Au creuset de l’aube

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La feuille est blanche et l’écran vide

Les premiers mots se font attendre

Il faut prêter l’oreille à leurs efforts

Pour se sortir de la coquille

Du crâne ce réceptacle accueillant

Les voici enfin avec toutes leurs lettres

Ceux qui désignent l’océan ont un goût de sel

D’autres plantent leurs griffes dans nos mémoires

D’autres dansent devant nos yeux

Celui-là répand une odeur de thym

Les inconnus ôtent leurs masques

Plusieurs dont le sens reste caché se creusent

Comme les vagues devant le nageur

Par charité les mots mentent

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Perdre conscience

Et se réveiller surpris

De voir un jour nouveau

Pointer son doux museau

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Sur les marches des palais

Les fruits du hasard

Se ramassent à l’aube

Fripés comme des reinettes

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Coudre avec un œuf

Le fil du temps dans le chas

C’est battre des œufs

Alors qu’ils n’ont rien fait

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Avertissement mystérieux

Comme une prémonition

La descente de lit

Dérape et glisse au loin

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On s’élance d’un trampoline

Afin d’effleurer les étoiles

Quand les phares des automobiles

S’engouffrent dans des entonnoirs

Où la lumière réfractée

Semble ce ver luisant

Echappé de l’été

Et tissant des rubans

Mais la nuit éblouie

Jalouse les faveurs

Elle emporte en son lit

Les derniers voyageurs

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La nuit comme une mère

Rassemble les rêves d’écriture

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Ceux qui entrent avec le soir

Par les vitres ouvertes

Ceux qui se glissent dans les voix

Et les corps fatigués

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La nuit

Comme une mère apaisante

Apprivoise l’oiseau noir

Qui se pose sur les rebords de nos fenêtres

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Elle le laisse repartir

Dès que ces belles plumes sombres

Reflètent les couleurs de la vie

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Et du soleil

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Les auteurs : Elisa-R, Héliomel, 4Z2A84 et Eclaircie

6 replies on “Au creuset de l’aube”

  1. Éclaircie dit :

    On cherche les mots, ils viennent à soi, la nuit surprend, le matin s’invite, toutes les sensations affleurent et les mystères éblouissent.

  2. Elisa-R dit :

    Ce « creuset de l’aube » est magnifique.
    Pouvons-nous encore prétendre être seuls ?

  3. 4Z2A84 dit :

    En un quatre textes dont la lecture est un vrai bonheur. On sourit mais on ne rit plus (sauf à ces oeufs innocents pourtant battus), car l’automne saison mélancolique agit sur l’esprit et ses effets comparables à ceux du cataplasme luttant contre l’inflammation ou à une invasion de sauterelles sur un champ de blé cultivé en mer par des écossais plus habitués à souffler dans une cornemuse que sur les bougies d’un gâteau d’anniversaire, ses effets dis-je constituent l’essence de l’écriture à quatre mains quand l’inspiration qu’elle soit céleste ou humaine les multiplie.

  4. Éclaircie dit :

    Quand à la joie de découvrir nos inspirations mêlées (se rejoindre ?) s’ajoute le bonheur des commentaires…

  5. 4Z2A84 dit :

    Commenter un PPV c’est comme balbutier après le passage d’une belle tempête.

  6. Fauchon dit :

    Premières nuits d’automne aux aubes hésitantes, les mots mentent et le thym s’épuise mais l’oiseau noir veille…

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