Vingt-sept heures soixante-douze

Je suis né sur la lune
En 1657
C’est-à-dire au début de sa colonisation
Par les jupitériens
A cette époque une feuille de salade
Recherchée par la police galactique
Nous abritait mes parents et moi
Des torpilles qui fleurissaient sur la voie lactée
Hurlackchimsocktruz répétait le chien
En plusieurs langues et sur tous les tons
Mais l’amitié d’une pieuvre
Voyageant en fiacre à travers l’hyperespace
Absorbait toute mon attention
Si bien que j’échouai à l’examen d’entrée
A la morgue
– Le lendemain je fus déprogrammé
.
Brigitte sortit de son sac à malices un tube de rouge à plèvre, un plan de Djakarta et descendit à la station Châtelet. Les cœurs d’artichaut fleurissaient sur la place Saint-Michel. Le printemps précoce faisait éclater les bourgeons de la tour Montparnasse et la Seine pleine de l’hiver accouchait sur les quais. Plus loin elle entra dans une quincaillerie de la rue de la Huchette et commanda un bœuf bourguignon à l’Asiatique aux yeux privés. Plus tard elle reprit la trémie du métro, acheta un journal. Au voyageur qui lui fit observer qu’elle lisait le journal à l’envers, elle répondit que les nouvelles étaient renversantes. Puis elle s’endormit
.
Les jambes doivent être sur le trousseau
Chantait Madeleine qui déambulait sur les trottoirs
Verts de la ville aux trois bouchers
Les bras des spectateurs seraient tombés de leur patère
Si l’homme en cravate à pois ne leur avait joué
Un air de jazz avec ses trois complices couverts d’un melon
C’est la vieille demoiselle aux paupières bleues
Qui se réjouissait du repas ainsi préparé
Têtes de veau et oreilles de porc paradaient sur les tables
Et l’oseille ne faisait pas défaut sur la porcelaine
.
Les barbelés des champs de guerre rêvent
De fantômes errants qui s’accrocheraient à leurs dents
Le dé à coudre baisse l’encolure et enfourne l’aiguille
Comme la lance d’un chevalier
La guerre est commencée!
Pourtant le colloque n’est pas terminé car la cloche est muette
Elle a perdu ses ailes et refuse de sonner
Accroché à un fil le fumeur de haschich
Répète en chuchotant : le jour de gloire, le jour de gloire, le jour de….
L’enterrement est passé, quelques gouttes de sang jalonnent son parcours
Il n’y a décidemment plus de révolution
Que voulez vous de nos jours on numérote tous les culots
.
En 2657 sur le dossier d’une chaise traînaient encore des vers à soie, des douilles de8 mm, un éclat de lune désactivé, une fleur qui regrettait de l’être, et moi. Qui ne sais pas chanter avec autre chose que mes cils battant la chamade parce que le poisson, mon premier amour a promis de revenir. Je trouve le temps long, si long.
Parfois alors je joue avec mes dernières armes. Un chien, un bœuf, un porc et un fantôme.
Il est 27heures 72.
.
Elisa-R, Héliomel, éclaircie, Téquila, 4Z2A84 ravivent mes souvenirs.
Posté par Éclaircie, dans Plusieurs mains

2 réponses sur “Vingt-sept heures soixante-douze”

  1. 4Z2A84 dit :

    Passé, présent et avenir font bon ménage dans la hotte du poète.

  2. Éclaircie dit :

    2658 est là et pas une ride à cette étrange 27 h 72.
    Tant de plaisir à nous, vous retrouver.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.