Avant l’hiver

Au bout de son bras gauche
Il y avait cinq mains
Faites pour pincer, serrer
Happer, saisir, griffer
.
Son pouvoir était grand
Il ne savait qu’en faire
La gloire et l’argent
Le laissaient de marbre
.
Mais lorsqu’il le voulait
Il portait cet essaim
Jusqu’au bord de ses lèvres
Ses mains devenaient un bouquet
.
Le centre était vide
Alise n’avait qu’un cœur
Mais quand elle se donnait
La brassée débordait
.
C’est l’heure où tous les recoins de la maison
Abritent araignées et parcelles de cerveau
L’oreiller attend cette tête insoumise
Partie hier sans même un bagage ni regard pour le chien
Elle veut embrasser la lune avant qu’elle ne plonge
Retrouver avec elle le sentier oublié
Celui où nu pied on martèle la terre
Pour que la rivière engloutie nous reconnaisse
Nous attende et nous ouvre la brèche
Où l’on pourra s’enrouler dans la chevelure
Soyeuse de la nuit et entendre le chant
Que murmurent les saisons pour inviter le vent
.
Nous voyons les jours à travers les miroirs
L’automne rouge fait office de couleur
Comme un coeur dans un corps
Minute après minute au rythme de ces feuilles
Qui hésitent puis se posent sur le sol
Qu’elles recouvrent et décorent
Nous sommes la lumière qui se voile de brume
Puis revient lavée de sa fatigue
Plus belle encore
Nous sommes ces petits moutons blancs
Sagement installés sur le bleu
Qu’un petit prince essaie de peindre
Mais qui restent là
A contempler les chemins et les ponts
Et ces fils de mots invisibles sur lesquels
Si souvent
Tous nous avons dansé chanté et ri
Et aucun de nous
Ne pose de tristesse sur ses joues
Car nous voyons le jour à travers les miroirs
.
La mémoire on y creuse
Avec une pioche puis une pelle
Des puits assez profonds
Pour dénicher les souvenirs
Mais quand ils apparaissent
Ils nous ressemblent si peu
Que nous refermons le trou
Que nous cautérisons la plaie
Alors nous nous regardons bien en face
Dans un miroir indulgent taillé sur mesure
Et nous nous aimons de nouveau tels que nous sommes
Avec notre crâne en forme de cône
Nos sourires pareils aux fentes des tirelires
Et notre cœur inconséquent
.
Une saison préparée par Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

3 replies on “Avant l’hiver”

  1. Heliomel dit :

    Les araignées tissent des mots invisibles qui se posent sur nos miroirs. La mémoire a beau creuser, nous demeurons ces moutons blancs qu’un petit prince essaie de peindre.
    Amitiés à tous.

  2. Elisa-R dit :

    Peut-être a-t-il cinq mains ce prince et il ne sait laquelle choisir pour peindre (ou dessiner, ou prier les araignées de sortir aidé d’un balai, ou creuser) ?

    Merci à tous pour vos petites merveilles.

  3. 4Z2A84 dit :

    Les voix se croisent, ne se ressemblent pas, pourtant quelquefois s’unissent. A la fois claire et mystérieuse, la poésie montre ici ses ressources cachées ou évidentes comme le paon amoureux. Aux nuages succèdent des éclaircies dans lesquelles des gouttes de pluie oubliées dansent avec des libellules.

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