Prendre corps de Ghérasim Luca

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Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m’odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m’enjambes
tu m’insupportable
je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m’absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m’effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t’invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t’épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m’aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières

je te haleine je t’aine

je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t’ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris

je t’écris
tu me penses
.
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6 replies on “Prendre corps de Ghérasim Luca”

  1. Elisa-R dit :

    Verbes en tête, qu’ils soient sang ou paupière , ils prennent corps !

    Merci pour ce charmant partage.

  2. 4Z2A84 dit :

    Ce qui me gêne chez Luca, c’est sa propension à…disons imiter d’autres poètes. Car il n’est pas toujours l »inventeur » de la forme de ce qu’il produit. Ainsi « Prendre corps » vraisemblablement écrit après la seconde guerre mondiale, vers 1944-45, se trouve un illustre devancier en la personne de Robert Desnos lequel, en 1923, dans « Langage cuit » écrit ce poème titré  » Au mocassin le verbe » et dont les premiers vers sont :
    « Tu me suicides, si docilement
    Je te mourrai pourtant un jour.
    Je connaîtrons cette femme idéale
    et lentement je neigerai sur sa bouche.
    Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau temps.
    ….. »

  3. oulRa dit :

    Quart d’heure de culture métaphysique

     »
    Allongée sur le vide
    bien à plat sur la mort
    idées tendues
    la mort étendue au-dessus de la tête
    la vie tenue de deux mains

    Élever ensemble les idées
    sans atteindre la verticale
    et amener en même temps la vie
    devant le vide bien tendu
    Marquer un certain temps d’arrêt
    et ramener idées et mort à leur position de départ
    ne pas détacher le vide du sol
    garder idées et mort tendues

    ngoisses écartées
    la vie au-dessus de la tête

    Fléchir le vide en avant
    en faisant une torsion à gauche
    pour amener les frissons vers la mort
    Revenir à la position de départ
    Conserver les angoisses tendues
    et rapprocher le plus possible
    la vie de la mort

    Idées écartées
    frissons légèrement en dehors
    la vie derrière les idées

    Élever les angoisses tendues
    au-dessus de la tête
    Marquer un léger temps d’arrêt
    et ramener la vie à son point de départ
    Ne pas baisser les frissons
    et conserver le vide très en arrière

    Mort écartée
    vide en dedans
    vie derrière les angoisses

    Fléchir la mort vers la gauche
    la redresser
    et sans arrêt la fléchir vers la droite
    Éviter de tourner les frissons
    conserver les idées tendues
    et la mort dehors

    Couchée à plat sur la mort
    la vie entre les idées

    Détacher l’angoisse du sol en baissant la mort
    en tirant les idées en arrière
    pour soulever les frissons
    Marquer un arrêt court
    et revenir à la position de départ
    Ne pas détacher la vie de l’angoisse
    Garder le vide tendu

    Debout
    les angoisses jointes
    vide tombant en souplesse
    de chaque côté de la mort

    Sautiller en légèreté sur les frissons
    à la façon d’une balle qui rebondit
    Laisser les angoisses souples
    Ne pas se raidir
    toutes les idées décontractées

    Vide et mort penchées en avant
    angoisses ramenées légèrement fléchies
    devant les idées

    Respirer profondément dans le vide
    en rejetant vide et mort en arrière
    En même temps
    ouvrir la mort de chaque côté des idées
    vie et angoisses en avant
    Marquer un temps d’arrêt
    aspirer par le vide

    Expirer en inspirant
    inspirer en expirant
    « 

  4. OulRa dit :

     »
    9 novembre 19,,

    Monsieur,

    Il voulait connaître de façon certaine l’ultime réalité. Quand à moi, je suis toujours capable de porter le fardeau du non savoir. Vous êtes atrabilaire et votre exigence, à peine tolérable. En plus, vous vous dérobez constamment au nom d’une prétendue telle ou telle, d’un soit-disant tour à tour…
    N’en parlons plus.
     »

    G. L. – Levée d’écrou
    [chez José Corti]

  5. Éclaircie dit :

    Je n’avais pas vu, le second poème que tu as publié de Ghérasim Luca, que j’apprécie beaucoup plus que le premier (peut-être un peu long, bien que la torsion des mots et celle des idées soit assez appropriées.

    Dans le 3ème sous forme de lettre (imaginaire ? destinée à qui ?), cette phrase me rassure,
    « Quand à moi, je suis toujours capable de porter le fardeau du non savoir »

    merci, merci.

  6. 4Z2A84 dit :

    Moi non plus par inattention je n’avais pas pris connaissance de la publication d’un nouveau poème de Luca sur notre site. Comme pour le précédent, mais pour d’autres raisons plus complexes, je n' »accroche » pas. Ce poète torturé (il me fait parfois songer à Artaud) m’effraierait-t-il ?

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