La page d’Elisa

Ceci est une invitation…

C’est l’orage et l’éclair qui m’en ont donné l’idée. Elisa tisse dans sa tête, et j’aime tous les tissus, soyeux, rêches, doux, moirés, chamarés.

Ici est sa page pour qu’elle expose, si elle l’ose et le désire.

Eclaircie


728 replies on “La page d’Elisa”

  1. Elisa Romain dit :

    Eclaircie tu es une soeur ! Merci !
    Ceci dit, c’est dangereux d’ouvrir cette page : je risque d’y déposer quelque chose !

    Mon cerveau mijote, à gros bouillons
    Que quelqu’un éteigne la flamme, coupe le sourire, débranche la prise.
    Je lis, à pleines dents
    Orwell, Michaux? Tzara raboundillet tsoin, tsoin !
    Des contes, glacés, des histoires de la science à fiction
    Du poulet à police
    Des indignations
    Des poèmes
    Des modes d’emploi
    Des horaires de bus
    Des recettes de cuisine
    Des consignes…
    J’ai faim, j’ai soif !
    Je dévore, j’engloutis, j’ingurgite.
    Tout entre et tombe
    Au fond d’un gouffre.
    Pas de bruit de chute : c’est trop profond !

  2. Elisa Romain dit :

    Au détour des rencontres, des images se forment puis s’effacent. Ce doit être l’acide du cerveau qui coule sur le moteur…

    Ils parlaient à une morte
    Sortie de terre pour enfanter .
    Le ventre ouvert, les entrailles sèches
    Les globes blancs et le cuir vert.
    Le coeur éteint mais prêt à battre
    Encore un peu
    Peut-être un peu.

    Qu’ils étaient beaux
    Les enfants nés !
    Où se posaient leurs joues bien chaudes
    Et la douceur de leurs corps lourds
    La peau rosissait, la vie revenait.
    Encore un peu
    Peut-être un peu…

  3. Elisa Romain dit :

    INGREDIENTS
    Pour 4 personne(s)

    180 gr de raisins secs,
    200 gr de pain rassis,
    1/2 litre de lait,
    100 gr d’orange confite,
    150 gr de sucre,
    2 ou 3 oeufs,
    10 morceaux de sucre,
    un jus de citron.

    Recette proposée par :

    Anonyme

    PREPARATION
    1 Faire tremper 180 grammes de raisins secs dans de l’eau chaude au moins 15 mninutes. Emietter 200 grammes de pain rassi dans un saladier.
    2 Verser dessus 1/2 litre de lait bouillant, couvrir et laisser gonfler.
    3 Couper finement 100 grammes d’orange confite, égoutter les raisins et passer le pain à la moulinette; Incorporer au pain 150 gr de sucre, 2 ou 3 oeufs battus en omelette, les raisins et l’orange.
    4 Dans un moule à cake faire caraméliser 10 morceaux de sucre avec 2 cuill. à soupe d’eau et quelques gouttes de jus de citron.
    5 Quand le caramel est à point le répandre sur les parois du moule et y verser la préparation. Cuire à four moyen (th 5-6) environ 1 heure (au bain-Marie).

    ……………………………………………

    Pudding au pain

    450g de pain rassi
    750 ml de lait
    4 oeufs
    qq raisins secs (ou pepites de chocolat)
    1/2 cac de canelle
    rhum (facultatif)
    vanille en poudre
    sucre (au gout)

    prechauffer le four a 200°C. Faire tiedir le lait ave le sucre. Dans un saladier mettre le pain decoupe en gros cubes. Arroser de lait tiede, laisser tremper 10 min et petrir (obtention d’une pate epaisse), rajouter les raisins secs (ou pepites ou ce que vous voulez!), la cannelle, la vanille et les oeufs battus en omelette. Verser la preparation dans un plat allant au four et cuire pdt 1h.

  4. Elisa Romain dit :

    Il faut être honnête : je n’ai pas précisé que je ne suis pas l’auteur de la recette de pudding !

  5. Elisa Romain dit :

    ——————————————————————————–

    l’Homme approximatif – Tristan Tzara

    L’HOMME APPROXIMATIF (extrait)

    I

    dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang
    hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles
    tombé à l’intérieur de soi-même retrouvé
    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    sonnez cloches sans raison et nous aussi
    nous nous réjouirons au bruit des chaînes
    que nous ferons sonner en nous avec les cloches

    quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière
    nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps
    et le doute vient avec une seule aile incolore
    se vissant se comprimant s’écrasant en nous
    comme le papier froissé de l’emballage défait
    cadeau d’un autre âge aux glissements des poissons d’amertume

    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    les yeux des fruits nous regardent attentivement
    et toutes nos actions sont contrôlées il n’y a rien de caché
    l’eau de la rivière a tant lavé son lit
    elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné
    aux pieds des murs dans les bars léché des vies
    alléché les faibles lié des tentations tari des extases
    creusé au fond des vieilles variantes
    et délié les sources des larmes prisonnières
    les sources servies aux quotidiens étouffements
    les regards qui prennent avec des mains desséchées
    le clair produit du jour ou l’ombrageuse apparition
    qui donnent la soucieuse richesse du sourire
    vissée comme une fleur à la boutonnière du matin
    ceux qui demandent le repos ou la volupté
    les touchers d’électriques vibrations les sursauts
    les aventures le feu la certitude ou l’esclavage
    les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes
    usés les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes
    se suivent serrés autour des rubans d’eau
    et coulent vers les mers en emportant sur leur passage
    les humaines ordures et leurs mirages

    l’eau de la rivière a tant lavé son lit
    que même la lumière glisse sur l’onde lisse
    et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres

    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    les soucis que nous portons avec nous
    qui sont nos vêtements intérieurs
    que nous mettons tous les matins
    que la nuit défait avec des mains de rêve
    ornés d’inutiles rébus métalliques
    purifiés dans le bain des paysages circulaires
    dans les villes préparées au carnage au sacrifice
    près des mers aux balayements de perspectives
    sur les montagnes aux inquiètes sévérités
    dans les villages aux douloureuses nonchalances
    la main pesante sur la tête
    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
    partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent
    sans raison un peu secs un peu durs sévères
    pain nourriture plus de pain qui accompagne
    la chanson savoureuse sur la gamme de la langue
    les couleurs déposent leur poids et pensent
    et pensent ou crient et restent et se nourrissent
    de fruits légers comme la fumée planent
    qui pense à la chaleur que tisse la parole
    autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous

    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
    avec un flacon de paysage une maladie une seule
    une seule maladie que nous cultivons la mort
    je sais que je porte la mélodie en moi et n’en ai pas peur
    je porte la mort et si je meurs c’est la mort
    qui me portera dans ses bras imperceptibles
    fins et légers comme l’odeur de l’herbe maigre
    fins et légers comme le départ sans cause
    sans amertume sans dettes sans regret sans
    les cloches sonnent sans raison et nous aussi
    pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
    sonnez cloches sans raison et nous aussi
    nous ferons sonner en nous les verres cassés
    les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies
    les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
    aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres
    les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques
    ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
    et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

    je parle de qui parle qui parle je suis seul
    je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruit en moi
    un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
    aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras
    sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil

    le souffle obscur de la nuit s’épaissit
    et le long des veines chantent les flûtes marines
    transposées sur les octaves des couches de diverses existences
    les vies se répètent à l’infini jusqu’à la maigreur atomique
    et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côtés que nous ne voyons pas
    l’utltra-violet de tant de voies parallèles
    celles qui nous aurions pu prendre
    celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde
    ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps
    qu’on aurait oublié et l’époque et la terre qui nous aurait sucé la chair
    sels et métaux liquides limpides au fond des puits

    je pense à la chaleur que tisse la parole
    autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous

    ——————————————————————————–

    Tristan Tzara (1896-1963), paru en 1931

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  6. Elisa Romain dit :

    Une autre de mes lectures du moment…

    « Bernard Werber

    © Albin Michel

    Singapour, ville ordinateur

    Singapour est un pays neuf avec une population restreinte: trois millions d’habitants pour la plupart chinois. Profitant de cette situation exceptionnelle, Lee Kwan Yew, ingénieur et Premier ministre, a tenté de fonder le premier état ordinateur.

    Comme il le dit lui-même: »Les citoyens singapouriens sont les puces électroniques d’un ordinateur géant: la République de Singapour ». Lee Kwan Yew est un pragmatique. Il a commencé par assurer la sécurité de son petit Disneyland contre ses grands voisins envieux et agressifs: Malaisie (16 millions d’habitants) et Indonésie (170 millions d’habitants), par une armée high tech équipée des machines les plus sophistiquées. Voilà pour l’extérieur.

    Pour l’intérieur, il veut que l’ordre règne parmi ses petites puces électroniques. Il range d’un côté la ville touristique, de l’autre la ville économique, et crée ensuite la ville-dortoir. Les trois sont rigoureusement séparées par une frontière composée de cinq kilomètres de pelouse nickel. Il édicte des lois très strictes:interdiction de cracher par terre (1500F d’amende), de fumer en public (1500F d’amende), de jeter un papier gras (1500F d’amende), d’arroser ses pots de fleurs en laissant de l’eau stagner (cela attire les moustiques:1500F d’amende), de se garer dans le centre ville.

    L’Etat embaume le savon. Si un chien aboie la nuit, on lui coupe les cordes vocales. Les hommes doivent toujours porter des pantalons même s’il fait chaud. Les femmes doivent toujours porter des bas même en pleine canicule. Toutes les voitures sont équipées d’une sirène interne qui vous assourdit dès que vous dépassez 80 km/h. A partir de six heures, il est interdit de rouler seul dans son automobile, il faut transporter ses collègues de travail ou des auto-stoppeurs afin d’éviter les encombrements et la pollution (sinon 1500F d’amende).

    Il est ainsi possible de suivre les déplacements de tous les habitants sur un grand tableau lumineux. Dès qu’on pénètre dans un immeuble, il faut donner son nom au gardien qui se tient en permanence devant la porte. La ville entière est truffée de caméras vidéo.

    Singapour est une démocratie, mais pour que les gens ne votent pas n’importe quoi, on note leur numéro de carte d’électeur sur leur bulletin de vote. Le vol, le viol, la drogue, la corruption sont passibles de la peine de mort par pendaison. La condamnation au fouet existe toujours. Lee Kwan Yew se considère comme un père pour tous ses administrés. Il emprunte des idées à la fois au communisme et au capitalisme pour ne penser qu’à l’efficacité. L’Etat encourage l’enrichissement personnel (les Singapouriens jouissent du deuxième niveau de vie d’Asie, juste après le Japon, et boursicotent à tout va) mais les logements sont offerts aux étudiants.

    Tous les cultes sont autorisés, mais la presse est filtrée: pas de journaux parlant de sexe ou de politique. En 1982 Lee Kwan Yew s’aperçoit que, vieux réflexe pas spécifiquement chinois, les hommes intelligents se marient avec des femmes jolies mais bêtes alors que les femmes intelligentes ont du mal à trouver des maris. Il décide dès lors de donner une prime à quiconque épousera une femme diplômée et une amende aux non diplômées qui dépasseront l’enfant unique. Quant aux analphabètes, ils sont vivement encouragés à se faire stériliser en échange d’une forte somme d’argent. Lee Kwan Yew fait construire des écoles pour surdoués et organise des croisières gratuites pour les gens de niveau d’étude très élevé.

    Il constate qu’on ne peut bien éduquer que deux enfants à la fois. Le soir, la police téléphone aux familles ayant déjà deux enfants pour leur rappeler de ne pas oublier de prendre la pilule ou d’utiliser un préservatif.

    Lee Kwan Yew est parvenu à transformer son état expérimental en « Suisse de l’Asie ». Pourtant sa police a une limite. Le jeu. « On peut tout faire accepter à un Chinois, sauf de s’arrêter de jouer au mah-jong », admit-il dans une de ses allocutions. »

  7. Éclaircie dit :

    hihihi,
    que de lectures pour moi.
    merci, car sans toi (et vous) comment puis-je écrire, moi ?

  8. Elisa Romain dit :

    Même remarque de ma part : sans toi (sans vous) les mots rebondissent sur le métal des cloisons et retombent, idiots, à mes pieds …

  9. Elisa Romain dit :

    Jouons : cet endroit serait comme un cahier…

    Un sac en peau collé au côté
    Tressaille à chaque mouvement .
    Son contenu glisse et glousse
    Gémit ou geint .
    On l’évite, on s’écarte
    Elle passe, radieuse et triste .

    Ailleurs .

    Sur une lune à roulettes
    Sous un parapluie vert
    Sur un trottoir verglacé .
    Les yeux grands ouverts
    Sur l’envers de ses paupières .

    Un mot tombe du sac
    A chaque pas .
    N’importe lequel
    Le mot qu’il faut .
    Elle sourit aux passants
    Ceux qui la voient
    Puis elle repart

    Ailleurs

    Dans les vestiges d’un château
    Derrière les rideaux blancs
    Déchirés qui flottent au vent
    Des fenêtres sans vitres .

    Elle erre

    Sans dire sans voir
    Peut-être même sans savoir
    Qu’elle marche à pas comptés
    Comme cette fille sur son fil .

  10. 4Z2A84 dit :

    Jouons à nous déguiser !
    Mais…ne vous déguisez jamais en gâteau, vous risqueriez de vous faire manger : les gens sont si gourmands !
    Un jour, je me suis déguisé en nuage ; et hop, ce jour-là, il a plu. J’étais bien avancé – d’autant plus que j’avais oublié d’emporter mon imperméable. Quand je suis rentré à la maison, j’étais trempé comme une soupe.
    Un jour, je me suis déguisé en téléphone…Oh là là ! J’étais toujours occupé. On me parlait en chinois, en russe, en anglais, en espagnol et même en me soufflant au visage ; je n’y comprenais plus rien, je répondais n’importe quoi dans une langue dont j’inventais au fur et à mesure chaque mot.
    Une fois (j’étais alors déguisé en lampe), je brûlai toute la nuit pour éclairer une dame qui lisait, qui lisait un livre interminable…
    Je ne me suis jamais déguisé en cheval – et j’ai peut-être eu tort, parce qu’on dit qu’un fer à cheval porte bonheur, et j’en aurais eu quatre.
    L’hiver, quand il faisait froid et qu’il neigeait, je me déguisais souvent en feu de cheminée : ainsi on se réunissait autour de moi, des enfants aux joues bien rouges et des grand-mères qui reprisaient des chaussettes en me racontant des histoires ; je me sentais utile et cela me réchauffait plus et mieux que toutes les flammes qui sortaient de moi et du bois crépitant.
    La dernière fois que je me suis déguisé, c’était en rivière : comme il faisait bon serpenter à travers la campagne, entre les arbres qui se penchaient au-dessus de moi pour surprendre leur reflet et dont me caressaient quelques feuilles ! Mon courant, je me souviens que je l’utilisais à d’autres fins qu’à seulement glisser le long des rives, je polissais aussi les cailloux dont les formes s’arrondissaient jusqu’à devenir des billes avec lesquelles joueraient les enfants dans les rigoles.
    Je ne vous conseillerai pas de vous déguiser en œuf, il s’en casse trop – ni en chapeau, il en surgit toujours des lapins – ni en cochon, on se transforme en saucisses et au lieu de dormir sur un lit de dentelle c’est souvent couché sur un lit de choucroute qu’on se retrouve – ni en machine à écrire d’il y a cinquante ans, car la musique que l’on joue alors n’incite personne à valser.
    Si vous avez l’occasion de changer d’aspect six ou huit mois, transformez-vous plutôt en mairie, en mairie d’une petite ville de province ; vous assisterez à de beaux mariages et vous ne serez pas trop embêté par les fonctionnaires qui, mise à part la confection de cocottes en papier, dorment sur leurs dossiers sans se préoccuper du lendemain.

    • Éclaircie dit :

      Et sauvez-vous avant leurs divorces, on vous accusera d’être sorcière. Surtout si votre chapeau est un peu de travers les jours sans vent.
      Je me déguiserais bien en clocher, celui qui voit partout, sait toujours l’heure même la nuit, ou en chausettes, celles qui descendent des mollets un peu trop maigres de la gamine toute fine, aux joues rouges de plaisir ou de colère (pas longtemps la colère) ou juste fouettées opar le vent vif d’un Nord qu’on envie d’être à ses côtés.

      je viens de trouver un cahier où me poser, la page est douce et lisse, et vierge. Lorsqu’elle sera belle de tous les caractères, nous la tournerons pour en trouver une autre, douce, lisse et vierge…

  11. Mefisthot dit :

    Elisa d’ailleurs!
    De ces mots simplement insignifiants qui sont féerie sous ta plume
    dominic

  12. Elisa-R dit :

    Merci, merci, merci passantes et passants. Je vous ai répondu sur un cahier, j’essayerai de recopier quelques lignes la prochaine fois.

  13. Elisa Romain dit :

    Je me souviens avoir pris en grippe les cours des écoles en classe de maternelle. Quand j’ai vu les enfants se ruer sauvagement sur les jeux à partager. C’est désespérant de retouver le même comportement sur de plus vieux corps ! Je ne parle pas de ce lieu mais d’un autre où je me rends encore.

    Les poètes s’ennuient !
    Las de lire leurs vers ,
    Si souvent solitaires,
    Ils amassent les détritus;
    En recouvrent les mots
    Des autres .

    Le spectacle commence .
    Les désoeuvrés se précipitent,
    La table est ouverte.
    On mange
    Et puis l’on boit .
    Un jeune daim sert de cible,
    Ou parfois une biche .

    On la crible de mets,
    Retirés aux ordures,
    Qu’on lui jette en plein coeur
    Prenant ça pour un nez .
    Et l’on rit !
    Et l’on boit !
    Et l’on est heureux
    D’avoir tant de convives !

    L’animal concerné
    Peut pleurer s’il le veut :
    C’est une part de spectacle
    Qui augmente son prix .

    Quand la fête est finie
    L’hôte ou l’hôtesse
    Se retrouve moins seul,
    Le temps de ranger un peu
    Les souvenirs de la fête .

    Puis tout redevient pareil .

    Les vers disposés avec grâce,
    Lui semble-t-il,
    N’attirent que peu de monde :
    On préfère les orgies
    Au partage simple et doux
    D’un peu d’humanité !

    Tout redevient pareil
    Sauf le frêle animal,
    Si troublé par la peur,
    Qu’il en perd la raison.

  14. Éclaircie dit :

    Il trouve le gîte et le couvert
    en des asiles doux
    que les grands oiseaux ont offerts
    pour ne rester à genoux

    la déraison est de saison
    le babil des débutants
    s’exerce en ces maisons
    il fait beau encor ‘pourtant

    tandis que dans la rue
    les gamins se disputent
    un vieux mégot
    ou un euro

    s’ils voient la fille
    aux joues rosies
    tombe la grille
    reste l’envie

    demain, le soleil se lève un peu plus tard, on l’attendra.

  15. 4Z2A84 dit :

    Le soleil est un furoncle que l’on presse comme un canari.

  16. Elisa Romain dit :

    Sorte de tête d’épingle sur une orange.

  17. Éclaircie dit :

    Oui? un clou de girofle alors comme pour le vin d’orange

    à votre santé !

  18. 4Z2A84 dit :

    J’étais un clou
    On m’avait à peine enfoncé
    Dans un mur indifférent
    J’attendais
    Tendu et avec anxiété
    Le prochain coup de marteau

  19. Éclaircie dit :

    et c’est le mur qui a eu mal
    et a pleuré

  20. 4Z2A84 dit :

    Le mur des Lamentations.

  21. Elisa Romain dit :

    Les lamentations de mer.

  22. Elisa Romain dit :

    Les dauphins n’ont rien à voir avec cet extrait de l' »encyclopédie du savoir absolu » de Bernard Werber…A moins que…

    Bernard Werber

    © Albin Michel

    Noosphère

    L’hémisphère gauche de notre cerveau est dévolu à la logique, c’est le cerveau du chiffre. L’hémisphère droit de notre cerveau droit est dévolu à l’intuition, c’est le cerveau de la forme. Pour une même information, chaque hémisphère aura une perception différente pouvant déboucher sur des conclusions absolument contraires.

    Il semblerait que, la nuit seulement, l’hémisphère droit, conseiller inconscient, par l’entremise des rêves, donne son avis à l’hémisphère gauche, réalisateur conscient, à la manière d’un couple dans lequel la femme, intuitive, glisserait furtivement son opinion à son mari, matérialiste.

    Selon le savant russe Vladimir Vernadski (aussi inventeur du mot « biosphère ») et le philosophe français Teilhard de Chardin, ce cerveau droit intuitif serait doté d’un autre don encore, celui de pouvoir se brancher sur ce qu’ils nomment la « Noosphère ». La Noosphère pourrait être représentée comme un grand nuage cernant la planète tout comme l’atmosphère. Ce nuage sphérique immatériel serait composé de tous les inconscients humains émis par les cerveaux droits. L’ensemble constituerait un grand ensemble, l’Esprit humain global en quelque sorte.

    C’est ainsi que nous croyons imaginer ou inventer des choses alors qu’en fait, c’est tout simplement notre cerveau droit qui va les chercher dans la Noosphère. Et lorsque notre cerveau gauche écoute attentivement notre cerveau droit, l’information passe et débouche sur une idée apte à se concrétiser en actes.

    Selon cette hypothèse, un peintre, un musicien, un inventeur ou un romancier ne seraient donc que cela: des récepteurs radio capables d’aller avec leur cerveau droit puiser dans l’inconscient collectif puis de laisser communiquer hémisphères droit et gauche suffisamment librement pour qu’ils parviennent à mettre en œuvre ces concepts qui traînent dans la Noosphère à la disposition de tous.

  23. Elisa Romain dit :

    Agrippa d’Aubigné est venu me voir cette nuit (?!). Je ne me souvenais même plus qu’il avait existé et je me suis réveillée en répétant (sans doute pour ne pas l’oublier) Agrippa d’Aubigné, Agrippa d’Aubigné…Oui, je sais bien que je suis bizarre (comment peut-on soi-même se trouver bizarre ?). Bon, j’ai promis de ne pas oublier Théodore, je ne sais pas quel poème il voulait que je (nous)vous remette en mémoire , j’en ai choisi un :

    Prière du matin
    Le Soleil couronné de rayons et de flammes
    Redore nostre aube à son tour :
    Ô sainct Soleil des Saincts, Soleil du sainct amour,
    Perce de flesches d’or les tenebres des ames
    En y rallumant le beau jour.

    Le Soleil radieux jamais ne se courrouce,
    Quelque fois il cache ses yeux :
    C’est quand la terre exhalle en amas odieux
    Un voile de vapeurs qu’au devant elle pousse,
    En se troublant, et non les Cieux.

    Jesus est toujours clair, mais lors son beau visage
    Nous cache ses rayons si doux,
    Quand nos pechez fumans entre le Ciel et nous,
    De vices redoublez enlevent un nuage
    Qui noircit le Ciel de courroux.

    Enfin ce noir rempart se dissout et s’esgare
    Par la force du grand flambeau.
    Fuyez, pechez, fuyez : le Soleil clair et beau
    Vostre amas vicieux et dissipe et separe,
    Pour nous oster nostre bandeau.

    Nous ressusciterons des sepulchres funebres,
    Comme le jour de la nuict sort
    Si la premiere mort de la vie est le port,
    Le beau jour est la fin des espaisses tenebres,
    Et la vie est fin de la mort.

    Agrippa d’Aubigné (1552 – 1630)

    poèmes de Agrippa d’Aubigné

  24. Elisa Romain dit :

    En fuilletant les pages de ma mémoire, j’ai retrouvé la trace d’une conférence organisée pour évoquer la poésie de Nazim Hikmet. C’est drôle, j’avais oublié jusqu’à son existence. On sème parfois de jolis petits cailloux blancs sur les chemins à venir…

    « Je suis dans la clarté qui s’avance
    Mes mains sont toutes pleines de désir
    Le monde est beau
    Mes yeux ne se lassent pas de regarder les arbres
    Les arbres si verts, les arbres si pleins d’espoir
    Un sentier s’en va à travers les mûriers
    Je suis à la fenêtre de l’infirmerie
    Je ne sens pas l’odeur des médicaments
    Les oeillets ont dû s’ouvrir quelque part
    Être captif, là n’est pas la question
    Il s’agit de ne pas se rendre
    Voilà. »

    Nazim Hikmet.

  25. Éclaircie dit :

    Elisa, tu me donnes très envie de mieux connaitre ce poète, j’adore bien sûr la fin tout autant que tout le poème.

  26. 4Z2A84 dit :

    « Les cornettes du Roi volent par la campagne,
    La Croix mystérieuse éclate au nouveau jour,
    Où l’auteur de la chair de sa chair s’accompagne,
    Et fait de son gibet un théâtre d’amour… »
    .
    Jean de La Céppède (1548-1623)

  27. Elisa Romain dit :

    Les mots d’un autre
    A saisir, à pleine bouche .
    Sable compact épongeant l’hémorragie
    De mes dérives cérébrales
    Etouffant les sons à la source,
    Ou presque .
    Les mots d’un autre pour créer du silence
    En moi .
    Et contempler le jour qui s’installe
    Avec ses particules d’autres jours
    Mémoires de moments heureux.

  28. Elisa Romain dit :

    Même si la fenêtre est grande, ses vitres propres, je m’ennuie.
    Le paysage cherche à me distraire, comment le pourrait-il ?
    Quelques arbres malingres, un portail en acier, et de l’herbe sèche…Moi, je rêve de mes plaines , tellement grandes qu’elles aimaient l’infini. Tellement grandes, qu’elles me menaient à la mer. Lorsque nous arrivions devant elle, nous nous taisions. Elle racontait des histoires, jamais les mêmes. Nos cheveux blonds viraient au roux. Nos peau claires prenaient des teintes un peu grises, ou bleues. Le vent nous rejoignait toujours et il soufflait sur nos visages et sur nos corps, jusqu’à faire éclater en nous les petites bulles de bonheur qui partaient en rires dans les airs.
    Les plaines me manquent, la mer me manque, le vent me manque, tendres compagnons d’enfance, interdits de visite.
    Ici, tout est tristement rangé à sa place. Tout est propre. Tout est blanc.
    Debout derrière cette fenêtre, je pense à vous qui m’avez enfermée ici. Je vous entends rire, sans vous voir. Vous qui chassez les gens comme moi et les prenez dans vos filets, comme on attrape les chiens errants. Ce n’est pas que je vous aime. Oh, non ! Comment le pourrais-je ? Si je vous visite en pensée, c’est parce que je m’ennuie. Alors, j’entre dans un petit coin de votre cerveau, puisque vous, vous les voyez mes plaines.
    Je serai là chaque jour, du matin jusqu’au soir. Je ne prendrai pas beaucoup de place. Juste assez pour m’évader.

  29. Elisa Romain dit :

    Un petit tas de sable au creux de ma main .
    Une étoile, en bas, à gauche
    Dans un carré de ciel bleu, du rêve .
    Et le bruit de la mer qui arrive jusqu’au sable
    Passager clandestin des lignes du destin
    Il se grave un peu chaque jour .
    C’est un livre mystérieux à contempler, songeur
    Sans chercher à le lire .

    • Éclaircie dit :

      Tu me fais penser à cette fascination que j’avais pour les livres neufs, dont je ne franchissais jamais la couverture. Pourtant tout était à portée, d’abord la jaquette le plus souvent sobre, puis l’odeur, celle de l’imprimerie d’où ils venaient ou de la librairie où ils étaient restés, sages. Et bien sûr tous les signes à l’intérieur que je n’osais pas regarder.

  30. 4Z2A84 dit :

    Malgré une petite lueur d’espoir qui jamais ne s’éteint complètement, ces textes sont douloureux. Et leur beauté doit à la mélancolie l’émotion viscérale qu’elle provoque même chez le lecteur persuadé d’être à l’abri.

  31. Elisa Romain dit :

    Je voudrais être gaie comme un oiseau sans orage, comme on l’est sous la pluie quand on a un abri…Je dois l’être quelque part, je vais chercher dans mes tiroirs mais je ne vous promets rien il me faut garder le nécessaire espoir pour nourrir deux oisillons tout mignons qui vivent bien au chaud dans mon nid.
    Je vous envoie un matin lumineux qui s’éveille dans le jardin.
    Merci pour vos mots déposés passants chers de ces lieux.

  32. ELISA ROMAIN dit :

    Il pleut.
    C’est joli la pluie.
    Ca pleure sans joue.
    Ca rit sans bouche.

    J’enfile mon ciré jaune et je file chercher le courrier.

  33. Elisa-R dit :

    Amy Winehouse…

  34. phoenixs dit :

    Page vivante sans jamais être cornée

  35. ELISA ROMAIN dit :

    Chaque mot, même joyeux, me souffle : » plus jamais ».

    Dehors, les arbres agitent leurs feuilles déjà mortes.
    Même ceux qui tiennent plus longtemps entendent
    Cette petite voix d’enfant sanglotant qui dit:  » plus jamais ».

    Il suffit de quitter leur compagnie, de s’éloigner un peu.
    Pour aller au salon, il faut traverser la maison .
    Deux ou trois jours de voyage, sans la certitude
    De parvenir à destination…Oui, mais le fauteuil
    Mélancolique me rappelle , sans ménagement, le gris .

    Ce gris endorphine qui cherchait la caresse.
    Tais-toi fauteuil, tais-toi…

  36. Elisa-R dit :

    Je suis fatiguée des autres.
    Allez, ça ira mieux demain…

    Que vive longtemps cet endroit magique !

    • Éclaircie dit :

      Demain est là, promesse du jour qui se lèvera bientôt, les étoiles rivalisent avec les réverbères et ce sont elles qui gagnent pour bercer la fin du sommeil. Si parfois les nuages ou la brume les enveloppent de ouate épaisse, elles se réfugient sous les oreillers pour chuchoter dans la nuit.
      Ici palpite, c’est une rive une plage, une page où le flux et le reflux atteignent l’amplitude des joies et des peines, jamais blanche, jamais vide où même le silence est main tendue, oreille attentive.
      Ici est un phare où nous sommes navires. Les voiles portent les couleurs du temps. Les cornes de brume se répondent en écho. Chacun son île et tout l’océan pour nous croiser.

  37. Elisa-R dit :

    Demain est là, déjà, fidèle à sa promesse. Et le vent de l’océan nous secoue jusqu’au sourire. Le bruit de l’eau, plus fort que tout, nous offre la sérénité à laquelle on n’osait plus croire. Et puis, vous n’êtes (tu n’es) jamais bien loin, malgré l’immensité.
    Aujourd’hui est un autre jour, lavé de tous les autres, neuf, plein d’espoirs.

  38. Elisa-R dit :

    Humanoïde

    Je voudrais écrire sur vos mots
    Traverser les pages de petits signes noirs
    Que personne ne pourrait lire.

    Je voudrais vider les lacs, écrire en bleu
    Je voudrais jeter ce qui me pèse
    Me libérer
    De cette cage, bien trop petite
    Qui m’emprisonne.

    Je voudrais courir, des jours durant, jusqu’à l’océan
    Et devant lui, ouvrir les bras et respirer.
    Faire cesser ce martèlement, tic tac régulier
    Devenu lanscinant.

    Je voudrais vivre et desserrer ma machoire
    Faire cesser l’angoisse
    Qui grandit malgré le manque d’espace .

    Je voudrais être humain .

  39. Elisa-R dit :

    Jean-Louis Aubert, « Jusqu’à ce que le vent tombe »…

  40. Elisa-R dit :

    Peut-être faut-il partir, ou repartir, du dernier vers. Du dernier mot. Et se glisser dans ce bonheur comme dans une eau apaisante, sans s’alourdir des haillons de sens déposés sur la berge…

  41. 4Z2A84 dit :

    Dans un conte de Bernard Manier, une enfant appelée Elle, aime beaucoup les cadeaux que lui offre son papa. Pour ses huit ans, elle acquiert ainsi une jolie poupée…A la fin du conte, le lecteur apprend qu’Elle est un robot et que la poupée qu’Elle jette après en avoir épuisé les attraits, est une petite fille.

  42. Éclaircie dit :

    On partira là-bas
    Entre les murs où restent gravées
    Les ombres de tous les passagers
    Les mains sur les oreilles
    Ou peut-être sur les yeux
    Bouche ouverte pour laisser s’épandre
    Le flots de tous les ruisseaux
    Leurs murmures leurs grondements
    Alors peut-être avant de se fondre
    Le poing s’ouvrira
    Pour saisir la terre
    Que l’on jettera comme on sème au vent

    Pour 4z: encore une piste à suivre, merci !

  43. Elisa-R dit :

    Il redeviendra l’ami, le vent fou de l’été, qui couchait l’herbe tendre.
    Les mains sur les oreilles, oui, pour entendre du dedans la douceur de ce flot.

    …Ma poupée est encore quelque part, dans un grenier. Je ferais bien d’aller vérifier qu’il s’agit bien d’une poupée !

  44. 4Z2A84 dit :

    Le poing qui s’ouvre devient une main tendue
    vers l’horizon insaisissable
    vers son ombre
    vers un autre vers un semblable
    vers le chien perdu
    Elle revient bredouille
    de ses voyages sans bagage
    sans passeport ni guide
    de fil en aiguille
    d’étoile en étoile
    La main manque de doigts
    pour compter ses désillusions
    mais sa paume reste ouverte
    les lignes de chance y sont profondes
    interminables
    Le moteur de la résurrection fonctionne à pleins gaz

  45. Elisa-R dit :

    Les lignes de chance y sont si profondes
    Qu’elle s’y perd parfois
    Mais le soleil la fait renaître
    Le bleu des yeux parfois plus sombre
    La fait sourire
    Et les malgré
    Les autrefois
    Les quand j’étais
    Perdent leur force
    Dévastatrice
    Quand le sommeil
    Réparateur
    Lui gratte la tête
    Lui chatouille les pieds
    Et replace au bon endroit
    La chance
    Au centre de sa paume ouverte

  46. 4Z2A84 dit :

    La main on ne la tend plus pour mendier
    ni même pour en serrer une autre
    mais dans l’espoir de la voir fleurir
    quand des pressentiments des crises des révolutions
    tout indique que chacun de nous se change en arbre
    pour le bonheur de l’oiseau qui y construit son nid
    et du voyageur en sueur avide d’ombre
    et des fruits s’ils décident de s’installer parmi nos feuilles
    et du singe qui s’élance d’une branche à l’autre
    comme un trapéziste mais sans filet
    nos bras vous l’avez compris le soutiendront
    et les applaudissements d’un public chauffé

  47. Elisa-R dit :

    Un peuple d’arbres follement sages
    Préparés à l’automne
    Retenant le printemps et quelques papillons
    Ailleurs une ou deux libellules
    Dans la douceur étrange d’un début de saison
    Nos pas nous guideront vers cet endroit
    Où la nuit apaisante laisse le jour s’endormir
    Calmes et confiants nos bras le soutiendront

  48. Elisa-R dit :

    Mon premier recueil , « Amitié Virtuelle »(et peut-être le dernier) est enfin référencé !
    On me demande d’en faire la pub…Ben voilà, c’est fait !
    Chaque année, j’envoyais mes textes à des maisons d’édition différentes qui les acceptaient toujours (evidemment : à compte d’auteur). L’an dernier, j’ai été prise à mon propre piège avec Chloé des Lys (à compte d’éditeur) qui m’a proposé un contrat. Quel bouleversement !
    Il va falloir que j’en touche un mot à ms’ieur Facebook…

  49. 4Z2A84 dit :

    Amitié virtuelle les débuts d’une longue saga.

  50. 4Z2A84 dit :

    Généreux ou avares les arbres donnent de l’ombre.
    – Mais des fruits ?
    – Mais des fleurs ?
    On n’est pas sûr d’en trouver sur leurs branches
    Même en se levant à l’aube
    A l’instant où le coq (toujours enroué malgré les sirops)
    Chante indifférent à la fatigue des poules
    Qu’il arrache au sommeil et chasse vers la basse-cour
    Où un enfant traîne un seau plein de sang
    – Les rêves pèsent plus que l’eau.
    Interrogés les arbres se taisent
    Quand ils ne se contentent pas de dire : Nous n’avons rien vu

  51. Elisa-R dit :

    Les arbres sont calmes parce qu’ils savent bien qu’ils ont du temps. Alors ils nous observent, amusés ou tristes. Leur silence est une invitation.
    Je me demande si le chant du coq (avec ou sans sirop) les dérange…
    L’image d’un arbre s’impose à mon esprit, il s’agit d’un tilleul. Arbre fidèle qui sait attendre la chaleur d’une présence aimée sans jamais l’oublier.
    Il y en a un qui pousse ici, au milieu de toutes ces lettres. Des singes s’y abritent, des bateaux, des sirènes, des sardines, des chouettes et même la lune quand la nuit s’est enfuie.

  52. Elisa Romain dit :

    Une semaine depuis ton départ.
    Tout est silencieux, calme. La chouette chante dicrètement une petite mélodie nocturne. La pauvre ! Elle doit être bien vieille, ou bien jeune encore : elle confond parfois la nuit et le jour.
    La lune ouvre chaque soir un oeil , unique mais immense, et veille sur les toitures assoupies.
    Le froid s’installe, petit à petit.
    Comme promis, mes pensées restent douces.
    Aujourd’hui, dimanche, je dépose ce petit mot entre la tasse de café et le croissant chaud.

  53. Éclaircie dit :

    Le croissant m’est parvenu posé sur la lune pleine, je savais sans le savoir qu’il émanait de toi, il avait le croustillant de ton regard bleu, la douceur du contour de ton visage, le goût de ce lien plus fort que l’absence.
    Je suis encore absente, mais là, pour rire du froid vif qui entoure les jardins, pour entendre le craquement des feuilles surprises sur les allées de vos promenades.
    Le café est toujours prêt est chaud pour toi, pour moi, depuis les montagnes me servant de refuge jusqu’au Nord où tous les jours une pensée vient se déposer à ta porte, ta fenêtre ou entre les brins d’herbes pris par le givre miroitant.

  54. 4Z2A84 dit :

    Les montagnes sont des leurres
    On les franchit d’un saut
    Mais le café le lait et les croissants
    S’offrent à nous tous les matins
    Que se montre ou non le soleil

  55. Elisa Romain dit :

    Le croissant, chez moi, ne fleurit que le dimanche . La lune, en revanche, montre sa frimousse chaque soir. Elle s’empare des messages ou les distribue.
    Tu n’es plus tout à fait absente, les montagnes portent loin les sourires et l’écho de nos voix.

  56. Elisa Romain dit :

    Des solitudes parcourues de canaux et de brumes…

  57. Elisa Romain dit :

    La route est un crâne les buissons des cheveux
    Tout commence avec le brouillard
    Un matin dans un monde silencieux
    Le sommeil s’est enroulé dans les racines des buissons
    Rien n’est ni bon ni mauvais ni triste ni gai
    Un visage s’anime au-dessus des lignes blanches
    Le soleil se devine dans les sillons d’un sourire
    Puis tout redevient opaque

  58. Elisa Romain dit :

    Les morts le bercaient quand il dormait déjà
    Ils se saisissaient de son repos
    S’insinuaient entre les mailles déchirées de son sommeil
    Leurs histoires menaient à lui
    Des chiens, des chats, des personnes
    Qui buvaient ses nuits et le quittaient fatigué
    Puis venaient les voix ensoleillées
    Qui chaque matin le lavaient de ses songes

  59. Elisa Romain dit :

    Le regard s’était éteint sous la plaie cautérisée
    Les mots surgissaient en flot trop abondant
    Les mots, des mots, insignifiants, insipides
    Transparents comme l’eau claire qui ne coulait plus
    La douleur était absente, endormie
    Seule la boursouflure, visible par tous
    Témoignait d’un passé déjà dévoré par l’absence
    Il ne restait rien d’autre qu’une mince faille
    Laissant passer des lueurs
    Dans un sens ou dans un autre

  60. Éclaircie dit :

    Trois poèmes très forts, l’impression que l’on serait arraché de soi, mais que des bribes seraient intactes, les plaies entretiennent cette part de vivant.

    Mes cris s’atténuent dans le brouillard
    Mais pas l’envie de hurler
    Tout demeure dans les greniers
    Qui poussera la porte fermée par les araignées
    Je dois retrouver le sens de ma main pour le faire
    Me pincer fort pour me sentir être
    Les silhouettes blanches me soutiennent
    M’encouragent et me bercent
    Et toute l’eau contenue dans le torrent gelé
    N’attend qu’un signe pour dévaler les pentes
    Entraînant le soleil à me suivre
    La terre respire en attendant la neige
    Qui la protège la couvre l’aime
    D’un amour tranquille et immense
    Et les doigts serreront d’autres doigts
    Ensemble je vous ferai visiter les falaises

  61. 4Z2A84 dit :

    Oublie qui tu es
    Pour te consacrer
    A des courants d’air
    Ou bien à ton ombre
    Quand elle cherche à te fuir
    A franchir sans éclat les lignes
    Le soleil ne la retient plus
    Que par un fil
    – Le fil de ta vie
    Et le vent n’en fait qu’à sa tête
    Il recharge ses batteries
    Pour combattre l’obstacle
    En chemin il perd ses spirales
    Et toi tu ne maîtrises plus ton rire
    Les rangées de tes dents
    Forment dans le ciel nocturne un croissant
    Tu es la lune
    Avec au coin de la bouche une goutte de sang
    Une goutte importune
    Suivie d’une autre
    Et d’une autre
    Et d’une autre
    Inspirée la pluie tombe
    Sur des toits qui résonnent
    Sur des fronts où la raison loge
    Comme une perle dans une huître
    On l’avale avec le fruit
    Le noyau engendre des corps
    Le tien y reconstruit sa pulpe
    Tu es un point dans le décor
    On le presse il déclenche une minuterie
    La vie est à ce prix
    Toutes taxes comprises

  62. Elisa Romain dit :

    Et les mots forment cette courbe que l’on ne voit qu’une seule fois dans sa vie quand l’océan arrive au bout de l’horizon.
    La falaise est là, déjà, noyée de lumière…

  63. Éclaircie dit :

    Elisa, éloignée de nous par le caprice de la technique, je te sais proche par le coeur et les mots.
    Nous attendrons que ta voix se mêle aux nôtres et reprendrons alors la fête des PPV.

  64. Éclaircie dit :

    Elisa est là,
    Nous lui aurons donné le vertige le temps de son absence, nous aurons senti le vide.
    Nous voulons des pages et des pages noircies loin de nous, pendant que nous pensions à elle, pendant qu’elle pensait à nous.
    La magie rapproche toujours ceux qui devaient se croiser. la magie ou la pensée.

