Un texte de Benjamin Péret.

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« Le monde est fait d’eau, de terre, d’air et de feu et la terre n’est pas ronde mais a la forme d’un bol. C’est un sein du ciel ; l’autre se dresse au milieu de la voie lactée.
La terre engendre les mouches, fantômes diurnes préposés à sa garde lorsqu’il fait chaud car, par temps froid, la terre sèche, se fait courge et n’a plus besoin de gardiens, tandis qu’en été la fumée lui sort par les oreilles et, sans les mouches qui la guident vers le ciel, les nuages traîneraient sur la terre comme des chiffons sales.
Arrosée, la terre donne :
1. Le rouge à lèvres dont on extrait le baiser.
On distingue deux sortes de rouges à lèvres : le rouge ondulé à longues vagues qui, par distillation, donne les drapeaux et le rouge léger dont la fleur produit le baiser. Ce baiser s’obtient d’ailleurs de deux manières différentes, soit par dessication de la fleur cueillie au moment de l’éclosion, soit par écrasement de la graine qui donne une essence très volatile et difficile à conserver.
2. Le bain turc, qui s’obtient en pétrissant de la terre humide avec du lait caillé et fait tant de bruit qu’on l’a peu à peu relégué dans les régions désertiques.
3. La grenouille, qui dévore lentement la terre.
4. Le violoncelle, dont l’emploi est de plus en plus fréquent dans le thérapeutique de l’arthrite et, réduit en poudre, jouit d’une grande faveur dans le lavage des lingeries fines dont il n’attaque pas les couleurs.
5. Les lunettes de myope, qu’on obtient en ramollissant la terre dans une infusion bouillante de thé de Chine, puis en faisant cuire le tout au bain-marie.
De la terre humide, on extrait encore beaucoup de choses, comme la boussole, le cervelas, le boxeur, l’allumette, la préposition, etc…qu’employaient encore nos grands-mères mais qu’on ne trouve plus aujourd’hui que chez les antiquaires.
En soufflant sur la terre, c’est-à-dire en y introduisant de l’air, on obtient, si l’on souffle peu, la groseille à maquereau et, si l’on souffle fort, le tricycle. »
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Benjamin Péret « Histoire Naturelle – Les Quatre Eléments » (1947).
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7 replies on “Un texte de Benjamin Péret.”

  1. Elisa-R dit :

    A la fois poétique et drôle !

    Merci 4Z, je vais essayer d’obtenir le tricycle…

  2. OulRa dit :

    Quel régal que cette terre vue par la vigie Péret !
    Ni plate, ni ronde, ni portée par des éléphants (plus probablement par des éléphantasques) c’est là géographie et cosmogonie autant farceuse que poétique…
    Merci pour cette lecture AZ.
    ;o)

  3. 4Z2A84 dit :

    Monsieur OulRa,
    Je m’appelle 4Z et non AZ ! Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr…
    Signé : X.

  4. 4Z2A84 dit :

    Le disque-monde est soutenu par la Grande-Tortue et quatre éléphants géants (d’après Terry Pratchett).

  5. 4Z2A84 dit :

    Dans la mythologie hindoue le monde serait porté par quatre éléphants , eux- mêmes portés par la tortue Akupara, assurant le lien entre le ciel et la terre. Le Rig veda et autres textes myhologiques accordent une place sacrée à la nature créée par Brahma.

  6. Éclaircie dit :

    Non seulement on se régale de cette terre vue par Benjamin Péret, mais on explore la Terre dans la mythologie.

  7. OulRa dit :

    Houps !!!
    AZ c’est la cuisine, c’est pas vous 4Z…
    Désolé, & m’en voyez fort Marie
    <] ;o)

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