propres…]

    Sigismond le héron

    Son long cri qui n’est pas rond est un hameçon. Sa dégaine cacique de vieil avocat dégarni du parquet hésite entre l’émeu et le roseau des bords de Marne à bout de souffle; d’ailleurs -bien que d’ici- la grenouille, tel l’éléphant dans les lentilles, ne s’y trompe : elle fait un large tour…
    Car oui, Sigismond, grand glouton, aime et se pique de déglutir le gluant le visqueux et le pouacre comme son compatriote Martin (pêcheur des mêmes lieux).
    Son vol est lourd, son haleine vaseuse, son plumage maussade, son œil torve du strabisme du sartrien à lunettes d’écaille… C’est le pourquoi de sa hautaine solitude.
    Peu franc et végétatif, il épie, depuis sa cachette aux pieds dans l’eau – une garçonnière de derrière un rideau en cours de putréfaction – tout ce qui se passe.
    Un signe ne trompe pas, il est perchoir à mouches, aussi, n’y allons pas par quatre chemins : ce héron pue !

  7. Éclaircie dit :

    J’ai dépassé les miasmes et tenté de trouver le pourquoi du prénom du héron. (là j’ai échoué).
    J’espère qu’il y a beaucoup de volumes à cette Encyclopédie.

  8. Elisa-R dit :

    Mais où trouve-t-on cette charmante encyclopédie ? Il y a ici des mots jouets, fabriqués artisanalement, comme le « pouacre », que j’ai envie de réutiliser tout de suite.
    En lisant, j’ai le même plaisir qu’en contemplant, de mon fauteuil, les prouesses des hommes en blanc sur les barres asymétriques ou parallèles : le mouvement est fluide, rapide, gracieux et, à aucun moment, on ne prend conscience de la hardiesse de l’exercice exécuté avec un si beau sourire.
    En résumé, j’adore !

  9. 4Z2A84 dit :

    « Cocher ivre.
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    Pouacre
    Boit :
    Nacre
    Voit :
    .
    Acre
    Loi,
    Fiacre
    Choit !
    …. »
    Arthur Rimbaud (« Conneries » « Album Zutique »).
    .

  10. 4Z2A84 dit :

    « Pouacre :
    (Zoologie) (Familier) Butor tacheté.
    Les Chasseurs ont donné le nom de Pouacre à cet oiseau ; sa grosseur est celle d’une Corneille, et il a plus de vingt pouces du bec aux ongles;[…] — (Georges-Louis Leclerc de Buffon) »
    Wikipédia

  11. OulRa dit :

    -Plus simplement-
    Pouacre : De l’ancien français « poacre », adjectif (masculin et féminin identiques).
    Qui est sale, vilain, malpropre.

  12. Elisa-R dit :

    Je savais que mon Robert était petit ! Prise en flagrant délit d’inculture, je meurs…Enfin, je finirai par mourir, en attendant merci de remettre mes pendules à l’heure d’hier. J’avoue ne pas être proche de Rimbaud (non, pas de cailloux !)

  13. OulRa dit :

    Page 18 des G.

    La Geisha des altitudes

    Au dessus des nuages et dans la mère d’étoiles peintes, sa gestuelle est gracile, clabaudante de triphasé, minaudant le plumeau rare et palpitant – cuisse de colibri – la couette avec art, buste et corps (au pied levé) inclus. Malgré les lestes tentatives, cette exploration reste nimbé du grand mystère.
    Du doigt, elle – mais peut-être est-ce il ( on dira, en ce cas, Geisho) – fait tout pour que le feu prenne et que ça chante aussi bien que les sphères malgré l’interdit du jour, l’interdit de la nuit et par dessus tout, l’interdiction formelle d’avoir un avis qui ne soit pas conforme à l’édit du garde chamventrupêtre dont la seule force est d’être un centrifuge de gueule, mais je m’égare…
    Geisha n’a pas que ces talents – hé-hé-hé – car mille et un tours, qui tourneboulent les bouliers, font tatamis dedans ses manches !