  65. Elisa-R dit :

    .C’était en attendant que la porte s’ouvre…


    Et je me suis réchauffée aux couleurs de vos poèmes
    Dans l’ambiance si particulière de Poésie Fertile
    Les mots y prennent une saveur nouvelle
    Merci de laisser la porte ouverte
    Malgré le froid qui règne dehors

    Ne plus écrire
    Comme s’infliger une punition
    Comme ne plus sourire
    Ne plus parler
    Ne plus respirer
    Et sentir ses cheveux devenir des algues
    Ondoyant autour de sa tête
    Au fond du bain

    Tous ces mots écrits
    Que l’on donnerait au premier venu
    Quitte à payer pour qu’il veuille bien
    Les accueillir
    Des mots devenus étrangers à la bouche qui les a prononcés
    Des mots pour rien
    Pour personne
    Un recueil
    Sans adresse
    Pourquoi sinon pour se taire ?
    …..

    Aucune ouverture sur l’espoir
    Juste un long tube métallique qui fait office de couloir
    Une musique sort d’on ne sait où. Des parois dépourvues d’angles.
    La voix qui chante est, elle aussi, métallique. Froide. Atone. A l’image du monde.
    On ne peut qu’avancer dans ce qui semble être le sens de la marche. Personne ne peut revenir en arrière…

    Un jour, sur la place, à notre tour.
    Voyez-vous, vous aussi, ces créatures ?
    L’homme ensanglanté toujours attaché devant la guillotine.
    Celui du premier rang trahi par ses larmes.
    La femme aux cris, égorgée dans la nuit à la place d’une truie.
    L’enfant sous le lit.
    Ce vieillard qui jette ses derniers jours du haut d’une tour.
    La cuisine au sol rouge et la silhouette dessinée.
    Les villes en cache-col qui s’envolent pendant notre sommeil.
    Et les vaches perchées sur des talons pointus comme des aiguilles ?
    Le soleil qui se laisse surprendre tout au fond d’un tableau, donnant aux arbres peints la chaleur du réel.
    Je me demande si quelqu’un a déjà réussi à sortir du monde écrit…
    Je me demande si quelqu’un a déjà eu envie d’essayer.

    Les mots restent superficiels
    Terres brûlées par le soleil
    Des bouches ne sortent que des trains
    Habillés en semaine
    Et le sol tenu au secret
    Par l’épaisseur du bitume
    Grouille de petits êtres colorés
    Dont on ne retient que le gris
    Pourtant les places lavent leur sang
    Quelques oiseaux s’égosillent
    Tout en haut des grands arbres
    Comme s’ils voulaient dissimuler l’absence de feuilles
    Ou faire croire encore au bleu de l’été
    ………………………………………….
    Derrière le blanc des fenêtres des paysages s’allument
    Chaque soir
    La pensée s’éveille ébahie de lumière
    Peu importe les paroles déplacées
    Les glissements vers le néant
    L’imaginaire se loge dans ces intervalles
    Voyageur invisible sur les ailes bleues
    Des papillons éphémères
    Infatigable rêveur
    Inlassable faiseur de sourires
    …..
    Des chevaux colorés gambadent sur le souffle
    Rieur du vent froid de saison
    Des rubans de souhaits s’envolent vers l’oubli
    Comme des feuilles brûlées
    Jouant à s’élever au plus haut vers le ciel
    Ce ciel bleu délavé et livide
    Assoupi paisible sur l’épaule du printemps
    …..
    Et ces morts qui somnolent
    Installés dans les creux encore chauds de nos cous
    ….

    • Éclaircie dit :

      Je t’ordonne (comme dirait 4z) de publier ces poèmes en première ligne, car il serait dommage que les passants (éventuels ou réguliers) ne puissent pas profiter de cette foison de belles « choses ».
      Certains me font penser à nos bribes de PPV, et un fil conducteur, communiquer avec les autres mais aussi avec soi-même.
      La tristesse qui se déguise en joie. la joie pour cacher la tristesse.
      Depuis ton absence il me semble encore mieux te connaître, ce que j’aime.

    • Éclaircie dit :

      Ils sont à l’abri dans une page douillette, une rue à l’écart du vrombissement du monde. Il était fou de demander pour eux l’aveuglante lumière. Les passants gourmets sauront trouver le chemin de cette rue écartée mais accueillante. Ils sont Elle, ils sont à Elle, ils sont comme Elle, discrets, murmurant parfois un triste chant, offrant toujours l’image que l’on attend, pour nous surprendre, nous enchanter.

  66. 4Z2A84 dit :

    On retrouve ici les thèmes d' »Amitié virtuelle », autrement dits – car tu surprends toujours. Réalisme et onirisme alternent comme aussi la glace et le feu. Pourtant un sentiment de tristesse et de renoncement à un bonheur durable domine.

  67. Elisa-R dit :

    Les trois derniers sont des PPV écrits en pensant qu’internet reviendrait à temps. ..Je serai quand même un peu « rouillée » (il pleut !) vendredi…

    Vous lisez bien tous les deux…

  68. 4Z2A84 dit :

    « Un jour, sur la place, à notre tour.
    Voyez-vous, vous aussi, ces créatures ?
    L’homme ensanglanté toujours attaché devant la guillotine.
    Celui du premier rang trahi par ses larmes.
    La femme aux cris, égorgée dans la nuit à la place d’une truie.
    L’enfant sous le lit.
    Ce vieillard qui jette ses derniers jours du haut d’une tour.
    La cuisine au sol rouge et la silhouette dessinée.
    Les villes en cache-col qui s’envolent pendant notre sommeil.
    Et les vaches perchées sur des talons pointus comme des aiguilles ?
    Le soleil qui se laisse surprendre tout au fond d’un tableau, donnant aux arbres peints la chaleur du réel.
    Je me demande si quelqu’un a déjà réussi à sortir du monde écrit…
    Je me demande si quelqu’un a déjà eu envie d’essayer. »
    ….
    .
    On retrouve ici, entre autres, l’atmosphère – sinistre – de « Matricules sonores » et de « La tour des indigents » puis une sorte de folie nous emporte et même si l’on ne cherche pas à « sortir du monde écrit » on a vraiment l’impression d’échapper aux mots et d’accéder à un autre monde, celui où le Merveilleux primera.

  69. Elisa Romain dit :

    Le Merveilleux, ce merveilleux, serait une petite chose noirâtre recroquevillée dans une région oubliée du cerveau si nos routes ne s’étaient pas croisées. Tout est si étrange dans ce monde où l’on passe à côté des évidences sans les voir…Hop, hop, hop ! nous sommes vendredi, fin de semaine, voilà que je me plains !
    Des fenêtres de ma cuisine, je domine une plaine merveilleusement belle, de jour comme de nuit.

  70. 4Z2A84 dit :

    « La plaine… merveilleusement belle » ignorerait qu’elle est belle ? Ne serait belle qu’à nos yeux, qu’à notre esprit ? Que serait le monde sans nous…sans mots pour le désigner, pour le qualifier ? Sans l’émotion qui nous saisit devant son apparence ?

  71. Elisa-R dit :

    Le monde sans nous ? Je l’aime assez pour l’imaginer …

  72. Elisa-R dit :

    Dans soixante ans, le monde vivra sans moi . C’est certain…dois-je commencer à l’y préparer dès maintenant ?
    Qui posera la main sur son front lorsqu’il sera fiévreux ? Qui le bercera doucement lorsqu’il aura peur ? Qui écoutera ses rires et s’en réjouira en riant en écho ?
    Je suis un peu inquiète, il sera si jeune encore…

    La rhubarbe s’en moque, elle s’épanouit près des tulipes et des pensées.

  73. Éclaircie dit :

    « Tous ces mots écrits
    Que l’on donnerait au premier venu
    Quitte à payer pour qu’il veuille bien
    Les accueillir
    Des mots devenus étrangers à la bouche qui les a prononcés
    Des mots pour rien
    Pour personne
    Un recueil
    Sans adresse
    Pourquoi sinon pour se taire ? »

    Envie ce matin de retenir ces mots, ne pas me taire.
    Les ondes lancées au hasard parviendront dans une allée aux grands arbresn aux chats heureux, aux rires d’enfants, au souffle parfois inquiet de l’adulte au regard doux.

  74. Elisa-R dit :

    Ci-dessus, il devait y avoir le « Concerto des deux mondes » composé par Omar Yagoubi. Pour Eclaircie, j’avais choisi une autre sorte de piano.

  75. Elisa-R dit :

    D’ailleurs, j’aime beaucoup aussi « Eloge de la valse », du même compositeur…

  76. Éclaircie dit :

    Coucou Elisa, je suis passée par le net pour découvrir ce que tu m’offrais.
    Un « piano à bretelles », n’est-ce pas ?
    J’écoute « L’éloge à la valse » et trouve très surprenante cette musique.
    Il me semble qu’il est rare de trouver un accordéon dans de la musique orchestrale.

    Voilà bien un domaine où il me reste tout à connaître.
    Cependant je préfère le plus souvent l’écoute d’un orchestre plutôt que des solos de tel ou tel instrument.

    Merci Elisa pour la découverte.
    (je ne sais pas mettre de vidéo, non plus)

  77. Elisa-R dit :

    Ca me rassure (pour la vidéo). Oui, à bretelles le piano. Pour toi.
    Omar Yagoubi, j’ai eu la chance de le croiser et j’apprécie beaucoup ce qu’il compose et ce qu’il est.

    Beau mois d’anniversaire !

  78. Elisa-R dit :

    Dans la musique se trouve toute la vie.
    C’est une main qui s’ouvre et de laquelle s’envolent des pétales, des pensées, des souvenirs .
    C’est une allure, rapide ou lente, qui nous fait parcourir le monde.
    Ce sont des visages qui se lisent…
    C’est l’avenir qui sort de l’ombre, comme un soleil.
    C’est une respiration, un alcool…

    Après le classique , Babx (Electrochocs Ladyland)…il y a encore du piano!

  79. Elisa-R dit :

    Qui peut savoir d’où cela vient ?
    Une tristesse brune installée sur les sourires d’été
    Qui éloigne peu à peu.

    • Éclaircie dit :

      « Ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin » Barbara, « Le mal de vivre », chanson qui se termine, reprenant cette même phrase, par « la joie de vivre ». Tes quelques mots m’ont rappelé cette très belle chanson.

  80. Elisa-R dit :

    Quand tu dis Barbara, je pense : piano (oui, elle a un peu le même effet sur moi que le piano sur toi)…Et tout de suite après, je pense à Prévert.

    Barbara

    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
    Et tu marchais souriante
    Épanouie ravie ruisselante
    Sous la pluie
    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest
    Et je t’ai croisée rue de Siam
    Tu souriais
    Et moi je souriais de même
    Rappelle-toi Barbara
    Toi que je ne connaissais pas
    Toi qui ne me connaissais pas
    Rappelle-toi
    Rappelle-toi quand même ce jour-là
    N’oublie pas
    Un homme sous un porche s’abritait
    Et il a crié ton nom
    Barbara
    Et tu as couru vers lui sous la pluie
    Ruisselante ravie épanouie
    Et tu t’es jetée dans ses bras
    Rappelle-toi cela Barbara
    Et ne m’en veux pas si je te tutoie
    Je dis tu a tous ceux que j’aime
    Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
    Je dis tu a tous ceux qui s’aiment
    Même si je ne les connais pas
    Rappelle-toi Barbara
    N’oublie pas
    Cette pluie sage et heureuse
    Sur ton visage heureux
    Sur cette ville heureuse
    Cette pluie sur la mer
    Sur l’arsenal
    Sur le bateau d’Ouessant
    Oh Barbara
    Quelle connerie la guerre
    Qu’es-tu devenue maintenant
    Sous cette pluie de fer
    De feu d’acier de sang
    Et celui qui te serrait dans ses bras
    Amoureusement
    Est-il mort disparu ou bien encore vivant
    Oh Barbara
    Il pleut sans cesse sur Brest
    Comme il pleuvait avant
    Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
    C’est une pluie de deuil terrible et désolée
    Ce n’est même plus l’orage
    De fer d’acier de sang
    Tout simplement des nuages
    Qui crèvent comme des chiens
    Des chiens qui disparaissent
    Au fil de l’eau sur Brest
    Et vont pourrir au loin
    Au loin très loin de Brest
    Dont il ne reste rien.

    Jacques Prévert

  81. 4Z2A84 dit :

    « Ou alors ce serait un train qui s’arrête

    Dans une gare sonore et joyeuse

    Pour laisser monter dans le wagon de tête

    Une muse qui s’ignore »

    Pourquoi est-ce que j’aime tellement cette strophe ? Mystère…Mystère aussi peut-être que l’on n’ait pas écrit :

    « Ou alors ce serait un train qui s’arrête

    Dans une gare joyeuse et sonore

    Pour laisser monter dans le wagon de tête

    Une muse qui s’ignore »

  82. Elisa-R dit :

    Certaines têtes sont parfois difficiles à trouver. Ainsi, certains matins, je cherche partout la mienne. Je retrouve des cartes postales de Ste Catherine, des plumes bleues, des encriers vides, des chaussettes trop petites ou orphelines mais pas ce joli crâne qui sert d’abri à ma petite cervelle de moineau.

  83. Éclaircie dit :

    Il doit être dans le train, ou auprès du chat, peut-être resté sous l’oreiller, sur la lune.
    Par chance où qu’il soit il conserve sa forme douce et ses idées ..de toutes sortes.

  84. Elisa-R dit :

    J’écoute (encore) une musique et je pense à vous : pas de piano et ça s’appelle « Douze lunes ». C’est Jan Garbarek…

  85. 4Z2A84 dit :

    Boire dans un crâne une eau sapide.

  86. Elisa-R dit :

    Le dernier mot laisse plonger ses six lettres dans le liquide, les unes après les autres. Peu à peu, l’eau se réchauffe, se colore . Elle ne sera pas bue cependant mais offerte au dernier phare, en gage d’amitié, afin que ses nuits soient aussi belles que les aurores boréales.

  87. 4Z2A84 dit :

    Sur la page d’Elisa glissent des nuages aussi silencieux que des pas dans la neige. Pour voir autre chose il suffit de fermer les yeux.

  88. Éclaircie dit :

    4 mai…
    Je te souhaite un très bon anniversaire, une belle nouvelle année !

  89. 4Z2A84 dit :

    Joyeux anniversaire ! 85 ans et pas une ride : comment fais-tu ? Aucune crème ne réalise un tel miracle…Alors ?…Jouvence ?…Non plus. La poésie à la mamelle; son lait nous garde de vieillir et nous conforte dans le sentiment que le Merveilleux appartient à tous les âges.

  90. Elisa-R dit :

    Chers amis, mon secret de jeunesse est le mensonge. J’ai sept ans, et pour longtemps encore!

    Merci beaucoup à vous deux, chers voisins d’anniversaire.

    Une autre vie peut commencer…

  91. 4Z2A84 dit :

    « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Jean Cocteau.

  92. Elisa-R dit :

    Pages grises

    On peut décider de se livrer
    L’âme chaude
    Et sourire, s’enquérir de l’autre

    On peut choisir d’y croire
    Comme on n’osait plus croire
    Faire semblant de ne pas lire
    Les pages grises des regards

    Un jour, on trouve quelques grains de sable
    Sous la semelle de ses chaussures
    Ou dans le fond de l’assiette
    Ou même entre les lignes d’une histoire

    Et l’on se recroqueville, le corps douloureux
    Dans le recoin le plus isolé que l’on puisse trouver

    Le soir venu
    On retourne au désert parce que
    Finalement
    C’est là que l’on se sent le moins seul.

  93. Elisa-R dit :

    Ces « pages grises », c’était (bien) avant mon anniversaire…L’écriture revient, peu à peu. Il peut pleuvoir, je sens tout de même la présence du soleil. Pas vous ?

    • Éclaircie dit :

      Même si ce matin il semble vouloir laisser la place à de la grisaille, cette dernière est tout de même lumineuse.
      As-tu comme moi, ce besoin d’écrire et si l’inspiration s’éloigne un peu, l’impression du vide ?
      De la douceur dans ton poème, il semble que la grisailles dépassera le regard, puis non, on retourne à sa coquille.

  94. Elisa-R dit :

    Comme les escargots ! Et comme eux, j’aime la pluie. J’écris toujours, même le nez en l’air, sans ordinateur ni stylo. Parfois, je suis si loin que je n’ai même pas l’envie (ou le courage) de poser les mots où que ce soit. Le vent les emporte, ou la nuit, avec des parcelles d’un moi qui se décompose et se recompose en permanence.

    Merci, Eclaircie.

  95. Elisa-R dit :

    La course d’un pendu sème là dans le rond d’un blanc d’oeil le si doux balancement d’un vieux corps de pendule.

  96. 4Z2A84 dit :

    Pages noires
    .
    On écrit avec ses yeux
    Trempés dans le paysage
    Affreux
    La décomposition des nuages
    Sur place au-dessus de nos têtes
    Une bouche qui tète
    Leur pourriture
    Est-ce dans ta nature
    De tuer l’ennui
    En inventant la nuit
    Les étoiles sont des furoncles qui percent
    Et la lune répand une odeur d’hôpital
    On abandonne un vieux presque nu sous l’averse
    Et le soin d’avoir mal
    On le laisse aux plus tendres
    A ceux qui vendent leur corps
    Pour changer le décor dans lequel nous vivons
    Toi et moi unis l’un à l’autre par l’épigastre
    Frères siamois
    Papa maman séparez-nous
    Coupez avec la lame et que nous en crevions
    Une lame bien aiguisée un scalpel redoutable
    Papa maman séparez-vous
    Lui les pieds sous la table
    Elle toujours debout
    Servant la bonne soupe
    Aux enfants incestueux
    Pages noires
    Nous écrivions avec nos doigts coupés
    Il y avait une goutte de sang dans le jaune de l’œuf
    Dans le sperme un œil de poupée
    Des gravats dans l’humeur
    Nous écrivions avec nos yeux révulsés
    Dont on ne distinguait presque plus la pupille
    Etait-je un garçon une fille
    Entre les deux mon père hésitait
    Il tournait le dos
    Même de face
    Même de face il tournait le dos
    On écrivait le livre noir
    Avec le peu qui restait d’encre
    Dans la veine du suicidé
    La baignoire accueillait la mer rouge
    Et on riait on riait
    Parce que tout ça n’était que pure invention

  97. Elisa-R dit :

    Je n’ai pas beaucoup de temps mais je voulais au moins passer la tête à travers le hublot pour dire que j’avais lu la première page de ce livre noir. Et j’y reviendrai, s’il reste encore un peu d’encre dans la veine.

  98. Elisa-R dit :

    D’où venait le rire ?
    Sans doute pas de la gorge, ouverte
    A tous les vents mauvais
    D’une passade ambiguë
    A longues jambes posées sur aiguilles
    Triste rire que celui du vieillard
    Etalé dans les trèfles irradiés
    D’une banlieue sans histoire et d’ailleurs désertée
    Sauf, bien sûr, par ces enfants
    Qui, il faut bien passer le temps, chassaient
    Les varices bleutées
    Ou parfois les doigts noueux
    Parce qu’ils détestaient les arbres
    Les arbres, les oiseaux et les vieux
    Peut-être même les aiguilles
    Le doute qu’elles faisaient vivre
    Une passade qui jette l’ancre
    Les bas séchant au-dessus de la baignoire
    Et les cris
    Chaque nuit
    Qui semblaient surgir d’une chambre et ramper
    Glisser
    Jusqu’aux oreilles des petits
    Elle dévorait le père après le coucher du soleil
    Par petits morceaux
    Au matin, la bouche encore sanglante
    Elle venait les embrasser
    Lorsque le vieux serait consommé
    Elle descendrait de ses talons
    Cesserait de se raser
    Et le remplacerait
    Alors l’un des enfants ouvrirait la fenêtre de salle de bains
    Et les bas attireraient une autre forme
    Qui se glisserait dedans
    Pour remplacer celles d’avant

  99. Éclaircie dit :

    Ah ! bigre, vous nous faites de ces cadeaux, Élisa et 4Z, époustouflants.

  100. Elisa-R dit :

    Il y a encore de l’encre pour toi Eclaircie

  101. 4Z2A84 dit :

    Quand je ferme les yeux je t’aveugle mon âme
    Mon âme est en morceaux
    On a cassé la vitre
    Et le vent se faufile à travers mes faisceaux
    J’étais une trop fraîche fille
    Pour m’en tenir à mon piano
    Je jouais à la corde
    Et sur les cordes d’une lyre
    Démodée
    Mes doigts glissaient sans dé à coudre
    Si je me suis pendue
    C’est à ton cou
    Non à la poutre
    Et mon corps on l’a jeté
    Avec tous mes bijoux
    Par la fenêtre ouverte sur la nuit
    Où veillent les hiboux
    Le regard fixe
    Tu me toisais je disparaissais presque
    Je m’enfonçais à mi-corps dans le sol
    Qui ne me portait plus supplanté par la boue
    Sous mes pieds le sable brûlait
    Sous mes dents languissait ma langue
    Qu’aurais-je dit si j’avais su parler
    Les mots me manquaient pour m’identifier
    Quand tu régnais je n’étais plus personne
    Comment suivre le cours de sa vie
    Lorsque de tous on se sent abandonnée
    On se suspend au cou
    Au cou de taureau d’un dieu
    Qui fait au lit la pluie et le beau temps
    Dans des draps qu’il faut changer tous les jours
    On le mord on y enfonce ses dents
    On s’y maintient comme un chien
    Qui malgré les coups ne lâche pas son os
    Alors par saccades le sang jaillit
    Et l’on se désaltère à la source
    La pêche ne rend pas un jus meilleur
    Et jubiler on ne s’en prive pas
    Quand le maître meurt
    Quand sa place est enfin libre
    Dans le fauteuil qu’il remplissait
    Devant ses meubles
    Sur le trône qui garde son odeur
    Une horreur
    Même le vent renonce à la chasser
    On se bouche le nez
    Mais dans ce nez elle occupe une place considérable
    Et se moucher n’y change rien
    C’est l’odeur de la mort et du passé
    Ce sera la mienne si j’attends trop

  102. Elisa-R dit :

    Fabuleux poème !

    J’ai tout de suite eu envie d’y « répondre » mais je le trouve si parfait que je ne sais comment faire. J’y reviendrai tout de même lorsque je disposerai d’assez de temps pour me concentrer uniquement sur les images qu’il anime.

    Eclaircie a raison quand elle parle de cadeau.
    Merci beaucoup 4Z.

  103. Éclaircie dit :

    «  » »
    Aucune ouverture sur l’espoir
    Juste un long tube métallique qui fait office de couloir
    Une musique sort d’on ne sait où. Des parois dépourvues d’angles.
    La voix qui chante est, elle aussi, métallique. Froide. Atone. A l’image du monde.
    On ne peut qu’avancer dans ce qui semble être le sens de la marche. Personne ne peut revenir en arrière…
    «  » »

    Un parterre d’impatiens ouvre la voie
    La voix devient chuchotement
    parfois elle s’éteint
    Pour mieux surgir au cœur du jour
    même sans soleil
    Nos silences n’en sont pas
    Je sais la main frémissante qui hésite à écrire
    le papier qui se tend
    dans l’attente de l’encre
    de l’ancre à nos navires
    lorsqu’ils ne dérivent plus
    Tu es la musique que nous découvrirons
    ce matin
    demain
    plus tard
    On la sait vibrer dans nos regards

  104. Elisa-R dit :

    Ni voix ni main
    Quelques rats faméliques à qui la charité pousse à offrir quelques lobes
    Une famille de hérissons à la table des poules
    Un grand panier blanc pour y mettre les notes
    Les murs blancs qui s’érigent
    La maison qui prend l’eau et se met à tanguer
    Le brouillard qui se jette contre les volets clos, qui encercle et puis entre…

    Mais les impatiens et le soleil qui revient

  105. Éclaircie dit :

    tu me donnes envie d’étaler ici un peu de ma vie ce matin.

    Fenêtre grande ouverte sur le jour qui approche
    On ne saurait dire sur le soleil viendra
    les chevreuils s’en moquent et brament au loin
    on les entend aller à la rivière

    Tous les oiseaux pépient impatients de partir en chasse
    au moindre insecte ou graine qui se cachent

    Le coucou chante encore faisant ses ravages
    comment lui en vouloir oiseau de printemps

    Bonne journée à tous, les fraises auront cette couleur se mariant si bien à leur goût.

  106. Elisa-R dit :

    Ta  » fenêtre grande ouverte » donne de la profondeur et de la vie à cet espace.

    As-tu croisé le croissant de lune hier soir ? Tout fin et d’une étrange couleur… Quelle coquette cette lune !

    • Éclaircie dit :

      Mon ciel était si nuageux que je voyais à peine la colline en face. Je regarderai ce soir où le temps devrait être plus dégagé.

  107. 4Z2A84 dit :

    Comme on efface avec un chiffon la craie du tableau noir, les nuages se donnent beaucoup de mal pour occulter la lune. Elle résiste.

  108. Elisa-R dit :

    Hier encore, cependant, j’ai fermé les volets en pensant à vous… Un regard vers la lune suffit à susciter le rêve, même quand elle n’offre plus à voir qu’un mince croissant.

  109. Éclaircie dit :

    Si nous hantons tes nuits….

    (elle se couche ces jours trop tard pour que je la voie, mais nous avons rendez-vous le matin)

  110. 4Z2A84 dit :

    Employé de la voirie je fus longtemps balayeur sur la lune où même au printemps et en été les feuilles mortes s’entassent.

  111. Éclaircie dit :

    La lune a choisi la fanfare pour monter les marches ce matin, elle aurait pu choisir un orchestre symphonique, mais les musiciens dormaient encore.

  112. Elisa-R dit :

    Je viens de la voir …et d’entendre la jolie berceuse qu’elle chantonne. Quelle artiste cette lune !

  113. Elisa-R dit :

    La lune rieuse tente de répondre aux éclats de rire
    D’un soleil joueur bien caché dans la brume
    Gounod sautille sur le clavier blanc et noir
    Les doigts d’enfant le défient de s’entendre avec Nougaro

    Quelques mots arrivent à l’esprit du matin
    Dans le petit crâne bien rangé
    Le clavier noir et blanc prend un L pour un C
    Quand une petite voix surgit des cahiers de devoirs

    C’est un problème de carottes à payer en salades !

  114. Éclaircie dit :

    Je serai gourmande de ces crudités
    en noir en blanc
    Petit doigts virevoltants
    à vous réconcilier avec ce grand Monsieur
    Piano droit ou à queue.
    La lune et la nuit sont ces touches légères
    ouvrant sur la mélancolie comme sur la joie
    quand les têtes blondes ou brunes
    mêlent leurs rêves au vent

    menu : asperges, courgettes et musique baroque, Henry Purcell, « king Arthur »

  115. 4Z2A84 dit :

    La lune messagère de la nuit
    resterait bouche cousue
    si nous ne la chatouillions pas.

  116. Éclaircie dit :

    On embrasse la lune
    ce n’est que son reflet
    sur le lac accueillant
    de nos peurs disparues

  117. 4Z2A84 dit :

    La lune fond entre nos bouches,
    Boule de neige sous le souffle
    D’une respiration brûlante.
    L’eau du lac l’accueille – elle y dort
    Comme le merle sur la branche,
    Comme sous le marbre nos morts.
    Elle est si blanche…Elle est si ronde
    Qu’elle roule à travers la nuit !
    Son but : nous soustraire à l’ennui.
    Mais insomniaques nous comptons
    Jusqu’à l’infini les moutons…

  118. Elisa-R dit :

    Parfois la bouche traverse le miroir
    Tout s’efface, le vert, le bleu et le rouge
    Reste la blancheur froide du mirage
    Et l’insomniaque à venir se réveille
    Juste à temps pour ne pas sombrer

    Je ne suis que la laine du mouton
    Sixième nuage après la lune

  119. Elisa-R dit :

    Les morts se ressemblent
    Même quand ils ne sont que mourants encore

    C’est à peine si on les distingue les uns des autres

    Peut-être est-ce pourquoi leur nom est écrit sur le bois du cercueil
    On pourrait prendre un mort pour un autre
    En changer selon l’ambiance d’un enterrement
    Se faire adopter par une autre histoire

    Mais non
    Car le nom est écrit sur les tombes de nos visages
    Personne ne s’y tromperait

    Les jours creusent, petit à petit, des fosses sous nos yeux

    Et nous finissons, nous aussi, par ressembler aux autres morts.

    ….

    Évidemment, dans le cercueil, il y a moi, et tous les autres
    Ceux que j’ai aimés
    Et ceux que, peut-être, j’aime encore.
    Ceux qui l’ont aimé, et souvent précédé
    Et ceux qui l’effacent comme une trace sur la table
    D’un revers de manche.

    Ca fait du monde pour une si petite boîte !

    Il faut sortir, en attendant son tour
    Déposer quelque chose d’important avant
    Je voulais y mettre mon cœur

    Je ne l’ai pas trouvé .

  120. Éclaircie dit :

    On prendra une pierre
    bien lisse mais aussi bien ronde
    En son cœur un battement
    imperceptible mais solide, permanent,
    celui qui dit, même aux oreilles sourdes.
    La pierre restera avec toutes les paroles
    venues de si loin
    On empruntera l’allée de graviers blancs
    On laissera la porte entrebâillée
    Au delà du mur s’ouvre le chemin
    loin des gouffres

  121. Elisa-R dit :

    Les gouffres sont au fond des regards
    Les pierres dorment sur le marbre des cheminées
    Ou au fond de nos poches…

    C’est comme revenir d’un long voyage, avec une multitude d’impressions emballées à la hâte dans du papier journal, encore dans la valise.
    On passe tellement de temps à chasser les rêves que l’on oublie de dormir, même quand on dort.

  122. Elisa-R dit :

    Page blanche

    Je marche sur tes petits cailloux
    Un chat endormi sur l’épaule

    Tes murs cernent de bleu
    Mes rêves d’évasion

    • Éclaircie dit :

      Le chat ronronne
      le soleil s’invite au perron
      un rêve un peu plus grand
      envahit la feuille
      dessinant les contours
      d’un mur aux mille fenêtres
      que nous ouvrons
      juste pour écouter le vent
      la voix viendra
      accompagnant le pas
      régulier, rassuré
      retrouvant la trace
      au cœur des haies de chèvrefeuille

  123. Elisa-R dit :

    Pour atteindre le soleil, éteindre la pluie, il faudra marcher encore sur le fil élimé, sur cette corde qui, décidément, n’existe pas.

    En attendant, je contemple le kaléidoscope des mille fenêtres

  124. Éclaircie dit :

    Le sol est cette corde, où les bras tendus pour l’équilibre sont autant d’appels que le vent entend, transporte, accroche aux volets ouverts.
    La bouche reste close, la respiration devient musique. On garde dans la main, le brin de fil décousu des hiers. Un jour on le déposera dans le livre, marquant la page que l’on regardera sans peur.

  125. Elisa-R dit :

    Du bleu au blues
    L’eau coule sur le papier peint de l’été

    Les couleurs délavées se trempent de vert
    L’herbe pousse sous tes doigts de pieds
    Et même
    Sous le nez des grands arbres lessivés

    Mon humeur se dissout dans l’air lourd
    D’un triste juin assoupi dans l’encadré noir
    D’un faire-part sans espoir

    Les mots perdent leur sens et leur saveur
    Finissent par se noyer
    Tout au fond de ma gorge serrée

  126. Elisa-R dit :

    Un jour de pluie sur deux…ça fait un jour de soleil sur deux !
    Quel charmant progrès!

  127. Éclaircie dit :

    La rue déserte accueille le soleil
    Ou l’attend
    Les arbres qui la bordent
    Retiennent en leurs racines
    Le chuchotement d’un ruisseau
    Une fenêtre s’entrouvre

    Dans la soupente
    le livre à la couverture patinée
    Se referme doucement sur le signet
    Aux lettre bleues

    Sur le seuil
    Une petite main
    Dessine une porte
    Ouverte

  128. 4Z2A84 dit :

    Quand la rue s’anime la porte s’ouvre
    Et tu fermes les yeux pour ne pas te reconnaître dans la foule
    Parmi ces hommes en costume qui savent où ils vont.
    Toi tu te laisses pousser par le vent
    Jusqu’au fleuve qu’hésite à franchir le pont.
    Il suffit de mettre un pied devant l’autre
    Pour s’engager sur un chemin vicinal ;
    On croit pouvoir marcher jusqu’au prochain village
    Sans rêver d’une voie aérienne.
    La borne indique pourtant à quelle distance se trouve l’étoile…
    Un enfant s’empara de cette étoile avec un filet à papillons,
    Même la lune n’y vit que du feu,
    Elle si attentive !
    Tu ne t’en souviens plus
    Car en penchant trop brusquement la tête
    Ta mémoire s’est échappée comme une poignée de sable
    Ou comme de la cendre, par les oreilles…
    Ton nom tu l’as oublié
    Et lorsque tu regardes tes mains
    Tu te demandes si ce sont les tiennes ;
    Elles caressent des collines,
    Elles se glissent dans le pli des vallées ;
    Tu les portes parfois en visière à ton front
    Pour te protéger du soleil dont la pulpe fond ;
    D’un doigt tu traces des lettres sur l’eau,
    De tous tu pianotes sur les plateaux qui dominent les plaines ;
    Tu t’inventes de nouveaux doigts pour mieux tisser la laine.
    Tu cours sur des jambes qui m’appartiennent.
    Tu coupes ton pain avec excalibur,
    Et quand on t’offre à boire ce n’est jamais toi qui trempes tes lèvres dans la seine
    Ni dans le nil ni dans aucune vague…
    Les vagues se forment ailleurs
    Entre le faux et le vrai plafond leur fœtus fourbit ses armes ;
    Tu les entends quand tu ne dors pas en chien de fusil :
    Des pelletées de sel contre tes vitres.
    La mer les attend, la mer s’impatiente et monte sur ses grands chevaux,
    La mer te ressemble ; ses crêtes se succèdent comme dans tes yeux les lueurs ;
    La mer rassemble ses oripeaux et monte sur scène déguisée en pauvre fée
    Et tu l’encourages frappant dans tes mains et dans celles de tes voisins,
    Frappant du pied pour réveiller ceux qui de l’autre côté de la terre dorment encore
    Car dormir est une grande aventure.

  129. Elisa-R dit :

    Merci à vous deux pour ces somptueux cadeaux. ( Que je verrais bien en première page !)

  130. Elisa-R dit :

    Henri Purcell, Lamentation de Didon.

  131. Éclaircie dit :

    Mummm, oh oui Élisa, je suis assise à tes côtés et nous écoutons ensemble.
    je laisse pour ce temps, Thiéfaine, qui tourne en boucle chez moi.

    La chaleur s’est invitée. Je ne l’ai pas laissée entrer, volets fermés, fenêtres closes, j’attendrai la nuit dans sa fraîcheur pour voir. Voir le ciel, voir le muret, entendre le Ruisseau (c’est son nom) et fouler l’herbe qui partagera l’humidité tiède de ces instants d’été.

  132. Elisa-R dit :

    Ryuichi Sakamoto – » le ciel abritant »

  133. Elisa-R dit :

    Pas encore anéantie la raison déambule
    Silhouette fantôme dans l’esprit en alerte

  134. Elisa-R dit :

    Qu’est-ce qui est vrai ?

  135. Elisa-R dit :

    A part Purcell et le sourire que je vous offre ?

  136. Éclaircie dit :

    Confiture de framboise, ici.

    Bon appétit !

    La raison s’est réfugiée au sein de la lune
    elles rivalisent avec tous les réverbères
    pour caresser le jardin endormi
    ou l’esprit qu’une brume légère
    retient loin des cerveaux aux labyrinthes infinis
    Un piano dans le lointain nous rappelle la musique
    cadeau d’un autre âge pour avancer encore
    Sur la feuille envolée quelques signes s’estompent
    elle se pose au ruisseau pour ancrer les paroles
    Une main demain saura cueillir le chant

  137. Elisa-R dit :

    L’Émigrant de Landor Road
    Extrait D’Alcools

    Par Guillaume Apollinaire

    Le chapeau à la main il entra du pied droit
    Chez un tailleur très chic et fournisseur du roi
    Ce commerçant venait de couper quelques têtes
    De mannequins vêtus comme il faut qu’on se vête
    La foule en tous sens remuait en mêlant
    Des ombres sans amour qui se traînaient par terre
    Et des mains vers le ciel pleins de lacs de lumière
    S’envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs
    Mon bateau partira demain pour l’Amérique
    Et je ne reviendrai jamais
    Avec l’argent gardé dans les prairies lyriques
    Guider mon ombre aveugle en ces rues que j’aimais

    Car revenir c’est bon pour un soldat des Indes
    Les boursiers ont vendu tous mes crachats d’or fin
    Mais habillé de neuf je veux dormir enfin
    Sous des arbres pleins d’oiseaux muets et de singes

    Les mannequins pour lui s’étant déshabillés
    Battirent leurs habits puis les lui essayèrent
    Le vêtement d’un lord mort sans avoir payé
    Au rabais l’habilla comme un millionnaire

    Au dehors les années
    Regardaient la vitrine
    Les mannequins victimes
    Et passaient enchaînées

    Intercalées dans l’an c’étaient les journées neuves
    Les vendredis sanglants et lents d’enterrements
    De blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent
    Quand la femme du diable a battu son amant
    Puis dans un port d’automne aux feuilles indécises
    Quand les mains de la foule y feuillolaient aussi
    Sur le pont du vaisseau il posa sa valise
    Et s’assit

    Les vents de l’Océan en soufflant leurs menaces
    Laissaient dans ses cheveux de longs baisers mouillés
    Des émigrants tendaient vers le port leurs mains lasses
    Et d’autres en pleurant s’étaient agenouillés
    Il regarda longtemps les rives qui moururent

    Seuls des bateaux d’enfants tremblaient à l’horizon
    Un tout petit bouquet flottant à l’aventure
    Couvrit l’Océan d’une immense floraison
    Il aurait voulu ce bouquet comme la gloire
    Jouer dans d’autres mers parmi tous les dauphins
    Et l’on tissait dans sa mémoire
    Une tapisserie sans fin
    Qui figurait son histoire
    Mais pour noyer changées en poux
    Ces tisseuses têtues qui sans cesse interrogent
    Il se maria comme un doge
    Aux cris d’une sirène moderne sans époux
    Gonfle-toi vers la nuit O Mer Les yeux des squales
    Jusqu’à l’aube ont guetté de loin avidement
    Des cadavres de jours rongés par les étoiles
    Parmi le bruit des flots et des derniers serments

  138. Elisa-R dit :

    Des solitudes anciennes, parfois, renouent contact.

    Leurs mains d’enfant surprennent tant elles sont légères.

  139. Elisa-R dit :

    Depuis toujours , une plaie longue et profonde lui ouvre ,des clavicules au bassin,
    le torse et l’abdomen.
    C’est un homme étrange , un œil doux amical, l’autre sérieux presque mort , qui se glisse au milieu des foules comme une ombre parfois claire.
    Cette blessure, devenue présence familière, est dissimulée derrière tissus et sourires.
    Un jour ,étourdi de soleil et de désir , il oublie de la couvrir et devant les amis de passage, la terrible entaille se dessine.
    Surpris mais las de se cacher, l’homme laisse les autres l’observer. Leurs regards sont autant de caresses sur son corps.
    C’est un sentiment étrange et complexe qui l’envahit. La sensation d’être là sans défense mais aussi celle, bien plus séduisante, d’exister enfin.
    .

    • Éclaircie dit :

      Fascinant, Élisa, mélange de douleur et de douceur. Je suis particulièrement touchée par cette prose. Merci de nous l’offrir.

  140. 4Z2A84 dit :

     » Depuis toujours…exister enfin. » est vraiment un texte extraordinaire. Il m’a fait songer sur un point (tout me fait songer et j’ai pour mon bonheur – ou mon malheur ? non – bien des références littéraires) à ce texte de Reverdy que je recopie ci-dessous, par simple curiosité. Sur un point, un seul, j’y insiste, car ton texte va plus loin (en fait c’est « du grand Elisa Romain »!) :
    « …on vint m’avertir que mon meilleur ami était mort assassiné. On avait découvert son corps dans la cave d’un hôtel louche où ne fréquentaient que des gens totalement dépourvus de moyens d’existence. Le commissaire de police me demanda si je pouvais reconnaître le cadavre. Je l’apercevais par l’entrebâillement de la porte. La blessure était vraiment impressionnante. A partir de la pomme d’Adam jusqu’au dessous du nombril, il était ouvert – comme un livre. »
    Pierre Reverdy « Plupart du Temps » (« Prière d’insérer de l’édition de 1945 »)

  141. Elisa-R dit :

    Par hasard, je tombe sur un titre : « Si par une nuit d’hiver un voyageur ». Il correspond à un livre écrit par Italo Calvino. Je réalise à quel point ma mémoire est à la fois vaste et mal rangée, un peu comme mon grenier à livres : une fois que quelque chose y tombe, on ne le retrouve plus ( Si 4Z pouvait me communiquer sa technique de rangement !).Elle ressemble plus à un gouffre qu’à une mémoire ! Je ne me souvenais plus que je l’avais lu ni que ce roman existait. En quelques secondes, d’excellentes sensations de lectrice me remontent à la tête. Demain ou un autre jour, j’irai explorer le grenier pour le retrouver et le relire.
    En attendant, en voici un très court extrait :

    « il voudrait bien le prendre pour modèle ; son plus grand désir est désormais de devenir semblable à lui. L’écrivain productif observe l’écrivain tourmenté tandis que celui-ci s’assied à sa table, se ronge les ongles, se gratte, déchire une feuille, se lève pour aller à la cuisine et s’y préparer un café, puis un thé, puis une camomille, lit un poème de Holderlin (bien qu’il soit clair d’holderlin n’a aucun rapport avec ce qu’il est en train d’écrire), recopie une page déjà écrite et puis la barre ligne après ligne, téléphone à la teinturerie (alors qu’on lui avait bien dit que son pantalon bleu ne serait pas prêt avant jeudi), prend quelques notes qui ne lui serviront pas maintenant mais peut-être plus tard, va consulter une encyclopédie à l’article Tasmanie (alors qu’il est clair qu’il n’y a pas dans ce qu’il écrit la moindre allusion à la Tasmanie), déchire deux pages, met un disque de Ravel. »

  142. Elisa-R dit :

    « Tasmanie ». Je me souviens de photographies contemplées dans un livre sur les animaux. Moi, j’étais enfant et l’animal en photo était le loup de Tasmanie…Pendant les vacances, je deviens exploratrice et je descends au fond des gouffres ! Si vous n’avez pas de nouvelle d’ici demain midi appelez les secours !

