Le sommeil

Ecrit d’après un tableau de Gustave Courbet que vous pouvez voir en tapant sur Google le nom du peintre et celui du tableau.

Le sommeil

Sur un lit dévêtu de satin bouillonnant

Deux corps entremêlés au sortir d’une fête

La blonde vers la brune à demi se tournant

Ont fait don à Morphée de leurs formes replètes.

.

La pose est alanguie, la lourdeur des paupières

Et les bras étendus témoignent du repos

Succédant aux ébats d’amantes coutumières

Des plaisirs souverains tant chantés par Sappho.

.

La grande aux cheveux noirs a renversé la tête,

La blonde appuie sa joue sur son sein, doucement.

Ces modèles parfaits pour un tableau d’esthète

Sont bien attendrissants dans leur dépouillement.

.

Rondeurs épanouies, fins poignets et chevilles,

Quelques bijoux épars sur fond de liliacée,

Parfum de liberté auréolant ces filles

Et discrète impudeur habilement tracée.

.

Grincheux, de Cupidon ne détournez les flèches,

Pour ma part je ne vois que jeunesse ravie,

Délaissez vos tabous et vos mines revêches,

Rare est la tolérance et trop courte la vie !

.

Hommage à toi, Courbet, pour l’amour, la tendresse,

Que tu mis à l’honneur sur cette couche rose,

Peignant, cheveux défaits, ces deux belles maîtresses.

Merci de l’avoir fait, avant qu’un autre l’ose.

Frangine

5 replies on “Le sommeil”

  1. eclaircie dit :

    Courbet a souvent fait scandale avec ses toiles. Par ton poème tu évoques très bien « Le Sommeil », ainsi que ton choix pour la liberté, de l’artiste et des modes de vie. Le tout en alexandrins. Merci et bienvenue pour ce premier poème déposé en tant qu’auteur.

  2. Heliomel dit :

    Les lèvres sont légèrement entrouvertes, on croit entendre leurs respirations.
    Félicitations

  3. 4Z2A84 dit :

    Excellent poème de facture classique.
    Sur le même thème Verlaine composa une suite de 6 poèmes intitulée « Les Amies ». Voici le premier :

    « Sur le balcon

    Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles :
    L’une pâle aux cheveux de jais, et l’autre blonde
    Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
    Vaguement serpentaient, nuages, autour d’elles.

    Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,
    Tandis qu’au ciel montait la lune molle et ronde,
    Savouraient à longs traits l’émotion profonde
    Du soir et le bonheur triste des cœurs fidèles.

    Telles, leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples,
    Couple étrange qui prend pitié des autres couples,
    Telles, sur le balcon, rêvaient les jeunes femmes.

    Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
    Emphatique comme un trône de mélodrame
    Et plein d’odeurs, le Lit, défait, s’ouvrait dans l’ombre. »

    Paul Verlaine (« Parallèlement »).

  4. Elisa-R dit :

    Le poème pourrait être posé juste sous le tableau tant il lui rend hommage avec élégance.

  5. Frangine dit :

    Merci à vous pour vos commentaires.
    Merci 4Z pour le sonnet sur ce « couple étrange ». Je ne le connaissais pas.
    Merveilleux « le bonheur triste des coeurs fidèles ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *