Le regard de la momie

.

Tous les matins mon miroir aime

À scruter l’image qui lui parvient

Celle qui le regarde bien en face

Une  goutte d’eau sauvage à la main

Il apprécie la courbe de la brosse à dents

Le fil du  rasoir, les dents du peigne

Le rimmel toi de ce qui te regarde

La silhouette rebondie du savon

Quand je quitte la salle de bains

Après avoir éteint la lumière

Je sais qu’il regarde encore

Le poli des émaux bleus et qu’il rêve

Mon miroir s’est marié

Avec une vitre de la fenêtre

Baignés par la lumière

Ils s‘envoient des reflets biseautés

.

La tête en eut assez que l’on parlât d’elle

Et partit se réfugier sous quelque ramure

Où seuls les oiseaux pépiaient encore

Et seulement pour réclamer pitance

Le corps abandonné s’adonna à la danse

Que les arbres charmés tentaient de suivre

Entraînant des chiens et des loups

Des réverbères et des chéneaux

Alors que les toits s’indignaient

Sans doute dans la crainte de se voir envoler

Quand déjà les greniers grondaient

La cafetière siffla et le marc put prédire

Cette matinée disloquée

.

Entre les platanes la mer

Se défait puis se reconstruit

Sur la pelouse est-il écrit

Qu’il faut écouter la commère

Vanter son alcool et ses fruits

Le sable griffe la fenêtre

On ouvre et le vent s’introduit

Dans un livre dont plusieurs lettres

Forment des mots comme aujourd’hui

Demain autrefois ou naguère

Le temps les roule et les conduit

Au large – le temps les fait taire

Et la vague trop endormie

Ne dévoile pas leur mystère

La voix que l’on entend sous terre

Appartient à une momie

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Sur le bout de son nez pousse une noisette

C’est un quai de bois clair assoupi près d’une lune

Ronde et rouge amoureuse d’un voyou

Elle l’aime de tout son cœur elle qui n’en a pas

Depuis août qui le déposa essoufflé et si las

Sous son beau regard de jeune fille émotive

Lui c’est le vent de novembre qui voyage dans le monde

Et choisit un beau soir la douceur de son halo

Pour dormir et rêver tout au long d’un été

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Par les archéologues visionnaires :

Elisa, Héliomel, 4Z2A84 et moi-même

6 réponses sur “Le regard de la momie”

  1. Elisa Romain dit :

    Cette momie, je la trouve bien séduisante !

    Bravo aux archéologues visionnaires et, une fois n’étant pas coutume, bises à tous.

  2. Fauchon dit :

    Ah oui, ses bandelettes me font flipper!

  3. OulRa dit :

    Je ne sais qui fit quoi, mais ainsi donc, dans les tombes pharaoniques, les momies se refaisaient une beauté au khôl avant d’aller boire à Ra et danser dessous la lune ?
    Hé-bé, c’est du joli !
    Bel ouvrage.

  4. Fauchon dit :

    Oui, elles buvaient un Ra ki avant de se faire hara kir i…

  5. Éclaircie dit :

    Voit-on mieux au travers des bandelettes que d’un miroir ? les mots emportés par les flots vont de regards en regards, mêlés aux vagues, ils se font danse et ce sont eux qui inventent l’été.

  6. 4Z2A84 dit :

    La suite formée par ces quatre textes conduit le lecteur vers ce pays où l’impossible devient possible et…naturel.

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