UN POEME D’ECLAIRCIE

La musique émanant des collines invite à se fondre aux écorces tiédies par la lune généreuse.
Mais plus encore l’appel du large
de la page
quand tu me parles sans rien dire
quand je comprends sans rien entendre
je suis la rosée qui hésite à s’étendre
bulles en suspens couleurs craintives

Les rues s’ouvrent sous le regard
aucune bâtisse encore ne les borde
nous attendrons les oiseaux
cherchant un nid
pour construire ces abris
que nous leur laisserons
préférant le couvert des futaies
où les arbustes nous racontent
leur hier et notre demain
Ils nous dessinent les sourires
que parfois nous accrochons
aux fenêtres ouvertes pour faire rire la pluie
La page se tourne
la feuille frissonne
songeant déjà au fleuve
afin de poursuivre le voyage
enveloppée de brume et de voile
ne laissant pour toute trace
qu’un sillon d’écume
chemin que nous prendrons
sans jamais nous perdre

ECLAIRCIE – MCB –

12 replies on “UN POEME D’ECLAIRCIE”

  1. 4Z2A84 dit :

    Que l’on parle ou non de nous sur la page, nous sommes une écriture à la merci du vent qui l’emporte avec les feuilles de l’arbuste.

  2. Elisa-R dit :

    Le vent du large qui vient, porté par les vagues, nous conter des histoires fabuleuses. Quelqu’un a laissé des empreintes dans le sable, elles mènent aux rêves. Ce doit être Eclaircie…
    Merci 4Z de nous offrir ces mots d’elle qui nous manquent si vite.

  3. Éclaircie dit :

    C’est souvent vous qui donnez l’impulsion, mais aussi le sens à ce que j’écris.
    Sinon, Elisa sur ta page, 4Z partout vous laissez de même des empreintes fabuleuses qui font le bonheur de ceux qui fouillent entre les grains de sable.
    Les pages/feuilles grandissent, s’envolent, nous laissent les yeux brillants d’étoiles ou de sel.

    La pleine lune accorde les ombres
    le cerisier épouse le lilas
    tous deux caressent le lierre
    solidement ancré à son mur
    un peu jaloux
    les pas se font de géant
    pour dépasser le miroir de l’onde
    on veut se coucher sous l’arche
    et remonter à la source du fleuve
    assister au jaillissement de l’eau
    venu du ventre de la terre

    la lune déjà nous y attend

  4. 4Z2A84 dit :

    Le lilas parfume les cerises
    La tête tourne à ceux qui les respirent
    J’ai cru voir ton sourire
    Mais c’était un fruit dans lequel on ne mord pas
    Si l’on y mord c’est poussé par la faim
    Par le remords
    Un acte manqué l’oubli de soi comme de l’autre
    Entre deux portes
    Dont l’une se ferme quand l’autre s’ouvre
    Par laquelle doit-on sortir
    J’entre en moi par la petite
    Mais on se fige au carrefour
    Tu prends le parti au bout d’un vers d’aller à la ligne
    On ne sait rien du jour ni de la nuit
    La lune n’est qu’un leurre
    Et le soleil se mange avec le pain
    On le trempe dans son lait brûlant tous les matins

  5. 4Z2A84 dit :

    La source du fleuve c’est toi
    L’eau frétille au bout de tes doigts
    Et ton regard suit sa pente jusqu’à l’écluse
    Ici ce sont les rivières qui chantent
    Entre nos lèvres serrées les murmures meurent et renaissent
    Nous n’osons pas dire le contraire
    De ce qui pourtant possède un endroit et un envers
    Nous tournons le dos au public
    Comme à la scène
    Qu’importent nos visages
    Nos masques nous ressemblent
    Nous ne sommes plus les mêmes
    Quand les nuages nous donnent la réplique
    Ils annoncent le lever du soleil
    Au milieu de la nuit
    A l’heure où la lune se repoudre
    Les machinistes soulèvent le rideau
    Et le fleuve se penche vers le trou du souffleur
    Car son texte il ne le connaît pas par cœur
    Il se contente de porter le monde sur son dos

  6. Elisa-R dit :

    C’est très beau ! Comme la lune, ce soir, et sa superbe entrée en scène.

