Des siècles

Nous pourrions nous étonner, lever les yeux, pleurer un peu.
Nous pourrions tendre les bras, tomber à genoux, gémir.
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Nous marchons.
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De déserts en hécatombes. De tranchées en cimetières.
Le ventre rond. Le ventre mou. Le ventre vide.
Des siècles de poussières collés sous nos voûtes plantaires.
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Et quand arrive la saison des hirondelles
Et quand survient celle de la chasse
Nous réchauffons le froid de nos âmes au corps brûlant du désir.
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Alors le même rêve taraude nos nuits.
Le désastre sombre d’une terre morte, quelques humains secs aux yeux vitreux.
L’horizon sans couleur, à perte d’espoir.
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Nous pourrions nous réveiller la révolte chevillée au coeur
Nous pourrions prendre les larmes, les déverser en flots de rancune.
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Mais nous marchons.

9 réponses sur “Des siècles”

  1. Éclaircie dit :

    La fatalité, l’impuissance. Mais aussi la force de (sur)vivre. Dérangeant et sombre ce texte, cependant lucide dans son angle de vue.

  2. Elisa-R dit :

    Tu te lèves tôt Eclaircie. Merci d’avoir ouvert cette porte : tu trouves les mots justes.

  3. OulRa dit :

    Nous marchons.
    Oui… En portant (emportant) les enclumes, les cailloux de cicatrice, les fantômes qui reposent sur nos épaules.
    Un poème beau de désarrois et de doute métaphysique.

  4. ELISA ROMAIN dit :

    Quand les branches du cèdre nous touchent amicalement l’épaule , il faudrait casser le fil du temps et fermer les fenêtres ouvertes sur le monde.

    Merci Oulra.

  5. Heliomel dit :

    Pour survivre il faut parfois se contenter de la curiosité jusqu’au moment où l’inattendu vient nous rappeler qu’on existe.

  6. 4Z2A84 dit :

    Il semble en effet que la vie, notre vie, nous l’endurions. Est-ce un bien ou un mal ?
    Je l’ignore. Par ailleurs, avons-nous vraiment le choix ? Pourrions-nous…? Et pourrions-nous quoi ? Oui, le choix existe. Hum…Un drôle de choix ! Vivre…ou mourir. Le suicide ! Je me souviens qu’il en est beaucoup question dans  » Le Mythe de Sisyphe ». A ce sujet Camus reprend dans les premières lignes de son essai presque mot pour mot une réflexion exprimée par le poète-philosophe allemand romantique Novalis. Bien d’autres auteurs, on s’en doute ont écrit sur un pareil sujet. Dans les oeuvres de fiction aussi. Par exemple Dostoievski à travers le personnage de Kirilov dans « Les Démons », que Camus ne doit pas manquer de citer, pose des questions dites « essentielles ». Ces interrogations qui rejoignent ce qu’il est convenu d’appeler la métaphysique, chacun de nous se les pose – plus ou moins. Il me semble qu’à vingt ans on se les pose davantage qu’à soixante. Je puis me tromper. En fait, c’est peut-être le contraire. On s’interroge toute sa vie, cela dépend aussi de la nature de chacun. Bref, on pourrait faire à ce sujet… »tout un fromage », comme dirait ma fille. Personnellement, je préfère, dans la mesure du possible, éviter le sujet (courage fuyons !) ou du moins ne pas m’y appesantir. Pourquoi l’homme ? Y a-t-il un Dieu ? Un ordre ? La vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Etc. Dans ces immenses recueils parus après sa mort : « La Fin de Satan » et « Dieu », Hugo n’en finit pas d’interroger ce qu’il nomme tour à tour « la bouche d’ombre » et « le gouffre d’en haut ». En poésie il est aussi l’inégalable métaphysicien qu’adorent les rêveurs – dont je suis.
    Merci, chère Elisa, pour ce texte éminemment interpellateur.

  7. ELISA ROMAIN dit :

    Le plus beau dans tout ça, ce sont les pensées que vous déposez. Où étiez-vous tous les deux ? Hmmm, vous sentez bon l’air frais !

    Je vous embrasse (Comment, ça ne se fait pas ici ? Trop tard : je n’ai pas de gomme !)

  8. phoenixs dit :

    Nous  » pourrions  » tellement…Les mots sont les bornes de cette route que vos pensées déroulent et le lecteur aime à en suivre les méandres 🙂

  9. Elisa-R dit :

    Merci Phoenixs.
    A bientôt.

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