  143. 4Z2A84 dit :

    Nous avons assez d’imagination pour suivre Calvino qui en a…à revendre.
    Hôlderlin ! Ce n’est pas n’importe qui.
    En Allemagne, on le place même au-dessus de Goethe comme poète.
    Philippe Jaccottet dont on se souvient avoir lu ici un poème l’a traduit dans notre langue.
    Les spéléologues vont-il aussi loin que Victor Hugo dans l’exploration des gouffres ?
    Dans ceux d’en bas, oui, peut-être… Mais dans ceux d’en haut ?
    Si tu descends très loin sous terre, n’oublie pas ton passeport ni d’offrir des masques débonnaires aux loups.

  144. Elisa-R dit :

    Les spéléologues amateurs ne pourront jamais (trois fois jamais, au moins) égaler Victor Hugo mais comme ce n’est pas ce qu’ils cherchaient à faire, tout va bien.
    Pour explorer les gouffres « d’en haut » (ce qui est le but ici) je me demande s’il faut être capable de marcher sur les mains ? Allongé(e) sur le dos d’un loup débonnaire, peut-être, bien que de Tasmanie ? C’est un risque à courir puisqu’ils ont vraisemblablement disparu.

    Un peu de musique pour le voyage :

    http://www.youtube.com/watch?v=cyIcBURj0WA&feature=watch_response

  145. Éclaircie dit :

    Merci à vous deux, je vous lis, ignorante mais curieuse.

  146. Elisa-R dit :

    Si Eclaircie est ignorante, je ne suis qu’un insecte barbotant dans une mare au milieu des poissons, des grenouilles et des tritons ! Ici, en ce qui me concerne, ce n’ est qu’une histoire de confiture (miam !)

    Pour bien commencer la journée, voici une piste musicale à suivre :

    http://www.youtube.com/watch?v=CDJz_tTZK3U

  147. Elisa-R dit :

    Autre piste musicale, tout spécialement pour toi Eclaircie, puisque tu aimes Thiefaine.
    Celle-ci, c’est ma préférée.

    http://www.youtube.com/watch?v=Z0GUf4QLh78&feature=related

    Hölderlin est encore cité…

  148. Elisa-R dit :

    Bon allez, une dernière piste pour vous laisser ensuite vous reposer.

    http://www.youtube.com/watch?v=9YLhOazpc3s

  149. Elisa-R dit :

    Ce que j’aime en cet endroit, c’est l’alternance des voix. J’ai délaissé mes blogs, par ennui. Ici, pas d’ennui, parce que vous êtes là.

    Voici ce que j’écoute (fort) en vous écrivant:

    http://www.youtube.com/watch?v=kb2RlCnZqzg

    • Éclaircie dit :

      Ici est un point de chute, tout en douceur, un carrefour où les mots résonnent, le jour, la nuit, comme une musique (et en musique grâce à toi).

      Je prépare le café, le thé et j’irai chercher les croissants.

  150. Elisa-R dit :

    Merci pour ce bon petit déjeuner.

  151. Elisa-R dit :

    L’homme s’acharne sur les arbres : les petites branches, puis les plus grosses puis le tronc. Enfin, il parvient aux racines et déploie ses efforts pour les arracher du sol. Il le ferait avec les dents si cela était nécessaire. Ca ne l’est pas, l’arbre est terrassé, sans un mot.
    Alors, il recommence, jusqu’à ce qu’il ne reste rien d’autre que du béton et de la terre.
    Vient ensuite la lutte, perdue d’avance, contre la pluie qui s’insinue, jour après jour, dans les sous-sol, les maisons . Et les corps. Surtout les vieux corps, il le sait.
    Il se saisit de tout ce qui est à sa portée : tissus, papiers, cartons, animaux morts ou pas encore, légumes, terre. L’eau continue d’avancer. Et sa tête s’emplit d’un son liquide qui lui bouche les oreilles, lui donne mal. Mal à la tête, mal au crâne, mal au cerveau, mal à la peau.
    Lorsque vient la nuit, il lui faut remettre le combat au lendemain et prendre du repos. Les heures sonnent sur l’horloge des ancêtres.
    Dans l’obscurité, ses yeux s’écarquillent sur les peurs nouvelles qui le mèneront , ça aussi il le sait, à la mort.

  152. Elisa-R dit :

    Les sous-solS !

  153. 4Z2A84 dit :

    Mais le lendemain le même, ou presque le même, combat recommence.

  154. Elisa-R dit :

    Oui ! Le lendemain, ce sera contre le vent, les prospectus ou les voisins. Jusqu’aux nouvelles pluies.

  155. Elisa-R dit :


    Un jour, pourtant, le fil se rompt
    Tombent les ciseaux, les crayons et les feuilles
    Les mains pendent le long d’un corps insensible
    Plus rien ne compte hors l’horloge impassible
    Le bleu livide du ciel coule au fond des yeux rendus aveugles
    La vie s’estompe en sommeil liquide
    Plus rien ne compte
    Et même si un autre jour se lève
    Plus aucun n’est léger
    Jamais

  156. Elisa-R dit :

    Quelques uns sont tranquilles, couchés à l’abri de la pluie
    D’autres picorent ce qu’ils trouvent dans l’herbe tendre
    Le poulailler des mots, au bout du jardin, est un autre monde.

  157. Elisa-R dit :

    Achat prévu cet été ? Un livre écrit par Benjamin Péret. Merci ms’ieur 4Z .

  158. Elisa-R dit :

    Découper une tranche généreuse de paysage .
    L’envelopper d’un carré de ciel, bleu de préférence.
    Déposer le tout au fond de la valise.
    Laisser reposer.

  159. 4Z2A84 dit :

    Lorsque j’étais très jeune il m’arrivait de conduire ma barque en direction de JePoème, un port où l’on trouve de tout et où je ne sais par quel miracle le poisson conserve longtemps sa fraîcheur. Quelquefois après des heures de recherche, il m’arrivait de « tomber » sur une image, une expression ou une idée merveilleuse dont je me demandais si l’auteur ou plutôt celle ou celui qui la revendiquait comme de son invention, était entièrement responsable. Sous la signature d’une poétesse je lus un jour : « Enveloppez-moi ce paysage » ; elle semblait s’adresser à un commerçant avec qui l’on traite tous les jours, un boulanger ou un épicier (et non pas à un marchand de tableaux !) et la scène se déroulait sur les hauteurs, dans ces montagnes où je l’appris par la suite elle vivait son quotidien.

  160. 4Z2A84 dit :

    De Péret on ne trouve facilement en librairie que « Le Grand Jeu » qui n’est pas son meilleur recueil (je crois qu’il a un peu déçu Eclaircie…).

  161. Elisa-R dit :

    Je n’ai effectivement pas trouvé Péret dans ma petite librairie des vacances (partie remise) alors j’ai laissé venir « La vie dans les plis » de Michaux.

  162. Elisa-R dit :

    Vous ai-je déjà fait écouter Purcell par Andréas Prittwitz ? Il n’y a pas de piano et c’est merveilleusement beau.

    http://www.youtube.com/watch?v=cyIcBURj0WA&feature=watch_response

  163. Elisa-R dit :

    Vérification faite, oui, je vous l’avais déjà proposé. Pour me faire pardonner, je vous propose Prittwitz encore et Vivaldi.

    Les mots viendront, ils voyagent encore. Les terres sont si belles, si colorées !

  164. Éclaircie dit :

    Dans les souterrains du site, des voix. Basse, ténor ou soprano. Se dessinent des itinéraires, al capella ou en musique, solo, duo ou chœur.
    Les parois retiennent les beaux échos.

  165. Elisa-R dit :

    L’enfant respire. Une dernière fois.

    Le père entend un hurlement effrayant. C’est celui de son être qui se décompose.
    L’eau de ses yeux se vide . Deux orbites demeurent ,deux trous noirs au fond desquels on peut voir, si l’on ose approcher, de vastes étendues d’eau croupie.
    L’homme ne peut se résoudre à laisser partir le garçon. Chaque nuit, chaque jour, il plonge dans l’eau sombre, cherche à s’y noyer. En vain car il est déjà mort.

  166. Elisa-R dit :

    Des armées de silhouettes entrent
    Perchées sur le dos des araignées
    Une planète éloignée fera office de soleil
    Car la nuit n’a pas fini de durer

    Demain tout ira mieux et les enfants iront nager dans la mer

    Ainsi pensent les terrés dans leur cauchemar sans fin

    Du pain sur la table et l’odeur du café
    Le monde qui s’éveille
    Le murmure des cuisines

    Cela leur revient en éclats de souvenirs

    Le dernier baiser
    Les projets que l’ on fait, allongés dans un lit, l’un contre l’autre
    Les petits qui s’éveillent
    Le lever du soleil
    La douceur des caresses

    Les carcasses immondes roulent leur métal insensible sur les peaux jeunes et douces, sur ces petits corps lourds dans les bras des parents, sur ces vieux corps secs des anciens bienveillants.

    Les armées de silhouettes portent l’ombre plus loin dans un fracas de ferraille. Elles vont là où le soleil brille encore et laissent derrière elles, comme à chaque fois, un silence effrayant .

    Définitif.

  167. Elisa-R dit :

    Des paroles sur les rêves qui chaque nuit
    Traversent l’âme comme le vent froid
    Ignore les portes en bois d’hier

    Des silences en peau fine
    Et puis les images reviennent…

    Le vol des mouches dans les soleils du dimanche
    Les courses de gris dans le ciel nuageux
    Les cornes géantes des escargots de pluie

    La mer
    Et le monde qui révèle ses formes
    L’avenir qui craque sa coquille et émerge
    De l’eau bavarde et bruyante

    Toujours ce même regard décomposé
    Qui voit devant et derrière

    Tableau dénué de sens…

  168. Elisa-R dit :

    J’ai vu des ombres, peut-être la sienne en faisait-elle partie, couchées derrière les moutons de paille .

    J’ai vu des chiens pareils à tous les chiens qui s’ennuient.
    J’ai vu les traces des siècles anciens en franchissant le portail d’un château ouvert à d’autres vies.
    J’ai vu la mer …

    Pour toi, j’ai ramené du sable blanc.

  169. Éclaircie dit :

    J’ai vu les ombres renaître sous le soleil, les châteaux qui plongent en pleine mer pour lisser leurs écailles, le temps qui s’étire sur la plage de nos souvenirs, entendu la musique émanant de la lune.
    Nos souffles revivent sous l’été de sable blanc, les cauchemars se taisent, sur le tableau les visages esquissent un sourire.
    Matin qui s’offre à nos yeux gourmands.

  170. Elisa-R dit :

    L’homme a cessé de lutter. On a brûlé ses outils.
    La hache surtout.

    Evidemment, les rats sont encore là. Et les souvenirs tissés en linge de corps.

    Ce soir, la lune semblait triste : c’était une lune dans l’eau. Au dernier moment, avant de tourner son regard vers la nuit et ses créatures, elle a chantonné.

    http://www.youtube.com/watch?v=HWvE7wiKxOY

  171. Éclaircie dit :

    On tranche dans la nuit ce qu’il faut pour nourrir, au matin, la page, pour éloigner l’homme drapé de noir. Il reviendra, rasant les murs, mais la nuit ne fera plus peur, la vague entraînant le sable pour le blanchir. Restera la falaise solide, tremplin de la lumière.

  172. Elisa-R dit :

    De cette falaise on contemple la splendeur du possible. Et les petites sirènes recousent la nuit déchirée.

  173. Elisa-R dit :

    Je sors de ma tanière, faire quelques pas avant l’automne…Au bord de l’eau, je constaterai, sans doute, que la petite barque a rompu ses amarres.

  174. Elisa-R dit :

    Vieux de quelques mois, ce texte aurait pu s’appeler « Fatigue ». Avez-vous , vous aussi, dans la tête ce petit personnage, cette présence informe qui revoit, analyse et critique TOUT ce que vous avez fait et dit dans la journée ?
    Oui, dès qu’il y a écriture, j’exagère, je dis et mens, je déforme. Pas vous ?

  175. Elisa-R dit :

    Evidemment, vous connaissez :

    http://www.franceinter.fr/node/434611

    Et aussi :

    http://www.franceinter.fr/node/434635

    J’aime beaucoup l’un et l’autre.

  176. Elisa-R dit :

    Evidemment, vous connaissez :

    http://www.franceinter.fr/node/434611

    Et aussi :

    http://www.franceinter.fr/node/434635

    J’aime beaucoup l’un et l’autre.

  177. Elisa-R dit :

    Encore une piste musicale pendant que je suis les pas d’un nouveau personnage en privé (pour le moment).

    http://www.youtube.com/watch?v=LCRiPYSi_9M&feature=autoplay&list=AL94UKMTqg-9B7oY2qi4Fy6EOuXQiGQdQ-&playnext=4

    Bon dimanche.

  178. Elisa-R dit :

    Evidemment, les rats sont encore là. Et les mauvais souvenirs tissés en linge de corps.
    Le port est calme. La mer se repose. Les petits bateaux gris dodelinent gentiment.

    Loin, loin, loin dans une drôle de tête, des vivants ont peur, des enfants vieillissent et certains sont méchants.

    La terre en tas se consume comme un malheur sénile. Les oiseaux dessinent des partitions et emportent les esprits sur leur dos.
    .

  179. Elisa-R dit :

    Avez-vous remarqué comme, certains soirs, la fatigue aidant, toutes les routes semblent droites?

  180. Elisa-R dit :

    A vous…

    Un lever de soleil adolescent
    S’enfuit par la fenêtre à guillotine
    Pour éviter de surprendre un père tranquille
    Dans le lit défait de la nuit
    Dort encore la jeune amoureuse
    Belle
    Comme une étoile sur la toile du rêve

    Cette fenêtre qui soupire
    Ce mur sous lequel tu t’abrites
    Et l’ampleur du monde
    Que vous créez à chaque fois

  181. Elisa-R dit :

    Poser l’oreille sur les rangées de tubes encore froids
    Ecouter
    Laisser le silence éclore puis plonger en son centre
    Penser auparavant à prendre une grande inspiration
    Nager jusqu’à la plus belle fleur
    Penser à laisser sortir le chat avant le début du processus
    Oublier pour le moment toute liste de courses
    Cueillir cette fleur et la poser dans un vase
    Nager encore jusqu’à la plante la plus ancienne
    Lui glisser en pensées deux ou trois compliments
    Sortir du silence
    Laisser couler à son rythme le flot de paroles ainsi libéré

  182. Éclaircie dit :

    Une recette pour aujourd’hui, demain à afficher à la tête de son lit pour ne pas fermer les yeux sur une étape.-199-

    Tout en nuances, on croit à la douceur, certains détails nous disent que la douleur n’est pas loin ou l’inverse -198-196-

  183. 4Z2A84 dit :

    .
    « …. Mère à côté de lui rêva que son mari n’était pas du tout dans son bureau, mais avec elle dans la cuisine, où elle tirait indéfiniment du four des plaques à gâteaux en fer-blanc, avec des petites choses brunes et rondes dessus. Quand il lui demanda ce que c’était, elle répondit : « Des années. »
    …..
    J’ai rêvé que j’avais trouvé un moyen de mettre de côté le temps que je ne voulais pas gaspiller, pour pouvoir l’utiliser quand j’en aurais besoin. Comme le temps qu’on passe dans la salle d’attente du docteur, ou celui qu’on perd à revenir d’un endroit où on préfèrerait ne pas aller, ou à attendre le bus – tous ces petits espaces inutiles. Et bien il suffisait de les attraper et de les replier, comme des cartons à jeter, pour qu’ils tiennent moins de place. »
    John Crowley « Le Parlement des Fées »
    .
    « Il existe une théorie disant que si quelqu’un pouvait un jour découvrir pourquoi et dans quel but exactement l’univers est là, il disparaîtrait immédiatement pour être remplacé par quelque chose d’encore plus bizarre et inexplicable. Il existe une autre théorie selon laquelle cela s’est déjà produit. » Douglas Adams.
    .

  184. Elisa-R dit :

    Les trois extraits sortent de l’ordinaire, j’aime particulièrement :  » Il existe une autre théorie selon laquelle cela s’est déjà produit. »

    Merci 4Z2A84

  185. Elisa-R dit :

    La main du pendu posée sur son cou
    Elle marchait

    Comme on marche vers l’échafaud

    La ville lourde des chaleurs tardives
    Creusait encore un peu sa solitude

  186. Elisa-R dit :

    Dans le cadre d’une fenêtre à dorures imaginaires,
    Les paysages, identiques, tremblent à l’approche de l’hiver.
    Dehors, la mort s’installe, habillée d’un gris sombre et tranquille.
    Les visages modernes ne sont que des palimpsestes habiles.
    Pour mes yeux et mon âme-si elle existe, n’ayant pas plus de quinze siècles.
    L’errance commune s’alourdit d’une longue lassitude.
    Soudain, des pleurs, ceux d’un ogre, résonnent comme une douce complainte
    Qui, quelques instants, adoucissent la pesante solitude
    De ceux dont les traces dans le sable s’effacent déjà.

  187. Elisa-R dit :

    C’est ce jour là que tout a commencé. Je le sais. En octobre, l’année dernière.
    A bien y réfléchir, peut-être cela remonte-t-il à plus longtemps encore. Il suffit de revoir les yeux d’Alexis.
    Vous ne comprenez pas encore ce que je vous dis. Il y a de fortes chances pour que vous ne compreniez pas non plus lorsque je vous conterai cette histoire. On ne peut pas comprendre . On ne peut que recevoir les images et les contempler. Un peu comme en mathématiques, quand je demandais de m’expliquer pour quelle(s?) raison(s?) il fallait accepter un résultat, que je trouvais absurde, et qu’on me répondait de ne pas chercher à comprendre mais d’admettre. Admettre ! Sans comprendre ! Cela m’était impossible. Les chiffres étaient des étoiles, la feuille représentait la nuit de l’espace. Mon crâne s’ouvrait sur une immensité sans aucune limite.
    Enfin, revenons à mon histoire.
    C’est cet oiseau gris, tapi sur le bord d’une route, un soir de brouillard, qui m’a montré la brèche. Je n’y suis pas entrée, je ne le pouvais plus : j’y vis depuis toujours !
    Alexis, avec ses yeux pétillants, le savait. Il l’avait toujours su et cela l’amusait au plus haut point. Comme j’aimais cet homme ! Un grand-père adoptif. Lui aussi appartenait à ce non-lieu. Il est mort mais il ne me manque pas car il est toujours présent.
    J’ai revu cet oiseau -un échassier gris- cette année. Fin octobre ou début novembre, je ne me souviens pas. Il est toujours calme, silencieux et nos regards se croisent.
    J’ai pensé d’abord à cette nouvelle de Buzzati dans laquelle un vieillard attend le narrateur, sa vie durant.
    J’y ai pensé mais tout est différent. Cet oiseau n’attend pas mes derniers instants, il est là pour mon passé, mon présent et mon avenir. Il est une réponse qui attend d’être trouvée.
    Nous éprouvons parfois l’intuition de vérités que notre raison ne nous permet pas de comprendre…Il ne s’agit toujours pas d’admettre. Suivre le volatile est plus simple.
    Tout à l’heure, un lièvre était assoupi au milieu de la route. J’ai ralenti l’allure de ma petite voiture pressée mais je n’ai pas eu à éviter l’animal : ce n’était plus qu’une large flaque de boue qui s’était déployée durant de larges secondes, comme dans ces livres pour enfants dans lesquels des châteaux et des personnages se lèvent lorsqu’on tourne les pages.
    Plus loin, j’ai vu des chevaux, au milieu de la route encore, qui ont disparu dans le brouillard avant que j’aie le temps de freiner.
    Il ne s’agit pas de folie car je sais qu’il ne s’agit que de visions autorisées par un esprit particulier. Cependant, je me demande quelles différences fondamentales existent réellement entre ce que l’on voit et ce qui est. Voyons-nous vraiment ?
    Les mots eux-mêmes, posés sur le papier, installent durablement ce qui ne devait durer que le temps d’être dit. Qu’est -ce qui est vrai dans ce que j’écris aujourd’hui ? Le savez-vous ?
    Beau brouillard ce matin ! Je l’aime ! Comme j’aime Alexis. Comme j’aimais me promener dans les champs, par tous les temps , avec mon chien d’enfant, mort l’année dernière. Il aurait été heureux d’une balade aujourd’hui, il était toujours heureux…
    Mais je ne vous ai pas conté l’histoire, je ne vous ai pas parlé des trois chevreuils qui couraient dans les champs ; de nos routes parallèles, pendant quelques merveilleux instants. Je ne vous ai pas parlé de la nature qui appelle et apaise.
    Je ne vous en ai pas parlé mais auriez-vous pu comprendre, ou admettre ?
    N’y pensez plus !
    Si vous voyez un oiseau gris, perché tranquillement sur ses longues pattes, un soir de brouillard, au bord de votre route, pensez à moi.

  188. Elisa-R dit :

    C’est ainsi, parfois, que l’on émerge des rêves.

  189. 4Z2A84 dit :

    Un texte merveilleux, passionnant de bout en bout. Une prédilection pour l’étrange, cet étrange sans lequel la vie manquerait…de poivre.

  190. 4Z2A84 dit :

    Un titre ? L’imprévisible.

  191. Elisa-R dit :

    Merci 4Z, je ne savais pas trop si je devais vous le faire lire ou non. Souvent, j’ai besoin d’installer mes textes ici pour réussir à les voir et votre avis m’est toujours indispensable.

    Je garde le titre, merci !

  192. Éclaircie dit :

    Tu sais dessiner les images qui, sans qu’il ne soit besoin de comprendre de voir plus loin que le seul regard.
    Tu sais créer une atmosphère où le plus magique comme le plus étrange peuvent arriver. Tu retranscris si bien les sensations, et nous les fais partager.

  193. Elisa-R dit :

    C’est surtout toi qui sais voir Eclaircie.

  194. Elisa-R dit :

    Parce que les mots ont pénétré les chairs
    Il n’est plus question de désir
    Ni de retour en arrière
    Retirer les premiers
    Serait déchirer les secondes

    Il ne sert plus à rien
    De s’interroger sur les raisons
    Ni sur la valeur des écrits
    Ils s’inscrivent sous la peau
    La remplacent
    Avant de toucher le papier

    La main ne tremble pas
    Le corps obéit

    Quelque chose s’est produit
    Insidieusement
    Et la souffrance a disparu
    Laissant place à ce qui avait toujours été là
    Ce que tous ressentaient
    En malaise indicible

  195. Elisa-R dit :

    Et je ne suis pas certaine que cela soit bien rassurant…Il ne reste plus qu’à boire les mots à rebours en retenant son inspiration.

  196. Éclaircie dit :

    La peau toujours respire, et le mot vivant s’inscrit sur la page que l’on effleure. On lira le geste, s’il le faut, et son ombre portée aux reflets miroitants.

  197. Elisa-R dit :

    Je pense à toi ce matin, la lune est magnifique , elle dessine un jardin inconnu.

  198. Elisa-R dit :

    Parfois parqués et barricadés
    Dans des mondes gris à coeur d’acier

    – Mes paupières se lèvent à heure fixe
    Je ne vois que mon reflet dans le froid de la lame-

    Nous rêvons éveillés de soleils généreux
    Les poitrines glacées de magazines en première classe
    Nous distraient le soir quand revient le sommeil

    – Les rêves me chassent de la nuit
    Je tombe hors d’eux la tête la première-

    Nous ne courons plus qu’après le temps
    Prisonniers volontaires de ces cages peintes en jaune d’or
    Qui nous trompent sur les origines de la lumière

    – La lune éclaire tout le jardin et entre par la fenêtre fermée
    Je la suis sans bouger de l’endroit où je me tiens-

  199. 4Z2A84 dit :

    Ces étranges poèmes même lus les lèvres serrées ou à voix basse nouent la gorge. Comment fais-tu ?

  200. Elisa-R dit :

    Oh, merci 4Z (KZ ?). Pour qu’ils soient étranges et nouent la gorge, je suis étrange et ma gorge est nouée : je ne sais pas mentir !…Ou alors je tombe des rêves pendant que le sommeil poursuit son chemin dans la nuit, comment savoir ?

  201. 4Z2A84 dit :

    Tu tombes des rêves ? Etrange (encore) formule… Pourvu que tu ne tombes pas de ton lit !

  202. Elisa-R dit :

    Quand j’étais enfant cela m’arrivait…En ce moment, la formule « tomber des rêves » ne me semble pas étrange, c’est comme tomber d’un train…
    On est tous bizarres au fond, non ?

  203. 4Z2A84 dit :

    …Tomber…. des nues ?
    Bizarre… »Drôle de Drame » Jacques Prévert, Marcel Carné, Louis Jouvet, Michel Simon.
    J’aime les points de suspension : ils me font réfléchir (mais ne me forcent pas à réfléchir)…ils me font rêver…

  204. Elisa-R dit :

    J’aime le mot bizarre, il appartient plus au réel que le mot étrange. J’aime aussi le mot étrange, il s’est échappé de la cage métallique que le réel voulait lui tailler, selon ses mesures. Je laisse le doute quant à l’origine des mesures, comme j’ai laissé filer, volontairement, les guillemets d’usage…Les points de suspension sont des ponts souples qui sont si longs qu’ils poursuivent leur suspension dans un joli brouillard blanc.
    Tu vois, quand je réponds, je suis sur ce pont souple qui surplombe les voitures d’une ville américaine comme le vert d’une jungle équatoriale. Toi avant moi !
    Bizarre…J’ai dit bizarre ? … Comme c’est bizarre… Fabuleuse ambiance dans ce film et, il dit « étrange » aussi….

    http://www.dailymotion.com/video/x6tvfj_drole-de-drame-1937_shortfilms#.UOE_8uRVlaU

  205. Elisa-R dit :

    Ceux que l’on aimait ne sont pas toujours morts
    Bien qu’il soient devenus froids et silencieux
    Mais leur éloignement a fait de nous ce que nous sommes

    Des naufragés.

  206. Elisa-R dit :

    Qu’avais-je encore à dire…

    Ces creux au centre des jours, petites mélancolies fardées
    Qui déambulaient fragiles entre lumière et ombre.
    Ces lourds sommeils d’hiver, aux visages blancs
    Qui se chargeaient de rêves comme pour un long voyage.

    Qu’aurais-je pu dire dire d’autre…

    Que cette pluie sans fin qui tombe de l’autre côté du mur
    Sur cet endroit du monde auquel tu appartiens.
    Cet endroit désert qui m’est devenu étranger
    Depuis que tu y dors silencieux et tranquille.

    Que pourrais-je encore dire…

    Qui ne soit pas mensonge évadé de ma bouche.
    Ma bouche lasse qui s’ouvre et qui se ferme
    Au rythme des silences ordinaires
    Et qui garde en sa geôle mes futiles paroles.

  207. 4Z2A84 dit :

    Ce qu’écrit Elisa n’est jamais anodin.
    Ce qu’écrit Elisa dérange.

  208. 4Z2A84 dit :

    Que la petite sœur tremble dans son aura
    Ou vacille sous les flashs des paparazzi
    Elle se revoit nue exposée aux regards
    Un bourreau athlétique et beau la manipule
    Leurs gestes sont réglés à la fois mécaniques
    Et solennels. Le ciel se trouve à leur portée
    Il suffit d’y glisser l’ongle pour que le reste
    Tout le reste du corps et les cheveux aussi
    S’effacent absorbés comme l’eau par le sable.
    A ceux qui sont venus voir une vie s’éteindre
    En offrant au soleil par de brèves giclées
    Son jeune sang, les yeux avides garderont
    L’image d’un couteau contre lequel la foudre
    Se fracasse. Des plis des montagnes l’humeur
    Dégoutte et dans un bruit de fin d’averse pleurent
    Les glaçons accrochés à l’angle des toitures.
    On s’éloigne du lieu sacré en se laissant
    Porter par des genoux et des os qui tremblèrent
    Lorsque les mots tirés du néant par la voix
    D’un inconnu masqué trouèrent le silence
    Comme la lune troue la nuit pour nous guider.
    La vallée se rapproche et des villages monte
    Une clameur dont on ignore le pourquoi
    Cette liesse est-ce toi qui la provoques belle
    Enfant toi dont le cœur éclata sous la lame ?
    Nul n’impose à la mort un surplus – retrancher
    De ses comptes un seul iota nul ne l’ose
    Non plus car elle aurait toujours le dernier mot
    Sachant exactement de nos cheveux le nombre.
    La verdure trop verte et trop humide ronge
    Les pierres cimentées pour produire un hameau
    Mais seuls se plaignent sous leur dalle les défunts
    Au cimetière où l’herbe épaisse et riche offusque.

  209. Éclaircie dit :

    Impressionnant… Élisa et 4Z.

  210. Elisa-R dit :

    Ce qu’écrit 4Z(2A84) est toujours extraordinaire et bienfaisant.

  211. Elisa-R dit :

    L’amertume

    C’est l’hiver aux coins d’une bouche
    Les soucis blancs des vagues qui intriguent la mer

    C’est un oeil si grand que l’on s’y noierait
    S’il n’était aussi bleu

    C’est ce petit pli d’espoir qui se grave sur un visage

    C’est un mot doux comme ce gros nuage
    Qui rappelle les rêves des enfants

    Allongés sur l’herbe tendre.

  212. Elisa-R dit :

    Cette marge aux cernes bleus qui longeait les canaux
    Chaque jour effrayée je tentais de la fuir
    Mais elle m’aspirait, m’attirait, m’appelait
    Je la fuis pour toujours un matin de soleil

    Enfin je le crus

    Sa douceur a gagné la confiance de mon âme
    En dépit de ma raison
    Elle borde chaque étendue d’eau
    Elle est le mystère et la peur
    Elle est la dernière promesse
    Elle m’attend au détour d’un possible

    Ailleurs

  213. Éclaircie dit :

    Où l’amertume est moins âpre sous la plume d’Elisa, plus nostalgique.

    La marge est cet espace désert où l’on voyage sans bagage, où tant de ponts pour tant d’ailleurs se dessinent, ou le pas laisse une trace indélébile que l’on vient lire et relire, ébloui.

  214. Elisa-R dit :

    J’aime tes commentaires, ils offrent toujours de nouvelles perspectives. Merci de m’avoir offert cet espace Eclaircie.

  215. Elisa-R dit :

    Nous mentons tous… Même moi qui ne mens jamais.

  216. Elisa-R dit :

    Les ombres tordues des longs arbres de rivière
    Bordent un chemin où les cailloux sont les absences
    Les yeux blancs aux cernes d’épitaphes
    Ne content qu’une part de la vie
    Et je marche en baskets sur le rebord
    Cueillant les fleurs sauvages que je rencontre

    J’ai gardé tous mes âges

    C’est un jour intérieur
    De ceux que l’on préfère ne pas partager
    Parce qu’ils ne se partagent pas
    Je n’y crois pas trop
    Je vous le dis quand même

  217. Elisa-R dit :

    La nuit devient pesante

    Nos yeux fatigués oublient à quoi ressemble la lumière. Jadis, hier, des animaux empruntaient cette route sauvage.

    Nous dormons à même le sol, sans chaleur ni confort.

    Chaque lever du soleil nous oublie et nous reprenons notre marche vers ce que nos supposons être lui.

    Harassés nous ne nous souvenons plus du nombre de jours que nous semons sous nos pieds. Aucune graine ne pousse plus.

    Moi-même, je n’ai plus ni visage ni nom. Je suis dans la file des pauvres qui s’éloignent du monde. Mes vêtements sont légers, comme mon corps que, pourtant, je porte de plus en plus difficilement.

    Nous étions des milliers. Nos ne sommes plus que quelques uns, avançant une jambe puis l’autre en silence, comme ces éléphants qui cherchent l’eau, ne trouvent que la mort.

    Autrefois, j’étais un homme qui chante.

    Je ne suis plus qu’une ombre chassée par la puissance du vent.

    .

  218. Elisa-R dit :

    NB pour auteur dans la lune:
    N° 236 : supprimer le premier blanc.

  219. Éclaircie dit :

    C’est fait !
    J’aime toujours ce que tu partages ici, avec nous. Ton jour intérieur est en clair obscur, bien sûr, mais si délicat.

    Quant à ta nuit pesante, elle m’évoque les suites d’un cataclysme. Fatalité et impuissance, terrible. Quelle écriture efficace.

  220. Elisa-R dit :

    Tu es une magicienne : merci !

    • Éclaircie dit :

      Je viens de passer 4,30 très belles minutes, j’apprécie cette musique et le clip est superbe. Ta page tout en sons et lumières est mon « indispensable ».

  221. Elisa-R dit :

    Ce que tu dis me fait vraiment plaisir. Le dernier album est très beau, il y a un peu de Janis Joplin et de Léonard Cohen, et tout le reste est Asaf Avidan, un artiste lumineux.

    Autre plaisir :

    http://www.youtube.com/watch?v=5rkcf3fy1yI

  222. Elisa-R dit :

    Celle-ci est une prolongation de l’écriture, elle se réfugie dans les silences…

    http://www.youtube.com/watch?v=lTjemfdAIUA

  223. Éclaircie dit :

    Il me manque la connaissance de la langue de l’artiste pour apprécier le sens de son chant, mais je me dis que sur cette musique et avec cette voix les paroles son surement en rapport.

  224. Elisa-R dit :

    Oh moi aussi mais ce n’est pas grave car je n’écoute que rarement les paroles, même en français …

  225. Elisa-R dit :

    Quelques souvenirs frémissent
    Au bout des branches
    Des quintes de mémoire troublent la surface
    Du sol, de l’eau
    Des vies

    Le temps passe

    Ses cheveux devenus gris
    Flottent au gré du vent
    Comme cette fumée en crinière de cheval
    Qui capture nos pensées
    Et les emporte

  226. Elisa-R dit :

    Je ne sais même pas à quoi ressemble ta demeure.

    Pourquoi t’obstiner à me rendre visite?

    Je ne t’écoute plus.

    Je te laisse mes rêves.

    Moi, je dors.

    • Éclaircie dit :

      hihi ! j’ai enchaîné ailleurs.

      on a toujours ou si souvent le frisson en te lisant
      en peu de mots, pour ce poème, tu exprimes tant, c’est faramineux d’aller ainsi à l’essentiel.

  227. Elisa-R dit :

    Entre boutade et provocation…C’est que je voudrais pouvoir dormir moi !

    Merci Eclaircie, tes mots me réconfortent. Tu as vu : même avec les cheveux longs David Bowie est beau (sourire).

    • Éclaircie dit :

      euh…pas de souci, je te le laisse. En dehors du classique, j’aime surtout les chanteurs à texte et français, bien sûr, la seule langue que je connaisse.

  228. Elisa-R dit :

    Je suis sensible aux voix avant tout…plus elles sont fêlées, plus elles m’attirent !(Oui, je sais : il n’y a pas que les voix qui sont fêlées, moi-même…)

  229. Elisa-R dit :

    La plus belle chanson de mon monde, c’est GUIGUI, chantée par Jonaz.
    Celle-ci est belle aussi:

    http://www.youtube.com/watch?v=cMfsFNsHujA&list=PL0D7D426F586DB0B0

  230. Elisa-R dit :

    Les poètes sont des oiseaux.
    Du ciel où ils vivent ils voient tout, savent tout et le chantent à qui veut les entendre.

    Les poètes sont des oiseaux .
    Naïfs dès que leurs pieds touchent le sol, ils vivent d’espoir, d’amour et de foi en l’autre.

    J’étais un oiseau, je ne le savais pas .
    Je l’ai compris quand j’ai vu la cage posée sur un de mes frères et qu’un chant est sorti de ma gorge…

    • Éclaircie dit :

      Hier, j’ai vu un oiseau. Je ne l’avais jamais vu. Je ne le connaissais pas. Il a chanté. Un chant inconnu. Je lui ai répondu. Il a compris.
      Les barreaux sont toujours là, autour de moi. Parfois, souvent, autour de lui. Toujours espacés pour laisser filtrer la voix. Assez fins pour que le ciel ne craigne pas d’offrir sa couleur.

  231. Elisa-R dit :

    Merci pour ce sourire que tu m’offres (ici et ailleurs).

  232. Elisa-R dit :

    Les ombres tordues des longs arbres de rivière bordent le chemin des petites absences blanches. Des yeux vides aux cernes d’épitaphes content le milieu de mon histoire et je marche en baskets sur le rebord, cueillant les fleurs sauvages que je rencontre.

    J’ai gardé tous mes âges

    C’est un jour intérieur. Quelques souvenirs frémissent au bout des branches, des quintes de mémoire troublent la surface du sol, de l’eau. De ma vie.

    Le temps passe
    Ses cheveux devenus gris flottent au gré du vent
    Comme cette fumée en crinière de cheval qui capture nos pensées

    Et les emporte.

  233. Elisa-R dit :

    J’ai promis, un jour, une chose
    Que j’ai oubliée
    Comme on taquine l’anguille
    En dilettante distrait
    J’ai l’esprit ailleurs
    Au sérieux d’un héron qui venait
    Et ne vient plus
    Mon ami des soirs et des brumes à couteaux
    Que fait-il ?

  234. Éclaircie dit :

    Bonjour Elisa, j’ai ouvert le lien que tu nous offres là, et avant le morceau choisi, j’ai visionné une pub que j’ai aimé (sur les inégalités homme-femme) et puis est venue cette musique douce et tendre, merci donc !

    n°263, tableau où se mêlent l’arbre, le paysage, l’animal et ce « je » tout en nuances.
    264, tu nous entraînes ailleurs, au pays des « brumes à couteaux ».

  235. Elisa-R dit :

    Je suis bien ici parce que c’est ici avec vous et parce que les textes sont à la fois séparés et reliés.
    Merci Eclaircie.

  236. Elisa-R dit :

    Et puis ?
    .

    Des eaux mortes croupissent
    De l’autre côté de tes fenêtres bleues.
    Les jours s’inclinent sous le vent, bruissent inutiles.

    Tu vois encore cet homme qui marche
    Est-il toujours un homme ?
    Sa peau recouvre à peine la blancheur de ses os.

    Tu découvres le monde à travers son regard
    Les grandes villes immaculées sous la chaleur
    Les dépouilles abandonnées dans la poussière d’un conflit
    Les enfants qui jouent au milieu des décombres
    Puis les villes enluminées et le bruit qui les rend sourdes.

    Le sommeil se recroqueville en instants vertigineux
    Le soleil alourdit tes paupières
    Le sable griffe tes mots
    Les fenêtres ouvertes que personne ne regarde plus
    Se ternissent peu à peu

    Et deviennent aveugles.

    • Éclaircie dit :

      Un cauchemar au delà de ces fenêtres pourtant bleues. Vision très réaliste de tant de lieux de la planète, avec une sensation d’impuissance.

  237. 4Z2A84 dit :

    Oui, la guerre est partout. Même dans de nombreuses familles. Tu nous donnes là un texte poignant – avec ta sobriété et ta maîtrise habituelles. Un homme de plâtre circule à travers des décombres. La nature reste indifférente. La journée suit son cours. Quant aux fenêtres … «… – les fenêtres semblables à des yeux distraits -… » (Poe : « La chute de la Maison Usher »).

  238. Elisa-R dit :

    Merci ! Je suis toujours subjuguée par la bienveillance de votre regard…Vos fenêtres doivent être très belles.

  239. Elisa-R dit :

    L’encre noire des amertumes, la pierre grise des solitudes
    Des mots creusés par le temps
    Vains
    Jetés dans le regard vide des vitres éteintes
    Geste inutile
    Ni jolis, ni gentils. Ne désirant pas l’être.

    Le temps passe
    Et l’herbe pousse sur les corps enfouis

    Silence !

  240. Elisa-R dit :

    Je dessine à la chaux
    Que vive quelque chose
    Sur les cendres blanches

  241. Elisa-R dit :

    Quelqu’un dessine et nous voyons
    Ce que le jour en nous consent à laisser voir
    A travers nos meurtrières

  242. Elisa-R dit :

    Les plumes à tête de pie volent autour de moi sans déroger à la règle.
    Vous les croyez ennemies mais elles sont justes de poids.
    La mécanique hydrocéphale me noie de remarques absurdes
    Et ma voix se perd dans le labyrinthe acoustique des machines.
    Pas de son,pas de sens,pour vous du moins.
    Les références sont parfois plus souples à autrui qu’à soi.
    Mais je ne vous en veux pas.C’est un jour à dire « j’aime ».
    A tout à toi,à n’importe quoi.
    Je vous entends déjà souffler et mugir dans vos précis de politesse
    Et de poésies grammaticales.
    Je vous murmure alors les mots qu’il faut pour vous défendre :
    ce n’est pas vous,c’est moi.

    Elisa R

    Il roule comme un porc que l’on mène en fiacre chez son coiffeur
    et qui exige que l’on moule la charcutière
    dans une vague tricotée à la hâte par trois pendus
    dont le moins élégant devra se contenter d’une brouette
    pour transporter d’une corne à l’autre
    sa tête qu’un fer repasse tous les cinq ans
    sans descendre à l’auberge
    avec un permis d’inhumer lequel figure
    sur la liste des plus belles grimaces
    pour ne rien dire de ses nattes couleur sang
    qui lui viendraient en droite ligne de son oncle ivrogne
    que plusieurs d’entre nous rencontrent encore
    dans leur sandwich lorsqu’ils discutent moteurs
    avec la troupe chargée de redonner vie à la poix
    pour qu’elle n’aille plus cueillir des racines carrées
    sur l’arbre où poussent plus de pompes à bicyclette que d’os
    phénomène appelé tango par le furet dans son journal
    quand il le tenait régulièrement
    abandonnant ses prérogatives à l’échancrure
    pour s’y abonner comme on infuse
    une guitare mortelle
    en fin de soirée généralement.

    4Z

    Mai 2008

    Spécialement pour 4Z

  243. 4Z2A84 dit :

    Dans le labyrinthe acoustique des machines que Dédale ne construisit pas, le Minotaure – un autre – a trouvé ta voix. On peut l’entendre dans ces coquillages qui, une fois assurés de la force de leur élan, traversent le ciel.
    Merci Elisa !
    En 2008 j’étais un gamin.

