Croqueberlue

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Dehors la lune se teignait d’auburn en passant, de crépuscules en crépuscules, de mains en mains et dans les bains experts du crachin de la ville.
Croqueberlue, nu comme un vers, se rasait et se lissait du bec la plume imaginaire car il était encore tout couvert de l’étrange poudre d’esperluette* qui dans la nuit avait grêlée.
Le geste était gracieux, méticuleux comme un protocole et propice au remuement du quoi faire demain, ou même du qu’emporter tenace.
Il prenait en dandy, malins temps et plaisirs à s’expertiser sous toutes les coutures dans le grand miroir de la salle des bains et ablutions qui occupait les deux tiers de la surface qui lui était allouée.
Il lui faudrait ceci, il lui faudrait cela pourvu que la valette à roulises puisse les contenir tout entier et se fermer d’un claquement de ses ferrures usées (sous lui s’il le fallait).
Toute sa famille de muscadins et me’veilleuses, précieuse -ridicule en un mot- en était fière car il portait des chaussures d’apparat si hautes qu’il ne pouvait se déplacer lorsqu’elles étaient à son pied -aussi, souvent les portait il dénouées à la main-. De même, son baise chic en ville était trop étriqué pour contenir son contenant et trop grand pour son inutilité. Il devait donc en emporter un second pour suppléer au premier et à tout ce qu’il ne pouvait renfermer.
Vous ne connaissez pas? C’était l’époque où l’on était devenu tellement fou de plumes, de rubans, de couleurs pastel, de chiffons, jabots, stras et falbalas que lorsqu’on pépiait dans les couloirs, les allées ou les alcôves les seuls sons qui sortaient des glottes à bulles étaient des « Léon-Léon » à voix de poissonnier.
Cela n’empêchait pas qu’on pissât dans les tentures, les lambris et les fontaines, attentif en girouette au moindre courant d’air du temps.
Difficile vie que celle du courtisan.
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*L’esperluette (en particules) rendant bêtes et choses fort molles…
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6 réponses sur “Croqueberlue”

  1. Elisa-R dit :

    Charmant !
    Ta langue à « roulises » nous manquait.

  2. 4Z2A84 dit :

    Une belle époque où les mots bien en bouche faisaient le bonheur du palais. Avant, il y avait eu Rabelais, mais ceci est une autre histoire.

  3. Fauchon dit :

    l’esperluette étant faite pour relier deux mots, je propose de mélanger avec la poudre d’escampette et de tirer un coup d’escopette pour lancer le bal

  4. 4Z2A84 dit :

    A ce bal que d’escogriffes et d’escobars ! De quoi occasionner des escares que même une cure d’esculine ne guérira pas…Chacun trouve sans s’exciter sa place sur l’escarpolette comme les cocus à cornes sur l’escargotière. Mais pour ceux qui n’ont su s’emparer d’Excalibur c’est dans l’eschatologie que réside quoique escamotable l’escalator vers la vérité !

  5. Éclaircie dit :

    À croquer, ce portrait.

  6. OulRa dit :

    ;o)

    Mon royaume, pour un zèbre !
    Mr’ki à tous (en tong)

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