Le vent s’est souvenu de nous

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Le vent s’est souvenu de nous
Il a remonté le temps jusqu’à nos derniers jours sur terre
Car nous fûmes vivants nous eûmes une bouche
Par laquelle des mots sortaient imprévisibles
Poètes nous chantions le monde Nous rendions
A ceux qui l’ont perdue leur beauté Il y eut
Un avant puis un après la bombe
Pendant longtemps la suie tomba des nues
Il ne faut pas m’écouter – si je parle
C’est par accident
Comprenez-vous : je n’ai rien à dire
Qui soit essentiel
Je n’ai rien vu rien entendu rien retenu
Mes sens m’ont peu servi
J’existais à travers vos regards et vos gestes
Vos feuilles vos nuages un nid dans vos cheveux
Et vous tourniez vers moi la tête sans me voir
Car je n’étais jamais là où vous m’attendiez
Ni là où je croyais être un portrait au mur
Quand l’eau se refermait
Qui de nous deux perdait le don de sourire
A tout et même au pire
Le monde il aurait fallu le trier
Séparer le feu de l’arbre
L’oiseau de la flèche
Le maelström de la barque
Il aurait fallu choisir entre les mains tendues
Ne pas sans distinction les couper
Car les mains ne repoussent qu’après de longues prières
On y use des chapelets
Les sabliers inutiles coulent
Ils ne mesurent ni le temps ni l’espace
Ni n’indiquent à quel degré l’amour bout
L’eau s’échappe de la casserole et les joues des jeunes gens sont en feu
Se trouve à notre portée tout ce dont nous avons besoin pour vivre heureux
Le vent souffle sur nos cendres et nous disperse
Quand nous avons trop chaud claquons des doigts et la pluie tombe à verse
L’herbe qui pousse entre les pavés nous ressemble comme à sa sœur une goutte d’eau
Généreuse la terre offre aux gisants cadeau sur cadeau

 

4Z2A84

5 replies on “Le vent s’est souvenu de nous”

  1. Éclaircie dit :

    En plus du dernier vers superbe, l’ensemble est fantastique, tant que je n’ai pas trouvé, ce matin le souffle pour poursuivre.
    Arrêtons-nous là, entre ce futur incertain, ce passé entrevu, au bord de l’imagination sans limite de 4Z.

  2. Elisa-R dit :

    « Comprenez-vous : je n’ai rien à dire
    Qui soit essentiel »

    Mais ce poème ! Le monde est là. Il est à lire, encore, et encore.

    Merci!

  3. 4Z2A84 dit :

    Rester insensible aux compliments, je ne le puis.
    Je dirais même plus : je ne le peux.
    Merci, les fées !

  4. Heliomel dit :

    Les sabliers inutiles sont ceux qui gisent sur le flanc, la suie grasse noircit les parois de verre, comme ça on ne sait pas le temps perdu.

  5. oulRa dit :

    Seuls quelques poètes savent qu’ils n’ont rien à dire, les autres s’occupent la langue.
    Et pendant ce temps la terre aussi s’épuise.

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