  244. Elisa-R dit :

    En 2008, tous ici, nous étions des enfants…

  245. Elisa-R dit :

    Des ombres rouges rongeaient les os des jours
    Assises sous des nuages peints des âmes s’endormaient
    La campagne paisible accueillait les eaux grises
    Des souvenirs trop lourds déposés chaque nuit

    Quelque part une peau douce attendait la caresse
    D’un passé disparu

    Le jour se lèverait bientôt
    Les rires des enfants s’éveilleraient peu à peu
    Le bruit des vies courantes couvrirait le silence pesant
    D’une absence anonyme

    Nos coeurs dévastés couleraient en silence
    Derrière les arbres morts des soleils de jadis

  246. Elisa-R dit :

    Remplacer le premier silence par « calme », en attendant mieux…

    http://www.youtube.com/watch?v=OFPXsbwamHk

  247. Elisa-R dit :

    Eclaircie, pour toi , nos « Cousettes » en duo. Tu te souviens ?

    Elles croisent leurs écailles et filent les saisons.
    L’ouvrage sur leurs genoux déguise les sirènes
    En cousettes rieuses épiant l’horizon
    Les fils qu’elles ont arrachés à la barbe du dernier pirate
    Brillent de toute la nacre du velours
    Dont elles parent l’épouvantail de mer
    Celui qui attire les oiseaux perdus pour leur servir de nichoir
    La mère aux yeux sévères, parfois bleus
    Surveille les mignonnes et les marins de paille
    Qui tintinnabulent et dodelinent sous le regard océan
    L’écharpe d’écume, ouvrage millénaire
    Masque parfois leurs gestes et leurs peurs
    Elles se faufilent menues par le chas
    Pour se conter l’histoire de ce monstre marin
    Il arrête les marées pour leur voler le gris
    Le porte à ses yeux comme boutons d’orage
    Sonne alors la cloche des tempêtes car il les veut
    A ses côtés pour chasser son ennui
    Petites mains tremblent, blanchissent d’effroi à l’idée
    De ne pouvoir retrouver le passage vers leur hier si sage
    Les écheveaux de nuage pour les rassurer
    Tissent le plus long des tapis volant jusqu’à la plage.

    Poeme publié 30 Oct 2009 à 12:05

  248. 4Z2A84 dit :

    Délicieux poème. (L’ai-je découvert en 2009 ?). Sa richesse le rend insaisissable : ce pourrait être une définition de ce qui à mon sentiment définit la vraie poésie.

  249. 4Z2A84 dit :

    A propos des « …ombres rouges » qui  » rongeaient les os des jours », poème dans lequel il est aussi question du silence :
    « Le silence éternel de ces espaces infinis – m’effraie. » (Pascal).

  250. Elisa-R dit :

    En réponse à ta question : oui ! Mais tu peux voir ça ici :

    http://www.jepoeme.com/forum/poeme-en-duo/Les_cousettes_eclaircie_elisa_r/197871/2.html

    « « Le silence éternel de ces espaces infinis – m’effraie. » (Pascal). » …Je devrais lire Pascal, les quelques extraits lus au lycée m’avaient beaucoup plu. Merci 4Z.

  251. Elisa-R dit :

    Depuis quand les néons

    Puis plus rien
    Des couloirs aériens
    Des sursis en fer blanc

    Et les portes qui claquent. Chacun chez soi

    Plus de musique
    Seulement celle des outrages
    Les enfant grandissent
    Déjà morts

    Et les néons clignotent
    Et les portes claquent.

    Les voiles ne se laissent plus bercer par le vent
    Il n’y a plus que ce son
    Auquel on s’habitue
    Parce qu’on ne l’entend plus

    Depuis quand les néons ?
    Tu ne sais plus

  252. 4Z2A84 dit :

    Le vent s’est tu
    Pourquoi continuerions-nous à l’entendre
    Meubler le temps
    Avec de la poussière
    A cette tâche nous consacrions nos loisirs
    D’une fenêtre à l’autre
    Le jour se déplaçait
    Lentement
    Comme on n’en finit pas de fondre
    Dans sa propre bouche
    Ou sous la langue d’un malade
    Je ou bien était-ce toi
    Un autre se levait
    Enveloppé dans le drap du lit
    Ses pas le conduisaient vers cette vitre
    Cette vitre contre laquelle venaient s’écraser
    Les insectes petits insignifiants ou gras et gros
    Nous y trouvions des papillons à l’instant de leur mort
    Des sphinx
    Et sur leurs ailes à nos couleurs
    (En signe d’allégeance)
    De grands yeux étonnés
    Nous regardaient les regarder battre
    Puis s’immobiliser pour toujours

  253. Elisa-R dit :

    Quel texte ! Plus je le lis, plus je trouve difficile d’en écrire un digne de l’accompagner. Premier essai peu concluant mais, nous avons le temps…

  254. 4Z2A84 dit :

    « Depuis quand les néons… » est un texte très intéressant, très curieux. J’espère le retrouver dans ton prochain livre.
    Je vais très rarement sur Faceboock, encore moins sur Youtube. Si j’avais le mal de mer je naviguerais davantage pour m’en guérir…

  255. Éclaircie dit :

    Une page d’une richesse infinie, poèmes, musiques, échos magiques.

    Le 4 mai n’est pas si loin alors, mettons-le en clair :

    « Pour l’anniversaire de Chagrine (qui n’est autre qu’Elisa, bien sûr !)-4 mai 2009
    Duo Eclaircie-4Z2A84

    Le temps marche à reculons
    Appuyé sur un bâton
    Mais toi tu cours à la rencontre
    De ton enfance
    Ton cerceau est un étang
    D’un coup de baguette (non magique)
    Tu lui donnes l’impulsion
    Il roule alors sur le côté et tu l’accompagnes
    Jusqu’aux montagnes timides
    Dont les yeux baissés font songer
    A la mer quand la repasseuse s’arrange
    Pour qu’elle n’ait plus un seul pli
    Tu as découvert un mouchoir brodé
    De couleurs irréelles
    Dont le contenu
    Eblouira quiconque
    Osera s’en approcher
    Un fil ténu mais solide
    Au-delà de toute apparence
    Ton doigt l’a frôlé
    Tu as alors tissé
    Une bulle
    Tes mains la laissent s’envoler
    Regardez-là
    Rebondissant sur le carrelage
    Imprégnant le décor d’un arc-en-ciel
    Semant ses lettres
    Discrètement
    Comme autant d’insectes merveilleux
    Ecoutez-là
    Vous jouer la musique du monde »

  256. Elisa-R dit :

    Merci Eclaircie, je l’aime beaucoup.

  257. Elisa-R dit :

    L’eau noire des canaux fuit vers d’autres cours. Derrière le bleu délavé des regards, reste-t-il quelques âmes ?

    Les nuages brutalisent la candeur du printemps, retiennent de force un jeune soleil qui tentait de briller.

    Le jour lui-même se soumet laissant place à la nuit et aux heures sombres. Las dès l’aube, les passants aux bras inutiles déambulent sans se voir.

    La pluie ronge la chaleur, l’ombre la lumière. La terre fébrile dort depuis l’hiver.
    Quelques sourires s’éteignent doucement, vestiges fragiles d’une saison désirée…

  258. 4Z2A84 dit :

    J’avais raison de vous croire morte
    Vous étiez si silencieuse si absente
    Si dans les nuages
    Vous n’étonniez plus personne
    Je mangeais votre part
    De votre lit je faisais mon lit
    Lesbos
    Je lisais vos livres j’allais à la selle pour vous
    D’ailleurs le pont était levé
    Les portes fermées à double tour
    On ne se souvenait plus de vous
    Un jour
    Demain peut-être
    Moi aussi je vous oublierai

  259. Elisa-R dit :

    Mais c’est que j’étais morte et, à vrai dire, j’avais moi-même oublié qui était cette ombre blanche qui me suivait ou me devançait partout.
    Je ne savais plus que l’oiseau dans l’arbre, l’arbre dans le ciel, le ciel dans la colère…et cet endroit du monde ou battent encore les cœurs quand la vie quitte les corps.

  260. Elisa-R dit :

    Je pense à toi.

    Je revois cette carcasse de poulet oubliée dans le four et ces petits vers blancs qui grouillaient dans leur couveuse.
    Je sens encore l’odeur immonde qui émanait de l’ensemble. Une odeur de charogne, de mort. Oui, je crois que c’est l’odeur de la mort .Cette même odeur grâce à laquelle j’ai su, plus tôt je crois, que mon chat n’aurait jamais vingt ans.
    Je voudrais t’associer à d’autres images mais je devine qu’elles seraient plus personnelles, plus douloureuses, insupportables.

    Tu vois, je pense à toi .

    Je précise que ce texte ne s’adresse à aucun d’entre vous, vous vous en doutiez j’espère.

  261. Elisa-R dit :

    …insupportables.

    Je te connais si peu et pourtant tu me troubles au point de retirer de moi tout espoir. Tes apparitions me laissent sans force, épuisée jusqu’à l’anéantissement : peut-on livrer plusieurs fois une bataille aussi rude ?

    Les jours se succèdent, transis comme moi, sombres comme s’ils avaient compris. Blottie contre leur flanc mouillé, je me remets à compter.

    Pour t’oublier.

  262. 4Z2A84 dit :

    Qui se cache dans l’ombre ?
    On l’entend respirer
    Son cœur bat la chamade
    Et ses yeux sont baissés
    Pour qu’on ne le voie pas.
    Qui sans ouvrir la bouche
    Raconte son histoire
    A des oreilles sourdes ?
    Qui sans faire de bruit
    Réveille ceux qui dorment ?
    Qui sans dire un seul mot
    Est entendu de tous ?

  263. Elisa-R dit :

    Qui sans le point d’interrogation devient celui qui et ce petit mot devient bruit que l’on ne connaît plus, inquiétant comme une ombre de chair et de sang…

  264. Elisa-R dit :

    Pâté de tête

    Que d’égarements dans ces vies synthétiques !
    Visages rouges un peu gras, doigts habiles un peu plats…La faute aux touches carrées des claviers.
    On s’y perd comme les têtes. Les grands chocs sont comme ça, tourneboulent les idées…
    Après on tombe les bras et les jambes tendus.
    Et puis la tété s’éteint !
    On voudrait des beaux mots, des retours, des hier ou avant-hier mais…
    On en vient quand même à ce que veut la coiffeuse : teindre nos cheveux.
    Et alors ?
    Et alors et puis l’autre, voilà !
    Ça me glace le sang rien que d’y penser. C’est simple, je n’arrive plus à penser, comme je le faisais avant, en images. Y’en a plus qu’une, grosse comme un cul de bonhomme en toile bleue et casquette des années soixante. Mais j’arrive pas à la décrire, elle bouge tout le temps : araignée de la taille d’une maison (deux chambres, cuisine, salon-salle à manger, wc, sdb ET sdd; garage donnant sur buanderie et cuisine), vomi de monstre (gluant, vert et conséquent); petit mec prétentieux et assez moche, genre gringalet mais ne correspondant pas à la mode, mal dans ses pompes et aggressif (avec deux « g » voire trois pour bien montrer).
    Mais bon, tant pis ! Marguerite semble un peu lasse et veut sortir du bain des éléphants.

    On vous laisse faut du temps pour faire sécher l’album.
    .

  265. 4Z2A84 dit :

    Penser en images : est-ce rêver ?
    Un curieux texte. Un courant de conscience. Sommes-nous traversés par des rivières plus ou moins navigables ?

  266. Elisa-R dit :

    Penser en images c’est traduire chaque mot important par l’image qui lui correspond. Rêver c’est jeter l’ancre au fond de l’eau et dormir allongé(e) dans la barque.

    Traversé par des rivières, oui sauf qu’elles ne sont pas toujours des rivières…J’aime bien découdre les conversations.

  267. 4Z2A84 dit :

    Il y a des poèmes sur lesquels on flotte, et c’est agréable, surtout lorsqu’un vent léger guide votre embarcation.
    Il y a des poèmes dans lesquels on se noie, et c’est navrant pour ceux qui vous aiment de ne plus avoir à supporter votre mauvais caractère et vos sautes d’humeur.
    Il y a des poèmes trop riches, des poèmes qui veulent tout dire à la fois et qui fatiguent leurs lecteurs comme ils ont pompé toute l’énergie de leur auteur.
    Il y a des poèmes insignifiants. Reposants ? On les lit dans le train entre deux gares. Mais on n’oublie jamais de descendre à destination.
    Il y a des poèmes que l’on jetterait comme des mouchoirs en papier si le poids d’un livre n’arrêtait pas notre geste.
    Il y a des poèmes écrits avec le sang – d’un autre de préférence au sien car là où le sang apparaît quel ennui !
    Il y a des poèmes dont les auteurs ne savent plus qu’ils les ont écrits – ou bien ils les attribuent à d’autres et en vantent les mérites tout en songeant qu’eux-mêmes feraient mieux.
    Il y a des poèmes dans le café au lait ou le thé ou la chicorée du matin; on en trouve autant dans le beurre quand on l’étale sur une tranche de pain; le sucre aussi en contient quelques-uns, mais ceux-là fondent trop vite pour être récités jusqu’au bout.

  268. Elisa-R dit :

    Merveilleux aussi les poèmes à la framboise, si légers qu’ils se posent sur les petites langues pointues et roses.
    Et puis les poèmes blancs des balcons en pierre qui disent la beauté et l’étendue du monde et qui permettent d’entendre, en même temps, l’infinie détresse des humains.

  269. Elisa-R dit :

    Rien n’était formidable.
    La pluie charriait de gros bateaux blancs, venus des terres d’autrefois.

    Les racines des arbres flottaient orphelines sous des barques de fortune inquiètes.

    Les rêves des enfants grandissaient en cauchemars que même le vent, désemparé, ne parvenait plus à apaiser d’une caresse sur la joue.

    Depuis le balcon de pierre, la terre entière était visible.
    On entendait le silence paisible de son immense beauté et les gémissements désespérés de l’humanité aveugle.

    Le sable coulait à l’envers, rongé par la peur et par une effroyable sensation d’urgence.
    Dehors, les jardins endormis frissonnaient dans leur sommeil. Les arbres et les herbes, secoués par le vent, semblaient vouloir sortir d’une nuit sans repos.

  270. 4Z2A84 dit :

    Contre un salaire dérisoire
    Je travaille sur la lune
    En qualité de balayeur
    Les feuilles mortes y sont plus nombreuses que partout ailleurs
    J’ignore d’où elles viennent
    Car ici on ne trouve pas d’arbres
    Et l’automne ne signifie rien
    ………………………………………………
    Mes pas me conduisent toujours plus loin
    Ils décident pour moi de notre destination
    Je passe aussi de planète en planète
    Sans élan ni saut de gymnastique
    Mais en plaçant un pied devant l’autre
    Tel un simple promeneur
    Et mon balai me suit
    Pour me rappeler à chaque instant ma mission
    Débarrasser tous les livres de leurs pages mortes
    C’est un instrument discipliné et qui se tuerait à la tâche
    Comme le soldat avide de décorations
    Lui fausser compagnie
    Je n’y songe même pas
    Ainsi nous voyageons parmi des étoiles
    D’où la lune n’est plus visible
    Ni la terre
    Sans les feuilles des arbres absents
    Notre existence dépendrait du Dormeur
    Dont le nez dans un bouquin bourgeonne.

  271. Elisa-R dit :

    Balayeur de la lune, je te (re)connais. Tu es l’oiseau rieur qui se pose sur les plus hautes branches; tu es le plus beau souvenir qui abreuve les pièces vides du cerveau; tu es cet avenir léger qui me sourit.

  272. Elisa-R dit :

    Réécriture…

    Déserts

    Le soleil décline et se pose, un peu las, sur les cimes d’ automne. Dessous, l’ombre surprend l’endormi dans les derniers sursauts du jour.

    Et ses yeux ne voient plus que l’or des feuilles à l’orée de la nuit. Il regarde ici, mais il est ailleurs.
    Dans un désert de sable, de terre ou d’asphalte. Il marche, encore et toujours.

    Il n’est pas seul.

    Des personnages croisés ou inventés, d’autres lui-même, partagent la même obscurité.
    Le même mutisme.
    Leurs vies différentes s’unissent dans l’humanité de leurs silences.

    Depuis leurs regards en errance.

    Il est peut-être cette silhouette nocturne qui traverse encore l’absence de sommeil, d’un pas tranquille.
    Il est peut-être ce drôle d’ami qui fuyait vers la nuit et qui l’a finalement épousée…

    Le soleil décline et se pose, un peu las, sur les cimes d’automne. Dessous, l’ombre me trouve endormie sur un tapis de souvenirs.

  273. 4Z2A84 dit :

    L’endormi change de sexe au fil de ses rencontres – diurnes comme nocturnes. Quant au soleil : que l’on se souvienne que ce n’est jamais lui qui nous tourne le dos !
    Un poème en prose dans lequel j’aime à m’égarer. L’absence y est vécue comme un don de soi à l’inconnu.

  274. Elisa-R dit :

    L’endormi prend corps et se lève. Quel est son sexe ? En a-t-il un d’ailleurs?

    Ce n’est pas un ange , c’est une ombre noire tournée vers une lumière que nul ne voit mais à laquelle il croit, lui, l’endormi.

    Encore un personnage qui profite du sommeil de son créateur pour le quitter . Il ne restera bientôt plus que des pages blanches…

  275. 4Z2A84 dit :

    Les pages blanches fascinent les poètes comme les lampes allumées les papillons de nuit.
    .
    …et les moustiques…
    .
    Profiter du sommeil de son créateur pour le quitter. Un rêve dans un rêve. Par qui suis-je rêvé ? Etc.

  276. Elisa-R dit :

    Par qui, par quoi ?

    Une boule ronde posée sous une coquille fragile comme celle de l’escargot.( Qu’y a-t-il de plus vrai, de plus sincère qu’un rêve ?)A cet endroit, la chaleur s’estompe et parfois le froid, les feuilles bien vertes protègent de la pluie et délivrent des regards un peu trop insistants…

    Dehors le souffle du vent est brûlant et demain il pleuvra. Qui pourrait croire ça ?

  277. 4Z2A84 dit :

    Le monde est TROP beau (d’après Virginia Woolf).

  278. Elisa-R dit :

    Peut-être bien, trop beau pour ce que nous sommes capables de voir.

  279. Elisa-R dit :

    Depuis que les arbres ont des ailes, la terre n’est plus la même.
    Les oiseaux dorment au sol, les scieries éteintes sont couvertes de rouille.

    Tout est rouge hors le ciel.

    Une forêt luxuriante y a poussé
    Préservée des goûts morbides des géants mangeurs de bois.

    Tout est rouge hors le ciel

    Comme une nuit terrifiante qui aurait posé son ombre glacée
    Sur le corps d’un enfant mort.

  280. 4Z2A84 dit :

    Qui règne ici ?
    Ce n’est pas toi.
    Et si nous chantions sur les toits ?
    Si nous descendions dans la plaine
    Assister au déraillement des fleuves
    Et à la naissance des fleurs sur un lit d’herbe neuve.
    Rien ne nous empêche d’avoir pour les arbres de l’amitié
    Ni de conduire notre avion d’astre en astre et de butiner.
    L’invisible guide est partout
    Sa main s’il caressait la terre
    Tous les cailloux en sentiraient la douceur
    Et les plus heureux fermeraient
    Même absents
    Les yeux.

  281. Elisa-R dit :

    La terre est en toi, ou bien le contraire. Vivant, tu bondis de toit en toit, redessines des quartiers dans les villes, plus beaux, plus étranges, traversés par un souffle plus poétique qu’un poème lui-même.
    Tandis que la lune est à l’heure pour votre rendez-vous, je regarde le chat qui se lèche la patte comme une lady tendrait les doigts à un gentilhomme.
    Assise dans l’ombre d’une ruelle un peu humide, j’assiste, en compagnie du charmant animal, aussi sauvage que moi, aux jeux de lumière sur ton écharpe de vent.

  282. 4Z2A84 dit :

    En nocturne on joue du pipeau sous ta fenêtre
    Tu balances : es-tu née ou non
    T’apprête-tu comme une qui se fait attendre à naître
    A casser ta coquille sous nos yeux
    A nous en mettre plein la vue
    Avec un spectacle simple comme la vie
    Tu prends ton temps et nous ne jouons plus
    Dans la pendule la rivière cesse de geindre
    On dit qu’au jardin les fleurs s’interrogent
    On parle mais tout bas de la lune tombée assez bas
    Pour s’éclairer à la bougie
    Il y a en effet des vers luisants au fond des flaques
    Et les étangs font tout pour devenir des cygnes
    Ils tournent et retournent des idées dans leur verre
    Et ces idées fondent comme des glaçons
    Ne vous baignez pas à minuit
    Attendez l’aube pour sortir de l’œuf
    Et nous montrer votre ravissante oreille
    Celle qui écoute aux portes
    La mer se moucher sur la plage
    Sur la page déjà noire de mots pressés
    En finir avec l’écriture
    Telle est l’ambition de la vague en train de tricoter.

  283. Elisa-R dit :

    Tout est devenu si sérieux depuis les longues pattes de l’hiver que même la musique a perdu l’ouïe qui lui était si chère.
    Des petits morceaux de bois flottent encore sur le lac profitant de la glace avant qu’elle se forme.
    Bien sûr, la chaleur des pensées réconforte les saules et les noisetiers aux feuilles torsadées.
    Bien sûr, les nuits se peuplent d’images découpées çà et là dans les livres des marionnettistes.
    Cependant, la lumière et les sons, posés sur un fil d’araignée, se préparent au grand voyage et nos cœurs d’herbe fine se serrent un peu.

  284. Elisa-R dit :

    La mer est-elle rouge, ailleurs où l’on ne vient plus ?

  285. Elisa-R dit :

    Qui vient en nos logis lorsque la nuit trop courte ne desserre pas l’étau de nos fatigues ?

    Lasse

    Fatiguée de vous attendre
    Le mot tendre en bouche
    Comme une fleur sauvage

    A l’instar de nos plus fous
    Je délire en silence
    Petit bateau perdu

    A la dérive

    Je ne cherche plus rien
    Ni les sons ni les rires
    Fatiguée

    Les pages noircies des errances
    Nommées jours ou bien temps qui passe en de plus jolies bouches
    Demeurent à présent dans l’obscur de l’indifférence

    Plus de simulacre
    Plus de souvenirs à colorier pour les rendre moins gris
    Plus de mots à gommer pour les rendre moins durs
    Fatiguée

    Névralgique en tous sens
    Je repose en de sombres murs blancs
    Epais comme une solitude

    Eternelle

  286. 4Z2A84 dit :

    Las.
    .
    Où mourir ? Dans sa chambre ou dans l’herbe à minuit
    Quand la lune étonnée montre ses amygdales
    Et sa luette en train de vibrer sous le choc
    Elle est au ciel la seule amie de l’insomniaque
    Du criminel et du poète embarrassé.
    Le mourant s’il la voit le regarder murmure
    Un ultime Je t’aime auquel on aimerait
    L’entendre répondre un Je t’aime aussi touchant.
    Des champs des prés des bois s’élèverait un chant
    Terrestre vers notre blanchâtre satellite
    Et les observateurs noteraient sur leur livre
    De bord combien la nuit fut belle et les voix chaudes.
    Nous resterons au lit même si l’eau nous porte
    Et nous oblige à naviguer sans instruments
    Chaque vague est un chien féroce ou domestique
    Son flair indique à l’arche où le nord magnétique
    Se situe sur la plaine immense. Les dauphins
    Bondiront comme une eau pétille et si la faim
    Les tourne contre nous que leurs dents soient robustes
    Car nous voyagerons dans nos cercueils plombés.
    Les îles sur leurs roues roulent moquées des mers
    Ainsi les prospecteurs les cèdent à bas prix
    On y célèbre des unions trop éphémères
    Pour inspirer la pieuvre encrée dans ses écrits.
    Il en est dont palmiers et cocotiers séduisent
    (Sans parler de la plage au sable d’or pilé)
    Des hommes fatigués de se prendre la tête
    Entre les mains malgré son poids pour en extraire
    La cendre – ils sont soit sans un sou soit milliardaires
    Ils partent pour dormir sous des arécacées
    L’océan les soulève et respire avec eux
    Une odeur de bouchon bousculé par les flots
    Ils songent à leurs fers que d’autres forgeront
    Pour en faire une grille aux barreaux étouffants
    Puis le rêve effacé d’un coup d’éponge ils plongent
    Dans le réel où dans leurs habits les attend
    Ce double qui subit ses bourreaux sans se plaindre.
    .

  287. Elisa-R dit :

    Les mains des bourreaux se ressemblent comme des soeurs
    Blanches et légères, rouges et rudes elles savent le chemin de la lame jusqu’à l’os
    Les vagues, dès leur plus jeune âge, les lavent de toute offense.
    La mort devient alors éphémère car elle n’est ici que désir de sommeil inassouvi
    Les mêmes bourreaux, sauvés de l’horreur par l’épaisseur du rêve, ne sont plus que petits enfants dans des corps de vieillards.

  288. 4Z2A84 dit :

    « Les mains des bourreaux se ressemblent comme des sœurs
    Blanches et légères, rouges et rudes elles savent le chemin de la lame jusqu’à l’os
    Les vagues, dès leur plus jeune âge, les lavent de toute offense.
    La mort devient alors éphémère car elle n’est ici que désir de sommeil inassouvi
    Les mêmes bourreaux, sauvés de l’horreur par l’épaisseur du rêve, ne sont plus que petits enfants dans des corps de vieillards. »
    Elisa Romain.
    .
    « La main droite du bourreau n’aime pas sa sœur plus gauche
    Car dans le travail du bourreau les deux doivent agir avec la même efficacité
    Avec la même cruauté envers ces animaux qui sont des hommes
    Vous et moi souvenons-nous de notre chair humiliée
    De nos os broyés de nos viscères à nu du sang
    De notre sang bu par des gloutons.
    A qui avions-nous arraché un regard
    Pour mériter de finir ainsi sur une roue
    Ou parmi des tenailles, au fer ou pendus par les pieds
    Ou dans une cage trop étroite sur des aiguilles,
    Pas suffisamment torturé pour perdre conscience
    Pas suffisamment mis à mal pour espérer ne plus rien sentir
    Quand l’estomac plein, un peu ivre
    Le bourreau tendrait ses mains réconciliées vers des outils
    D’où sourd la mort comme des murs de cave l’humidité
    Et s’il est vrai qu’il se croit
    Et par cela même l’est…quelque part…
    Lavé de toute infamie par la mer indifférente ou moqueuse
    Nous nous disposons à l’enchaîner à notre place
    Et à lui faire subir ce qu’il nous a fait subir
    Pour un salaire confortable
    Dont nous hériterons sans délai
    Si on ne nous réveille pas avant la fin du rêve ».
    4Z2A84

  289. Elisa-R dit :

    Un matin, un peu triste et blafard, la foule se réunit sur la plus grande place. Des souvenirs rouge et douloureux revenaient à la surface de ma mémoire dévastée. Mon voisin gémissait, avec un constance remarquable.
    Deux soldats dépenaillés se tenaient derrière lui. Derrière nous.
    Je pris alors conscience des liens qui entravaient mes poignées et de la distance entre la foule et nous quatre.
    Un roulement de tambour se fit entendre, mon corps tout entier vibra. Je fus saisis d’un tremblement -moi dont la main toujours demeura sûre- qui ne me quitterait plus.
    Les soldats, qui ressemblaient à deux épouvantails, nous poussèrent sans ménagement et je me retrouvai soudain debout sur une estrade, face aux visages si nombreux de la population. Il était difficile de comprendre les sentiments qui les animaient. Peut-être de la colère, peut-être du contentement. Une folie terrible brûlait dans leurs globes oculaires.
    Lorsque je posai ma tête sur la planche creusée, je fus troublée par la vision de ma main abattant une hache. Immédiatement après, ma mémoire s’éteignit à jamais.
    Dans un bruit sec et sourd, accompagné de hurlements terrifiants, ma tête tomba.

    J’étais mort.

  290. Elisa-R dit :

    Oups ! Ecrit, posté. Et les fautes sautent aux yeux : rouges, poignets, une constance…Je vais voir si je peux supprimer.

  291. Elisa-R dit :

    Un matin, un peu triste et blafard, la foule se réunit sur la plus grande place. Des souvenirs rouges et douloureux revenaient à la surface de ma mémoire dévastée. Mon voisin gémissait, avec une constance remarquable.

    Deux soldats dépenaillés se tenaient derrière lui. Derrière nous.

    Je pris alors conscience des liens qui entravaient mes poignets et de la distance qu’il y avait entre la foule et nous quatre.

    Un roulement de tambour se fit entendre, mon corps tout entier vibra. Je fus saisis d’un tremblement -moi dont la main toujours demeura sûre- qui ne me quitterait plus.

    Les soldats, qui ressemblaient à deux épouvantails, nous poussèrent sans ménagement et je me retrouvai soudain debout sur une estrade, face aux visages si nombreux de la population. Il était difficile de comprendre les sentiments qui les animaient. Peut-être de la colère, peut-être du contentement. Une folie terrible brûlait dans leurs globes oculaires.

    Lorsque je posai ma tête sur la planche creusée, je fus troublé par la vision de ma main abattant une hache. Immédiatement après, ma mémoire s’éteignit à jamais.

    Dans un bruit sec et sourd, accompagné de hurlements terrifiants, ma tête tomba.

    J’étais mort.

  292. Elisa-R dit :

    Je fus saisI !!!

  293. 4Z2A84 dit :

    L’Héautontimorouménos : mot grec signifiant « celui qui se venge sur soi-même ». Titre d’une comédie de Térence, et d’un poème de Baudelaire dans lequel se trouvent ces vers :
    « Je suis la plaie et le couteau !
    Je suis le soufflet et la joue !
    Je suis les membres et la roue,
    Et la victime et le bourreau ! »
    .
    Texte très fort d’Elisa.

  294. Elisa-R dit :

    Il caresse les os des morts, les drape de soieries et de manières outrées, s’enroule lui-même dans des tissus passés de mode et de couleurs.
    Jamais en colère, souriant toujours, l’homme s’assoit sur l’usage et dévore des yeux les petites aux cuisses longues et les petits aux mollets galbés. Assis sur une table ou sur un tas d’immondices -selon la catégorie sociale des élus- il attend patiemment que l’ouvrage du temps aboutisse, enfin, et que la Mort en personne débarrasse les dépouilles de leur âme comme on vide une carcasse de ses entrailles.

  295. Elisa-R dit :

    « Je suis la plaie et le couteau !
    Je suis le soufflet et la joue !
    Je suis les membres et la roue,
    Et la victime et le bourreau ! »…Une fois encore, tu apportes de précieuses lumières dans cette caverne sombre. Merci 4Z.

  296. 4Z2A84 dit :

    Satie, je le connais mal. Merci pour ces deux belles œuvres. La première, outre ses remarquables illustrations, me touche beaucoup…mais quelle tristesse ! Malgré tout c’est celle que je préfère…Aimerait-on se rendre triste ?

  297. Elisa-R dit :

    Celle-ci contient plus encore que la tristesse :

    http://www.youtube.com/watch?v=tBIPYA_pKT0

    Elle ressemble à mon humeur du jour…

  298. Elisa-R dit :

    Elle prend corps accroupie sur le fil long des heures
    La tristesse qui psalmodie des chansons privées de paroles
    Dehors le vent s’efface, encore, pour elle qu’il aime
    L’automne interrompt ses essais de couleurs
    Pour que plus rien ne tourne, pour que plus rien ne bouge
    Ni ne soit beau.

    J’entends, une fois de plus, l’affreuse mélodie des départs
    Et la nuit prolonge son séjour au-delà du désespoir

    Un lambeau de chair arraché près du coeur sanguinole
    Tranquille. Tandis que s’évadent les cellules en forme de fleurs
    Qui naissaient sous la courbe des mots.

    Ici demeure la blancheur du silence
    Déposée peu à peu par l’absence.

    Ici gisent encore les souvenirs, abandonnés sur le sol
    Comme des cotillons et confettis.
    L’endroit déserté remet en mémoire les chemins de l’errance
    Décidément liés à mes pas et à leur monotone cadence.

  299. Éclaircie dit :

    Un texte au reflet de l’humeur du 7 octobre…
    Certains mots, comme « tranquille », « blancheur », « cotillons et confettis », donnent cette impression étouffante d’un fatalisme à se soumettre à cette tristesse plutôt qu’au néant.

  300. 4Z2A84 dit :

    Quand on a le soleil en face
    On se retourne
    Et l’on voit son ombre
    On la reconnaît tout de suite
    A sa façon d’hésiter
    Entre un accueil chaleureux et la méfiance
    Et si pour l’encourager
    Nous lui tendons les bras
    Elle recule de deux ou trois pas
    Aimerions-nous l’entendre
    Nous dire je t’aime dans le creux de l’oreille
    Alors nous chercherions à lui prendre la main
    Ou à appuyer notre front contre le sien
    Ou à lécher ses larmes
    Oubliant qu’elle est une ombre
    Oubliant les critères auxquels obéit une ombre
    Oubliant sa nature
    Oubliant jusqu’à sa promesse…de rester dans l’ombre
    De ne jamais nous importuner
    De ne jamais nous rendre service
    De ne jamais s’offrir
    A nos caresses
    A nos coups
    Sa promesse de rester indifférente à notre sort
    Comme nous nous désintéressons de ses qualités
    Qu’elle soit derrière ou devant nous à droite ou à gauche
    Qu’importe nous ne supportons plus sa présence
    Or l’étrangler la jeter dans le vide du haut d’un gratte-ciel
    La couper en petits morceaux ou en fines tranches
    Qui parmi nous aurait le courage de s’y résoudre
    Pas vous
    Pas moi
    On nous conseille de la perdre
    Dans la foule
    Certains se sont débarrassés d’elle ainsi
    (Beaucoup la regrettent)

  301. Elisa-R dit :

    Si vous n’existiez pas, qu’est-ce qu’on s’ennuierait ! Merci à tous les deux. 4Z, tu devrais glisser ce poème en première page !

    Bise.

  302. Elisa-R dit :

    Qui parle d’elle en ce moment à part le ciel et ses nuages ?
    Les coccinelles égarées ou les poètes un peu distraits.
    Ceux qui nez en l’air marchent sur un fil et trempent un doigt dans l’encrier.

    Les ombres changent de tenue et courent en riant dans les prés
    Comme de jeunes filles audacieuses sorties pour affronter leurs peurs.
    Le vent lui-même de bonne grâce aussitôt cède à ses caprices.

    Elle nous comprend sans nous entendre, on lui répond sans rien lui dire
    Sa joie visible nous surprend dans notre marche vers l’hiver
    Et nous délivre pour quelques temps de nos fardeaux tellement humains.

  303. Éclaircie dit :

    Beaucoup de douceur, dans ce poème comme dans la vidéo. Bulle ouatée qui éloigne les tourments (cependant ils ne sont pas loin, à lire le dernier vers)

  304. Elisa-R dit :

    Merci Eclaircie.

  305. Elisa-R dit :

    Un matin, un peu triste, blafard.
    La foule réunie sur la grande place.
    Des souvenirs rouges
    Douloureux
    Comme une eau nauséabonde
    A la surface de ma mémoire.

    Mon voisin gémit.
    Avec une constance remarquable.

    Deux soldats dépenaillés se tiennent derrière lui.
    Derrière nous.

    Je prends conscience des liens qui entravent mes poignets, de la distance entre la foule et nous quatre.

    Un roulement de tambour .
    Mon corps tout entier vibre.
    Je suis saisi d’un tremblement
    Qui ne me quitte plus
    Moi dont la main toujours demeura sûre.

    Les soldats ressemblent à deux épouvantails.
    Ils nous poussent sans ménagement.
    Je suis debout sur une estrade
    Face à des visages inconnus.
    Des dizaines de visages.

    Je ne lis pas leurs sentiments.
    Peut-être de la colère.
    Peut-être de la joie.
    Une folie terrible brûle dans leurs globes oculaires.
    Brûle, jusqu’à incendier mes entrailles.

    Je pose ma tête sur la planche creusée
    Je suis troublé par une vision
    Celle de ma main abattant une hache
    Sur la nuque d’un inconnu.

    Quelqu’un gémit
    Quelqu’un d’autre gémit.
    Je ne sais pas ce que je fais là
    Ni qui je suis.

    Dans un bruit sec et sourd
    Accompagné de hurlements terrifiants
    La tête de mon voisin
    Posée sur une planche jumelle de la mienne
    Est tranchée par la lame.
    La lame d’une hache dans les mains d’un bourreau.

    Je ne sais pas ce que je fais là
    Ni qui je suis.

    J’entends le bois résonner sous le poids de quelqu’un
    Juste derrière moi.
    Je ferme les yeux
    Les hurlements reprennent
    Ma gorge les héberge.
    .

  306. Elisa-R dit :

    C’est là que réside l’errance; dans ce que voient les yeux ouverts.

  307. 4Z2A84 dit :

    « Un matin un peu triste, blafard… » Un poème magnifique…et terrible. Un cauchemar filmé de l’intérieur d’un crâne et accompagné par le son du tambour. Perte d’identité – mais persiste le vague souvenir d’avoir été soi-même un exécuteur, un bourreau. « La forêt dans la hache ».

  308. Elisa-R dit :

    C’est à toi que je dois ce poème (note 339).

  309. Éclaircie dit :

    Impressionnant poème. Des images et des questions terribles viennent à l’esprit cette lecture.
    Pourquoi ces soldats ? l’autorité écrasante et aveugle ? les épouvantails ? ils ne sont pas humains ? et comment bascule-t-on du rôle de bourreau à celui de victime ? qui en décide ?
    J’ai relu le n°338 et cette réécriture ou ces compléments enrichissent beaucoup le texte initial. La mise en vers aussi, chaque phrase tombe plus fort, comme cette hache.

  310. Elisa-R dit :

    Merci Eclaircie.
    Depuis quelques temps, je prends presque plus de plaisir à réécrire un texte qu’à l’écrire.

  311. Elisa-R dit :

    Au milieu de la page, un arbre, dessiné au crayon.
    Autour de l’arbre on devine le silence. Ce genre de silence agrémenté de chants d’oiseaux, de criaillements de corneilles.
    Si l’on regarde bien, on distingue d’autres arbres. Ils sont de plus en plus nombreux car on entre dans la forêt. Il ne faut pas faire de bruit si l’on veut entendre ou voir quelques animaux : un renard, une chouette nichée au creux des branches, un couple de geais…Mais l’enfant- car il y a toujours un enfant-est aussi joyeux que bruyant. Alors, au milieu de la page, on ne voit plus que l’enfant et on ferme le cahier.
    Il n’y a plus que le son charmant d’une autre vie que la sienne. Nous lui tenons la main, sans dire un mot, le sourire aux lèvres, et nous marchons, dans la campagne ou dans la ville.
    C’est à ce moment là que la petite cage de notre coeur ouvre sa porte.
    .

  312. 4Z2A84 dit :

    L’arbre la tête en bas
    Frôle le ciel avec ses racines terreuses
    Au grenier quelqu’un ouvre une lucarne
    Et se plaint doucement
    De ses ailes souillées
    Ne s’adressant à personne en particulier
    Surtout pas à l’arbre
    Trop d’oiseaux déçus lui répondraient
    Et l’absence de feuilles
    Comme de larmes
    Soulèverait cette question
    Que faisons-nous là
    Sous l’azur indifférent
    Il nous doit sa couleur sa beauté sa gloire
    Sa cruauté
    Hors de portée il l’est par la force des choses
    Ces choses qui usent le feu.

  313. Éclaircie dit :

    L’arbre a choisi de garder quelques feuilles, pour y dessiner les rires de l’enfant, sa main, petite main dans une main plus grande. Pour se mêler au feu, plus tard, plus tard, lorsque le ciel ne jouera plus les indifférents mais avivera la flamme et que dans la lumière nous découvrirons notre rôle à jouer sous les toits.

    Elisa et 4z, vous m’enchantez.

  314. Elisa-R dit :

    Eclaircie et 4Z c’est vous qui m’enchantez. Je vous offre un cadeau musical et rempli de bonne humeur (et sans piano!) :

    http://www.youtube.com/watch?v=rNjlH3-DsP4

  315. Elisa-R dit :

    Je ne peux plus tenir cette rampe rouillée qui parsema ma peau d’étoiles rougeâtres.

    Les rires s’éloignent, et les sons de votre monde.
    Des moments de ma vie remontent et flottent sur l’étang noir de ma mémoire. Toujours seul, en retrait, inconnu, invisible.

    Une force inouïe luttait contre moi, comme un vent de tempête, et rendait plus pénible ma présence près de vous.

    Animal, apeuré et fuyant : voilà ce à quoi que les années me permirent d’accéder.
    Peu à peu, un tanin de misère se posa au fond de cette muraille invisible qui m’isolait de vous, puis tout autour. Il me devint impossible de vous voir; je ne pouvais plus déchiffrer vos humaines expressions.

    Je n’étais qu’un chat, que l’on aime autant que l’on craint; que l’on appelle pour se distraire quelques temps.

    Je suis vieux à présent, comme on est vieux quand on enterre les siens. Comme on est vieux quand on entend le monde se vriller et souffrir. Comme on est vieux quand on se découvre, seul, au milieu de nulle part, l’immensité du vide autour.
    Je ne peux plus tenir cette rampe. Je l’ai déjà lâchée.

    Et vous n’avez rien vu.

  316. Elisa-R dit :

    voilà ce à quoi que les années me permirent d’accéder…Il y a un « que » en trop, juste après le « quoi » ! La prochaine fois, je lèverai le nez vers l’écran quand je taperai mon texte !

  317. 4Z2A84 dit :

    Rendormi je retrouve mon rêve
    A l’endroit où je l’ai laissé
    Pour boire un verre d’eau.
    A califourchon sur la rampe
    Glisse du septième étage au rez-de-chaussée
    Mon voisin celui dont je vous ai parlé
    En termes excessifs.
    Je l’y suivrais si la peur
    Ne me retenait pas de sa main de fer
    Accroché au plafond où une lucarne
    Permet l’entrée du jour et l’accès au toit
    Des couvreurs arrogants
    Qui flânent au-dessus de nos têtes
    Sous prétexte de remplacer des tuiles.
    J’entends chanter quelqu’un dans sa baignoire
    A la claire fontaine
    M’en allant promener
    J’ai trouvé l’eau si noire
    Que je m’y suis noyé
    Un bruit de vaisselle se mêle à ses paroles.
    Une auto les phares allumés
    Surgit hors de mon crâne
    Et se répand sur le tapis rouge
    Comme une encre sur laquelle nulle plume ne flotte
    Il s’agit d’une voiture de film policier
    Au volant un homme y attend ses complices
    Pendant qu’ils dévalisent une banque
    La scène se passe entre les extractions
    Par un praticien maladroit
    De dents apparemment saines.
    Un enfant vient de naître j’entends ses cris.
    On traverse en barque le hall de l’immeuble
    Le plus haut parmi ces fragiles constructions
    De l’esprit en état de somnolence.
    Mon voisin ne sait pas lire
    Dans mes pensées – il préfère sa tisane
    Au dictionnaire des noms propres
    Glisser le long de la rampe
    Remplit les estomacs
    M’assure-t-il avec un fort accent du… ?
    Dans la barque retentit la sonnerie aux morts
    Si je rame encore c’est pour garer mon auto
    Sur le toit d’où les pigeons s’absentent
    Pour boire un verre d’eau.