  14. OulRa dit :

    Page …6,2 des …

    L’Élucubration, (luciola)

    C’est lors des douces nuits et des lunes luisantes, dans les clairières, les sentes creuses lorsqu’elles se jettent dans les chemins vicinaux, qu’on peut – si la chance… -la rencontrer, l’entendre, la repèrer, l’apercevoir… Elle vit en ban souvent, de danse et de parade, comme le grain de poussière de l’électrique spectre de la Loïe Fuller.
    Je ne m’attarderai ni sur ses belles formes – rondes, ambigues, grèles, raides, délicatement duveteuses aux pliures, amples, harmonieuses dans le choix des orientations nord ou sud des brindille qui font pattes, angulaires, squelettiques ou qu’en sais-je… – ni sur ses couleurs – brunes, taupes, bronzes, braises grises ou bruyère qu’en sais-je… – ni sur ses bruits de vie physiologique, d’envol ou de mue; je ne l’évoquerai ici, que sous le prisme des lumières de son pétard.
    Ho la belle bleue ! Ho la belle verte !

  15. Éclaircie dit :

    Surprise, humour, jeu de mots et de lumière à chaque page, j’aime !

  16. OulRa dit :

    … & en page F?

    Le Fdautruche

    Naissant d’un sonore « Plop » de plumes, le Fdautruche est une créature qui croit croître dans un lit de brindilles ou d’autres foins, à l’ombre, mais au chaud, d’un imposant couvercle de chair de poule. Croître est un grand mot car il reste parfaitement immobile et d’aspect inchangé, aussi rond, dur et lisse qu’un caillou de marmite sauf… Lorsqu’un artiste régional s’en vient le décorer de traits et points pour les Pâques.
    Ce mutisme pourtant cache une évolution. Inexplicablement, T l’instant survient, et des petits bruits de fracture ouverte se font entendre…
    Mais la plupart du temps, il faut bien l’avouer, le Fdautruche termine sa courte existence en omelette ou bien bu* par un Improbablosaure dont aucun nonos n’est encore parvenu jusqu’à nous. Alors ces drames se finissent en criaillements, en débris tandis que le prédateur s’éloigne, se pourléchant distraitement la babouine.

    *(La taille des mouillettes !)

  17. OulRa dit :

    … En pagem :

    La marmotte

    La marmotte à rouflaquettes a pour marotte la ronflette, mais voilà qui n’est pas bien vu par les marmousets ou les tamarins ses voisins. Finaude et pour avoir la paix, elle inventa un mot puisque dit-on, le mot est la chose. Marmotte réfléchissait pendant qu’on croyait qu’elle dormait… De plus, par Belzébuth, le mot se conjuguait en marmotte. Je marmotte, tu marmottes, il ou elle marmotte (des choses d’importance), nous marmottons, vous marmottez, ils et elles marmottent également.
    Encore faudrait-il que nous marmottassions nous-même pour comprendre et connaître ce que marmotter signifie… Sur ce, le marmouset jaloux mâchoire tombée resta coi, son cousin tamarin sans le savoir maugréa.
    Moralité : pour être tranquille pendant votre sieste, jargonnez un peu pour qu’on la respecte.

  18. Éclaircie dit :

    Je passe poursuivre mon instruction. Scusez, j’avais fait école buissonnière en décembre, par chance le Fdautruche est resté frais, m’en vais faire la sieste, repue et marmottante.

  19. 4Z2A84 dit :

    « Encore faudrait-il que nous marmottions ».
    Encore aurait-il fallu – ou eût-il fallu – que nous marmottassions.
    La concordance des temps est-elle le dernier des soucis des marmottes et de leurs observateurs ? Si oui, on ne leur en veut pas car… »c’est coton ».

