Deux poèmes de Pierre Jean Jouve

« La mort et le lac
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Se peut-il que je voie en cette forme immense
Par déchirement de révélation
Glorieuse au milieu de sa chair bienheureuse
La mort ?
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En cette masse d’eau remuant par les brumes
Doucement étalée aux rives de nul pas
Et que chasse le vent l’haleine de l’histoire
Caresse énorme des coutumes de hauteur ;
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Et les nuages enroulant des montagnes de clameur
Sur les monts mêmes disposés en chœur antique
Autour du meurtre ! les nuages voluptés
D’échevellement tragique ou de salace jouissance !
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Le soleil somptueux s’aimant dans vents et brumes
Et terre ! et souvenir ! et soliloque pur !
– Tout ce visage bien-aimé sous les orgues forestières
Serait la mort son intérieur mon futur. »
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« O Musique, toi mère des voluptés vraies,
En toi j’aurai recours à l’âge du tourment
Pour faire encore entre tes rayons et tes plaies
Un dernier pas ! pour être en poésie encor
Celui qui possédé par l’image ineffable
En mémoire absorbé par tes plus purs instants
Plongé dans l’instrument dans le baroque énorme
Qui pleure avec amour sur le gouffre du temps,
Pense : et que moi encor que moi encor je dise
Le semblant d’un Pouvoir aussi divinement. »
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Pierre Jean Jouve (1887-1976). « Moires » (1962).
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2 replies on “Deux poèmes de Pierre Jean Jouve”

  1. Éclaircie dit :

    Pas facile de pénétrer dans ces poèmes, surtout le premier.
    Je préfère le deuxième où cette évocation de la musique et du temps me touche beaucoup.

  2. 4Z2A84 dit :

    Jouve est en effet un poète difficile. Son épouse a été à ma connaissance le premier traducteur de Freud en français. La psychanalyse marque la poésie de l’auteur de « Sueur de Sang ».

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