  318. Éclaircie dit :

    L’incongru suit le tragique sur cette page. Alors, pour le lecteur, il est fascinant de voir comment « une rampe » a pu se trouver mêlée à ces deux poèmes.
    Et surtout de pouvoir vous lire tous les deux dans une de vos spécialités. Elisa l’étrange et l’effrayant et 4Z dans le surréalisme.
    Je suis moins leste à vous suivre mais toujours vivement intéressée par vos prouesses.

    Et la musique donne un accent particulier aux textes. ou permet de souffler un peu, d’attendre d’autres plaisirs, ceux des oreilles non plus que des yeux. Encore que les deux soient interpellés en poésie comme en musique.

  319. 4Z2A84 dit :

    Elisa me pardonnera de parler aussi en son nom pour dire ceci :
    Eclaircie, suis-nous ! Ton esprit est assez leste pour cela. Tu l’as maintes fois prouvé – et ce n’est pas fini.

  320. Elisa Romain dit :

    Merci à vous deux. Fasse l’inspiration qu’une suite à ce beau texte de 4Z naisse aujourd’hui !

    4Z, je partage tout à fait ton opinion : l’écriture d’Eclaircie demeure incomparable et aussi nécessaire à ma vie que l’air que j’y respire.

    • Éclaircie dit :

      Snif ! je n’ai pas pu écouter, « la vidéo n’est pas disponible me dit youtube. Sais-tu que je suis beaucoup moins imperméable au piano. Grâce à toi je deviens attentive à cet instrument, ton intérêt pour cet instrument donne envie d’écouter.

  321. 4Z2A84 dit :

    L’interlude m’est fermé comme à Eclaircie. S’agit-il d’une œuvre d’Omar Yagoubi ?
    Rejoins-nous sur la lune !

  322. Elisa Romain dit :

    En effet, il m’est impossible, à moi aussi, d’entendre quoi que ce soit…Ici, vous pourrez entendre quelques compositions d’Omar Yagoubi :

    http://blogs.mediapart.fr/blog/omar-yagoubi

    Eclaircie ce que tu dis du piano m’enchante.
    Et hop ! je suis sur la lune avec vous…

  323. 4Z2A84 dit :

    Sur la lune peut-être
    mais DANS la lune pas encore
    or il fait froid
    il faut donc s’abriter.
    Pour entrer dans la lune :
    montrer patte blanche
    c’est-à-dire
    ECRIRE UN POEME.

  324. Elisa Romain dit :

    Le jour souvent si vaste
    N’était plus alors que ce corps obscène
    Ce chat comme endormi
    Sur le bitume presque chaud.

    Il s’éteignait salué de lumières folles
    Alignées et rapides. Fuyantes

    Quelque chose demeurait
    A jamais hors de nous
    En ce chat silencieux.

    Et nos vies devenaient ces lumières
    Alignées et rapides, fuyantes
    Indifférentes aux visages de la Mort.
    .

  325. Elisa Romain dit :

    Edvard Grieg proposait de réjouir un peu nos oreilles. J’ai accepté.

    http://www.youtube.com/watch?v=O2gDFJWhXp8

  326. 4Z2A84 dit :

    Le goudron brûlant retient sa proie
    Qu’un pneu l’écrase et il n’en restera rien
    Ou presque rien une tache
    Une tache absorbée par un buvard obéissant à sa nature
    A la matière inerte notre vie semble une aventure
    La pierre envie nos organes
    Ne secouez pas
    Je vous en prie ne secouez pas ainsi la tête
    Le sable s’en échappe comme d’une carafe renversée l’eau
    Personne ne boira dans votre crâne
    Même si un vin très fin y séjourne
    En attendant le verdict des gourmets
    Les enseignes lumineuses des magasins
    Nous conduisent en enfer
    Le néon découpe le ciel
    Dont les affiches flottent
    Comme des vêtements trop grands
    Sur un corps rachitique
    On a beau se suspendre
    Au balcon d’une Juliette
    On n’atteint ni la lune ni aucune étoile
    On reste collé au sol par le fond
    Et tout nous plaque à ce sol pendant que l’arbitre
    Inexorablement compte jusqu’à dix
    Aveuglés par les phares des autos
    Et par notre propre sang en habit de toréador
    Nous encourageons les fossoyeurs
    A creuser plus vite notre lit
    Ils travaillaient au son du tambour
    Offrons-leur des orgues géantes
    Seul l’océan en possède de semblables
    Il en joue pour annoncer les tempêtes
    Nous l’écoutions
    A l’époque où la terre se taisait
    Croyant ainsi s’attirer les faveurs du silence.

  327. 4Z2A84 dit :

    « Peer Gynt » de Grieg ! Une merveille écoutée dans l’enfance. Jamais oubliée depuis. Toujours, maintes fois réécoutée avec ravissement, émotion (vous savez quand le poil se hérisse, quand des frissons courent sur la peau…).

  328. Elisa Romain dit :

    Le silence reviendra
    Car l’eau recouvre le visage fatigué
    Des plaines transies
    Aucun clapotis
    Aucun bruit de vague
    Aucune tempête
    Ne viendra troubler ce calme surgi des entrailles
    D’une pauvre terre étouffée
    Sous des mètres cubes de goudron, d’asphalte ou de bitume
    C’est cette absence de sons
    Qui entrera dans les crânes indigents
    Pour y déposer ce qui aurait dû s’y épanouir
    La conscience
    Cette lumière si particulière
    Qu’aucune science ne l’a encore privée de sa liberté
    Qu’aucun trou noir n’est assez profond
    Pour imaginer la contenir

  329. 4Z2A84 dit :

    La neige ne fond plus
    On la trouve en pot
    Elle nourrit les fleurs
    Et les os des élus
    On se refait une santé
    En buvant le lait des nuages
    A la mamelle
    La pluie étincelle sur les trottoirs
    Où les passants pressés portent des masques
    De désespoir
    Aucun d’eux ne se sent à l’abri
    Dans les bras de la plus généreuse des créatures
    Pourtant l’ombre s’y réfugie
    Quand elle est poursuivie par son prédateur
    Le soleil
    Celui à qui l’averse offre sa place
    Dans la salle de spectacle où se joue notre survie
    La même femme tient tous les rôles
    Elle sort de l’église
    En tailleur de femme libre
    Des flamants roses l’accompagnent
    Prudents sachant que chaque pas
    Risque de conduire à sa perte
    Celle qui l’ose dans la rue fébrile
    Le bitume brûle la plante des pieds
    Malgré l’eau si proche
    (Il suffit de tendre les lèvres)
    Nous mourons de soif
    Sans interruption nous passons
    De vie à trépas comme on tourne la page
    Pour connaître la fin de l’histoire
    Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants
    Ces enfants glissent en traîneau
    Sur des pentes neigeuses
    J’entends leurs rires
    Pour ne plus ni les voir ni les entendre
    Me suffit-il de quitter ce poème

  330. Éclaircie dit :

    Deux jours sans lumière et je vous retrouve éblouissants. La lune regorge de trésors.

  331. 4Z2A84 dit :

    Maintenant que tu as retrouvé la lumière, à toi de jouer !

  332. Elisa Romain dit :

    Quitter le poème n’aurait d’autre effet
    Que se perdre au sein même du néant
    Un néant bien moins vide
    Que ce qu’il laisse supposer
    Émerveillé tu te perdrais en d’inédites couleurs
    D’incroyables images et des sons inaudibles
    Pour d’autres oreilles que les tiennes
    Tu serais comme enfant venant au monde
    Comme aveugle retrouvant la vue mais
    tu serais seul car
    les fils de ton poème déjà nous retiennent
    Nous ne pourrions ni te suivre
    Ni saisir les délices de ton chant
    Lorsque tu reviendrais
    Si tu revenais

    Alors l’ombre peu à peu se saisirait de ton absence
    Et brûlerait de sa froideur
    Les pages emplies de signes
    C’est ici que s’installerait le néant
    Selon la définition connue

  333. Éclaircie dit :

    Merci Élisa pour le concert baroque avec cette voix aussi fabuleuse que surprenante. L’histoire de ces voix est cependant terrifiante. Surtout lorsque l’on sait qu’elles n’étaient justifiées que par l’interdiction faites aux femmes de chanter.
    Maintenant que la nature seule nous offre ce type de voix, ne boudons pas notre plaisir à les entendre.

    Élisa et 4Z
    Vous jonglez avec des balles aussi différentes que peuvent l’être un grain de sable et une goutte d’eau. Mais dans vos mains, le sable et l’eau forment un bouquet virevoltant au fil des pages, enrichi de vos couleurs personnelles.

  334. Elisa Romain dit :

    Tu jongles avec de bien aussi, toi, Eclaircie.
    Tu m’as donné envie de revoir (et entendre) quelques scènes de Farinelli…Et puis, à présent, je reviens à nos jours :

    http://www.youtube.com/watch?v=Inl7-Fl77lA

  335. Elisa Romain dit :

    Oups : Tu jongles avec de bien belles couleurs…

    …et je n’ai pas mis la bonne vidéo (mais elle doit illustrer mon propos)

    http://www.youtube.com/watch?v=ISh3HAIZhcQ

  336. 4Z2A84 dit :

    Par où suis-je entré dans ce poème
    Il n’y a ni porte ni fenêtre
    Et par la cheminée on se brûle les ailes
    Assis autour du feu
    Nous mourons doucement
    Sans une dernière cigarette
    Sans prêtre pour nous confesser
    Sans regret d’avoir tout raté
    Sauf notre mort exemplaire
    Car jusqu’au bout nous resterons courtois
    Avec le néant à l’accoutrement démodé
    (Il se coiffe d’un chapeau aux très larges bords
    S’enveloppe dans une cape sombre
    Et fait les cent pas chaussé de bottes
    Ou de souliers à talons hauts trop hauts)
    Nos héritiers offrent du bois
    Au feu avide
    Au feu qui en réclame toujours
    Dès que je m’éloigne de lui le froid intervient
    Il s’accroche à mes basques se suspend à mon cou
    Comme un nain amoureux
    Et je sens s’écraser ses lèvres sur mes joues
    Son haleine glacée produit une fumée un fantôme
    Auquel on se heurte malgré son peu de réalité
    Je ne veux pas mourir dans les flammes
    De l’enfer ni de la terre
    Ni d’un amour de roman de gare
    Or sous la neige le cœur crispé
    Garde en pierre avaricieuse ses secrets
    D’une vie d’où sortir me préoccupe
    Cherchons sa tête au feu et tranchons-la
    Pour vivre sans risquer de rôtir puis de fondre
    Une dernière aventure ici-bas
    Notre mort au galop sur un cheval de bois.

  337. Elisa-R dit :

    Tordre le cou à notre mort
    Et à ses sbires : le temps, la mémoire et les enfants de notre mort qui, chaque jour, s’abreuvent de nos forces et de notre jeunesse.
    Veiller sur les jours comme les nuits nous protègent.
    Entrer là où on ne peut entrer
    Donner l’impossible
    Se saisir de la flamme sans qu’elle ose nous toucher
    La séduire pour qu’en nous elle repose amicale
    Délaisser les pièces froides offertes à d’autres saisons, à d’autres vies que les nôtres.
    Les aimer en voisins, en parents ou en tendres spectres.
    Se libérer des entraves .
    Enfin! respirer comme jamais nous ne l’avions fait auparavant. Libres.
    Libérés de la vie, de la mort, de la vieillesse, des doutes et des regrets…
    Redevenir cet enfant innocent et rieur, au galop sur un cheval de bois

  338. 4Z2A84 dit :

    Tic tac tic tac tic tac tic tac
    Ces deux mots répétés sur un rythme soutenu
    Je voudrais ne pas les entendre
    Lorsque mon oreille se plaque contre ta poitrine
    Cette cage aux fragiles barreaux
    Un trapèze y attend l’oiseau improbable
    Dont nous déplorerions la venue
    Même s’il recherchait un abri
    Contre les lourdeurs d’une averse nocturne
    Accompagnée par des joueurs de cymbales
    La place manque dans ton thorax transparent
    Pour recevoir une perruche
    Des organes en occupent la cavité
    Mes ventouses ne les délogeraient pas
    Pourtant certain soir
    Je crus voir
    A la place de ton cœur un tabernacle
    Tic tac tic tac tic tac
    Jamais son ne fut plus agaçant
    Même moi qui ai vécu les années de guerre
    Contre la goutte d’eau qui tombe dans l’évier
    A intervalles réguliers
    Je maudissais le ciel
    De m’obliger à écouter ce bruit
    Auquel les autres bruits pourtant plus puissants
    Cédaient le pas
    Laissaient la parole
    Comme on s’écarte
    Et comme on se tait
    Devant un monarque
    Je mangeais mon chapeau
    Je dépiautais le chat
    Je cassais la vaisselle
    Je m’arrangeais
    Pour que mes douches fussent glacées
    Pour me pendre plusieurs fois de suite
    (Afin d’en terminer avec tous les tracas)
    A la poutre maîtresse de mon écurie
    Pour me vautrer nu sur des lits d’orties noires
    Pour passer à tabac mes amis
    Mes frères moins vigoureux
    Pour éventrer les nuages
    Tic tac tic tac
    Ces deux mots répétés sur un rythme soutenu
    Que n’en ai-je abrégé le cours
    Il suffisait d’écarter tes poumons
    D’un geste à la fois théâtral et chirurgical
    Pour dessous reconnaître
    Une bombe à retardement
    Une bombe à désamorcer au plus vite
    La pince aurait coupé le bon fil
    (Ah ne vous trompez surtout pas de fil)
    Et l’explosion nul ne s’en souviendrait
    Comme ces survivants dont je crains le sourire.

  339. Elisa-R dit :

    Magnifique !

  340. Elisa-R dit :

    le ciel sera rouge et ses belles plumes
    salées deviendront inutiles et tristes
    comment dire à présent tous les mots
    dans quel papier les rouler les protéger
    du froid
    du bleu
    du rien
    de la peur…

    au froid des silences et aux pas sans cadence
    accrochés comme aux bras de ceux qui devant marchent un peu
    ou bien dorment ou bien veillent
    nous attendent de larges ailes dans le dos
    ou des cornes sur la tête une queue au derrière…

    au froid des silences et aux pas sans cadence
    enfants recroquevillés sur les tempêtes sur les mers et ses merveilles
    sur la violence du temps qui ravage et disperse aux quatre vents
    sur les sacs de belles billes aux yeux devenus ternes
    la lèvre tremblante et les yeux bien ouverts
    nous braverons le vide et son insolence
    .

  341. 4Z2A84 dit :

    « le ciel sera rouge… » : on lit ce poème comme on regarderait un iceberg glisser sur l’océan – malgré le froid les enfants d’Elisa (ils sont nombreux dans ses poèmes) jouent, et ainsi parviendront à rompre le silence
    des suites à ce superbe texte s’imposent avant la fonte des glaces

  342. Elisa-R dit :

    Copier-coller

    Il n’y a plus rien d’autre que cette nuit, ce mal sourd qui l’habite, cette douleur qui le ronge.
    Il sait que bientôt, tout à l’heure peut-être, une dernière semelle sur ses doigts engourdis lui fera lâcher prise.

    Les jours ont coulé, transis comme lui, sombres comme s’ils avaient compris. Blotti contre leur flanc mouillé, il se remet à compter.

    Pour ne plus penser.Ne plus penser…

    Du haut des dunes il distingue le petit visage blanc
    Des enfances tranquilles et des soleils d’été.

    Il est peut-être cette silhouette nocturne qui traverse encore l’absence de sommeil, d’un pas tranquille.
    Dans un désert de sable, de terre ou d’asphalte. Immobile, les yeux clos,des siècles durant, il marche.
    Marcher aurait-il pu suffire ?

    Certains jours il aurait voulu écrire, oublier les sourires compassés, les malaises des rencontres, le vide qui s’ouvrait sous ses pieds, ce mal sourd qui le rongeait déjà, le ronge encore, l’exile hors des rêves.

    Quand arrive le matin, l’homme a disparu, emporté par le flot continu des images.
    Les images d’un jardin sous l’hiver, de visages sous la pluie, de « trop tard » vite écrits; d’un drap blanc qui s’endort, d’ une question restée tue, de regrets excusés comme souffrant d’une absence.
    Les images des rues sombres , d’un refuge au creux des branches.
    Tout le reste…

  343. 4Z2A84 dit :

    Tu changes de décor
    Dès que les objets ont fait le tour de ta personne
    Le fauteuil sait très vite tout ce que tu penses
    Il a sondé ton âme
    Cette méduse d’où tu tires l’assurance
    D’être un homme pourvu d’une ombre.
    Sans effort le lit se creusait.
    Dans cette coquille vide comme dans une barque
    Couché en chien de fusil
    Tu rêvais de sillonner des mers inconnues
    Et d’échanger ton identité contre celle d’un requin
    Autour duquel tournent des bancs de sirènes
    Dont le chant porté par la musique des sphères
    Parviendrait à des dieux qui font la sourde oreille.
    Seuls les murs écoutent
    Ils reconnaissent le son de ta voix mal timbrée
    Comme l’odeur de tes aisselles
    S’accroche aux poils du nez des renifleurs.
    Les murs retiennent tes propos et les répètent
    A leurs locataires tes enfants
    Ceux que tu as mis au monde sous la pluie
    Car il pleut toujours lorsque tu donnes de toi-même
    Aux théâtreux pour leur spectacle rodé
    Ton ombre y apparaît dans les scènes de deuil.
    Les tableaux sur lesquels sont peints tes ancêtres s’usent
    Trop longtemps tu les as regardés te toiser
    Tu leur jetterais des fruits pourris
    Comme à de mauvais comédiens
    Si quelqu’un n’arrêtait pas ton bras
    Une femme que les femmes aiment
    Sous elle fléchirent des chevaux
    Dans une Antiquité de vigiles aveugles
    De rois raccourcis pour suivre la mode
    De statues guidant vers sa fin la foule
    Et les arbres donnaient du sel
    Et les nuages perdaient avec leur fatuité leurs plumes
    Quand les flèches passaient la portée d’un regard.
    Tu entends l’eau bouillir contre la coque
    Les vagues rêvent de mordre elles meurent en jouissant.
    Tu changes le décor
    Au soleil tu cries : Va-t’en
    Et il s’en va en emportant la lune
    Alors ton ombre et toi vous restez à attendre
    Car les fours s’éteignent tous occupés
    Qu’une tombe se libère.

  344. Éclaircie dit :

    Deux écrits remarquables.
    Le tien Élisa, une plongée dans un cauchemar dont on a peur qu’il ne soit pas seulement cauchemar. Le titre, étrange m’évoque la répétition de cette situation des plus malaisées. Et toujours une allusion au monde de l’enfance (encore) préservée.
    Et ton poème 4Z dénote ta superbe imagination, mais avec, à mon avis, le souci de t’approcher au plus près du monde d’Élisa, de ces sources d’inspiration, du domaine de l’étrange et de la souffrance, avec un ton cependant plus extérieur, plus descriptif.

  345. 4Z2A84 dit :

    Merci Eclaircie de franchir la « porte d’ivoire et de corne qui nous sépare du monde invisible » (visible uniquement par les poètes) et de lire avec attention et sans crainte d’y laisser…des plumes – cette Page.
    Cette page sur laquelle tu devrais pouvoir nous rejoindre – à moins que tu ne choisisses de nous entraîner à ta suite sur « My Life »…

  346. Elisa-R dit :

    Je voudrais poursuivre le texte de 4Z, très inspirant (ça se dit ça ?). Dès que les fêtes me laisseront du temps.
    J’adore vous lire et vous lire ici est plus délicieux encore.

    Belle fin d’année à vous deux .

  347. Elisa-R dit :

    Maître du décor dévores-tu aussi les âmes
    pour que rien ne t’échappe
    pour que tout vienne à toi ?

    Le ciel se tord de douleur
    ou de rire
    la mer lèche les pieds des estivants
    belle soumise
    avant de se jeter sur eux
    furieuse
    et de les emporter pour toujours
    à jamais
    vers un néant que tu maudis

    Et puis songeur
    rêveur
    drapé dans une toge pourpre
    la couleur de mon sang
    tu t’attendris devant les formes replètes
    d’un fauteuil muet
    centenaire désarticulé aux audaces brisées

    Je délire
    une main sur le front l’autre
    agitée de soubresauts

    Le vide sous mes pieds
    ne s’approche du balcon sur lequel je me tiens
    qu’à petits pas prudents
    le ciel est rouge
    comme toujours
    la nuit ne donne plus signe de vie
    loin
    sur l’autre flanc du monde
    quelqu’un entend le bruit des vagues
    et se dit que la pluie
    demain
    aura le goût des larmes.

  348. 4Z2A84 dit :

    Cette femme qui ressemblait à la mer
    On se noyait dans son regard
    On mourait plusieurs fois sous ses yeux
    Elle n’intervenait qu’en cas de panne
    Pour nous remettre sur le droit chemin
    Celui de notre chute en elle
    On l’entendait déglutir
    Je me régale
    On s’étonnait de revoir le jour
    Après une nuit passée sous son crâne
    Où le projet de tordre le ciel
    Pour en exprimer tous les poisons
    Se heurtait à la méfiance des dieux solaires
    Et lorsque nous comptions nos membres
    Il en manquait toujours quelques-uns
    Sourire suffisait
    Sourire à la terre en train de tourner sous nos pas
    Avec ses champs de betteraves à perte de vue
    Avec la mer labourée pour que la vigne pousse parmi ses vagues
    Avec son ventre dont le pli répondait à notre sourire sans montrer les dents.

  349. Elisa-R dit :

    Nous plongions dans l’eau de ses yeux et l’absence de bruit nous surprenait
    Au milieu de nos rêves
    Le froid s’insinuait des mensonges dans sa poche
    La nuit entrait en nous et son armée de cauchemars
    Quand elle s’éveillait en se secouant
    Nous nous retrouvions perdus en un monde inconnu
    Des géants aveugles rendaient fragiles nos plus doux souvenirs
    Des engins trop rapides redessinaient nos ombres
    Comme un enfant découpe le visage glacé d’un être cher
    Nos cris demeuraient vains
    Emprisonnés par les cages de nos gorges
    Et le temps passait dépourvu de pitié
    Alors nous joignions nos mains
    La douceur de nos peaux vierges de toute trace de vie
    Nous rendait à l’ ordinaire
    Rassurés et tremblants
    Avides de plonger encore dans l’eau trouble de ses yeux.

  350. 4Z2A84 dit :

    L’emploi de l’imparfait donne à ce poème une résonance un tantinet douloureuse mais non dénuée de grâce.
    Il est curieux d’éprouver ainsi un sentiment nostalgique à propos d’un pays inconnu et riche en dangers.
    Ce pays si nous ne le trouvons pas dans les yeux d’un être cher ou moins cher ou dans nos propres yeux, on prend le risque de s’y transporter toutes les nuits – en s’endormant.

  351. Elisa-R dit :

    Ces pays là ne peuvent être qu’imparfait…

    Vénus : http://www.youtube.com/watch?v=ugwRZ-n02rY&list=PL4F5180F1A358C0D4

  352. Elisa-R dit :

    Ces pays ne peuvent être qu’imparfaits…

  353. 4Z2A84 dit :

    Que ces pays restent imparfaits !
    La perfection…la perfection absolue…n’est-ce pas la Mort ?

  354. Elisa Romain dit :

    Des yeux à l’envers du visage
    Un regard sans but

    L’imparfait manque à la voix

    Des sourires à la framboise
    Sous la pile du pont un ermite
    Au palais de carton

    Du vent du vent du vent
    Des racines très blanches

    Quelqu’un sait mais ne dit pas que parfois
    Les corps se décomposent
    Sèment autour d’eux ces horribles puzzles
    Que nous chérissons
    Éperdument

    Endormies
    Entre deux livres poussiéreux
    Rassurants
    Les phrases comprendront leur histoire
    Un jour
    Un jour peut-être
    Pourront-elles la conter

    Alors le vent deviendra murmure
    S’engouffrera doucement
    En nos mémoires fragiles
    Au point de se briser

    Les hivers aux bras glacials
    Enlaceront les regrets d’autrefois
    La promesse du printemps embrassera nos paupières
    Closes désormais

    Il ne restera de nous que ces paysages aimés
    Et la course merveilleuse d’un chevreuil
    Sellé à jamais de toutes les libertés

  355. 4Z2A84 dit :

    Il restera de nous ce que le vent n’aura pas la force de trier.
    Plus les livres sont poussiéreux plus ils nous rassurent sur le fait que mourir n’est rien.

  356. 4Z2A84 dit :

    Faire son lit dans un nuage
    Le dormeur y meurt étouffé
    Plutôt le cocon la matrice la prison
    La prison de mes bras se fermant sur mes restes
    Plutôt la camisole
    Qu’une lourde paupière
    On me regarde de travers
    Mes mains sont folles
    Elles tordent les draps
    Quand je tourne le dos
    J’entends leurs cris mais je ne les vois pas
    Expirer disloquant des vieillards squelettiques
    Le plancher craque sous les pas
    De mon voisin du dessus
    Je sais qu’il me regarde
    Je sens ses yeux posés sur moi
    Comme deux cancrelats
    Sur une peau trop blanche
    Les organes privés de sang
    On devrait s’en débarrasser
    Comme de ces draps morts
    Dans lesquels je m’enveloppe
    Plusieurs fois pour fuir ma chambre
    Les murs tremblent
    De froid de peur ou de plaisir on l’ignore
    On s’en moque

    Quand l’averse bâillonne sa mitrailleuse
    La rivière grossie vient à moi
    Je n’occupe qu’une toute petite place dans son lit
    Elle m’autorise à la téter
    Malgré mon âge et mes mauvaises dents
    J’entends mon voisin sauter à la corde
    Avec laquelle il se pendra
    Si le matelas n’est pas une extension de mes reins
    Je veux bien à mon tour être pendu
    Avec la charcuterie.

  357. Elisa Romain dit :

    Délicieux tes textes ! Je les suis dès que le temps employé s’offre un peu de répit.

  358. Elisa Romain dit :

    Entre veille et sommeil, que reste-t-il des rêves, que reste-t-il des jours ?
    La vie passe ainsi, sans que jamais rien ne soit sûr …

    http://www.youtube.com/watch?v=7egCC9H6FUo

  359. Elisa-R dit :

    La nuit ne finit pas, elle est un gouffre noir qu’il implore de rester

    L’horizon lui refuse l’ asile, le laisse démuni aux portes de l’espoir, repousse chaque jour un peu plus la distance qui les sépare.

    Ses pas le portent encore quand autour de lui la solitude l’isole, quand autour de lui les derniers sont tombés.
    Ils étaient si nombreux qu’il lui vient encore le réflexe de sourire.
    Quand les souvenirs se taisent.

    La nuit, elle, lui offre peu à peu sa profonde douceur. Elle retient ses chiens de mémoire qui venaient le mordre aux endroits les plus tendres, qui léchaient ses blessures, le tenaient éveillé au pire des cauchemars, l’enfermant sans pitié dans d’horribles spirales.
    La nuit se fait complice, elle sait que plus rien ne l’empêche de venir, qu’aucune lumière ne pourrait désormais l’éloigner d’elle.

    Elle sait qu’il a appris à l’aimer, qu’elle ne lui fait plus peur.

    Elle désire l’envelopper de son ombre, boire ses souvenirs, sa jeunesse enfouie en son corps décharné; elle saura, elle sait déjà, se délecter de lui comme d’un breuvage vivifiant.
    Lui aujourd’hui. Demain un autre .

    Son esprit s’agite, claque des ailes contre l’acier de sa cage, rêve de s’envoler dans l’air souple du bleu d’enfance.
    Comme il fait noir sous le ciel des hivers pluvieux…

    • Éclaircie dit :

      Les « hivers pluvieux » englobent à mon avis bien plus qu’une simple saison.
      Ce personnage semble acculé à aimer la douleur, le froid, le vide, la souffrance, seuls lieux qui peuvent l’accueillir.
      Terrible et très fort, comme toujours Élisa.

  360. 4Z2A84 dit :

    A qui l’horizon refuse-t-il l’asile ? La nuit, par contre, offre peu à peu sa profonde douceur…Cette douceur est-ce ce même inconnu qui en bénéficiera ? Ainsi échappera-t-il aux chiens féroces. Mais faut-il se fier à cette nuit ? Elle semble dissimuler un vampire sous ses ténèbres à priori bienveillantes. Son avidité alerte notre méfiance.
    .
    J’ai aimé lire ce cauchemar.

  361. Elisa-R dit :

    .
    Longtemps les paroles rétives creusèrent plus profondément
    Les jours sans tain passaient indifférents
    La ligne sombre d’un chemin que nul n’avait tracé
    Tremblait parfois sous la caresse du vent
    Qui d’autre savait ?
    Les rivages s’éloignaient de tout retour possible
    Et la petite barque flottait
    Et la petite barque vieillissait
    Les tempêtes se firent plus nombreuses
    Plus pressantes
    La mer si lointaine pensait à cette petite barque dérivant
    Las dépourvue de quelconques entraves
    Longtemps les paroles rétives creusèrent cet écart
    Ce gouffre impossible à franchir
    Puis vint l’époque des lunes froides et des marées d’hiver
    Qui d’autre savait ?
    Un livre qui se ferme
    Une lumière qui s’éteint
    Une étoile peut-être
    Les paroles englouties dans la bouche d’un mort
    Ces paroles rétives terrées si près du coeur
    Cousues des silences et des rêves d’un enfant
    En bas-âge défunt sous le poids de ce manque
    Jamais plus ne franchiront ces lèvres immobiles
    Qui d’autre savait ?
    Les derniers mots d’un père envolés pour toujours
    Envolés pour toujours les derniers mots d’un père.

  362. 4Z2A84 dit :

    Nous nous sommes souvenus de nos vies antérieures
    Aucune ne vaut son poids en feuilles mortes

    Nul ne se déplacera dans le passé
    Pour s’y retrouver soucieux de son avenir
    Interrogeant le ciel déjà sourd

    Nous nous sommes regardés en face
    Chacun s’appliquait à ne pas baisser les yeux
    Car du fond des yeux les pires images peuvent surgir

    J’ai vu des choses inouïes comme des nuages éventrés
    Les oiseaux se cognaient contre des vitres
    Sifflantes qui leur coupaient les ailes
    Ils tombaient avec la grêle et des organes arrachés
    Sous les flashs des photographes et du soleil leur dieu
    On glissait ou l’on pataugeait sur le sang fluide
    Murs et trottoirs barbouillés vantaient leur sauce

    Vite j’intervertis deux de mes nombreuses têtes
    Et je fus projeté sur l’une des lunes que l’on aperçoit
    Au fond de l’étang quand ce même étang
    Occupe la place du miroir dans un cadre doré
    Les fleurs artificielles n’y sont pas moquées
    Elles s’épanouissent à l’ombre des champignons
    Dont l’odeur m’oblige à changer d’ère
    Je me retrouve de l’autre côté de la table
    Devant un plat de fèves et sous un plafond amovible
    D’où m’observent des mammifères aux longs cils
    Les sabots des girafes s’enfoncent dans du coton
    On ne les entend pas courir après le train
    Par contre quand la locomotive siffle je sursaute
    Et la carafe risque de se renverser
    Avec le jus d’orange dans lequel un poisson rouge
    Essaie de dire une chose essentielle
    Ou de répondre à une question à la question
    A l’unique question qui nous préoccupe
    Et n’y parvenant pas fait des bulles.

  363. Éclaircie dit :

    Élisa, des mots reviennent, lancinants dans ce texte. La « petite barque » dérive, mais laisse un message dans son sillage pour qui veut bien regarder au travers des tempêtes. Parfois les mots n’ont pas besoin de vivantes oreilles pour les entendre. Une étoile, une vague lisent dans les jours creux.

    Tant de facettes de vie, 4Z, au fond de ces yeux. Si le poisson rouge ne sait dire, il nous reste à écrire, saura-t-il lire ? Peu importe, les voyages dans nos têtes nous dévoilent le monde et ses mystères.

  364. Elisa Romain dit :

    Au rang des choses

    Au berceau du jour on voudrait parfois cueillir des mots
    Les disposer, jolis, sur une étoffe blanche
    Faire revivre l’oiseau qui volait librement
    Dans la cage d’un coeur ouverte et sans l’ombre d’un barreau.

    On voudrait dire au monde qu’ici une petite âme attend
    Qu’il ne faut pas la laisser dormir sur cette dalle froide
    Mais le jour reste sombre et le monde semble si vieux
    Qu’il n’entend pas les sanglots qui déchirent le silence.

    Alors au berceau du jour on invente de jolis mots
    Que l’on pose sur la dalle où, la petite âme, comme assoupie,
    N’a laissé d’elle que la douceur de son enfance
    Soudainement trop précieuse et belle pour son corps étranger.

    On voudrait dire au monde mais
    Que reste-t-il d’elle sauf ces paysages gris
    Ces extases figées dans ce crâne dévasté
    Ces solitudes trop lourdes au fond de ses yeux morts ?

    On aurait voulu que le monde se retourne
    On aurait voulu ne pas voir cet agacement dans la vanité de son regard
    On aurait voulu entrer dans la famille des humains

    Il n’y avait de chaleur, pour les pauvres choses, qu’en cette dalle froide.

  365. Elisa-R dit :

    Dans une autre vie, dans un autre corps, sous la coupe d’une autre âme
    Peut-être…
    Main dans la main, le rivage sous les yeux comme des enfants sur qui l’on veille
    Silencieux des mensonges
    Aurions-nous marché comme lui qui dirige nos rêves

    Nos bouches inutiles à toute autre chose qu’un baiser
    Auraient tu l’épuisant bavardage qui mesure
    Tout ce qui des autres nous sépare

    Qu’aurions-nous vu d’autre
    Que ce que nous voyons déjà quand les nuits blanches…
    Que ce que nous voyons déjà quand les jours sombres…

    Qu’aurions-nous vu d’autre que ces lignes pures qui, déjà, dessinent nos horizons ?
    Ces longues lignes froides…

    Dans une autre vie, dans un autre corps, sans cette mémoire là
    Peut-être que les mots affranchis de leur solitude
    Auraient oublié ces paysages dévastés ensevelis
    Sous les os blancs de nos crânes

    Dans une autre vie, peut-être.

  366. 4Z2A84 dit :

    Sa poésie…version février 2008

    Sa poésie ressemble au ciel lorsque l’orage
    S’y annonce éveillant trompettes et tambours
    Dans son cœur les oiseaux ne perdent pas courage
    D’ailleurs l’averse est bonne et nourrit les labours
    Dans son cœur les oiseaux ne perdent pas courage

    Sa poésie murmure et tonne tour à tour
    Une Bretagne sombre à son regard se prête
    Une mer agressive aiguise et tord sa crête
    D’un nuage frivole elle attend le retour
    Sa poésie murmure et tonne tour à tour

    Sa poésie frémit comme le vent qui lutte
    Contre l’obstacle autour d’un vieux manoir anglais
    Emily se défend mais le bruit de sa chute
    Vous parvient Son sang coule ainsi que ruisselets
    Sa poésie frémit comme le vent qui lutte

    Vous touchez l’horizon dont la ligne s’efface
    Avec des mains glacées qui n’auront pas connu
    La douceur d’autres mains tendues vers la surface
    De cette eau noire en vous qui sans bruit s’insinue
    Vous touchez l’horizon dont la ligne s’efface

    Sa poésie…nouvelle version

    Sa poésie ressemble au ciel lorsque l’orage
    S’y annonce éveillant trompettes et tambours
    Dans son cœur les oiseaux ne perdent pas courage
    D’ailleurs l’averse est bonne et nourrit les labours

    Sa poésie frémit comme le vent qui lutte
    Contre l’obstacle autour d’un vieux manoir anglais
    Emily se défend mais le bruit de sa chute
    Vous parvient son sang coule et crée des ruisselets

    Sa poésie murmure et tonne tour à tour
    Sur la Bretagne sombre où son regard s’arrête
    Une mer agressive aiguise et tord sa crête
    D’un nuage frivole elle attend le retour

    …Vous touchez l’horizon dont la ligne s’efface
    Avec des mains glacées pour n’avoir pas connu
    La douceur d’autres mains tendues vers la surface
    De cette eau noire en vous qui sans bruit s’insinue.

  367. Elisa Romain dit :

    Quel magnifique poème ! La dernière strophe est une pure merveille !

  368. Éclaircie dit :

    Passée près de cette dalle, froide, mais au rayonnement si grand, je songe à une autre vie, à d’autres rivages, à des yeux d’enfants, à d’autres mémoires. Merci Élisa.

    La poésie et la nature se marient à merveille, dans la force comme dans la douceur. Merci 4Z.

  369. Elisa-R dit :

    Derrière le dessin des lettres alignées en pelotons
    Froids et sévères
    Se tiennent des êtres tremblants et terrifiés
    Échappés de l’enfance

    L’un compte sans but jusqu’au bout de ses doigts
    L’autre se débat aux prises avec un rêve sombre

    Des langues prononcent leur musique sans la comprendre
    Incapables de chanter
    Souvent
    Certains jours quand plus rien ne les y prépare
    Une voix donne sens à leur inutile manège

    Ils deviennent, ces mots, comme de vieilles blessures
    Dissimulées honteuses sous les couches d’encre bleue.
    De profondes estafilades que l’on trouve si belles
    Malgré ce petit on ne sait quoi qui incite à l’écart.

    Le silence depuis se pare de sourires et de gestes
    Comme autant de grimaces sur de belles façades
    Comme de drôles de danses dérangeantes et obscènes

    Un silence mutilé par le bruit d’une page
    Qui en deux se déchire et puis tombe on ne sait où.

  370. Elisa-R dit :

    Derrière le dessin des lettres alignées en pelotons
    Froids et sévères
    Se tiennent des êtres tremblants et terrifiés
    Échappés de l’enfance

    L’un compte sans but jusqu’au bout de ses doigts
    L’autre se débat aux prises avec un rêve sombre

    Des langues prononcent leur musique sans la comprendre
    Incapables de chanter
    Souvent
    Certains jours quand plus rien ne les y prépare
    Une voix donne sens à leur inutile manège

    Ils deviennent, ces mots, comme de vieilles blessures
    Dissimulées honteuses sous les couches d’encre bleue.
    De profondes estafilades que l’on trouve si belles
    Malgré ce petit on ne sait quoi qui incite à l’écart.

    Le silence depuis se pare de sourires et de gestes
    Comme autant de grimaces sur de jolies façades
    Comme de drôles de danses dérangeantes et obscènes

    Un silence mutilé par le bruit d’une page
    Qui en deux se déchire et puis tombe on ne sait où.

  371. Éclaircie dit :

    Il n’est de façade impossible à franchir. Dans les labyrinthes de lettres, se glisse toujours un leitmotiv que certains savent entendre, suivre et déchiffrer.
    J’aime beaucoup ce tableau, il représente si bien certains de nos rapports à l’écriture et aux autres.
    Ne laissons pas se déchirer cette page…

  372. Elisa Romain dit :

    Quelques jours avant le départ du gâteau, les passagers de seize heures repassaient déjà leur chemise. La deuxième, évidemment, puisque la première disparaîtrait plus tard sous les couches de glace épaisse.

    Joyeux et reposés (ils dormaient depuis plusieurs siècles dans ce but extrêmement précis) ils chantonnaient des paroles d’anniversaire, quelque chose comme :

    « Avec onze jours d’avance, prenez, prenez M’sieur Dames, nos souhaits sans rhume d’anniversaire ».

    Distraits comme ils l’étaient (le sont toujours ou bien) ils préféraient prévenir qu’oublier et se réveiller un beau matin en faisant claquer une main (à cet endroit de l’histoire je dirais peu importe laquelle, celle du voisin ferait aussi bien l’affaire) sur le front tout en disant (assez fort):

    Ah zut ! j’ai encore laissé passer la date !

  373. Elisa Romain dit :

    Intermède

    J’ai croisé l’homme élégant
    Qui se cachait pour pleurer

    l’homme aux yeux toujours tournés vers l’intérieur

    Le sol glissait vers le soir
    Ma vie se prenait pour un matin
    Nous nous sommes regardés
    Sans vraiment nous voir

    Tant pis
    Il faudra refaire un tour

  374. Elisa Romain dit :

    Au fond…

    Sous les os blancs déjà prêts
    Dessous
    Au grand jour des pleurs ou des fleurs
    Selon l’humeur
    Trouverons-nous des terres fertiles ou bien
    De vastes étendues désertiques
    Irradiées de sottise et de vaines croyances?

    Peu importe, au fond, peu importe.

    Les jours passent crédules et inaptes
    Jours sans, jours de fête, jours fériés, jours de deuil…
    L’un après l’autre où mènent-ils ?
    Les semelles se détachent ou la peau
    Quelque chose d’effrayant
    Droit
    Devant
    Se détache
    Icebergs bleutés translucides et tranchants

    Peu importe au fond peu importe

    nuits après jours et même versa le temps
    sanguinaire se délecte de cela que l’on perd
    Horreur
    irrémédiables départs
    petites morts sans plaisir
    morceaux de nous sous la terre

    peu importe

    de la terre sous les ongles

    au fond

    comme si grattant le dessus d’une tombe

    peu importe

  375. Elisa Romain dit :

    N’approchez plus
    Vous ne m’aimez pas.

    Il y en a qui sont venus, là-bas, là-haut, où la terre est encore stable. Étonnés eux-mêmes de n’être pas venus avant.

    Pour vous, il est trop tard.
    Vous ne saisiriez qu’un petit tas de chairs aux couleurs inquiétantes.
    Je ne suis plus qu’une forme inhumaine dépossédée de ses quelques attraits.
    Telle que toujours je fus, au fond de ce gouffre en lequel je vivais, pauvre créature qui ne savait mentir.
    J’ai cru, pourtant, à ces mensonges que dessinaient vos yeux.
    J’y ai cru.

