Les framboises – Bolansky

Ce n’est que concassées en surgelés douteux

ou lorsque éparses elles tapissent certains dimanches

quelque pâtisserie chichement édulcorée

que les framboises échappent à aspirer

la fleur de mon âme

vers leur carénage,

complexe imbrication

de finesse, grondements, et émois humides.

 

Je m’étais épris à mon insu autant qu’au sien

lorsque pris au piège d’un grondement arrosé d’orage

annoncé seulement par une appréhension imperceptible

je l’avais régalée

mes mains formant écuelle de fortune

 débordante pour l’occasion

de l’immédiate cueillette

en plein aveu d’arômes divins

à force de pluie soudaine  tiédie d’été.

 

Elle s’était ri de cette récolte

effectuée au péril nigaud

d’une chute, probablement effroyable

à flan de coteau des voies ferrées

jouxtant l’insondable forêt,

hantée sans doute de l’instantané

d’une éradication fulgurante

sanction d’orgueil infantile

appelant la culbute

par les rafles de ronce

uniquement au nom

de la chimère d’une baie

dont l’érubescence

rendait insurmontable

qu’elle fût hors d’atteinte.

 Bolansky

4 replies on “Les framboises – Bolansky”

  1. eclaircie dit :

    Délicieusement sensuelles, ces framboises.

  2. Elisa-R dit :

    Que n’est-on prêt à faire pour déguster ces délices de la nature!
    J’aime les framboises…et le poème.

  3. Frangine dit :

    J’apprécie ton souvenir avec les framboises (moi j’en ai un avec des figues auquel je tiens) et les deux premières stophes me ravissent.
    Je trouve la troisième un peu précieuse, avec un langage un peu trop recherché au regard du sujet traité, mais ce n’est que goût personnel. C’est une belle écriture.

  4. 4Z2A84 dit :

    Et si on passait à l’orange ? (Non, mieux vaut attendre le vert…).

    L’orange, Francis Ponge, Le Parti-pris de Choses, 1942, Gallimard.
    Comme dans l’éponge il y a dans l’orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l’épreuve de l’expression. Mais où l’éponge réussit toujours, l’orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l’écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d’ambre s’est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, – mais souvent aussi de la conscience amère d’une expulsion prématurée de pépins.
    Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l’oppression ? – L’éponge n’est que muscle et se remplit de vent, d’eau propre où d’eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L’orange a meilleur goût, mais elle est trop passive, – et ce sacrifice odorant…c’est faire à l’oppresseur trop bon compte vraiment.
    Mais ce n’est pas assez avoir dit de l’orange que d’avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l’air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l’accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s’ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l’ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l’avant – bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.
    Et l’on demeure au reste sans paroles pour avouer l’admiration que mérite l’enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon – buvard humide dont l’épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.
    Mais à la fin d’une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, – il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d’un minuscule citron, offre à l’extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l’intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C’est en lui que se retrouvent, après l’explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, – la dureté relative et la verdeur (non d’ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d’être du fruit.
    Francis Ponge 1899-1988

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.