Volte-face.

 

Rien ne distingue des autres survivants ce personnage qui construit dans ta tête un grand mur. S’il cherchait son semblable sans doute entendrait-il l’écho lui répéter le nom sous lequel les hommes se cachent. Tous travaillent à l’écart et au cœur d’une montagne dans laquelle le vent s’introduit par des oléoducs. Aussi faut-il, pour revoir le soleil, s’en extraire avec des passeports étudiés de très près sinon à la loupe. Mais parmi les curieux nul ne se plaint de prendre ainsi congé du ventre maternel – au contraire.
Le long du flanc toujours ciré des éminences, une luge glisse lorsque le téléphérique toujours en retard (à croire que son câble a des nœuds) use la patience et les nerfs. Ou bien le train où l’on a à l’avance réservé sa place sort d’un tunnel et se faufile à travers des sapins fiers ou indifférents vers la vallée. Wagon, luge et téléphérique vous emportent loin de votre tiroir et de vos précieux instruments. Ici le soleil luit comme un œil grand ouvert, ou comme un jaune d’œuf collé sur un tableau d’école, et le vent est si pur que personne ne réclame un tamis avant de le boire.
L’orage cabotine en montrant à tous sa gueule. Abrités, nous l’encourageons, répondant par des mots dont le poids varierait sur une balance, à ses coups de boutoir, lesquels font trembler le ciel. Fraîches bouches, n’hésitez pas à mordre dans les poèmes inédits et laissez la prière atteindre seule son but ! Si, en forêt, sont composées de lourdes symphonies, est-ce pour tenir à l’écart, voire pour éliminer les chants d’oiseaux ?
Le mur a changé de fenêtre – ou la fenêtre de mur. De là, regardons mourir l’averse tout en écoutant vibrer la crue des eaux comme un essaim de pneus sur l’autoroute. Qui sommes-nous pour tenir à l’azur de tels discours et pour nous souvenir d’avoir été une femme et un homme parmi des travailleurs nourris avec du son et la pelure des pommes de terre ? Ailleurs nous bâtissions des cathédrales ombreuses dans lesquelles les champignons proliféraient – dont certains vénéneux. Chassés par le jour des nuages y trouvaient refuge, et nous cherchions si dans l’eau condensée en fines gouttelettes, ne se cacherait pas une perle, à l’instar de celle qui mûrit dans l’huître, sécrétion dont nous aurions tiré profit en nous offrant un voyage autour du monde, en yacht – ou en rêve, sur Mars.

4 réponses sur “Volte-face.”

  1. Elisa-R dit :

    Il existe des murs, dit-on, qui cèdent leur place aux fenêtres . Ils semblent disparaître à jamais…. En fait cela est faux : ils sourient, invisibles, aux nouveaux paysages.

    « Volte-face », j’aime l’élégance de cet assemblage.

    Merci pour ce nouveau bonheur de lecture.

  2. Éclaircie dit :

    PASSIONNANT…

    La naissance est ce voyage entre des murs que l’on voudrait bleus, ensuite l’on s’envole ou rampe jusqu’à ce halo de lumière enfoui au fond d’un puits.

  3. Elisa-R dit :

    Tu as raison Eclaircie, le mot passionnant est bien choisi et je l’utiliserais bien volontiers pour ce personnage évoqué dans les deux premières lignes. Depuis que je l’ai croisé ici, je ne cesse de l’imaginer tantôt sur une échelle tantôt se délassant sur une chaise. Bien qu’il conserve en permanence un visage concentré et sérieux, je le trouve extrêmement distrayant.

  4. 4Z2A84 dit :

    Merci à vous. Je serais bien incapable d’apporter à ce texte des précisions (d’ailleurs vous avez…l’élégance (tiens ce mot est dans le premier commentaire d’Elisa) de n’en pas demander. En grande partie, il m’échappe. Pourtant, lorsque je l’écrivais…Mais le temps ne suspend pas son vol et la mémoire vieillit dans un tonneau percé.

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