    Ne m’aimez pas, surtout, ne m’aimez pas.

    Je ne pourrais vous rendre que des craintes, des claquements de bec en guise de mots doux.
    Je ne sais pas comment aimer, comment ne pas perdre. Comment ne pas tuer, écraser entre ses doigts le petit cou si doux de l’amour qui sourit.
    Je me tords allongée dans cette boue, liquide comme un sang, un bijou de famille.

    Ne m’aimez pas, non, vous me feriez souffrir.

    (…)

  376. 4Z2A84 dit :

    Apprendre peu à peu à se taire
    A ne dire
    Que l’essentiel
    A ne voir dans les yeux des autres
    Qu’un reflet passager
    Fugace
    De soi-même
    Apprendre à vider sa mémoire
    De son fatras inutile
    Tous les soirs
    A l’heure où les éboueurs passent
    Apprendre à mettre de côté jusqu’à l’oubli
    Ce qui rassure
    L’habitude
    Le voisinage
    Les machines
    L’heure des repas
    Les signes

    Désapprendre à mourir
    A se nourrir
    De certitudes

  377. Elisa-R dit :

    Apprendre à sourire
    Réapprendre
    A dessiner le contour des ombres pour sentir le soleil
    Sa morsure

    Apprendre à se taire
    Pour parler
    Pour naître une millième fois

    Apprendre à croire
    Revenir en arrière
    En un point quelque part oublié
    Vider ses bagages
    Tout brûler

    Désapprendre la peur
    Mettre fin à ces liens secrètement entretenus avec la part sombre de soi-même

    Se taire
    Détruire cette voix qui ne vient de nulle part
    Qui critique
    Qui détruit
    Qui sépare
    Qui analyse

    Apprendre à voir
    Apprendre

    Et vivre

  378. Elisa Romain dit :

    Tout est vert
    Ici

    Sans fermer les yeux, je retrouve ce monde où tout est sombre, tout est nuit.
    Aucun arbre n’a survécu
    Aucune herbe
    Aucune vie si ce n’est celle de ces vagabonds, silhouettes décharnées qui ne parlent ni ne rient
    Formes vaguement humaines qui rampent plus qu’elles ne marchent
    La tête légèrement inclinée vers le bas
    Comme trop lourde
    Le regard tout de même maintenu vers quelque chose
    Loin devant
    Hors de portée
    Hors de vue
    Quelque chose qu’ils ont en eux, eux seuls le savent
    Il n’y a aucun son
    Il n’y a que du gris
    Et quelques fumerolles

    Et c’est ce qui m’inquiète car
    J’entends des grattements sous le sol
    Je vois percer des bouquets de vert
    Le gris s’efface

    Ils avancent
    Semblent tout à coup plus méchants
    Méchants
    Plus qu’avant
    Il le faut pas les approcher
    Des rats les suivent
    En se faufilant entre leurs jambes maigres
    Sans bruit
    Pourtant je les entends moi
    Le bruit de leurs pas dans la cendre
    De leurs machoires qui grincent
    Le bruit de leurs os qui craquent comme le bois d’un vieux navire…

    Ils s’éloignent
    Je les rejoindrai quand je le voudrais mais
    Je ne suis plus des leurs
    Je ne suis plus d’aucun monde
    Et c’est ce qui m’inquiète car
    Je vous entends.
    .

  379. Elisa Romain dit :

    Les blouses dans l’envers des miroirs
    Le thé infusé en tisane
    Quelqu’un frappe à la porte de la voisine. Quelqu’un qui frappe. Une porte qui ne s’ouvre pas.
    L’odeur du vieux
    De brique ou de chair au choix
    L’estomac se contracte
    L’ascenseur se referme
    Odeur de vie stérilisée
    Tout se mélange
    Tu préfères qu’on n’aille pas à la ligne
    Pourquoi dis-tu
    Et la ponctuation
    Point d’interrogation
    Je ne sais plus mais j’étais hier
    La porte s’ouvre sur une haleine de prison
    Petite gueule d’ange malmené par quelques diables
    Un corps plus que mort cloué sur le dos
    Du thé ?
    Là, dans la boîte des points et virgules
    Servez-vous
    Jeunesse contre jeunesse
    Ombre et lumière
    De l’espoir
    Là à côté des clés
    Sers-toi
    L’envers du miroir
    C’est une autre histoire

  380. Éclaircie dit :

    444. parfois le vert na pas d’espérance, ou si peu qu’il se confond au gris. Faut-il alors fermer les yeux et…entendre…écouter…laisser le vert gagner…la confiance.

    445. Traversons le miroir, sans en regarder l’envers. La clé cherche la serrure, la serrure attend la clé, points de suspension…

    Comment exprimer toutes les sensations à te lire ? Parfois manque l’image, le geste pour dire merci.

  381. Elisa Romain dit :

    Ce serait à moi de vous dire merci de me pardonner d’être ce que je suis.

  382. 4Z2A84 dit :

    Ce quelqu’un qui frappe à la porte de la voisine
    Se trompe d’étage
    Comme si souvent l’ascenseur
    Ici le soleil assassine
    Un à un ses noceurs
    Ceux qui tous les matins boivent à sa santé
    Avions-nous appuyé sur le mauvais bouton
    La cave se rapproche ou est-ce nous qui descendons
    En enfer sans procès sans effusion de sang
    Ni infusion de thé
    Vous ne m’aviez pas invité
    A partager votre souffrance
    On l’a mise à sécher
    Sur la terrasse près du linge
    Dans ce linge un ange pond ses œufs
    Un singe les mange
    Et nous sommes heureux
    De partager les petits fours
    Avec les pauvres
    Avec tous ceux qui se trompent d’étage
    Et tombent tombent tombent
    Fermez le robinet
    Sans point d’exclamation je ne puis

  383. Elisa Romain dit :

    D’une idée à l’autre, le reflet se fait écho, l’écho se libère, s’envole et nous surprend par sa légèreté, l’aisance de son langage.
    Tes mots dessinent un ciel dans un ciel ou au-dessus du ciel. Le bleu qu’on y voit n’existe pas. Pourtant, il nous remet en mémoire nos plus beaux souvenirs.

  384. Elisa Romain dit :

    Il y avait ce vieil homme habillé en milord et puis, accrochée à son bras, une toute jeune fille vêtue d’une robe rouge. Ils marchaient ainsi d’un bon pas vers la ville posée en contrebas.
    Des mouettes ce jour là décoraient leur ciel. Un ciel bleu profond , écarlate.
    Aucun des deux ne parlait car des sirènes hurlaient, des klaxons retentissaient en chœur et les usines ronflaient comme des monstres énormes.
    Je me demandais qui étaient ces deux-là qui marchaient, si décidés et si serrés l’un contre l’autre.
    Les sirènes se faufilaient au plus profond de nous, y déposaient des sensations terribles et des odeurs de fin de mer .
    Une fumée rouge montait du sol, nous absorbait progressivement.
    Le couple marchait toujours, du même pas, au même rythme ; au point que nous nous demandions, les fantômes et moi, s’il ne s’agissait pas de machines parfaitement réalisées.
    Je m’approchais aussi vite que possible, j’essayais, je n’avançais pas puis je reprenais courage. Les sirènes toujours. Les usines. Les klaxons .
    Nos têtes finiraient par exploser, de l’intérieur, sans causer de dommage esthétique externe.
    Plus je marchais plus la ville restait à la même distance. Rien n’avait plus aucun sens.
    Je levai la tête, ne vis plus de ciel mais une sorte de demi-cercle d’un blanc laiteux. Sous nos pieds, la vapeur rouge s’amplifiait.
    Un silence soudain se saisit de nous tous. Je les vis, tous les autres, autour, devant, derrière, au-dessus : des foules qui se déplaçaient individu par individu. Sauf ce couple et nous, mes fantômes et moi. Le bruit qui cessait nous fit nous effondrer. Je pris conscience que c’était lui qui nous tenait.
    La jeune fille embrassa l’homme. Je ne savais toujours pas s’ils étaient amants ou parents. Peut-être l’un n’était-il que le fantôme de l’autre.
    Je me demandai si quelqu’un pouvait voir mes fantômes puis, le silence s’obstinant, nous nous décidâmes à mourir.
    Le vent se mit à souffler, déplaçant des nuages de sable qui nous recouvriraient et feraient de nous un passé enseveli.
    Ensuite, les sirènes, les klaxons et le ronflement des usines reprendraient le cours normal de leur existence.

    • Éclaircie dit :

      Ah ! Élisa, j’aime bien te lire dans ce genre de composition. Tous les éléments nous entraînent à douter de tout, de nous, de la nature, des autres, même de la vie. Tu nous emmènes dans un monde étrange, effrayant mais où la tendresse n’est pas absente. Paroxysme d’absurde et de peur. Seuls le vivant peut éprouver la peur.

  385. Elisa Romain dit :

    Je te remercie Eclaircie. Je sors un ou deux textes pour les voir (je n’y arrive décidément pas quand je les garde pour moi)et ce que tu me dis me rassure. J’avais peur d’être la seule à me sentir chez moi dans cet univers.
    Ici, tout part d’un tableau de Nino Ferrer et de la bande son qui l’accompagne. Comme à chaque fois, un élément se détache et vient se greffer sur le tronc de mon imaginaire. Quand je m’amuse, je ne suis pas drôle !

    http://www.youtube.com/watch?v=ydWdoHvXWaA

  386. 4Z2A84 dit :

    Personnellement je ne confierais à aucun disciple de Freud le soin de décrypter ce texte. Y parviendrait-il ? J’en doute. D’ailleurs ni l’auteure (me semble-t-il) ni moi-même ne souhaitons le voir ainsi perdre une part de son étrangeté (toute mêlée de tendresse comme le souligne Eclaircie).
    « …le silence s’obstinant, nous nous décidâmes à mourir ». Ainsi la Volonté l’emporterait sur la Fatalité ? Merveilleux…

  387. Éclaircie dit :

    « Quand je m’amuse, je ne suis pas drôle ! »
    Peut-être mais tellement fascinante…
    Et merci d’avoir joint la vidéo. Tu mets ton propre éclairage sur ce tableau. Et quel résultat !

  388. Elisa Romain dit :

    Les disciples de Freud se perdraient sans aucun doute mais…qu’ils s’amusent si cela leur convient. Je les rappellerai lorsque j’aurai déverrouillé toutes mes portes (dans un millier d’années). Et puis, Nino Ferrer est responsable d’une grand part du texte et puisqu’il est mort…(Est-il tout à fait mort au moment où nous l’écoutons ?)
    Merci 4Z pour ta lecture qui me réconforte également. Je suis entièrement d’accord avec toi. Je ne serai jamais autre chose que cette plante sauvage.

  389. Elisa Romain dit :

    J’espère que le morceau (Métronomie) vous plait ?

  390. 4Z2A84 dit :

    J’ai écouté jusqu’au bout (9 minutes 18 secondes) « Métronomie ». Ce que j’en pense ? Permets-moi de me « défiler » en disant (ce qui d’ailleurs est la vérité) que je ne suis pas un connaisseur en musique (sauf bien sûr de celle a priori beaucoup moins complexe que l’on trouve en poésie : rythme, harmonie, accent…).
    S’il existe un rapport entre cette composition de N. Ferrer et ton texte, je l’ignore…Peut-être l’as-tu écrit en l’écoutant. Il m’est arrivé d’écrire en écoutant de la musique – mais je me laissais trop distraire par cette musique, aussi n’ai-je pas renouvelé cette expérience. Certes, j’étais inspiré ! Trop peut-être…Je ne parvenais plus à maîtriser mon esprit ni de ce fait mon écriture…

  391. Elisa Romain dit :

    Tout ce qui peut me couper des influences du monde extérieur me permet de me concentrer. Un seul bruit (musique, son)plus fort que les autres et je m’entends. J’ai toujours travaillé comme ça. Évidemment, il ne faut pas avoir envie d’écouter. Je ne pourrais rien écrire sur une chanson de Brel ou de Souchon et je ne pourrais rien apprendre non plus.
    Je crois que nous avons tous nos méthodes.
    Je ne connais rien non plus en musique et je ne pense pas que celle de la poésie soit moins complexe. J’avoue que son aspect mathématique m’en tient à distance.
    Eclaircie et toi êtes ces jolis liens qui me permettent d’en être moins éloignée qu’avant.

  392. Éclaircie dit :

    Je n’ai pas trop accroché au morceau de musique, bien plus au tableau, j’avoue. Je le réécoute ce matin, mais ne suis guère plus convaincue. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on se trouve au moment de l’écoute, il est lancinant, effrayant aussi.
    Mais je peux te dire que l’ensemble tableau+texte+musique est harmonieux.
    Le morceau vient de se terminer, et relisant tes derniers mots, je les trouve encore plus pertinents.

  393. 4Z2A84 dit :

    Je crois qu’en poésie comme en musique mais à un degré infiniment moindre l’oreille est sollicitée. A donner UN sens au texte (même s’il en contient PLUSIEURS), l’esprit s’occupe davantage qu’à réagir à la succession des sons produits par la lecture des syllabes. On est sensible à la douleur de Phèdre en l’entendant déclamer :
    « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire »
    avant de remarquer l’assonance en « i » à laquelle certes notre oreille n’est pas restée sourde – mais ce que transmet une oreille au cerveau doit être traduit par l’esprit pour agir sur la sensibilité. Du moins me semble-t-il. Je peux me tromper – ou mal m’exprimer. Le souci de me faire bien comprendre n’a jamais été une de mes priorités.
    Je ne vois pas dans le fait de mesurer, de rythmer ses vers un « aspect mathématique » ou du moins je trouve l’expression excessive lorsque l’on sait que pour donner du rythme à un texte quel qu’il soit, il suffit de savoir compter jusqu’à douze (puisque l’alexandrin – réunion de deux vers de six syllabes – nous berce depuis près de dix siècles !). Par ailleurs on sait aussi que depuis…disons Chateaubriand et/ou Rimbaud la poésie se trouve aussi dans la prose et que sa musique, son rythme dépendent alors du souffle, ou tout simplement de la respiration du lecteur.

  394. Elisa-R dit :

    Par pitié ne me faites plus parler : je ne dis que des sottises !
    Tu t’exprimes très bien 4Z et j’aime particulièrement tes derniers mots:

    « la poésie se trouve aussi dans la prose et (que) sa musique, son rythme dépendent alors du souffle, ou tout simplement de la respiration du lecteur. »

    Il y a tant de poésies !

    Eclaircie, je suis heureuse que musique et mots soient liés, ici, aussi pour toi.
    C’est bien de vous retrouver !

  395. Elisa R dit :

    Eau trouble

    Sous les pas de l’herbe
    Des silences
    Des fantômes d’ arbres déguisés en absence
    L’ombre qui se dérobe

    Un pays inconnu voyage jusqu’à moi, efface le dessin des autres jours et la mémoire du présent

    La campagne
    L’eau trouble d’un lac
    Des images furtives
    La ville
    Des lumières dérisoires
    La solitude des hauteurs

    Les sons s’étranglent et se rejoignent : où était-ce déjà ? Des feuilles manuscrites s’enroulent et coulent. La glace frémit

    L’imparfait blessé
    Le présent menteur

    Quelque part dorment des fleurs, allongées sur de tristes dalles, que personne ne voit plus.
    Les rats grignotent les ailes délicates des pages bleues et des songes intacts.

    Et moi, couchée sous le regard du ciel, je me souviens que je t’ai oublié.

  396. Elisa-R dit :

    Une aile de papillon

    Mon corps craque, à l’intérieur, comme un vieux bateau fatigué. J’ ai mille et vingt-huit ans .

    Je ne ressens plus rien : douleur, pitié, compassion, amour, amitié…Je suis une branche sèche et dure. Je résisterai jusqu’à l’instant où un vent plus fort me brisera.

    La lune me regarde de son œil rond et stupide. Elle et la nuit sont enlacées, heureuses peut-être. J’aimerais tellement leur ressembler. Mais je ne suis plus personne, plus rien.
    Ma mère me dit que j’étais un enfant doux, que je prêtais mes jouets, que je pleurais quand on disputait un autre enfant. Elle me raconte un adolescent courageux, en avance sur ceux de son âge, entouré d’amis. Joyeux. Elle évoque un jeune homme amoureux de la vie.
    Je ne me souviens de rien. De rien d’autre que de ces corps abandonnés au soleil et aux mouches. Je me souviens de cette main de femme dépassant d’un tas de chair. Cette main qui ressemblait à une aile de papillon, qui frémissait…

    La fumée âcre, l’odeur odieuse. Mon âme qui se consume. Les ténèbres qui me glacent. S’emparent de moi. Ne me quittent plus.

    Les autres me dévisagent, cherchent à me faire parler, me considèrent comme un phénomène de foire, une animation excitante pour leurs soirées devenues ennuyeuses. Quand je m’exprime, ils n’entendent pas mes mots mais ceux qu’ils attendaient.
    Ils sont si loin de moi , si loin de la réalité. Insouciants et puérils. Ils jouent à être des adultes. Ils jouent encore, comme dans la cour de l’école primaire, à faire semblant.
    J’aimerais tant être encore des leurs…

    La nuit me surveille. Lorsque je serai endormi, elle sortira ses griffes et viendra lacérer mes cauchemars, les ensanglanter. Encore et encore.
    Elle grave autour de mes yeux de larges cernes qui dévorent mon visage un peu plus chaque jour.

    Je suis mort, il n’est revenu de ce que j’étais qu’un corps vidé. Je ne suis pas ici. Je demeure près de cette main qui attendait la mienne.
    Sous les os de mon crâne, il ne subsiste que cette tempête de vent et de sable qui m’interdit un peu plus chaque matin le moindre espoir de retourner sur mes pas.

    Mon hurlement ressemble ici à un rire. A mon tour, j’agite faiblement une main que personne ne saisira.

    Je suis mort et j’avance, toutes les nuits, tous les jours, vers ce brasier terrifiant qui mettra fin pour de bon au rêve auquel je m’accroche désespérément : celui d’être sorti vivant des entrailles de l’enfer.

  397. Éclaircie dit :

    Quand un cataclysme ôte le vivant d’un être sans lui ôter la vie.
    Très fort, Élisa, chapeau.

  398. Elisa-R dit :

    Merci Eclaircie.
    J’en profite pour souffler sur le « s » de « entouré ».

  399. Elisa-R dit :

    Tu es une magicienne…

  400. 4Z2A84 dit :

    Tempête sous un crâne.
    Dans ce texte, le désespoir est total. Bien sûr il y a cette main tendue. Mais elle est décrite comme une aile de papillon. Et tous nous savons combien ces insectes sont fragiles : sous nos doigts ils semblent tomber en poussière.
    On voudrait convaincre l’auteur qu’il existe peut-être un moyen de se sortir des ténèbres. Mens ! Affirme qu’il y a une lucarne par laquelle la lumière entrera pour te donner sa chaleur…

  401. Elisa-R dit :

    L’auteur voit (presque) toujours cette lumière, ce qui suppose qu’elle vit dans les ténèbres (brrr!) ou peut-être est-ce le contraire… Mais peut-on ignorer ces cris qui surgissent en de si nombreux endroits du monde, et que l’on n’entend plus ou pas ?
    Nos vies sont liées, quelle que soit la distance qui nous sépare.

  402. Éclaircie dit :

    La vidéo est tout à fait adaptée à ton texte. Dommage, je ne sais pas lire l’anglais, ou si peu.
    Sinon, à ta question, j’ai un peu honte de dire que si je ne les ignore pas, j’ai tendance à les repousser au loin dans mon cerveau et qu’ils n’interfèrent jamais dans mon écriture.
    Tu as cette sensibilité de ressentir tous les drames et tu sais les mettre en mots, en phrases, en textes, très bien écrits.

  403. 4Z2A84 dit :

    La distance qui nous sépare serait en fait une espèce de cordon ombilical extensible, lequel nous relierait l’un à l’autre, les uns aux autres, que nous ayons ou non le sentiment d’être seuls au monde ?

  404. Elisa-R dit :

    Et je fais souvent comme toi Eclaircie, sinon ce serait invivable !

    Non, pas un cordon ombilical, ou alors au sens de « origine en commun ». Je pense à lien fraternel puissant.

  405. Elisa-R dit :

    Le jardin est aux insectes
    A l’intérieur la page se défend
    Reste blanche en dépit des traces noires qu’on y dessine
    A l’encre invisible

    Averse de doutes
    Le ciel se pare d’aveugles soleils
    De féroces nuages

    Entre les deux
    Encore

    Écrire

    Les membres gourds
    La peau sèche
    Le cœur vide

    La peau des doigts colle au stylo
    Les os se soudent
    Le corps trahit ce qui restait
    De désir

    Entre les deux
    Toujours

    Ne plus voir
    Pour ne plus dire
    Ne plus parler
    Pour ne plus souffrir
    De ne pas savoir

    Ne plus écrire
    Céder aux doutes
    Aux certitudes

    S’effacer comme l’encre
    Glisser sans remous
    Dans l’eau glacée
    De cet immuable entre-deux

    Le jardin accueille la fin du jour
    En un ballet incessant d’insectes
    Qui dansent
    Entre le rouge des roses et le vert sombre des arbres

  406. Éclaircie dit :

    Un certain regard sur le jardin, de l’aurore (ou plus tard dans la journée) au crépuscule, tandis que le doute s’immisce, s’installe et engendre une réflexion plus globale sur soi et l’écriture.
    Le temps, le beau temps fait souvent pencher la balance de l’état d’esprit vers l’optimisme, mais parfois, ce temps est trop beau ou trop lourd pour que le mental reste au positivisme.
    Il reste alors à se fondre à l’encre et se laisser tracer les mots, les sensations, les impressions.

  407. 4Z2A84 dit :

    Mon jardin m’observe mieux que je ne l’observe
    car il est doté de beaucoup plus d’yeux que je n’en possède
    au mois de novembre il se désole car je commence à vieillir
    et mes fruits perdent peu à peu leur saveur
    (que ne m’a-t-il construit une serre chaude pour m’abriter du frimas)
    mais au retour du printemps mon jardin jubile
    de me trouver rajeunie fraîche comme l’aurore
    et nue sous des feuilles de salade
    j’intercepte la rosée
    au moment où elle s’évapore
    entre l’eau du ciel et l’eau de la terre j’hésite à boire
    quelqu’un que je ne connais pas remplit mon verre
    avec ses propres souvenirs
    sans les trier
    je m’enroule dans la terre
    aucune vague ne ressemble à une autre
    toutes les vagues se croient sœurs
    elles n’en forment qu’une dans mon poing
    je les ai cueillies et je me les suis offertes
    car mon figuier est avare
    on pèse chacun de ses fruits sur la balance
    où mon poids en or suscite la jalousie
    de ceux qui labourent les nuages
    comme autrefois on labourait l’océan
    pour y tracer des sillons
    il suffit d’en suivre un pour arriver quelque part

  408. Elisa-R dit :

    4Z je reviendrai pour ton poème bientôt, je suis facinée par sa ligne directrice aussi blanche et belle qu’une colonne vértébrale.

  409. Elisa-R dit :

    faScinée !

  410. Elisa-R dit :

    Objet, animal, être humain 
    Quelque chose a disparu, qui vivait là, près de moi
    L’ordre du monde semble le même

    Ici, plus rien n’est pareil
    Quelque chose vivait là, que j’aimais
    Sa place vide
    Se dissimule parmi toutes les places vides

    Mon corps est un navire
    Qui chavire et qui coule
    Autour de lui les sons ont la couleur du sel
    L’eau celle de l’abandon

    Quelque chose ou quelqu’un
    Que j’aimais
    Vivait là près de moi
    Être humain, animal ou objet

    Quelque chose a disparu

  411. 4Z2A84 dit :

    Quand l’absence se creuse
    le souvenir disparaît
    et le navire sombre.
    .
    La mer et l’oubli ont en commun de vagues rumeurs.

  412. 4Z2A84 dit :

    Je n’ai pas écouté jusqu’au bout la Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machau(l)t dont il est dit que « l’usage abondant des syncopes et d’une certaine variété rythmique produit, dans cette œuvre polyphonique, une espèce de fourmillement de petites durées, vivant et sans martèlement, sans pesanteur, qui a séduit les musiciens français sériels (notamment Pierre Boulez), redonnant à cette ancienne musique(vers 1350)une jeunesse nouvelle – quoique fondée sur l’inévitable malentendu qui fait entendre le passé avec les références du présent »(Dictionnaire de la Musique sous la direction de Marc Vignal »).
    En littérature qui peut se flatter d’avoir lu Guillaume de Lorris et Jean de Meung et leur fameux « Roman de la Rose » en vers sans bâiller ? Il y a pourtant des beautés dans cette œuvre comme dans celle de Ronsard dont les milliers de vers il faut l’avouer nous ennuient très vite. Sans doute sommes-nous conditionnés par les langages aussi bien musicalement que littérairement de notre époque. Déjà les lecteurs de romans contemporains ont du mal à plonger dans Balzac et dans le style des écrivains du XIXème siècle…Alors faut-il être une sorte de fanatique pour étudier ou même savourer longtemps (au-delà d’une ou deux heures ?) des œuvres produites il y a trois ou quatre siècles et plus ? S’avèreraient-elles en fait plus riches que les nôtres, si riches en vérité que nous serions devenus trop peu sensibles ou réceptifs – ou trop pressés – pour les apprécier ?

  413. Elisa-R dit :

    Tu as raison. J’ai écouté dernièrement un entretien avec Francis Ponge par Philippe Sollers (lors d’une insomnie) : pardon si tu aimes ce poète mais quel ennui ! Il a évoqué l’un de ses poèmes (Le pré) et ça m’a donné envie de tout sauf de le lire (pourtant je l’ai lu). Autre époque, son érudition à mes oreilles contemporaines et un peu simples prenait des airs de suffisance.
    Néanmoins, il y a des moments privilégiés pour tout. Ainsi, je suis capable de savourer un morceau de Led Zeppelin, une chanson d’Alain Souchon, Une élucubration de Nino Ferrer, un opéra de Mozart ou une complainte de Guillaume de Machaut…mais pas aux mêmes moments.
    Il en va de même pour l’écriture. J’ai assouvi (pour quelques temps) ma passion pour les romans policiers : je peux lire autre chose. J’ai deux ou trois idées.

    Quoi qu’il en soit, merci pour cette réflexion qui ne me procure aucun ennui, bien au contraire.

    Ma musique du moment ? Guillaume de Machaut (1mn52 seulement). J’aime beaucoup cette époque. En musique, elle me laisse le temps de penser et d’imaginer.
    http://www.youtube.com/watch?v=0yi2MMtIimY

  414. Elisa-R dit :

    …Je pense également qu’on ne peut pas aimer tout le monde(ceux qui ne lisent pas Balzac aiment souvent Victor Hugo, ou Musset). Le temps disparaît quand deux esprits se rencontrent.
    Il faut lire quelques pages de « Lancelot ou le chevalier à la charrette » pour réaliser que le temps qui passe n’est pas parvenu à empêcher le lien qui unit les hommes d’exister.

  415. 4Z2A84 dit :

    Il y a tellement à lire – comme à voir ou à écouter ! Et notre « heure sur terre » ne dure que…soixante minutes. On n’aura pas le temps de découvrir…le centième de ce qui vaut vraiment la peine d’être admiré. Il faut choisir. Peut-être ne pas trop se disperser. Se tenir à distance de la facilité – dans la mesure du possible of course. On doit faire confiance aux spécialistes confirmés (presque toujours). Si les histoires de la littérature placent Balzac au-dessus d’Eugène Sue et d’Alexandre Dumas, il vaut mieux lire « Le Père Goriot » et ses suites que « Les Mystères de Paris » ou « Les Trois Mousquetaires ». Certes Balzac, Sue et Dumas ont tous les trois beaucoup de talent, mais encore une fois il faut choisir. On n’a pas le temps de tous les lire…Par ailleurs que privilégier ? Une œuvre écrite il y a un, deux, trois ou plus, siècles, ou une œuvre contemporaine sinon du siècle précédent ? Ici bien sûr intervient le goût de chacun. Notre subjectivité nous guide. Pendant que je lirais « Le Livre du Graal », je ne lirais pas… »Le Rivage des Syrtes » de Julien Gracq. J’ignore laquelle de ces deux oeuvres correspond le mieux à ma sensibilité. A priori la plus « moderne » puisque je suis plus ou moins, plutôt plus que moins, conditionné(e) par mon époque. Quant à les lire toutes les deux, en aurais-je le loisir ?

  416. 4Z2A84 dit :

    La poésie de Francis Ponge me fait songer à une poésie qui serait expérimentale. A petites doses on peut s’y intéresser. Personnellement, il ne me passionne pas, loin de là. Il a eu le mérite de « ressusciter » Malherbe, lequel est à mes yeux un très grand versificateur.

  417. Elisa-R dit :

    Tu as tellement d’avance sur moi en lectures !

    http://www.youtube.com/watch?v=iYeKpzsTxFI

  418. Elisa-R dit :

    Tu es l’Irlande
    Le feu de tourbe
    La bière en anglais
    La mer
    Le quatrième sur la photo
    Le vent
    Le pari d’un bain froid
    Le soleil
    La fumée du feu de tourbe
    La liberté

    Tu es la douleur
    Tu es le silence
    Tu es le marin

    Du haut de ta falaise, tu dois bien voir le monde, et nous qui continuons de marcher sur cette corde que nous pensions si solide…

    Toi le marin
    Qu’on ne peut enterrer.

  419. 4Z2A84 dit :

    Sans les poètes la mer ne serait qu’un monstre.
    La mer appartient davantage à ceux qui la chantent qu’à ceux qui s’en nourrissent ou l’ont nourrie.
    Un marin enterré : un soldat mort dans son lit, pas à la guerre ?

  420. 4Z2A84 dit :

    Parmi les musiciens ayant travaillé pour le cinéma ma préférence va à Bernard Hermann (entre autres sur quelques films fameux d’Hitchcock, « Citizen Kane » de Welles…). C’est un compositeur romantique auteur également d’un opéra : « Wuthering Heights » d’après le célèbre roman d’Emily Brontë.

  421. 4Z2A84 dit :

    Regret : avoir trop lu, pas assez écrit.

  422. Elisa-R dit :

    Mais il n’est pas trop tard pour écrire encore et puis, trop lu, je n’y crois pas. C’est un tel plaisir !

  423. Elisa-R dit :

    Bernard Herrmann, oui, mais c’est une autre ambiance. François de Roubaix, c’est toute mon enfance même si, je dois le reconnaître, Bernard Herrmann a enchanté mes jeunes oreilles (sans que je connaisse son nom) le mardi soir quand je regardais les vieux films qui passaient à la télévision avec mon grand frère. (Je regarderai avec plaisir ces films avec les enfants quand ils repasseront à l’écran)

    http://www.youtube.com/watch?v=W2qZzRuIQuk&hd=1

    Ennio Morricone, c’est bien aussi !

    http://www.youtube.com/watch?v=tvPt1neKyXs&hd=1

    Et Gabriel Yared et Ry Cooder (Paris Texas), Mickael Nyman (La leçon de piano)John Barry (Amicalement Vôtre)…Et la musique du troisième homme (Anton Karas??), quelle merveille !

  424. Elisa-R dit :

    Le jour ne se levait plus. Nous manquions d’air comme si la pluie continue des dernières semaines l’avait chassé.
    Aucun de nous n’aurait pu imaginer que nous allions mourir de cette façon.
    Nathan franchit le rideau qui protégeait notre abri de l’humidité. Il avait l’air sombre encore mais quelque chose n’était plus pareil, une petite veilleuse s’était allumée au fond de son regard.
    Le mien venait de s’éteindre, j’en étais consciente.
    Je décidais de mourir, de mettre fin à l’attente, j’étais sur le point de me convaincre qu’il était vain de lutter. J’étais si fatiguée. Si Nathan était arrivé plus tard, je n’aurais plu eu la force de croire. Deux heures, c’est le temps que je voulais me laisser avant de mettre fin à tout cela…Il était arrivé à temps pour me réveiller, me sortir de cette torpeur morbide qui me condamnait.
    Il m’aimait.
    Dehors n’était plus que boue, mares, lacs, glissements de terrain…La montagne tenait encore et nous offrait un abri. Nous étions une trentaine : trois villages plus Nathan et moi.
    Nous ne nous connaissions pas avant. Depuis deux mois, nous partagions les mêmes peurs, la même faim…Il était bel homme : un embonpoint raisonnable, une calvitie partielle, une claudication sérieuse mais un sourire lumineux, un regard pétillant, un charme inouï faisant oublier son âge et ses petits défauts physiques. J’étais beaucoup plus jeune que lui mais je paraissais maintenant plus que mon âge et ma petite beauté de jeunesse m’avait quittée. Lui, il la voyait encore.
    Je décidai de sortir, d’affronter la pluie, de vivre quand même. Je fus immédiatement trempée par les trombes d’eau, les mêmes que celles qui se déversaient sur le sol depuis des mois. Sans répit.
    La terre non plus n’en pouvait plus. Elle ne parvenait plus à avaler la moindre goutte et vomissait tout ce qui essayait d’entrer en elle.
    La roche se désagrégeait, par parcelles infimes mais régulières. Tout était glissant.
    Je levai les mains en visière devant mes yeux pour regarder l’horizon. Il se mêlait au ciel en une sorte de gris noir qui ressemblait de jour en jour davantage au couvercle de notre tombeau.

    Je me demandais ce que Nathan avait pu voir qui ait redonné de l’espoir à cet homme anéanti cinq minutes plus tôt. Je ne voyais rien, personne ne venait au loin, l’eau coulait toujours, la boue se déversait au pied de la montagne et monterait un jour jusqu’à nous…Non, je ne voyais rien, aucun pommier, aucun panier garni de nourriture, aucune ville fantastique et moderne jaillie des entrailles du désastre. Je m’apprêtais à retourner à l’abri lorsque je vis ce qu’il avait sans doute vu : presque dissimulée par un pic rocheux, bien dissimulée dans la masse de nuages, une minuscule trouée de ciel était bleue.

  425. 4Z2A84 dit :

    L’espoir, un zeste de ciel bleu, nous rappelle qu’après le Déluge on entrera dans cette salle obscure où le film « Chantons sous la Pluie » se déroulera devant un public d’amoureux, tous beaux malgré leur âge et leurs « petits défauts physiques », et tellement heureux de se trouver à l’abri des trombes d’eau…

  426. Elisa-R dit :

    Déjà septembre

    Souviens-toi
    Comme nous chassions les petits soleils
    A coups de pierres

    Comme nous étions liés par nos silences
    Complices dans nos ténèbres

    Souviens-toi de notre lutte contre le vent
    De notre alliance avec la nuit…

    Les forêts se faufilent jusqu’à toi
    Chuchotent de vieilles rancœurs
    Fredonnent des chansons que dans l’enfance
    Nous griffions au visage

    Déjà septembre
    Qui déverse ses matins de sommeil trop blanc
    Qui éloigne les rondes et les danses
    Que seuls apprivoisent les enfants comme nous

    Demain
    Tu laisseras les herbes ensevelir ton souvenir
    Les lierres écrire les derniers mots.
    Tu retourneras sauvage au seul monde qui te connaît

    Tu emmèneras dans ta fuite
    Les bois et les plaines qui couvraient nos petits crimes
    Et nous servaient de mère

    Il restera seulement la plainte du crépuscule
    Le hurlement du jour qui s’éteint
    Et ce dernier arbre au bord du vide

  427. 4Z2A84 dit :

    Je souffle sur tes paupières pour que tu t’endormes
    mon enfant si chaudement – si douillettement ? – enveloppé
    dans une feuille de papier journal.
    Sur ce journal sont relatés les faits divers les plus terribles,
    des crimes avec du sang comme s’il en pleuvait ;
    ils s’imprimeront sur ta chair nue et blanche ;
    si tu remues trop pendant ton sommeil ils te marqueront, indélébiles,
    et sur ton corps on les lira écrits à l’envers…
    Je veux que ma souffrance – car je souffre – te parvienne
    mais en rêve, seulement en rêve,
    pour te donner la force qui te manque ;
    avec elle tu affronteras le danger, c’est-à-dire les autres ;
    avec elle tu seras immunisé contre les coups,
    contre la douleur que chacun d’eux provoque
    quand une brute s’acharne sur un être sans défense.
    Oui les maux endurés par une mère
    transmis en rêve à son enfant le mettent à l’abri
    de la douleur, de la torture et des larmes.
    Sens-tu mon souffle sur tes paupières, petit homme ?
    L’oiseau découpé dans une feuille de papier journal
    vole toujours plus haut : il disparaît ;
    il n’emporte avec lui que de mauvaises nouvelles…
    Or les anges ne lisent pas – leurs yeux fondraient.

  428. Elisa-R dit :

    Ton poème est beau !

    Ses paupières sont si fines que de tout petits ruisseaux
    Parcourus de vie y naissent en bleu ou bien en vert
    Lorsque l’enfant dort, le monde est si paisible…
    Qu’y a-t-il là-bas, sous ses paupières bien closes ?
    Il court dans un champ de fleurs rouges et de blé
    Peut-être est-il seulement assis pour contempler la mer
    Ou bien joue-t-il à attraper le vent…
    Ce vent qui souffle sur ses joues comme toi sur mes paupières
    Assis près de lui nous regardons ses rêves
    Prêts à effrayer le moindre de ses cauchemars
    Les anges sont partis depuis longtemps déjà
    Las de cette distance que la mort congédiée avait exigé

    https://www.youtube.com/watch?v=–GhheUHCdo&hd=1

  429. Elisa-R dit :

    Dérobade

    Je me souviens des mouches et de la trace sombre au milieu de ton dos. Comme tu étais rêveur !
    Soudain il m’a semblé que ma peur était exagérée, que mes plaintes et mes cris n’auraient pas dû être.

    Le soir était venu. Une myriade d’étoiles nageaient dans le ciel hors d’atteinte. Quelques animaux prenaient place au sein du monde nocturne.

    Je devais avoir un peu froid car je tremblais.

    Toi, tu contemplais la nuit. Tes beaux yeux aux longs cils se noyaient semble-t-il. Tu n’étais plus qu’un être fragile, un jeune homme séduisant. Tellement sensible !
    A quoi rêvais-tu ? Quel amour te torturait ? Quel enfant te manquait ?

    Je me pris à rêver moi aussi. A imaginer ton corps sans ses vêtements. La caresse de tes mains. La douceur de ta peau contre ma peau. Le vert sombre de tes yeux dans le bleu des miens. Ta bouche aux lèvres charnues approchant lentement de mes lèvres.
    J’imaginais nos deux mains réunies. Tes vingt ans tout contre les miens…
    C’est cela qui aurait dû se produire.

    Mes membres engourdis ne me faisaient plus mal. Je n’avais plus peur.
    Dans ma tête tout était rangé, remis en ordre. Rien ne comptait plus que ce bonheur dérobé.

    Nos regards se croisèrent.
    Il me sembla que rien ne m’était impossible, que j’étais les étoiles et le loup, l’eau et la terre.
    Un vertige me saisit quand ma vie s’enroula autour de mon cerveau me montrant ce que j’avais vu depuis le jour de ma naissance et même bien avant…La découverte du globe à travers le philtre de la mer, mon premier amour, les bras de ma mère , l’horreur du premier mort, les arbres de l’école…Impossible de contempler une seule image tant elles défilaient toutes et pourtant j’avais le temps de penser et de ressentir…Il me vint à l’esprit l’idée que je verrais aussi cette journée…Cela me fit tressaillir et tu te retournas.

    Tu me regardais et il me semblait que mes yeux n’étaient plus que deux écrans installés là pour nous deux. Il me semblait que toi aussi tu voyais, et ressentais.

    Je n’avais plus froid, ni peur. J’étais bien .
    Tes beaux yeux verts devinrent plus durs. Je connaissais de toi ce que tu ignorais. Je voyais sous l’ombre qui te dévorait l’homme que tu aurais pu être, que tu avais été durant ces quelques secondes dans une dimension inconnue, l’homme que tu ne serais jamais plus.

    Avant la dernière image, je te fis un sourire. J’ignore si tu y as répondu car ensuite, je me suis enfuie dans la profondeur de la nuit.

  430. 4Z2A84 dit :

    Nous ne nous rencontrons qu’en rêve
    A l’heure où le boucher
    Pour attendrir sa viande
    La frappe à coups de poing
    D’où viennent ces cris me demande-t-elle
    C’est un secret
    Un lourd secret que chacun porte en soi
    Et garde comme une précieuse blessure
    De son visage elle me montre l’endroit
    Or l’envers m’intéresse
    En retournant la peau le verrai-je
    Nous ne voyons pas qui enfonce le doigt
    Dans notre cerveau comme dans un fromage
    On a beau regarder l’autre
    Elle est toujours la femme d’où nous nous expulsons
    Pour vivre à l’extérieur
    Et y troquer son sang contre du vin
    Si tu es ma mère absorbe-moi
    Je te promets de me tenir tranquille
    Dans ton centre dans ton sein dans tes entrailles
    Le boucher se pend à son crochet
    Il y a encore trop de vie
    Dans ces abats se plaint-il
    Et il désigne sur l’étal une bête à deux dos
    Nos peaux se touchent
    Nous nous trompons de pulpe
    Et nous mangeons nos propres joues
    Car même en rêve la faim tenaille les amants
    Qu’ils soient frère et sœur mère et fils
    Ou deux bouchers sous la même pomme de douche
    D’où viennent ces cris me demande-telle
    Je me tais – le silence ment –
    Ce fil fin de lumière sous notre porte
    S’il s’éteint nous disparaîtrons
    Avec notre boîte à couture.

