La musique de l’eau

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Il avait choisi pour le voyage

Une cage d’ascenseur déserté des oiseaux

Un tapis suffisamment râpé pour être confortable

Quelques feuilles naissantes

Un étranger que l’on croise en silence

Sûr de ne pas être reconnu

Quand la glace reflète l’enfant que l’on n’a jamais été

Il avait écrit un chant de cigales

Passant l’hiver à la neige

Pour cacher leurs amours

Sous les flocons de poussière de ces planètes

Qui l’auraient accueilli

Si elles n’avaient pas disparu

Puis il est rentré

Il a salué son voisin et les arbres

Impatients de son retour et jaloux de son silence

.

Ce serait un petit chat endormi

Sur les gravats tristes

D’un chantier abandonné à la pluie

.

Parfois un air fredonné

Par une bouche close

.

Ce serait un printemps

Et des rats hésitant

A mouiller leurs petites pattes

Délicates et roses

.

Ou alors ce serait un train qui s’arrête

Dans une gare sonore et joyeuse

Pour laisser monter dans le wagon de tête

Une muse qui s’ignore

:

Quand les eaux se font sanglots

Le torrent  qui les emporte

Asperge les rives abruptes

De buées de désespoir

De sauts d’humeurs froides

.

Déveines sur le porphyre

Coulez flots de misère

Emportez les chagrins

Les brins  d’illusions

Comme fétus de paille

 .

La mer est là qui vous attend

Pour laver vos affronts

Panser vos cicatrices

Pour vous redonner

Votre virginale transparence

.

Quand un nuage est rouge

C’est que l’océan martyrisé

Se fatigue devant trop de malheurs

Alors aux coins des yeux du désert

Pleurent les  roses des sables

.

Depuis que nous regardons ailleurs

Les réveils n’indiquent plus l’heure

Ni les panneaux le meilleur des dentifrices

Ni les nuages l’orage en perspective

Ni des pas sur Mars et Saturne leur colonisation

Ni l’ombre puis l’éclaircie la fuite des jours

Ni des gants fourrés des mains frileuses

Depuis que nous regardons dans la mauvaise direction

Le soleil n’éclaire plus la lune avec tendresse

Il se contente d’en balayer la surface

On n’y trouve plus aucune feuille morte

Alors nous levons les yeux et au plafond apparaissent

Des lézardes comme des fleuves sur une carte de géographie

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Par :

Élisa-R, Héliomel, 4Z2A84, Éclaircie

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6 replies on “La musique de l’eau”

  1. Éclaircie dit :

    Un bon cru.

  2. 4Z2A84 dit :

    Je dirais même plus : un cru superbe.
    Ca se déguste de haut en bas, partout avec un plaisir envié des orphées de tout acabit.
    Même silencieuse l’eau est musicale.

  3. Elisa-R dit :

    Je n’ai pas lu, j’ai voyagé ! Merci à vous trois.

  4. Éclaircie dit :

    Merci vous trois, aussi !

  5. Heliomel dit :

    Chat échaudé craint l’eau froide, mais pas pas la musique ni les panneaux ni les nuages ou les pas sur Mars, et s’il choisit les cages d’ascenseur désertées par les oiseaux, c’ est que vaincu par la fatigue, il n’ à pas envie de chasser.
    C’est vrai que ces vendredis sont un moment de plaisir. Amitiés

  6. Elisa-R dit :

    Je reviens par ici pour écouter cette musique encore une fois…

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