Deux poèmes de Jean Follain (1903-1971)

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« L’éclipse de soleil
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A la lisière du champ un homme se promène,
il porte une chemise raide et glacée
et sa vue merveilleuse
lui fait lire trois heures au lointain clocher
et déjà dans le cour d’école
le maître à la barbe pointue
instruit les enfants dans le faux crépuscule,
il les fait regarder
par un carreau de verre fumé
sur quoi leurs doigts tachés d’encre violette
laissent des empreintes courbes et fines
Dans les volières s’endorment les bêtes
et sur les grand-routes assombries
les cavaliers maîtrisent leurs montures ;
dans les villes on éclaire les banques où sont des jeunes filles
émues et blanches aux grands guichets. »
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Jean Follain (« Chants terrestres » 1937).
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« Rigueurs et délices
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Une peinture en trompe- l’œil
fait les délices d’une servante
le vent déchire un ciel de tourment
on abat les cartes
dans le triomphe de la vie
une inconnue approche
qui sait des postures
éblouissantes
et la haie abrite près des nids
toute l’acidité des baies
mais que d’oiseaux
nous restent étrangers
que de couples s’éloignent ! »
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Jean Follain (« Territoires » 1953).
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7 replies on “Deux poèmes de Jean Follain (1903-1971)”

  1. 4Z2A84 dit :

    Pour apparaître, l’invisible a besoin des mots et de leur éclairage.
    Sous les phares d’automobile : les premières gravures pariétales.

  2. Éclaircie dit :

    Ah ! ton cadeau de la semaine.
    Toujours j’attends de connaître l’auteur et le texte (ou les poèmes) que tu nous offres.
    Il me semblait avoir appris dans mon enfance un de ses poèmes, je n’ai pas retrouvé lequel, mais j’ai lu de lui, entre autres, celui-ci que j’ai aimé aussi.

    Parler seul

    Il arrive que pour soi
    l’on prononce quelques mots
    seul sur cette étrange terre
    alors la fleurette blanche
    le caillou semblable à tous ceux du passé
    la brindille de chaume
    se trouvent réunis
    au pied de la barrière
    que l’on ouvre avec lenteur
    pour rentrer dans la maison d’argile
    tandis que chaises, table, armoire
    s’embrasent d’un soleil de gloire.

    extraits du livre Exister de Jean Follain. Éditions Gallimard, 1969

    J’ai lu qu’il avait connu Reverdy, côtoyé André Dhôtel entre autres.

  3. 4Z2A84 dit :

    Avec des mots simples avec le quotidien Follain nous trouble. On ne peut que l’aimer.
    Dans sa fameuse collection de poche « Poésie », Gallimard a également publié en un ouvrage intitulé « Usage du Temps » les premiers recueils de ce poète.
    Oui, je lui trouve des points communs avec des écrivains aussi différents que Dhôtel, Reverdy et Cadou qu’il a également connu (cf. Ecole de Rochefort, groupe littéraire formé en 1941…Luc Bérimont, Jean Rousselot, Michel Manoll, René-Guiy Casou, Louis Guillaume, Paul Chaulot, Marcel Béalu, etc).

  4. 4Z2A84 dit :

    René-Guy Cadou.

  5. Elisa-R dit :

    Merci à vous deux.

  6. OulRa dit :

    Comme Éclaircie, il me semble que j’ai lu du Folain (en parallèle avec Guillevic) tandis que j’étudiais.
    Une musique des humbles et des campagne, pour moi…

  7. OulRa dit :

    Follllain, pardon <] 😉

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