  431. Elisa-R dit :

    En effet l’étal du boucher demeure en nous, étoile rouge et large disposée sur le sol encore frais de notre mémoire.
    Derrière l’étal et derrière le boucher qui nous fait face, deux portes. Derrière ces deux portes si épaisses se tiennent plusieurs vies.
    Il faut seulement ne pas se tromper de porte car l’une ouvre sur les yeux grands ouverts de madame la bouchère toute de soie vêtue : déshabillé, guêpière et bas et même chaussons assortis. L’ensemble est un cadeau du boucher à sa femme si jolie. Monsieur est un coquin et Madame une coquine. Comment sinon couperait-il la viande avec autant d’amour ? Nous suivons chacun de ses gestes, admirant qu’ils soient sûrs et élégants à la fois. Ce n’est plus un boucher en blouse c’est un matador en habits magnifiques. Chaque mardi nous parcourons le marché distraitement, oublions la moitié de ce qu’il nous fallait, restons obsédés par la fin du parcours avec déjà en tête le petit bruit tant aimé de la clochette suspendue au-dessus de la porte. Nous imaginons déjà ses beaux yeux qui se mettent à nous regarder lorsque retentit cette étrange sonnette.
    Il faut seulement ne pas se tromper car sinon cela changerait tout : plus d’amour dans son regard, plus de gestes si doux à regarder, plus de rouge dans nos vies. Derrière cette porte nous trouverions la glacière et la beauté de madame figée pour toujours par un mari jaloux.
    L’autre porte ouvre sur un petit escalier tout arrondi et discret qui monte jusqu’au premier…

  432. 4Z2A84 dit :

    Enlacés au sol où la sciure de bois n’absorbe pas tout le sang, le boucher et la bouchère refont le monde.

  433. Éclaircie dit :

    Encore, encore….
    Élisa, je te trouve très, très inspirée.

    J’ai hâte de connaître le premier étage de cet édifice….
    Les incursions de 4z dans tes décors leur offrent des carrefours qui tu empruntes avec talent.

  434. Elisa-R dit :

    Oui 4Z m’inspire beaucoup.

    Pour la description de l’étage j’attends qu’elle se fasse dans vos têtes (et peut-être sur écran). Moi j’ai déjà ma petite idée (deux en fait). Mais je ne sais pas encore si je l’écrirai.

  435. Éclaircie dit :

    Et j’ai oublié de dire que les « incursions » de 4Z étaient toujours remarquables, bien sûr !

    Ah ! Ah ! qui sera le plus curieux et poussera la porte le premier ?

  436. Elisa-R dit :

    Peut-être toi ? Peut-être même personne ainsi les personnages feront ce qu’ils voudront de cette vie à l’étage.
    Pour le moment, le boucher est inquiet car il nous entend et nous voit. Je n’aime pas beaucoup cela car je sais que l’inquiétude ou le chagrin ne lui font aucun bien. Brrr !

  437. 4Z2A84 dit :

    Le train traverse la forêt
    Tous les arbres sont bruns sauf quelques résistants
    Le feuillage trop épais cache le ciel
    Aux yeux des voyageurs épris d’infini
    De l’avion qui nous survole
    S’échappent de longs rubans de papier hygiénique
    On le vend en rouleaux d’une épaisseur considérable
    Aux portes de ces villes construites en plein désert
    Par des insectes que l’ennui transforme en maçons
    Chacun armé de sa petite pelle
    Cimente pierre sur pierre
    Ainsi s’élèvent des édifices
    Vers le Paradis où les dieux digèrent
    Un orchestre accompagne ces travaux
    Si je suis l’un des violons je l’ignore
    Ne me demandez pas de reconnaître mes propres traits
    Dans une flaque d’eau née à l’improviste
    Parmi des dunes de sable mou
    Nous traversions une forêt avec l’espoir
    D’en sortir par une lézarde au plafond
    Il suffit d’écarter d’un geste de désespoir les mouches
    Et même d’improbables issues s’ouvriront
    Je mâche ma langue je montre du doigt
    Le reflet de l’Eternel sur la vitre blessée
    Par un caillou lancé d’une fronde
    La locomotive fonce
    Vers l’écran de toile où le film s’achève

  438. Elisa-R dit :

    Des vagues rouges
    Et ces presque mots submergés
    Qui jouaient gravement sur le sable

    Les silences geôliers
    Et leur souffle odieux sur la peau
    Qui par la force encore les chassent

    Le vent
    Et ces enfants devenus fous qui creusent le sol
    Epuisent leurs ongles contre le dos d’une terre trop sévère

    Ces vieillards amnésiques
    Et le désir de vivre
    Qui agonise anonyme

    Le froid obsédant d’une route désertée
    Et le ressac du bienséant qui couvre de son poids
    La légèreté de l’amour à peine éclos.

  439. 4Z2A84 dit :

    On trouve de tout en creusant le sable
    Des villes d’où les habitants se sont enfuis
    Sous prétexte que l’on y souffrait
    Mille morts à cause de la pollution
    Et d’une clé qui ne tourne plus dans sa serrure
    On cherchait à rentrer chez soi
    Après des aventures sur la plage
    Où sont enterrés tant d’amours de jeunesse
    Je revois son visage jaune
    Le foie change la couleur de nos joues
    Il suffit d’avaler trop de couleuvres
    Pour les croire venimeuses
    Comme les flèches décochées par le soleil
    Quand nous n’exhibons notre haut-de-forme
    Que pour des tours de prestidigitateur
    Devant un public de claque bien payé
    Car nos yeux si nous ne pleurions plus
    A quoi nous serviraient-ils
    A regarder la mer
    Elle se détourne des curieux
    Elle a toujours quelque chose de plus important sur le feu
    Elle a quelquefois du temps à perdre
    Entre la lessive et le fromage
    Il y a trop d’algues dans ma vie
    Il y a trop d’écueils trop de récifs sur mon lit
    Quand je le quitte pour changer les draps
    Les mots sont beaux le monde laid la marée pas trop bruyante
    Les seaux les pelles la bouée indispensables
    Encore le sable toujours lui où que j’aille où que je n’aille point
    Il me rappelle que nous sommes poussière
    Mais en attendant de ne pas le faire mentir
    Soyons de l’eau pure impure à sa guise
    Du ciel déchiré
    Pendent au-dessus de nos têtes les feuilles
    Ou de grandes affiches
    Sur lesquelles la mort vante ses mérites
    Venez me rejoindre là-haut on aura soin de vous
    Chers vieillards on vous torchera sans répugnance
    Toutes ces basiliques toutes ces cathédrales
    Qui traversent l’espace comme des vaisseaux aériens
    Me provoquent une migraine
    Je suis heureux
    Le salut de l’homme est dans l’aspirine
    Il aspire au mieux-être
    Et à ne plus manger sa femme
    (Ni ses enfants)
    Même les jours de disette

  440. Elisa R dit :

    Frères perdus des airs aux quatre vents des mondes
    qui portez vos solitudes à même la peau
    vous êtes unis et proches sans vous toucher
    comme les perles blêmes d’un long collier.

    Quand vient le chant du soir sur la terre encore tiède
    et que ses brumes blanches bercent nos souvenirs
    je pense aux champs sauvages et à nos jeux sans fin
    Je revois les gros nuages qui contaient et esquissaient
    des histoires de dragons d’ours ou de barbe à papa.

    Les yeux ouverts nous vivons dans un autre univers
    l’eau bleue est un ciel où fleurissent les possibles
    des navires jaillissent magnifiques au détour des chemins
    les champs enfantent la mer
    les brouillards sont des châteaux les arbres des chevaliers
    le soleil est une terre sur laquelle nous grimpons…

    Frères perdus des airs aux quatre vents des mondes
    parfois en cendres grises vous cessez de briller
    et le fil se tord quand vous disparaissez
    notre éclat s’estompe comme souffrent nos oreilles
    quand le cri du silence se faufile dedans nos corps
    et sème en nous ce froid aux si tristes moissons.

    Puis tout ce qui le peut encore redevient.
    Frères perdus des airs aux quatre vents des mondes
    qui portons nos solitudes à même la peau
    sommes unis et proches sans jamais nous toucher
    comme les perles blêmes d’un long collier.

  441. Éclaircie dit :

    Faire partie d’un tout, parure de tristesse, évanescent comme un paysage sous la brume.
    Élisa pour évoquer ce « frère » et cet « univers ».

    « Puis tout ce qui le peut encore redevient. »

  442. Elisa R dit :

    Merci Eclaircie.

    ll reste de nous les petits mots écrits
    un concerto privé sous un faux soleil

    Une page griffonnée que l’on aimerait froisser

    Et puis la pluie de lumière qui nous enchantait nous revient en mémoire et les mille minuscules diamants qui poudraient notre attente
    Peut-être même notre solitude

    Alors on se souvient qu’il existe au monde cette infinie beauté
    qui toujours patiente attend que nous soyons prêts à la voir.

    http://www.youtube.com/watch?v=6QAAZ29cvfU&hd=1

  443. 4Z2A84 dit :

    Quand le ciel est bas on peut s’y pendre
    Ou s’y suspendre selon son humeur
    Un arbre fait le bonheur
    De ceux qui vivent à l’ombre des autres
    Ils comptent sur leurs yeux
    Pour regarder le bouclier en face
    Lorsque le soleil vide son chargeur
    Vous m’avez reconnu
    Je suis celui dont les organes sursautent
    A chaque tour de clé
    Dans une serrure où son dernier regard
    Reste emprisonné
    Comme le noyau dans l’avocat
    Désossées mes mains ressemblent à des gants
    Que chacun tour à tour enfilerait
    Pour commettre des larcins
    Ou des meurtres par strangulation
    On ne se tue pas avec ses propres armes
    On emprunte le briquet du voisin
    Pour mettre le feu à sa literie
    Le feu danse le flamenco ou la polka
    Avec l’intention de se faire applaudir
    Par des pompiers en soutane
    Le ciel n’est jamais loin ni le portier
    Chargé de vous ouvrir le ventre
    Si l’on visite l’intérieur de la baleine
    Où séjourna le moins sobre des vignerons
    Oui tous courent après mon ombre
    Pour l’étreindre mal pour la baiser
    Mais elle vit loin de moi dans une ville
    Dont j’emporte le sable sous mes semelles
    Ralenti je n’arriverai jamais à destination
    A l’heure de mon rendez-vous avec la faucheuse
    On me tendrait des soupes chaudes
    Dans des crânes ou dans des bols
    Si j’imitais les vagabonds aventureux
    Mes dents en couleurs se contenteraient de sourire
    Aux poissons qui fuguent malgré les risques
    J’aurais dans mon chapeau haut-de-forme
    De quoi repeupler les airs et les cages
    Je tordrais le cou aux eaux empoisonnées
    Et mes livres me brûleraient les doigts
    Ou me suivraient comme des animaux domestiques
    Où que j’aille même dans le décor
    Car le ciel n’est jamais loin je le redis

  444. Elisa-R dit :

    Dès que j’ai un peu plus de temps qu’un entre deux portes, je plonge dans l’eau délicieuse des réponses (parfois sans pieds ni tête) à tes poèmes exceptionnels.

  445. Elisa-R dit :

    Je n’étais pas née, pas encore
    Tu mentais déjà
    La transparence de ton regard imaginait un monde

    Quand es-tu mort ?

    Jamais un jour ne fut paisible
    La coque craquait sous la violence des tempêtes
    Le corps droit, insensible, tu dormais
    Ton ciel toujours noir, tes paysages sans couleur
    Le passé était ton ancre
    Les côtes toutes ennemies

    Nous sommes-nous réellement croisés
    toi sur ton navire de guerre
    moi dans ma petite barque

    Vois-tu, je n’ai pas d’ancre
    les tempêtes, si familières, sont mes amies
    Un jour, elles porteront ma coquille sur la crête d’une vague
    je les entendrais rire et je rirai avec elles
    comme je l’ai toujours fait

    La blancheur des ans devenue lasse
    laissera sourdre de l’eau un nouveau matin
    Aurais-je croisé, d’ici là, d’autres voyageurs ?

  446. 4Z2A84 dit :

    Le couloir traverse la montagne dont l’estomac chante
    Elle a trop mangé d’herbe trop bu de paroles en l’air
    Les nuages l’ont moquée les oiseaux rasaient l’horizon
    On voyait des promeneurs soulever leur chapeau et s’éponger le front
    D’autres montraient du doigt quelque chose d’invisible
    Ou de trop rapide pour être observé sans perdre la tête
    On craignait l’orage mais l’orage dit je reste chez moi
    D’ailleurs les saisons se disputaient la place au premier rang
    Du balcon les enfants jetaient des pièces d’or dans la rue
    Mais personne ne se baissait pour lacer ses souliers ni pour
    Regarder par le trou de serrure tourner la Terre
    Un bouledogue se trompait de maître et suivait le premier venu
    Sur un pont qui n’enjambait rien mais débouchait sur l’Inconnu
    Les arbres recomptaient leurs feuilles il en manquait toujours
    Et les fruits occupaient déjà les compotiers
    Je ne m’étais pas vu dans une glace depuis des siècles
    Le jour empiétait sur la nuit comme la ville sur la campagne
    On confondait les époques faute de savoir lire un mode d’emploi
    Sans crier gare les collines changeaient de position
    Et décidaient de ne plus dormir en chien de fusil mais sur le dos
    Les torrents circulaient dans les salles de spectacle et dans les églises
    Vous vous êtes perdue dans votre chambre à force de vous y chercher
    Un jour sans ombre et tout se remet en place
    Les moteurs ronflent de nouveau les nuages rougissent
    Quand on leur accorde des faveurs…chut…quelqu’un écoute
    Quelqu’un se lève franchit le sas et sort de son bain
    Comme l’eau le formol est jeté le gouffre l’avale
    Il pleuvra si le papier à fleurs du ciel ne masque plus la laideur
    Les jardins pèseront davantage que notre tirelire
    La musique et la toile d’araignée vibreront ensemble
    Demain rebrousse chemin nous sommes à peine nés
    D’abord apparaît la tête le reste suit sans broncher
    De la lessiveuse s’élève vaporeux mon fantôme.

  447. Elisa R dit :

    La tête passe quand suit un animal
    Il se dit de telles choses dans cet univers coloré et renversant
    Ou inversé
    Où vivent des dames à l’œil rond logé dans un mur
    Comme une balle déguisée pour la fête les soirs de longue peine
    Ou comme une petite chose assurément sans plume
    Vivant entre deux épaisseurs de ciment et de briques
    Par ta fenêtre généreusement ouverte
    On entre
    Et un deuxième cœur se met à battre en dehors de sa cage
    Un, puis deux, puis des milliers d’yeux tapissent chaque millimètre
    De notre peau jusqu’alors rose et rouge
    Et ce désert aride se prend à respirer
    L’herbe verte a laissé pousser des cheveux qui ondulent
    Des baleines s’y reposent quand les bateaux quittent le port
    La ville part en vacances laissant aux concierges consciencieuses
    Les clés d’un autre monde caché dans le réservoir
    Merveilleusement blanc et brillant
    Des toilettes au plafond tapissé d’araignées qui tricotent
    En discutant du prix de la mouche et du pain
    Qu’il faudrait livrer en portant un foulard sur la tête
    Cette tête change de corps entre le début et l’acier, elle roule
    Et revient, indifférente et disponible.
    La mienne me tourne quand je repense à tous ces voyages
    Et à ces voyageurs aux visages aplatis sur les vitres d’un train
    Un train enchanteur…

  448. 4Z2A84 dit :

    Une foule d’inventions dans ce vertigineux poème. On décolle du quotidien. On se retrouve vraiment AILLEURS grâce au pouvoir par les mots d’une imagination apparemment sans limite(s).

  449. Elisa Romain dit :

    Je ne fais que te suivre

  450. Éclaircie dit :

    Quel festival d’inventions surprenantes !
    Bravo à vous deux.

  451. Elisa-R dit :

    On entre dans l’hiver à reculons, prenant les précautions d’usage : une grande respiration qui ressemble à la dernière, à chaque fois; le chemin de l’automne, qui atténue nos peurs et assouplit les muscles de nos corps.
    Puis nous oublions ce qui tant nous effrayait car les chouettes volent jusqu’à nos fenêtres et chuchotent, chaque nuit, de leur voix chevrotante et belle, des histoires fantastiques et inédites.
    On entre alors dans l’hiver comme des enfants attentifs, et heureux.

    http://www.youtube.com/watch?v=Q_PPvC1iEAo

  452. Elisa-R dit :

    Décomposée
    Je réunis des bribes de corps
    Des parcelles de mots
    Je brinquebale sans but vers un désir autre, vers l’antidote de la pensée…
    L’hémisphère droit dans une main, je cherche le gauche.

    http://www.youtube.com/watch?v=DHIQMXAZvRw

  453. Éclaircie dit :

    Tes hémisphères ont de telles relations que tout ce que tu écris porte une empreinte étrange, particulière et passionnante.
    Kaléidoscope de pensées croisées où se mêlent espoir et appréhension, sensibilité et empathie, bribes d’enfance et regard lucide…

  454. Elisa R dit :

    Merci de m’avoir offert cet espace, Eclaircie. Il m’est devenu indispensable.

  455. Elisa R dit :

    Étrange qui ne connaît pas l’étrange
    Entre deux mondes, entre deux états, entre deux désirs.
    La nuit t’a adopté
    La nuit t’a abandonné
    Tu ne sais plus…
    Du clair ou de l’obscur, de quoi es-tu le fruit ?
    Vivant somnambule
    Tu as laissé derrière toi l’innocence
    Ton sommeil à présent découpé en silhouettes inquiètes
    Est une trêve dans la cécité de tes jours.
    Survivant chancelant
    Qu’as-tu extrait de toi si ce n’est la chaleur de ton corps
    Qu’as-tu ôté de toi
    Pauvre bougre
    Si ce n’est ce merveilleux brasier
    Qui embrasait ton désir
    De vivre
    Et éclairait le monde …

  456. Elisa-R dit :

    A l’abri des fenêtres aux vieilles vitres
    Je souris à la lumière qui s’aventure
    Sur les lames du parquet de bois ciré

    Tout à l’heure, elle m’entraînera dehors
    Je la suivrai sur les chemins paisibles de septembre

    Nous nous cacherons des gilets grotesques
    Alourdis de morts en cartouches

    A l’abri des feuilles légères
    Elle, les animaux et moi nous fermerons les yeux
    Et nous rêverons d’une course avec le vent.

  457. Elisa-R dit :

    On garde pour soi cette terrible profondeur, ce regard vide au fond d’un trou.
    Il ne reste plus, quand on se retourne, que quelques arbres isolés.
    La grande forêt nourricière a disparu. Et il faut se taire. Ne plus en parler. Ne pas la pleurer. Mourir un peu. Déchirer un lambeau de nous. Et vivre sans.

  458. 4Z2A84 dit :

    L’équilibre soutient nos étoiles. Je suis
    Devant vous. Sans un mot je vous demande l’heure
    Et vous ne répondez ni par oui ni par non
    Il y a trop de rues dans une seule ville
    On se perd en cherchant celle qui nous convient
    L’unique et la dernière – on vivrait en osmose
    Mes pas se confondraient avec les battements
    De son cœur – sur mon front tourneraient ses vitrines
    Comme aussi ses trottoirs dans mes yeux agrandis
    Chaque toit saluerait les passants – chaque porte
    S’ouvrirait pour laisser entrer les chiens errants
    Et nous boirions le thé dans le même théâtre
    Tous les jours pour tenir à distance la mort.
    Si j’éteins une étoile, apparaît aussitôt
    Sur le ciel empressé son acte de naissance
    On y lit une date oubliée des vivants
    On hésite à plonger dans un passé lointain
    Sans provisions ni même un billet de retour.
    Je reste sur le bord de la route elle file
    Comme un ruban que l’on laisse se dérouler
    Vers d’autres monuments moins prisés par la ville :
    Un cimetière où les tombes crachent du feu
    Car sous terre les vœux brûlent de s’accomplir.
    On me conduit ailleurs dans un espace où rien
    Ne semble être à sa place et je vous y retrouve
    Pour nous entendre mieux et dire à l’unisson
    Une heure – or le soleil n’indique pas la même
    Ni aucune pendule accrochée au fronton
    Des édifices d’où sortent parfois nos maîtres
    Pour nous faire un coucou avant de disparaître.
    On attend l’autobus il vient avec la pluie
    Repart sans nous car l’eau nous porte vers la flotte
    Des navires de guerre offerts à la mariée.

  459. Éclaircie dit :

    Vous êtes de toutes mes saisons,
    vous êtes à mes hivers l’âtre rougeoyant
    la page enluminée sur un tapis de neige
    dans mes printemps la pousse frêle
    aux racines ancrées sous les ruisseaux
    vous m’apportez l’ombre fraîche
    quand l’été du soleil s’apprête à tout brûler
    et si l’automne appelle le repos du silence
    vous savez raviver les lueurs et les chants

    Je traverse grâce à vous forêts et clairières
    miroirs et années avec encore l’envie
    de ne jamais dormir sans toujours m’éveiller

  460. 4Z2A84 dit :

    « Vous êtes de toutes mes saisons… » quand la poésie trouve un ton et des accents comparables à la fluidité d’une rivière libre.

  461. Elisa-R dit :

    Que voilà un bel après-midi ! Merci à tous les deux d’enrichir ces pages de vos poèmes.

  462. Éclaircie dit :

    Grandiose, Élisa, merci !
    Lorsque parfois, je doute du côté positif de l’évolution de l’homme, de telles images et de tels sons me rassurent.

    Tu es vraiment « de toutes mes saisons »…

  463. Elisa-R dit :

    La mariée d’hier sous le noir de son voile
    Devient le flot qui ondule sur le sable des plages
    Elle est cette marée qui ne répond qu’à lui
    Elle le reflet de la lune dans la nuit de l’étang
    Elle est cette nymphe alanguie que nul jamais ne touche
    La mort n’est plus de son monde depuis qu’elle porte les étoiles

    Et puis la poésie s’efface

    Les jours s’usent comme des tissus
    Portés au long des siècles
    On y retrouve les empreintes des premiers hommes
    Les larmes de tous les vivants, les visages de tous les morts
    Ils exhalent le parfum des corps, celui des océans, des tempêtes, des canicules
    , des orgies, des barbaries, des tueries, des naissances, des morts, de l’amour…

    Et le voile s’envole

    Porté par la douceur du vent il ira où bon lui semble
    Au-dessus des mers
    Au-dessus des terres
    Parcourant le monde des villes les plus grandes aux contrées les plus sauvages
    Heureux
    Il flottera jusqu’à ce que plus rien ne reste de lui
    Même pas son souvenir.

  464. 4Z2A84 dit :

    L’histoire du monde ramassée dans un poème solide comme une bombe qui pour convaincre n’a pas besoin d’exploser. A marée basse mariée haute. Les dragées fusent hors du canon du revolver
    vers
    la tempe.
    Une pluie d’autres dragées salue le départ de la mort, laquelle ne sera décidément plus de ce monde si on la voit disparaître à l’angle de la rue où les feux passent du rouge au vert ou vice-versa sans même un arrêt d’une seconde sur l’orange frustré.

  465. Elisa R dit :

    Je viens d’écrire pour un concours.La nouvelle s’intitule « Octobre » mais je ne sais pas si elle sera sélectionnée. Si elle ne l’est pas, je la déposerai ici.

    http://www.enviedecrire.com/category/textes-dutilisateurs/

  466. Éclaircie dit :

    Je te souhaite très fort que nous ne la lisions pas ici…Tiens-nous au courant, bonne chance !

  467. Elisa R dit :

    Je l’ai fait pour me dérouiller un peu les doigts…D’ailleurs ce concours est ouvert jusqu’au 29 octobre, si cela te tente…

  468. Elisa Romain dit :

    Ouf, ma nouvelle montre le bout de son nez ! Le premier a déjà quatre-vingts votes, je suis loin derrière mais contente !

    http://www.enviedecrire.com/textes-concours-de-nouvelles-octobre/

  469. Elisa-R dit :

    Ajoutez, svp, deux « s » au message ci-dessus !!!!

  470. Éclaircie dit :

    Fait ! Ah ! Ce que l’émotion produit parfois !
    je te renouvelle mes vœux pour « Octobre », une nouvelle où tout ton talent personnel transparaît.

  471. Elisa R dit :

    Merci, venant de toi cela me touche vraiment.
    Je t’invite à lire aussi les autres nouvelles (mais tu l’as sans doute déjà fait), certaines sont très belles (aussi).

  472. 4Z2A84 dit :

    Je comprends que l’on choisisse d’écrire QUE ce qui nous paraît essentiel…Qu’on veuille éviter le pathos pour des sujets douloureux comme l’évocation d’une guerre. Etc.Toutefois dans « Octobre » la sécheresse du style, ces phrases courtes, ces mots seuls…le manque de souffle me gênent. Je préfère l’abus et l’abandon à la rhétorique même avec des maladresses et/ou des outrances. Il me semble par ailleurs que la plupart des narrateurs contemporains optent pour la brièveté, « font le minimum »; j’ignore si le récit « désencombré » du fatras des styles du passé y gagne en réalisme ou s’imprime mieux dans nos cervelles de lecteurs d’aujourd’hui pressés d’en venir au fait. Les longues descriptions de personnages de décors comme les analyses psychologiques trop particulières sont abandonnées au profit de l’efficacité : un abandon qui devrait en effet convenir à la nouvelle laquelle comme le court métrage de fiction au cinéma vise souvent un public impatient sur lequel elle s’essaie à provoquer une émotion plus ou moins profonde quelquefois fortuite et de courte durée, ou comme le hors d’œuvre dans un repas ne cherche pas à prendre la pas si j’ose dire j’ose sur le plat suivant, le principal, et se contente de l’annoncer, la nouvelle tient en réserve le roman…le roman qui serait une longue nouvelle, ou qui ne serait qu’une longue nouvelle (auquel cas il conviendrait de le réduire, non ?). « Octobre » est bien sûr plein(e) de qualités – on l’aura compris.

  473. Elisa-R dit :

    « Octobre » est ce long corps, blanc au point de devenir livide. C’est une femme aux lèvres exsangues, aux cheveux pâles. Vêtue d’une chemise terne qui flotte jusqu’au bas de ses jambes.
    « Octobre » est un spectre de chair et d’os qui termine sur cette table grise et froide d’autrefois, cette table allongée sous la lumière crue des néons de nulle part.
    Autrefois, encore, un petit mouchoir blanc s’était animé grâce au rouge vif du sang. Cette fois, il n’en sera rien. Octobre, libre de ses guillemets et du chemin tracé qu’elle se refuse à emprunter, s’est délibérément jetée sous le scalpel .

    Aurait-elle pu choisir de beaux vêtements plutôt que ces oripeaux ? Aurait-elle pu dissimuler la présence de la mort sur son visage à l’aide de quelque artifice féminin ? Aurait-elle pu reprendre vie, reprendre souffle ?
    Sans doute.
    Cependant, tandis que, comme certains, elle se refusait à marcher dans d’autres pas que les siens, elle ignorait que ce chemin qu’elle croyait intime figurait dans le guide des routes toutes tracées.
    Pauvre Octobre !
    Née du désamour, que pouvait-elle imaginer ?

    J’avais commencé une autre réponse, plus inspirée que celle-ci mais il m’a fallu m’interrompre et remettre à plus tard.
    Je suis ravie de ton commentaire. Quant au souffle court, il n’est que le résultat de mes impressions de lecture. Marguerite Duras, pour moi, c’est une lumière douloureuse, des phrases coupantes tant elles sont courtes. Je ne l’ai pas relue depuis longtemps. Talentueuse, sans aucun doute possible mais son atmosphère ne me convient pas.
    Pourquoi avoir répondu à cette proposition malgré tout ? Par amusement. Pour le plaisir d’écrire.

    Ce qui me plait beaucoup, là, maintenant, c’est ce que la nouvelle devient : un corps que je vais pouvoir autopsier.

  474. 4Z2A84 dit :

    Cette « Octobre » me plaît davantage que la précédente. Je dirais même plus (comme Dupont ? ou Dupond ?) : elle me plaît beaucoup…J’ai trop peu lu M. Duras pour porter un jugement sur son œuvre. Je suppose qu’elle a beaucoup de talent, peut-être même du génie. Comme j’ai décidé de ne plus lire d’œuvres romanesques (ou très peu…), je n’aurai ni le plaisir ni le déplaisir (car cela aussi peut se produire, même avec des écrivains célébrés…par exemple je n’ai jamais été au-delà d’une centaine de pages dans Stendhal que ce soit pour le Rouge ou la Chartreuse…va savoir pourquoi je ne supporte pas son style ?!) de sa découverte. Cette nouvelle « Octobre » s’introduira peut-être – malgré toi ? – dans ton univers; ce que j’y aime surtout comme tu le sais c’est l’épanchement d’une imagination hors norme, etc.

  475. Elisa-R dit :

    Les pieds sur la pointe de clochers tordus , la jeune fille souriait au vieux moulin sans ailes. Sous la fumée noire d’une usine égarée , un ours brun cajolait un enfant ou quelque chose qui lui ressemblait, peut-être une créature déguisée en enfant. Il n’était pas rare que la nuit fabrique  cette sorte d’authentiques petits monstres s’animant dès que l’humain devenait aveugle, l’encerclant, le terrifiant de ses bruits de pas aussi minuscules que rapides. Impossibles à localiser précisément.
    C’était la nuit.
    Soudain, cette nuit devient la mienne ; le présent s’impose où la peur imposait le passé.
    Impossible de lutter.
    Même les chouettes aimables poussent des cris étranges, presque humains. Je me demande si quelqu’un se cache au fond du parc. Attirée par l’appel de mes amies j’avance dans le jardin obscur. Silence.
    Où sont-elles ?
    Autour de moi, l’herbe est agitée de brefs soubresauts, une branche morte craque. Quelque chose approche, là, à droite. Non, à gauche. Non, sur le côté.
    Je me sens si petite, si proche du sol. Les bruits se démultiplient, entrent par mes deux oreilles, enflent en moi comme une fanfare de juillet.
    J’ai peur.
    Fière, je me force à demeurer là, quelques secondes puis, doucement, je rebrousse chemin et m’en retourne vers les lumières de la maison. La lune m’adresse un clin d’œil, un peu froid, et s’endort posée sur l’arête du toit.
    Les nuages la dissimulent, complices des ombres, au moment où je pose un pied sur la première marche
    J’ouvre la porte et m’engouffre dans la cuisine souriante. Je ne me retourne pas.
    Je suis saine et sauve.

  476. Elisa-R dit :

    « où » la peur !

  477. 4Z2A84 dit :

    Tous les malheurs de l’homme viennent de ce qu’il ne peut s’empêcher de quitter sa chambre. Pascal écrit (bien mieux) quelque chose dans ce sens.
    Je n’oublierai pas :
    ces « bruits de pas aussi minuscules que rapides »,
    ni ceux « qui s’enflent comme une fanfare de juillet »,
    « cette lune qui s’endort posée sur l’arête du toit »,
    ni cette plainte : « je me sens si petite, si proche du sol ».
    On passe d’un rêve plutôt agréable à un autre…angoissant…où les monstres sont d’autant plus effrayants qu’on ne les voit pas.
    Bravo Elisa-R ! Un texte superbe.

  478. 4Z2A84 dit :

    Les toiles de Nino Ferrer sont dans la mouvance des meilleurs peintres surréalistes : Ernst, Dali, Magritte, Delvaux…on songe également au douanier Rousseau admiré par Apollinaire et Breton – elles me plaisent. Quant à la musique, « Ouessant », elle ne me déplaît pas mais j’avoue que je ne l’écouterais pas « en boucle »…

  479. Elisa-R dit :

    Eclaircie, si tu es la petite fée qui a ajouté l’accent, merci de tout coeur.

    Oui, 4Z, moi aussi j’aime beaucoup les toiles de Nino Ferrer (sa musique aussi mais tu le sais déjà). Elle ne sont ni belles ni laides mais sources d’inspiration.

    Je suis contente que tu aimes le texte aussi. Pour te remercier, voici quelques mots de M. Duras :

    « DÉTRUIRE DIT-ELLE
    Soleil. Septième jour.

    La voici encore, près du tennis, sur une chaise longue blanche. Il y a d’autres chaises longues blanches vides pour la plupart, vides, naufragées face à face, en cercle, seules.

    C’est après la sieste qu’il la perd de vue. Du balcon il la regarde. Elle dort. Elle est grande, ainsi morte, légèrement cassée à la charnière des reins. Elle est mince, maigre.

    Le tennis est désert à cette heure-là. On n’a pas le droit d’en faire pendant la sieste. Il reprend vers quatre heures, jusqu’au crépuscule.

    Septième jour. Mais dans la torpeur de la sieste une voix d’homme éclate, vive, presque brutale.

    Personne ne répond. On a parlé seul.

    Personne ne se réveille.

    Il n’y a qu’elle qui se tienne aussi près des tennis. Les autres sont plus loin, soit à l’abri des haies soit sur les pelouses, au soleil.

    La voix qui vient de parler résonne dans l’écho du parc. »

    Marguerite Duras

    Extrait de Détruire dit-elle

  480. 4Z2A84 dit :

    Merci Elisa. Duras est vraisemblablement meilleure…ou plus Duras…sur la durée que dans un extrait. Elle crée en effet une « musique » lancinante à laquelle on est ou non sensible mais qui a le grand mérite d’être personnelle – sa « marque ».

  481. Elisa-R dit :

    Dans l’œil du cyclone
    Main dans la main
    Corps enlacés
    Dépouillés de leur jeunesse
    Autour d’eux
    Tout est gommé

    Le sable griffe
    Le vent détruit
    Lentement
    Une nuit étrangère
    Efface les bouches
    Les couleurs

    Main dans la main
    Alourdis des morts qui pèsent sur leurs épaules
    De leur odeur entrée dans la chair
    Bannis des lumières chaudes
    Affranchis des liens
    Qui les tenaient debout

    De leurs crimes amnésiques
    Mécréants qui s’ignorent
    Assassins sans doute
    Innocents peut-être
    Main dans la main
    Chassés par les chers d’autrefois

    Les regrets se meurent
    Et quelques souvenirs
    Dénoncés par la foule

    Main dans la main
    Mon Amour

  482. Elisa Romain dit :

    Vous ne seriez pas le premier
    A croire si fugace
    Le souvenir de la Mort

    Sa bouche ardente
    Son haleine parfumée de mauve
    La caresse de ses os
    Douce
    Comme la toute première peur

    Vous ne serez pas le dernier
    Qui pensera être seul
    Au moment où mes pensées
    Seront si proches
    Que vous en frémirez

    Sans savoir pourquoi

  483. 4Z2A84 dit :

    La mort occupe dans mon lit trop de place
    Je la repousse
    A moi la couverture et sa chaleur
    A elle les courants d’air l’humidité
    Quand je lui caresse le front
    Pour la consoler
    Ses cheveux me restent dans les mains
    Son crâne chauve est comme un œuf
    Que l’on craint d’écraser
    Ou de voir éclater petite bombe de poupée
    Je sens les os de ses pieds
    Contre l’enveloppe bien charnue des miens
    Des os froids dont même un chien affamé
    Se détournerait avec mépris
    (Les chiens dédaigneux sont-ils légion ?)
    Enfonce-toi dans le mur
    Me souffle la mort – et son haleine
    Tue.

  484. Elisa R dit :

    Elle se fait douce parfois, la joue mouillée de nos pleurs.
    Et dans l’ombre de quelque regret ou d’un quelconque impossible
    Elle offre à notre cécité le plus beau des visages
    Blottie contre le flanc de nos lassitudes, elle s’endort le jour, nous séduit quand se montre la nuit.
    Elle est si belle, elle est si douce et semble tant nous aimer que
    Parfois
    Certains d’entre nous succombent à ses charmes et
    Fermant les yeux pour affronter le vide
    La suivent laissant après eux un grand blanc, comme un trou que ferait une gomme déchirant une page.
    Et moi je la connais, assez pour me méfier de ses tours
    Elle
    Qui n’hésite jamais à ôter de nos bras
    Nos rêves les plus fous
    Et nos espoirs d’enfant.

  485. 4Z2A84 dit :

    La moitié d’un visage dans le melon coupé en deux
    on a reconnu qui se cache
    sous un loup
    les pauvres vendent leurs organes
    les moins pauvres avouent
    qu’ils se mordent les joues quand la faim les tenaille
    dans mon jardin des vieillards jouent
    à la poupée
    le cerceau les tuerait
    ils trichent trop aux cartes
    leurs dernières dents s’enfoncent
    dans la pulpe des fruits
    comme des pingouins dans la nuit

  486. 4Z2A84 dit :

    variation :
    comme des pingouins dans la neige

  487. Elisa Romain dit :

    Les pingouins sont aimables
    Un peu trop habillés, la démarche assez souple.
    Dans mon jardin qui est ami avec le tien cependant
    Te souviens-tu
    Les enfants jouent à être vieux
    Finissent par le devenir
    Occupés, appelés, sollicités, condamnés…
    C’est un jardin sans charme qui ne sait plus les saisons car on a coupé ses arbres pour que les feuilles ne dévoilent plus les frasques de l’automne, ni les fantaisies de l’été.
    La terre elle-même a été ensevelie sous un épais couvercle sombre qui la prive d’air et de pluie.
    Les enfants sont bien trop propres pour être encore des enfants.
    Et les trop vieux, infiniment trop sages et vivants pour marcher vers la mort, ont fui cet endroit depuis bien longtemps.
    Leur démarche était souple et, bien que trop habillés, ils étaient assez aimables.

  488. 4Z2A84 dit :

    De vieux enfants enveloppés dans des journaux
    Songent aux jours de liesse
    Alors pour la baignade
    Ils trouvaient sans quitter leur trottoir de ces flaques
    De sang que vous et moi contournons écœurés
    Ils s’y livraient à des jeux défendus
    Par le pouvoir mais le pouvoir contre le rire
    Des jeunes gens n’oppose aucun gendarme…
    Leur joie montant vers nos fenêtres comme un lierre
    Les auriez-vous rejoints ?
    La turpitude tord
    Nos âmes et le jus qu’elles rendent témoigne
    De nos faiblesses.
    Rien ne sert de se boucher
    Le nez devant le spectacle des autres
    Quand ils font tout pour que leurs plaies restent ouvertes
    Ainsi s’en nourrit le têtard.
    L’odeur de vase imprègne nos cheveux.
    Les vieux enfants à force de tirer
    Sur une corde à laquelle on se pend
    Pour échapper aux morsures des pierres
    Perdirent peu à peu le rose de leurs joues
    On les vit sans regret s’éteindre
    On ne leur porta pas secours – ils refusèrent
    De se laisser filmer quand leur peau se ternit
    Puis les quitta par plaques…
    C’était l’été nous buvions aux terrasses
    Des cafés du citron pressé dans de grands verres
    Où flottaient des glaçons dont la vie brève
    S’achève en se mêlant à l’eau.
    D’un lit à l’autre les malades
    Traînaient comme un poids leur squelette
    Mais c’était loin de nous dans une autre existence
    Peut-être à l’hôpital
    Peut-être sous ces ponts où les rats rêvent.

  489. Elisa R dit :

    Qui sommes-nous pour aimer ainsi ces rats
    Qui trottent toujours pressés vers nous ne savons quels rendez-vous ?
    Sous les ponts un autre monde
    Ces portes encore qui ne se montrent qu’à certains
    Que nous franchissons étonnés et curieux
    De l’autre côté tout change à volonté
    Un décor puis un autre délivrent leurs secrets
    Sans jamais rien expliquer
    Et par la même occasion nos songes
    Jusqu’alors serrés dans une cage d’os et de chair
    Jusqu’alors tenus au secret par l’obscurité
    Comme ces grands hommes debout sur leurs chevaux
    Qui quelques années durant indiquent aux vivants
    D’un simple mouvement de la tête
    Où creuser pour que jaillissent magnifiques
    Des sources provisoires de lumière et de paix
    Un de ces rats conte à qui veut l’entendre chaque nuit de Noël
    Son rêve le plus effrayant
    Celui qui revient depuis toujours dès que la fatigue l’emporte
    Dans lequel il n’est qu’un pauvre humain qui par la magie du sommeil
    Se prend chaque nuit pour un rat

  490. Elisa R dit :

    C’est l’après

    L’attente d’un moment passé
    L’attente d’un trop tard
    Ou d’un peut-être

    La langue d’une forêt sombre
    Attirante
    Celle des mots qui s’échappent
    Se délivrent d’un joug
    Courent vers un sauveur
    Qui les assassinera

    Peut-être

    Comme on trancherait la gorge
    D’une créature trop laide
    Ou un peu effrayante
    La gorge d’une invisible
    Hors de tout
    Différente

    Ce maintenant
    Qui à peine né commence à mourir
    Et se languit
    Déjà
    Du corps sublime de l’avenir

  491. 4Z2A84 dit :

    Un poème dense et qui fait frémir. Avec la langue de la mer voici celle de la forêt – on ne s’en échappe pas, elle colle au palais. Les mots seraient-ils un leurre ? Mieux vaut trancher la gorge de celui qui ment. L’avenir n’est sublime qu’en rêve…

  492. 4Z2A84 dit :

    Des vers particulièrement énigmatiques – et beaux :
    « …….. Comme ces grands hommes debout sur leurs chevaux
    Qui quelques années durant indiquent aux vivants
    D’un simple mouvement de la tête
    Où creuser pour que jaillissent magnifiques
    Des sources provisoires de lumière et de paix… »
    L’absence de ponctuation pose ici des problèmes quasi insolubles. Mettez un point après « obscurité ». Alors les hommes ne sont plus des songes mais des rats.
    Souvenez-vous du fameux vers d’Eluard :
     » La terre est bleue comme une orange »
    que vous pouvez également lire ainsi :
    « La terre est bleue, comme une orange » (sous entendu « et ronde » -comme une orange).

  493. Elisa-R dit :

    Je n’ai eu internet hier qu’en fin de journée et c’est mon lot quotidien depuis plusieurs jours (ou plus). Je te lis avec joie : merci !

  494. Elisa R dit :

    Lourdes des rêves de cette nuit
    mes paupières ne s’ouvrent
    que pour sauver les apparences.

    Rien n’est plus comme avant.
    Les éclairs ont brisé les carcans.
    Les mensonges ont sauté
    comme des verrous éclatés à la hache.

    La lumière crue des vérités
    rend presque aveugles
    ceux qui, tête droite, acceptent de regarder.

    Lourdes des rêves de cette nuit
    mes paupières se cabrent
    finissent par céder
    me laissent transie
    perdue
    dans un monde sans fard
    océan de ténèbres.

