Un poème de Yanette Delétang-Tardif

« Stances de l’hiver consolable » (Extrait).
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« Hiver ! inspire un chant que mon ardeur déroute
Jusqu’à ce coupe-feu où n’entre nulle route
Qui ne revienne à soi et ne se frappe au cœur.
Les bois, les faux labours, les humbles paysages
N’auront pétrifié sous nos pas leurs présages
Sans glacer loin d’ici l’objet de leur stupeur.
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Campagne mise à nu et triste vol des feuilles
Voici ton œuvre, hiver, et rien que tu ne veuilles ;
Faisant loi, durcissant les flaques du miroir
A ces marches de flanc que la nature invente :
Avancer non rebelle et sans cesse changeante
Ne pas rendre à l’automne un seul or à surseoir.
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Sous le vent du grand Nord et les moires éteintes
La poigne des titans cuirasse son étreinte
Et guide dans le gel les rafales du Temps ;
Flots figés, jeux de roc, interminable suite
Qui du fond d’un sérac, ici se précipite
Mais la reine des nuits nous sourit lentement.
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Et nous, d’aimer ce signe étroitement gardé
Dans l’héroïque larme et dans la volupté
De tel été trop beau pour la métamorphose
Nous sauvons du silence un monument d’azur
D’où reviendront nos voix pour le calme futur
D’habiter enlacés l’abîme d’une rose.
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C’est un clair changement que le secret du givre
Et célébré dès lors dans la faveur de vivre
Si les lits des forêts et les étangs des chambres
Viennent à rebroder d’insinueuse nuit
Le nom mystérieux que ce couple poursuit
Jusqu’aux crêtes durcies des chemins de décembre. »
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Yanette Delétang-Tardif – « Les Emblèmes » Ed. Subervie 1957

3 réponses sur “Un poème de Yanette Delétang-Tardif”

  1. 4Z2A84 dit :

    Yanette Delétang-Tardif, née à Roubaix en 1902 et décédée à Paris en 1976,
    publie son premier recueil, « Éclats », en 1929 et apporte son concours à plusieurs revues où on l’accueille parmi les poètes confirmés.
    Elle rejoindra les « Amis de Rochefort » dès la création de l’École par Jean Bouhier en 1941. En dehors de cette pléiade d’auteurs dont elle s’est sentie proche, tout en défendant des conceptions personnelles de la poésie qui parfois l’en éloignaient — par exemple en ne rejetant pas Mallarmé —, Yanette Delétang-Tardif nourrissait également de l’admiration pour les Romantiques allemands et le Nerval des Chimères.

  2. Éclaircie dit :

    Une écriture très classique et très belle.
    Une découverte pour moi, merci !

  3. Elisa Romain dit :

    Merci 4Z pour cette belle voix.

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