  7. OulRa dit :

    Joli tangage de page à page où s’effeuille ta plume
    C’est l’heure des heures douces
    où l’on est cueilli par une bise, amie et entraînante,
    aimant la fantaisie des bois imaginaires
    (qui ne le sont que pour les cartésiens,
    les statisticiens qui respectent les consignes
    sans jamais savoir qui les a édictées).
    C’est l’heure où la lune se laisse grignoter comme un biscuit
    par l’horizon fessu des arbres gourmands.

  8. Éclaircie dit :

    Les nuages courent à leur perte
    gonflés d’orgueil et de superbe
    le vent les bousculent
    à leur faire rendre l’âme ou l’eau
    les frondaisons complices
    leur tendent les hautes ramures
    qu’ils s’y accrochent et résistent
    se délectant par avance
    de l’humus qui les rendra
    le plus grand le plus fort
    le plus haut de tous les arbres sur la colline
    les racines complices
    s’étalent et s’enchevêtrent
    dans la terre encore tiède

    Personne ici ne connait l’océan
    qui blanchit la branche
    arrachée des falaises
    elle qui voulait voyager
    pourtant rejetée
    sur une plage battue par les vagues

    Déjà les prémices du jour
    ramène à la raison
    l’avenir entrevu
    par les feuilles et les pages

  9. 4Z2A84 dit :

    Un nuage engendre un nuage
    Tous les nuages se ressemblant
    Comment reconnaître ton visage
    Parmi la foule des passants

    Ton souffle produit des nuages
    Je suis l’un d’eux
    Je fume au lieu de cesser de fumer
    Je bois le même alcool dans un verre toujours vide
    Mon reflet dans la glace est une imposture

    Ton rire le seul qu’on entende parmi
    Mille et mille éclats de voix sous la verrière
    Des gares
    ( Les trains y vieillissent comme le vin )
    Ton rire quand il dure nous égare

  10. Éclaircie dit :

    La verrière est mouvante
    et dessine le monde
    que les trains n’ont pas connu
    Le rire lancé dans le hall
    est l’écho de ton rire
    voyageur infatigable

    Toujours tu lances ton chapeau
    en y laissant ta tête
    Ils se posent sur un nuage
    où tu écris des poèmes
    de mille vers
    que tu offres aux passants
    assez hardis pour t’avoir suivi
    Mais déjà les rails te mènent ailleurs
    dans ces escaliers ouvrant sur un grenier
    où assis sur un coffre
    tu lis le livre
    que j’écrirai demain

  11. 4Z2A84 dit :

    Le livre écrit tous les mots s’en échappent
    La gare reçoit les trains sur rendez-vous
    La liste est longue l’attente parfois vaine
    On feuillette les journaux de la veille
    Ou l’on étudie à la loupe ses voisins
    De profil sur une affiche déchirée
    Tu montres du doigt le ciel étoilé
    Où les comètes fuient devant ce qui ressemble
    A une mâchoire mais c’est d’un œil qu’il s’agit
    D’un œil dont le regard file vers sa cible
    Un rivage encaustiqué par des robots fiers de servir
    On y voit aussi des danseurs au pied marin
    Surgissent alors les paquebots transatlantiques
    Qui fendent l’eau comme un couteau une tarte
    Et des chaloupes de sauvetage inutiles
    Et de la proue à la poupe une suite digne d’un palais
    Trop frileux pour hanter les promenades et les passerelles
    Les voyageurs ne quittent pas leur cabine moelleuse
    Si le capitaine se trompe d’itinéraire à qui la faute
    Si son navire entre en ville
    Sans même une halte au port
    Où pour son déchargement
    L’attendent des grues impatientes
    Dont vous entendez claquer les pinces
    S’il élargit les rues pour s’y introduire
    A qui la faute
    Au poète
    Au poète qui pète les plombs
    En attendant son train de banlieue retardé
    Par des travaux d’aiguille ou d’aiguillage sur la voie ferrée

  12. Éclaircie dit :

    Les aiguilles ont fui l’horloge
    préférant broder l’avenir
    au point lancé ou même de croix
    comme celles que l’on rencontre
    aux carrefours des saisons
    les voyageurs prennent enfin le temps
    d’attendre sans raison

    Ils parlent seuls de leurs chiens enfuis
    et leurs voisins répondent
    le thé est servi
    mais pour le boire
    ils devront retrouver la mémoire
    la clé du cadran
    et le chemin de l’heure
    menant à la chambre noire
    de cette enfance
    que d’autres ont gommée

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