  20. OulRa dit :

    Et la marmotte trucidait sa grammaire…

    ;o)
    Hé-hé

  21. OulRa dit :

    Les B…

    La Boa

    En pleine sieste digestive, elle est fort difficile à repérer tant elle ressemble à un chapeau. Détail ô combien caractéristique : la Boa se différencie du Boa mâle par un opulent système plumeux dont la couleur fluctue suivant les supports auxquels il s’accorde sans atteindre la perfection du caméléon des motifs kilt, tapisserie mille fleurs ou modèle pied de poule de la maison Dior, lorsque celui-ci reste longtemps concentré, assez.

  22. 4Z2A84 dit :

    Régine – ou bien était-ce Zizi Jeanmaire ? – chantait « Mon truc en plumes »…

  23. OulRa dit :

    M

    Le microbe

    Le microbe est microbien. L’est ami des amibiens, des nyctalopes noctiluques. Il se meut en Noctilien, et il passe de mains en mains pour finir en cacahuètes (publiques).

  24. OulRa dit :

    … Page C ou D [suivant la méthode]
    La crevette déviée

    Cousine de la rare crevette de beignoire, la crevette d’évier, vit très discrètement, cachée dans les trois bols – alimentaires – et les soucoupes louches, que lèche la surface de la peau irisée par les gras et les huiles du dos de l’eau qui dort. C’est dans l’eau de maigreur, que ses petites pattes de blanc cavernicole se posent sur le lisse, des plats qui se souviennent, du râpé du haché, des sauces et du saucé que le concave sauve de la mousse qui pique, de la mousse qui poque.
    L’appendice caudal de cette assez petite lui permet d’approcher, lui permet de brouter les copeaux d’estragon, la concrétion purée. – Dans ses parages on trouve, aussi quelques têtards, (confettis de la langue et bel’ mère pompette !) –
    C’est une solitaire, qui la vaisselle faite, s’en va distraitement par les tuyaux qui courent dans les appartements qui claquent de la porte comme le bigorneau ou le Bernard l’ermite (stylite).

  25. 4Z2A84 dit :

    J’aime beaucoup, entre autres, ce « dos de l’eau qui dort ».

  26. oulRa dit :

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    Un asticot de pomme

    Dans la pomme, en reptation il circule. Sous la peau rouge, comme un wagonnet de mauvaise mine, sa progression est mystérieuse dans le charnu de l’obscurité. Il s’empiffre, il s’empâte l’épicurien qui randonne; ses yeux tombent dans le sucré. Le drone de sa manducation fait vibrer le fruit, la branche, la feuille et l’arbre. Il ne suit aucune flèche, c’est en têtu que son crâne d’obus l’entraîne dans la chute métabolique de sa pomme. Peut-être, alors, qu’une poire ferait l’affaire.
    & l’on croit que l’oiseau goûte à la pomme, mais c’est la tête qu’il vise.

    😉

  27. Éclaircie dit :

    Ah ! Ah ! l’alphabet d’Oulra est sens dessus-dessous sans dessous-dessus.
    Revenir au A revient à remonter à la genèse. Et là, pour sûr, il nous faut la Pomme !
    Si les drones hantent même le Verger…
    Ravie de te retrouver par ici.

  28. oulRa dit :

    Le cochon d’Indre est loir

    Il est vrai qu’il ressemble peu au cochon : vous laveriez-vous les dents, armé d’une touffe de ses poils ? Sans grande peine conceptuelle, on pourrait le croire loir, marmotte ou gerboise. À bien y regarder, même, ornithorynque de carnaval -le bec étant le loup superfétatoire du masque-. Son cri de sonnette asthmatique qu’active le fumet d’une l’épluchure ou d’une feuille de salade m’inciterait à le classer dans la famille étendue -un cousinage n’empêche la bâtardise- des gastéropodes velus.

  29. Éclaircie dit :

    Le bestiaire s’agrandit, on t’en félicite. ce cochon est un poil burlesque, non ?

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