DORMIR DEBOUT

Les châteaux sont des navires
Ils ne se plaisent qu’en mer
Sur des vagues qui soupirent
Comme un portefaix amer
« La pierre ne flottait pas
Autrefois, murmurent-elles,
Nous envions les hirondelles
Elles volent sans compas »
La riposte des oiseaux
Vient à l’heure : « Nos réseaux
Sont encombrés par des ailes
D’avion lourdes et cruelles »
.
Faut-il attendre que les yeux aient tout embrassé
pour absorber l’espace ouvert
engloutir le jour la nuit
veiller jusqu’à écrire
plus fort que le monde
le vol des oiseaux de lune
les étoiles qui jonglent
avec la lumière ricochant sur les rivières
les rêves du vieux chien
plus fort que ces grognements
quand il a mal d’être encore là
et les arbres qui écoutent toutes les complaintes
impuissants à se mouvoir plus loin que les océans
.
Marre d’être
Le cul entre deux braises
Envie
De prendre le Corot par les bornes
.
Oui, envie de retrouver le goût
D’une poêle à frire aux éclats
Il voulut des amis striés sur le bolet
Leur mettre un fil à la pâte
.
Il se prit à rêver mais hélas
Il tomba de chars vides en syllabes
De cauchemars à l’Américaine
En mangoustes à la bayonnaise
.
Chaque mot, même joyeux, me souffle : » plus jamais ».
Dehors, les arbres agitent leurs feuilles déjà mortes.
Même ceux qui tiennent plus longtemps entendent
Cette petite voix d’enfant sanglotant qui dit: « plus jamais ».
Il suffit de quitter leur compagnie, de s’éloigner un peu.
Pour aller au salon, il faut traverser la maison.
Deux ou trois jours de voyage, sans la certitude
De parvenir à destination…Oui, mais le fauteuil
Mélancolique me rappelle, sans ménagement, le gris .
Ce gris endorphine qui cherchait la caresse.
Tais-toi fauteuil, tais-toi…
.
Avec le concours de :
Eclaircie ;
Elisa R ;
Héliomel ;
4Z.

5 réponses sur “DORMIR DEBOUT”

  1. 4Z2A84 dit :

    Comment apprivoiser les rêves ? Avec le langage. Mais il n’y suffit pas toujours. Cela dépend de la nature des rêves – ou de la rêverie. Quant au langage, il le faut gorgé de poésie comme on gave les oies pour hypertrophier leur foie.

  2. 4Z2A84 dit :

    De l’engorgement dans les conduits empruntés par l’inspiration résultent les fragments poétiques dans lesquels chacun cherche – et trouve ?- son bonheur.

  3. Elisa Romain dit :

    Mes yeux deviennent projecteurs et dans la lumière qu’ils diffusent, les images prennent vie : Des châvires, des nateaux, des navires, des châteaux, des oiseaux; des étoiles, une rivière, un vieux chien; des braises pour ne pas s’asseoir, un Corot qui voit rouge…Je ne peux pas continuer, la liste serait trop longue. Merci de ( nous)m’offrir ce beau moment…et de m’avoir embarquée sans ticket.

  4. Heliomel dit :

    Un somnanbule évite les fauteuils, les écuelles et les cheminées, pour dormir debout.

  5. Éclaircie dit :

    Dormir debout certes, mais sur un nuage, un océan, une aile d’oiseau ou dans un fauteuil bavard, alors le sommeil prend des allures de voyage fabuleux.

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