  495. 4Z2A84 dit :

    Je n’ouvre plus les paupières qu’en songe
    Ainsi ma vérité se transforme en mensonge
    Le lit devient la barque où nous berce Morphée
    Le lac le seul miroir dans lequel une fée
    Ne plonge pas quand sa sœur l’y invite
    Avec des au secours je me noie l’eau m’absorbe
    On reste sur la rive
    Mais le sommeil est le plus fort
    Mais la mort vue de dos et de loin nous séduit
    Comme l’apparition d’un cerisier la nuit
    Quand ses gouttes de sang se mêlent à la pluie
    Car même en rêve il pleut
    Même en rêve il fait froid surtout sans couverture
    On vit une aventure
    Avec le feu
    Craignez-vous la brûlure
    D’un amoureux
    Le démon n’a pas qu’une face
    On le retourne il change de menace
    Et vous de livre
    Après le dénouement dans un dernier chapitre
    Où les yeux ne sont plus des yeux mais des étoiles
    Filantes faire un vœu traverse le cerveau
    Quant au cœur plus prudent que l’autre il met les voiles
    Contre un organe sain la flèche ne prévaut
    Plus ni contre le ciel le poing de ses rivaux…
    On ouvre la fenêtre
    On ouvre les paupières
    Tous les rêves s’enfuient en emportant la clé
    Les draps défaits forment des vagues
    On leur jette une galère et ses rameurs
    Comme à des loups affamés
    Mais les vagues édentées ne mordent que les falaises
    La craie tendre la neige le duvet des plages
    Les pieds des statues elles les baisent
    On décoiffe la maison avec un ouvre-boîte
    Le plafond nous cachait la lune elle est au top.

  496. Elisa Romain dit :

    Le duvet du plafond tombait goutte à goutte comme s’il flottait à l’envers de l’ordinaire
    Nos yeux voyaient ce que l’invisible dévoilait en prévision de l’avenir
    Hier se mourait dans les poussières des dessous de lit
    Et nos rires bravaient la férocité du temps sans conscience de sa force
    A la jeunesse de nos lèvres répondait la souplesse de nos esprits
    Jamais nous ne fermions les yeux devinant à demi que cela suffirait à l’ennemi pour tromper le cours paisible des jours
    Nous dépensions sans compter la moindre parcelle d’énergie
    Les tempêtes renforçaient notre insouciance
    Seuls les morts qui flottaient ça et là-de plus en plus nombreux-à la surface du plafond nous firent baisser notre garde et sombrer dans le cours glacial du temps qui passe
    Aucune berge
    Aucune main secourable
    La douceur de nos corps nous sauva de la noyade
    A bout de souffle. Allongés sur l’herbe humide nous devînmes des spectres effarés
    Effarés et muets.
    Puis l’un de nous se mit à rire sans que nous sachions si c’était l’autre ou bien l’une.
    A l’envers du plafond flottait l’ordinaire…

  497. 4Z2A84 dit :

    Avec toi on sait rarement où l’on est, ce que l’on y fait et pourquoi. Même les gens ou les choses que nous croisons semblent souvent étrangers. On cherche à se rassurer : ce n’est qu’un rêve, voire un cauchemar. Un film éprouvant (j’ai songé à « La Honte » du suédois Bergman) à cause de ses morts qui flottaient – mais ils se déplacent au plafond et non sur l’eau…On voyage dans un inconscient… très conscient de ses pouvoirs. Car tu sais très bien nous entraîner derrière ses portes que l’on ne franchit pas sans craindre de devoir « laisser toute espérance » sur le seuil. Oui, on visite un des cercles de l’Enfer. Cet enfer se trouve d’ailleurs peut-être tout près : à la cave, au grenier ou derrière une haie quand la nuit tombe…

  498. Elisa R dit :

    Tout vient de la lecture de ton poème. Tu ouvres chez moi des portes dont j’ignorais l’existence.
    Approchons-nous de l’enfer ou du paradis ? (Cela dépend de l’endroit où nous sommes à présent.)
    J’avoue que les deux sont possibles.
    L’enfer est peut-être comme une plage éloignée (et qu’il vaut mieux éviter de fréquenter). Plus on s’en approche, plus la vie est dure. Plus on s’en éloigne, plus on profite du redoux, des chants d’oiseaux et de l’art des villes.

  499. 4Z2A84 dit :

    La poésie dite « moderne » s’adresserait davantage à la subjectivité de chacun qu’à sa raison. L’apparition de l’irrationnel dans l’écriture en rend la lecture et l’interprétation très personnelle. Tout le monde ou presque s’entend autour de l’explication d’un poème de Ronsard, mais quand il s’agit d’une composition de Valéry ou de Supervielle les esprits travaillent rarement à l’unisson.
    Si j’avais aujourd’hui, après une nouvelle lecture de ton poème, à le commenter, peut-être emploierais-je des formules très différentes…

  500. Elisa Romain dit :

    ..pas négatives j’espère ?
    Je fais souvent cette expérience de découvrir un nouveau poème en seconde lecture. Peu importe, ce que nous avons vu existe.

  501. Elisa-R dit :

    Voyage
    Aucun billet de retour
    Prolongation de séjour
    L’enfer pour deux sous
    Rêve
    On dort sur deux oreilles
    On reste vigilant, un oeil ouvert, l’autre
    L’autre est dans une poche
    Le troisième ressemble à un oeuf
    Sa coquille le protège
    Ou l’empêche
    Vie
    Comme un train
    Quai de gare, courants d’air, faux départs, embrassades, retrouvailles
    Départs

  502. Elisa-R dit :

    Démantibulée
    Les mots en vrac, épars
    Rouleaucompressée
    Ensevelie sous des ruines esthétiques
    Étouffée sous l’étoffe de multiples baillons
    Ma poésie mourait
    Érodée de silences.

    Puis un soleil se leva
    Plus brillant que le soleil lui-même :
    Jacques Bonnaffé parlait !

    Autour de lui des enfants s’agitaient
    Riaient, chantaient, peignaient un nouveau ciel
    Un autre présent.

    Ces enfants
    Étaient des poèmes.

  503. Elisa-R dit :

    Sous ton front les heures sombres
    Les fragiles lueurs de ces nuits sans sommeil
    La terreur de l’enfance
    Prolongée

    Et puis
    Eux qui s’infiltrent sous ta peau
    Te griffent
    Te bâillonnent
    Tandis que leurs langues souples
    Couvrent les murs de ton mutisme
    De mots

    Tu te débats
    Vainement
    Pour demeurer l’éveillé
    Mais ils ferment tes paupières
    Les frôlent de leurs longues mains
    Blanches
    Mortes
    Mais ils caressent ton corps
    Jusqu’à ce qu’il cède
    A l’affreux mensonge
    Du repos

    Te voilà endormi
    Soumis
    A ces créatures sans pitié
    Que sont tes rêves !

  504. 4Z2A84 dit :

    « L’affreux mensonge du repos » annonce les rêves de la nuit.
    Dormir c’est aussi franchir une frontière au-delà de laquelle tout est permis : le pire, le meilleur…l’inqualifiable.

  505. Elisa-R dit :

    Je ne suis vraie qu’en eux
    Ailleurs menteuse
    Fuyante
    Sans but
    Errante
    Je ne suis vraie qu’en eux
    Que je n’aime plus

  506. Elisa-R dit :

    Les mots se vidaient de leur sens, juste là, sous l’ombre du corps.

  507. Elisa-R dit :

    Quelquefois la mort s’invite, plus ou moins près de l’endroit où nous nous tenons, toujours trop proche, trop audacieuse, parfois obscène…Je l’imagine en femelle aux griffes rouges, incapable de ressentir passion ou compassion. Elle exécute un rôle, élimine un à un chaque nom sur sa liste, comme on le ferait sur une liste de courses…Il me vient à l’esprit un mot entendu dans la bouche de Léo Ferré : « dégueulasse » ! Par respect pour celui qu’elle a réussi à séduire cette fois, je n’en dirai pas plus.
    Malheureusement, je sais qu’elle s’amuse avec ses proies, présentes ou à venir…

  508. 4Z2A84 dit :

    « La mort des pauvres.

    C’est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;
    C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir
    Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
    Et nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir ;

    A travers la tempête, et la neige, et le givre,
    C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
    C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre,
    Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir ;

    C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
    Le sommeil et le don des rêves extatiques,
    Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

    C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique,
    C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
    C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus ! »
    .
    Charles Baudelaire.

  509. Elisa-R dit :

    Le bruit des heures seul occupe l’espace, mesure la distance qui nous éloignera(mais pas encore)du petit corps perdu et de la porte demeurée close.
    Aux mots qui viennent, parés de leur dureté ordinaire, inconvenants, on intime l’ordre de rester à demeure.
    Plus tard, nous retrouverons cette légèreté un peu égoïste, mais nécessaire, de ceux que la nuit libère chaque matin.
    Nos pieds marqueront le sable de traces éphémères, nos regards en croiseront d’autres, évitant sans doute les trop lourds,les trop douloureux. N’est-ce pas depuis que nos regards se sont croisés que l’homme à la colonne d’acier a déplacé son désespoir dans l’angle mort de ce que nous sommes capables de voir…

  510. 4Z2A84 dit :

    On confondait les mots et les regards
    Les uns se perdaient dans l’espace
    Les plus lourds tombaient à nos pieds
    On ne les ramassait pas
    On ne cherchait pas à les prendre dans un filet
    Le vent et le temps s’accouplaient
    De la terrasse on voyait le soleil fondre
    Le jaune et le blanc de l’œuf éclairaient la poêle
    Le champignon pressé la voiture prenait de la hauteur
    Eviter les étoiles devenait vite un jeu d’enfant
    L’oie nous guidait survolant avec nous l’océan
    Où des dauphins sautaient parmi des vagues indulgentes
    Dans la bouche le bacon devenait du lard fumé
    Il était trop salé
    On le mâchait longtemps en regardant par la fenêtre
    L’île se rapprocher
    Sans bruit
    Comme si des chenilles l’entraînant glissaient sous elle.

  511. Elisa-R dit :

    Je me souviens d’une île
    Cette île noire que berçaient les étoiles
    Au matin la cuisine s’émerveillait de tout
    Volets mi-clos elle taisait le moindre de nos secrets
    Quand nous devions sortir affronter le gris et le froid de nos cœurs
    Elle nous faisait sentir comme elle avait foi en nous
    Toujours silencieuse, souvent souriante
    Te souviens-tu des pointes qui jaillissaient derrière les bois
    Flèches enflammées surmontées d’animaux immobiles
    Te souviens du trouble qui nous saisissait
    Lorsque nous prenions conscience du bois qui poussait sur nos torses ?
    Oui, je me souviens d’une île
    Posée sur la cime des nuits
    Distante et brillante
    Elle était comme un phare isolé
    Dans l’océan de bruit qui comblait nos silences.

  512. 4Z2A84 dit :

    On cherchait des îles dans sa manche ou dans son chapeau
    On n’en trouvait que sous son crâne
    Ou dans le goulot d’une bouteille
    Elles y remplaçaient le bouchon absent
    Et les jours de fête sautaient comme lui
    Tant de naissances nous maintenaient en vie
    Tant de cris de joie nous convainquaient de notre immortalité
    Cependant certains partaient
    Pour que vous disposiez de plus de place assuraient-ils
    Ils ramaient longtemps avant de rencontrer les autres îles
    Les vraies
    Celles où toutes les recettes de cuisine sont…poétiques ?
    On y sert l’homme bouilli ou doré
    Avec une sauce dont le secret ne s’ébruite pas.

  513. Elisa-R dit :

    Le rouge de la mer nous étonna d’abord
    Une mer peut-elle être rouge ?
    S’agissait-il du sang versé depuis toujours
    Ou d’un vertige étrange se saisissant de nous ?
    C’est ensuite que nos regards-encore eux- se détournèrent :
    Dans la bouteille gisaient nos pauvres crânes
    Dépourvus de chapeaux, de cheveux et même de peau
    Le rouge de la mort nous étonna d’abord
    La mort peut-elle être rouge ?
    Quand nos esprits nous revinrent
    Un verre épais nous séparait du vent et de l’air
    Nos corps baignaient dans un liquide sombre
    Au-dessus de nous quelqu’un avait enfoncé un morceau de liège
    Sur ce qui nous sembla être un goulot.

  514. 4Z2A84 dit :

    Je publie ci-dessous un texte d’Elisa. Si elle ne peut pas le publier elle-même c’est qu’un dysfonctionnement – probablement passager – l’en empêche. 4Z.
    *
    « Le rouge de la mer nous étonna d’abord
    Une mer peut-elle être rouge ?
    S’agissait-il du sang versé depuis toujours
    Ou d’un vertige étrange se saisissant de nous ?
    C’est ensuite que nos regards-encore eux- se détournèrent :
    Dans la bouteille gisaient nos pauvres crânes
    Dépourvus de chapeaux, de cheveux et même de peau
    Le rouge de la mort nous étonna d’abord
    La mort peut-elle être rouge ?
    Quand nos esprits nous revinrent
    Un verre épais nous séparait du vent et de l’air
    Nos corps baignaient dans un liquide sombre
    Au-dessus de nous quelqu’un avait enfoncé un morceau de liège
    Sur ce qui nous sembla être un goulot. »

  515. Éclaircie dit :

    Et le voici en double.
    Il était tombé dans « les indésirables », je l’en ai sorti espérant que ce dysfonctionnement ne se renouvellera pas.
    (Sans doute est-il nécessaire d’être toujours connecté au site lors des commentaires, ainsi, connus du « robot veilleur », il ne vous jouera plus jamais ce vilain tour)

    (Un plaisir de vous lire, tous les 2 )

  516. Elisa-R dit :

    J’étais connectée mais robot veilleur était sans doute en congé, son remplaçant ne connaît pas encore tout le monde …Merci à tous les deux d’avoir utilisé votre double de clé.

  517. 4Z2A84 dit :

    On cultivait des coquelicots sur la mer
    Et dans les champs frétillaient des poissons multicolores
    C’est le monde à l’envers déclara ma montre
    Je lui avais appris à parler sans desserrer les lèvres
    Bientôt elle ne compterait plus sur ses doigts
    Ni sur les miens pour indiquer aux passants leur pointure
    On voyait des rues emprunter des boulevards
    Des boulevards se perdre dans la nature
    Et des avenues se jeter du haut des clochers
    Mais le tocsin gardait le silence…
    Sans l’aide de menuisiers les enfants
    Changeaient leurs bancs d’école en luges
    Mon escalier riait de bon cœur
    Je jouais de l’accordéon avec ses marches
    J’entraînais hors de la cité toutes les clepsydres
    Dorénavant elles meubleraient les forêts
    Et les bûcherons en lisant l’heure tardive s’enfuiraient
    On les regarderait courir sur des lacs vitrifiés
    Les plus lourds offriraient du raisin aux libellules
    Personne ne les prendrait au sérieux malgré leur hache…
    Réunies les vagues intriguaient soucieuses
    On ne leur infligerait pas les supplices
    Que les arbres avaient subis sans protester…
    Les fruits nous les cueillions pendant qu’ils dormaient
    Ainsi on épargnait la sensibilité du verger
    Quant aux voleurs ils emportaient les algues
    Et parmi ces algues nos espérances
    Ai-je dit que la mer rouge sans une bougie criait au secours
    Car les ténèbres l’effrayaient
    Et le silence des nuits privées de piano pèse.

  518. Elisa-R dit :

    On oublie
    L’intériorité d’un monde
    Sa lumière
    L’acier de la table, le rouge de la mort
    On relègue où l’on peut
    Les beaux arbres
    Le jeu du sombre et du clair
    Le soleil

    Tout est mort
    Le rire a détruit dans l’instant ce tout
    Qui valait l’heur du monde

    Quand le sang qui jugule la mort
    Au passage du rire
    Dessine sur la gorge voisine des chemins de couleur
    On s’éveille oublié dans une ville vide
    Comme une chose étrange hébétée et stupide

    On oublie ce tout
    Ce tout
    Qui nous comprenait.

  519. 4Z2A84 dit :

    On oublie d’oublier, et, soudain, le rappel
    D’une journée d’été au bord d’une rivière
    Dont l’eau ne nous identifie qu’en remontant
    Le passé, apparaît dans sa feuille ou sa robe ;
    Une journée comme le ciel en pond
    Depuis trop longtemps pour compter,
    Ni ordinateurs ni cerveaux n’y parviendraient,
    On se contente des battements de son cœur
    Lorsque le souvenir l’emporte sur l’oubli ;
    Alors le sang fait quelques tours de piste
    Comme un cheval de bois que son galop emporte
    Loin du manège où sourient des enfants
    Parmi des cygnes et des éléphants ;
    J’ai choisi un poisson volant,
    Il me conte son évasion,
    A ses trousses la mer a lancé tant de vagues
    Qu’il doute du pouvoir de ses ailes mouillées
    D’où des gouttes salées s’échappent…

  520. Elisa-R dit :

    Le sang coule en secret dans une forêt cachée.
    Les corps montrent des courbes, les montagnes aussi.
    Dessous, un monde s’anime à chaque instant
    De vies trop petites
    Pour qu’un globe oculaire puisse en déceler la moindre part.
    Des vies inventives ne ressemblant à nulle autre.
    Sans bras ni absence de bras.
    Sans normes ni modes.
    Des vies sans corps. Invisibles.
    Invisibles pour ce gros oeil rond qui cherche
    Mais pas pour elles qui se savent.
    Taquines aux heures les plus chaudes
    Elles dessinent pour nous des cartes secrètes
    De leur monde aux merveilles
    Qu’elles étalent au grand jour sur la table du globe
    Sous la forme d’océans, de déserts et de monts
    Aussi bleues que le ciel coloré au pinceau
    Par leur souvenir précis des enfances rêvées.

  521. 4Z2A84 dit :

    Chaque vie qui nous aide à vivre est protéiforme. Est-ce nous qui choisissons l’aspect sous lequel elle se présente à nos yeux, ou subissons-nous ses changements de corps ou d’humeur ? Et peut-on extraire une seule vie (la nôtre ?) de toutes celles dont nous disposons en rêve, en réalité…ou dans un autre univers innommé ?

  522. 4Z2A84 dit :

    La vie épargne ceux qui rêvent
    Ils flottent sur d’étranges eaux
    On laisse sa main pendre une autre main la presse
    Une main étrangère
    Dont on compte les doigts il n’en manque pas dix
    Dix c’est la note à laquelle on aspire
    Mais personne n’obtient le droit de vivre
    Au-delà de son terme
    La ville s’endort sur ses os
    Même les lits où l’on s’éteint sont occupés
    Et ceux d’où l’on voudrait sortir se noient
    S’enfoncent dans la nuit étouffés par leurs draps
    Or le jour n’est pas loin
    Il tambourine à la fenêtre
    Et le bruit de sa bague
    Contre la vitre
    Nous réveille
    Le soleil n’oublie pas de fondre
    Ni de se jeter dans nos bras
    Quand le rideau levé la scène offre son cœur.

  523. Elisa-R dit :

    Les jours ont passé et les saisons, en deux semaines à peine, combien d’années écoulées?
    J’étais au chevet d’un arbre, l’oreille posée contre l’écorce. En vain, en vain peut-être.
    Aussi ai-je pensé qu’il ne rêvait pas, qu’il était de ceux qui guettent l’horizon et sauvent des ennemis, des orages et même des naufrages.
    Que savais-je ? Je n’étais qu’une enfant et lui un centenaire.

    Son souffle inaudible, la puissance de son calme, sa présence …

    Au demeurant, il s’avère que cet arbre rêvait. Un arbre romantique qui aimait, noble coeur, depuis son premier soleil. La même, la même depuis toujours.
    Elle, que deux gardes dissimulent dorénavant de leur corps de géant.

    L’écorce se déchire comme une âme se déchire.
    Je l’entends dans mes nuits parsemées de cauchemars.
    Je m’éveille, entourée de silence, presque sourde …

  524. Elisa-R dit :


    Reste à découper des mots dans un journal, à les coller.
    Ils seront en gris, en noir et en couleur.
    Ils nous laisseront les regarder comme ils m’auront laissé les isoler de leurs phrases d’origine. Ils seront les mots d’un autre, de plusieurs autres. De beaux mots.
    J’en ferai des mots orphelins, vides ou creux.
    Des mots qui ont perdu leur chemin et ne veulent plus qu’on les retrouve.
    Des mots qui disent trop ou disent mal.
    Des mots qu’on oublie.

  525. Éclaircie dit :

    Renouer avec les vidéos que tu nous offres. Asaf Avidan, ce matin, ses mélodies entre la mélancolie et la douceur, sa voix si personnelle, un univers très inspirant.

    L’intonation de la voix ne laisse jamais les mots indifférents. Certains n’attendent que d’épouser la gorge pour se révéler, de danser avec la main pour se dévoiler, de s’insinuer dans la rétine pour gagner leur sens.
    Eux seuls connaissent la musique intérieure qui les a fait naître et la couleur qui les guide.

    Puis le silence s’installe mais le vent toujours sait porter l’écho des notes les plus graves.

    Sur la pierre, quelques signes sont le reflet de tous les mots oubliés ; incrustés, indélébiles ; un passant attentif saura les lire.

  526. Elisa-R dit :

    Et cette page s’enrichit de votre présence. Cette page ou moi, cela revient au même.
    Il y a le soleil, les bienfaits de la nuit (surtout en ce moment !), la présence des êtres chers, la nature…J’allais dire « et vous » mais c’est inutile, vous figurez déjà dans la liste ci-dessus!

  527. Elisa-R dit :

    https://www.youtube.com/watch?v=1nwhslBm8G4

    Beaucoup de piano…Encore ! Promis, j’essaye d’aimer prochainement une chanson sans.

  528. Elisa-R dit :

    J’ai trouvé ! Spécialement pour toi Eclaircie :

    https://www.youtube.com/watch?v=s1kkF9KTxM0

  529. Éclaircie dit :

    Merci Élisa, adorable chanson !
    Quant à Yael Naim, sa merveilleuse voix est mise en valeur par le piano et inversement.
    Belle découverte pour moi.

  530. Elisa-R dit :

    J’ai menti au soleil.

    La nuit était claire
    Elle hurlait en silence
    Les buissons et les arbres, même les fleurs
    Disaient à la lune à quel point sa douceur
    Et la courbe de sa course
    Importaient pour le monde.

    Mais, et j’ai menti au soleil,
    La lune fatiguée
    S’est pendue cette nuit
    Aux confins du sommeil.

  531. 4Z2A84 dit :

    Soleil de minuit. « Soleil noir de la mélancolie ». Nous leur mentons par peur de les voir s’éteindre.
    D’inoubliables images.

  532. Elisa-R dit :

    Il faudra que je lise Gérard de Nerval…ou que je laisse le hasard des belles rencontres le présenter sur mon chemin. Merci 4Z.

  533. Elisa-R dit :

    Nos certitudes viennent du nœud des ans
    Des colliers de silences partagés
    Plus lourds, pesant le poids des morts
    Qui nous unissent.

    Au fond des tiens, petite sœur, je me noie
    Tant le vert de tes yeux désire des paysages
    Qu’il dessine en secret.

    Taisons-nous encore
    Que s’animent à jamais ces petits chevaux blancs
    Évadés des manèges sans avenir
    Du cercle quotidien de nos peurs.

    Demain, peut-être, patiemment apprivoisé
    Mangera les cailloux de pain blanc semés pour lui
    Nous laissera caresser sa belle crinière souple
    Et fouler à ses côtés le sol indocile de la liberté.

  534. 4Z2A84 dit :

    On ne distingue plus le visage du masque
    Quand le regard insiste
    Laissons les yeux libres de butiner
    Et de franchir la barrière des mots.

  535. Elisa-R dit :

    Des navires au bout des ongles, bleus comme la mort.
    Un cercle que l’enfant refuse de fermer pour respirer.
    La liberté vibrante, fuyante, glissante qui s’installe dehors, dans la niche d’un chien qui n’existe plus depuis si longtemps que son existence devient une croyance incertaine.
    Une échelle, au milieu du cercle puis la résonance d’une goutte qui se glisse dans l’eau.

  536. Elisa-R dit :

    Coques vides et noires
    Sous la sève pourrissent
    Et viennent sous la peau
    Quand le bois a cédé.

    La lumière s’efface
    Et le jour affaibli
    Titube jusqu’aux pierres
    Et s’effondre sans bruit.

    Les yeux restés ouverts
    Ne regardent plus rien
    Que la vie et la mort
    Enlacés sans pudeur.

    Tombe la pluie sans fin
    Sur les villes brisées
    Fantômes silencieux
    De nos rêves anciens.

  537. Elisa-R dit :

    « enlacées » !

  538. 4Z2A84 dit :

    Le calme après la tempête. Un paysage désolé. Des villes bombardées sur lesquelles une pluie qui semble éternelle s’abat. « Le jour affaibli titube ». « La lumière s’efface ».
    Des vers que nous aimons comme un ciel gris, muet, poignant…avide de tendresse.

  539. Elisa-R dit :

    Je pensais à toi ce matin, tandis que je guettais le passage des chouettes en compagnie d’une lune effacée. Avant le brouillard, cela se passait avant l’arrivée du brouillard annoncé par le chant de quelques coqs et le glissement silencieux du jour sur la voûte étoilée.
    La lumière, à peine devinée, déjà laissait place au demi-deuil d’un octobre fantastique…

  540. Elisa-R dit :

    Assise à l’envers, les jambes au dedans
    Je regarde la course lente du temps sur l’horloge des arbres.
    Plus loin, où fument encore les vieilles terres asséchées
    Une tombe.
    Comme un souffle, le vent, précède la pluie.
    Je ferme le jour( sans vous ?).
    Vu du vide le monde est beau, incroyablement.
    Pourtant
    Des fumées s’élèvent ici et là et des églises sonnent le glas
    Des églises et des gens, encore et encore.
    Saisons de la mort en bouquets élégants de froidure et de neige
    L’automne puis l’hiver finiront par semer, généreux, de la vie
    Pour après.
    La nuit vient et m’appelle
    Elle et moi, en enfants éternelles, sur les terres riches et noires
    Du passé.

  541. Éclaircie dit :

    « L’automne puis l’hiver finiront par semer, généreux, de la vie
    Pour après.
    La nuit vient et m’appelle
    Elle et moi, en enfants éternelles, sur les terres riches et noires
    Du passé. »

    Les terres les plus noires savent conserver la tiédeur en leur ventre. Un matin, même lointain, jambes dépliées à peine hésitantes, une silhouette suivra des yeux les papillons et s’élancera dans cette course au seul plaisir de courir.

  542. Elisa-R dit :

    9 Novembre 2015

    Cher …

    Tu te souviens de mon jardin, je t’en ai déjà parlé n’est-ce pas ? Je ne sais quelles nouvelles t’en donner. Il n’est plus le même. Autrefois j’oubliais sa présence tant je me sentais en sécurité avec lui. Je ne craignais aucune surprise car toutes étaient instructives et agréables. Moi qui ai toujours eu peur de la nuit, en sa présence, je l’affrontai sans crainte. J’avais la sensation d’être une forme invisible qui déambulait incognito au milieu d’un monde inconnu, et peut-être interdit…Je me demande s’il n’a pas fait de moi une ombre, une de ces ombres qui, à présent, chaque nuit le côtoient.
    Le moindre bruit me fait sursauter. Il a accepté la présence d’êtres singuliers qu’il héberge à présent sans réserve. Ce sont des créatures qui, bien que craignant le jour, apparaissent parfois lors de mes promenades diurnes. Elles passent, très vite, puis disparaissent. J’y ai réfléchi et me dis qu’elles me rappellent ainsi que je ne suis plus libre.
    Je me sens surveillée. J’ai demandé que l’on pose des rideaux et des volets devant chaque fenêtre de la maison car ces fenêtres sont acquises à sa cause. Tu ne me crois pas, j’en suis presque certaine…Je te promets qu’elles n’ont plus la douceur de jadis : elles ressemblent à des yeux qui m’observent. Pour l’autre. Lorsque je suis à l’intérieur, ce n’est plus moi qui regarde au dehors mais bien moi qui constitue l’autre côté. Lorsque je suis dehors et que je lève les yeux sur la maison, j’ai la sensation atroce que derrière chaque fenêtre quelqu’un, ou quelque chose, m’observe…
    Je ne sais pas comment cela a pu se produire. Je n’ai pas prêté attention aux premiers signes.
    J’ai imaginé partir mais…je n’en ai pas la force. Pire, je ne le désire pas.
    Il m’arrive de sentir une odeur de terre très forte…Je suis le déclin des jours qui avancent, soumis, vers cette presque absence d’eux-mêmes…
    Les saisons, déjà, sont en moi. Je les aime.
    Ce qui me blesse, c’est que les oiseaux, même les chouettes, m’évitent, se tiennent loin de moi. Les arbres, à mon approche, se taisent et se figent…Cela ne durera pas j’espère… Hier, un minuscule volatile s’est évertué à me dire quelque chose mais je n’ai pas compris. Moi qui louais les qualités des engoulevents et me désespérais de ne pas en voir chez moi, je crois à présent qu’ils sont installés ici…Je me demande s ‘ils sont identiques à ceux qui vivent ailleurs. N’existe-t-il pas une espèce, surnaturelle, qui peut surgir de notre imagination ?
    J’aimerais tant que tu viennes et me donnes ton avis. Si tu en as le temps, fais-le moi savoir avant, je te préparerai les petits biscuits que tu as tant aimés l’année dernière.

    Je t’embrasse.

  543. 4Z2A84 dit :

    Voilà un étrange jardin et une non moins étrange maison dont il faut se méfier. Je ne viendrai pas déguster les petits biscuits ni le thé dans lequel des êtres singuliers – ou vous-même – seriez susceptibles de verser un poison ou une drogue. Car je ne tiens pas à partager votre schizophrénie. La mienne me suffit. Savez-vous que dans mon appartement parisien ont élu domicile plusieurs familles de méduses, celles dont il est par ailleurs question dans le PPV de cette semaine ?
    *
    Plus les monstres sont invisibles, plus ils font peur.
    On lit la gorge serrée ce beau texte où l’inquiétude grandit comme lorsque la nuit tombe lentement sur un paisible cimetière.

  544. Elisa-R dit :

    On dit que les méduses savent être charmantes pourvu qu’on leur fournisse quelques bains d’eau salée.
    Merci à toi de partager ainsi ta schizophrénie (comme ce mot est compliqué !)et merci à toi Eclaircie pour ta douceur.
    Je pense à vous.

  545. Éclaircie dit :

    Donnez-nous de vos nouvelles !
    Ne nous laissez pas vous imaginer, ensevelie entre les arbres, les oiseaux veillant sur l’ombre qui vous a remplacée.

    J’aime cette lettre, où l’angoisse est palpable, les éléments inquiétants mais la douceur de la narratrice toujours aussi présente.

  546. Elisa-R dit :

    Nous partagions nos silences
    Les sillons de soleil jusque dans ta maison
    Le crissement du gravier
    Le roulement des cailloux
    Sous nos pieds au cimetière.
    Tes silences merveilleux lui étaient destinés
    Se peuplaient d’images vivantes
    De cet homme qui t’aimait
    Avant d’être avalé par ce trou sans cœur
    Surmonté d’une dalle
    Et décoré de fleurs.
    Les miens se nourrissaient du vide
    Des questions de l’enfance
    De l’attente.
    Ta main enveloppait la mienne.
    Certains jours, quand le soleil illumine la poussière
    Je la sens encore
    Qui me tient.

  547. 4Z2A84 dit :

    « Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir » écrit Rimbaud dans « Enfance ».
    Au cimetière il y a le silence, son poids serre le cœur et nous ferait mourir si nous l’écoutions attentivement. Les souvenirs distraient les meilleurs élèves. Il sont comme les mouches que le plus mal noté suit des yeux en espérant les voir former un essaim destructeur. L’oubli est aussi une tentation à laquelle les linottes ne résistent pas. Sur la poitrine de cet oiseau, le rouge indique néanmoins la place du cœur.

  548. Elisa-R dit :

    Le soleil est une boule immense. Ronde et orange.
    Le désert lui offre l’étendue de son silence.
    Je ne me retourne pas vers la ville qui, jadis, fleurit en ce néant.
    Tout semble si calme. Paisible. Pourtant
    Le dos me brûle comme un souvenir dévorant me frapperait sur l’épaule.
    *
    La nuit viendra. Déjà, elle souffle sur les dernières braises du jour.
    Ma voix s’est muée en oiseau, évadé de sa cage
    Elle vole quelque part et, sans doute, se déploie en un cri qui déchire.
    Les chaînes qui me retiennent sont de chairs et d’os
    Celles et ceux des miens

    Sous les décombres de nos vies
    De l’autre côté de mon ombre.
    *
    Lorsque j’avais encore foi en nous, je vous écrivais mes rêves
    Prémonitoires
    Des cauchemars
    De monstres d’acier qui roulaient sur nos têtes
    Pour les réduire en poussière.
    Alors, je croyais en chaque nouveau lever du soleil et en l’espoir.
    Alors, j’étais un enfant. C’était hier.
    *
    Désormais, je ne suis qu’un vieillard qui n’a plus faim, ni soif. De rien.
    Ce que j’ai perdu est si vaste qu’une vie ne suffirait à en parcourir la moitié.
    Ce que j’ai appris est si lourd que mon enfance s’est flétrie
    Et se consume à l’intérieur de moi.
    Mes yeux ne versent plus de larmes. Ils sont secs.
    Le dos me brûle. Un vent léger murmure de l’autre côté de moi
    Il caresse de son souffle les cadavres sans visage.
    *
    Derrière le soleil, l’horizon se dérobe
    Me laisse seul.
    La fraîcheur de la nuit sur mon corps engourdi
    Ressemble à l’haleine de la Mort .

  549. Éclaircie dit :

    Décor désolé où la lumière perce par fulgurances pour mieux dévoiler ce personnage. Spectre d’un enfant qui fut insouciant autrefois, le soleil fut terrible pour lui et si loin de ce qu’il en attendait.

  550. 4Z2A84 dit :

    du soleil s’échappent de minuscules points noirs
    ce ne sont pas des poux
    mais du poivre
    comment fait-il pour résister au feu
    comment fait-on pour ne pas échanger sa tête
    contre une autre
    quand on sait qu’elles pullulent
    celle de ma voisine possède des yeux exorbités
    s’ils tombaient on risquerait de les écraser
    mais ils ne tombent jamais
    pourquoi ?
    parce que la couture convient à son caractère
    oui me dis-je en regardant rouler vers la bouche d’égout les dés
    la vie est une affaire de fil et d’aiguille
    seules s’en sortent sans plaies ni bosses les rivières issues des glaciers

  551. Elisa-R dit :

    Trousse à couture et dé d’or pour l’oiselle
    Qui du haut des escaliers en colimaçon déroule la longue langue
    D’un ourlet doux cousu avec amour
    Et qu’un prince moderne saisira puis escaladera
    Pour rejoindre au sommet de la tour
    Dépourvue d’ascenseur
    La belle couturière percée de bijoux du nombril aux sourcils.
    La concierge invisible, c’est à dire son fantôme, à volonté
    Change sa tête volumineuse et ornée de deux clous noirs et froids
    En guise d’yeux
    Contre celles qui lui siéent
    Au moment où le prince -un couvreur désœuvré- franchit le dernier mètre
    Qui de la belle le sépare -un mètre de plastique à deux faces, l’une bleue l’autre verte-
    Notre spectre à tête variable se matérialise toute proche de lui
    Son corps malingre surmonté d’une tête flasque aux orbites creusées
    A l’intérieur desquelles flottent, comme sur l’île d’un menu
    Deux gros yeux au blanc presque jaune.

  552. 4Z2A84 dit :

    la prairie est verte comme le tapis
    sur lequel je joue mon va-tout
    mes joues sont pleines de groseilles
    que j’avale : oh couleuvres
    l’algue rouge étrangle le conteur
    il oublie de fermer le gaz
    de se creuser dans la tempe un petit trou
    et de se jeter du vingtième étage
    dans le vide où l’interception
    des corps en train de chuter est punie par la Loi
    mais la culture des méduses sous le crâne
    prospère – soulevez le couvercle
    pour vous assurer du bon fonctionnement
    de la poésie quand ses piles neuves la stimulent

  553. Elisa-R dit :

    Le conteur aux lèvres maquillées navigue sur les flots
    Attentif aux coquilles parfois si désespérées qu’elles se prennent pour des récifs
    La pleine mer ne les arrête pas ni l’herbe verte
    Les plus jeunes restent à terre et, l’œil humide, chantent le refrain des sirènes
    Puis viennent les baleines et les parapluies
    Ceux-là se prennent pour des gendarmes et sanctionnent la mine officielle
    Tout élevage de cerveau ou de méduse sous les crânes
    Reste à trouver un phare un bon lit et une assiette
    Pour affronter de pied ferme toute fermeture inattendue du couvercle sur les doigts.

  554. 4Z2A84 dit :

    Lève un doigt vers le ciel
    Qu’il tombe à tes pieds
    Avec tout son attirail
    De promesses non tenues
    Le dieu créé par le robot ne ressemble à personne
    Ses yeux lui mangent le visage
    Il ne dort pas sans un bifteck sur le front
    Du nougat il explore la grotte
    Comme on apprend le solfège à une écrevisse
    Il met la table dans sa poche
    Une poche trouée d’où le sable coule
    Et rejoint sous les draps de la rivière Ophélie
    Je parle une autre langue
    La mienne on l’a épinglée parmi des papillons
    Sur un tableau de liège
    Où les petites annonces prévoient l’orage
    Longtemps avant d’éclater l’orage se prépare
    On le cuisine selon une recette
    Dont le secret trop bien gardé déborde
    Vite un torchon pour absorber toute cette eau

  555. Elisa-R dit :

    Les papillons collés sur les cahiers pour de vrai
    Font mal aux doigts qui les caressent
    Comme au coeur de qui les colle
    Ou les épingle alors
    Certains enfants dérobent les craies sous le tableau
    Et dessinent une feuille d’arbre
    Puis un arbre
    Puis deux
    Puis des milliers
    Des milliers d’arbres qui éventrent les murs et les toits
    Et qui s’évadent
    Emportant avec eux
    Les papillons
    La colle
    Et les épingles
    Ensuite le ciel se peint les yeux
    La route passe une robe verte
    Et les enfants s’envolent
    Debout
    Sur le joli corps des papillons
    Aux ailes décorées.

  556. Elisa-R dit :

    J’ai le blues de la mort
    La Mort !
    Celle qui se déguise en belle fille et fait les yeux doux
    Aux pauvres, aux seuls
    Qui courent sans regarder
    Qui tombent en s’endormant.
    Dormeurs éveillés
    Marcheurs sans rêves
    Solitaires oubliés.

  557. Éclaircie dit :

    Un océan semble séparer les deux derniers de tes textes Élisa, postés à peu intervalle l’un de l’autre, il semble que l’écriture ne te laisse jamais le loisir de fêter seulement la couleur et la légèreté. Ou plus loin, plus drame, jamais l’enfant sous ta plume ne peut sortir victorieux des épreuves qu’il croise.

    ( je plonge sous mon bureau, pour rebrancher mes hauts parleurs et ensuite je pourrai profiter de la vidéo que tu nous offres)

  558. Éclaircie dit :

    Est-ce le clip qui t’a inspiré « le blues de la Mort  » ?

  559. Elisa-R dit :

    Non, non. Je t’en parle ailleurs. Disons que c’est juste le contrecoup d’une mauvaise nouvelle. Mais tout va bien.
    Elle est belle la voix de Dhafer Youssef n’est-ce pas ?

  560. 4Z2A84 dit :

    La route en robe verte, la mort déguisée en jolie fille…Dans sa garde-robe la poésie range aussi ses masques. Quand on l’efface des tableaux où souvent les enfants lui font vivre des aventures – autrefois à la craie, aujourd’hui avec des feutres – elle apparaît ailleurs, toujours disponible.
    PS Ma tendresse envers les accents circonflexes me pousse à faire remarquer qu’il y en a un sur le i dans « apparaît ». Sera-t-il le dernier ?

  561. Elisa-R dit :

    Non, non 4Z, cet accent doit rester…mais je ne le retrouve pas dans mes textes et il n’y a qu’Éclaircie qui puisse l’ajouter.

    La route en robe verte est une coquette qui possède des armoires dans le monde entier. Des armoires encore munies de leurs branches et, bientôt, de leurs feuilles. On y trouve, accrochées à la hâte, des étoffes de toutes les couleurs. Qui les voit doit se souvenir qu’entrer dans une forêt ne signifie pas forcément en sortir. C’est pourquoi ceux qui tentent de dérober ces étoffes ou de couper ne serait-ce qu’une brindille finissent en grincements, que l’on soigne avec du miel, dans le sombre d’une chambre décorée de papier à fleurs bleues ou dans la gorge d’un cornet à pistons.

  562. Elisa-R dit :

    Et la source se tait
    Le silence est comblé
    Comme le trou d’une tombe
    Ses lèvres bleues servent de vase
    Pour les fleurs du défunt cueillies sur les murs de sa chambre
    Mais personne ne se dévoue
    Pour entrer dans le linceul
    Alors la foule absente se presse et ouvre des parasols
    Qu’elle pose à même le sable
    La mer encore calme écoute le vent souffler
    Sur ses longues jupes
    Elle prépare une surprise à ses hôtes imprévus
    Lorsque le soleil rejoindra la lune
    Elle deviendra lac au milieu de la brume
    Puis tourbillon sur la céramique blanche d’un lavabo
    Les enfants émerveillés se cacheront avec elle
    Tandis que les arbres bras tendus yeux fermés
    Chercheront dans les plis harmonieux de leurs racines
    Les petits cailloux blancs du silence

  563. Éclaircie dit :

    Hihi, Élisa, notre cher 4Z n’évoque pas tes textes mais son propre commentaire !! ( j’ai cherché aussi, pour corriger…:-) )
    ***

    Je veux avec les enfants, partir chercher les petits cailloux blancs, cachée avec la lune. La mort peut bien attendre, les linceuls aussi.

  564. Elisa-R dit :

    Oh ! merci Eclaircie, fée du site.

  565. Elisa-R dit :

    Eclaircie, je mets ça ici pour toi. Tu peux écouter d’autres morceaux sur youtube. Marc Vidabreve, formidable !

    https://youtu.be/Pc7hQ3TnF1A

  566. 4Z2A84 dit :

    Tu crées une atmosphère éminemment poétique. Tu passes du drame à la sérénité avec tact. Tes mots sont justes : on dirait que tu pèses leur effet et leur vertu…sur une minuscule balance en or.

  567. Elisa-R dit :

    Le théâtre est abandonné.
    Son plafond gît au sol son ciel se nourrit d’air pur. Et de pluie. Les fauteuils abandonnés hébergent des familles de souris et d’insectes.
    De l’herbe a poussé où jadis, élégantes et fières, descendaient des marches. Partout, de la poussière.

    Élevés sans personne au sein de l’ennui et du vide quelques humains, que la lumière effraie que le noir fait souffrir, arpentent les trottoirs des villes comme ils escaladeraient un sommet.
    L’un élastique en chemise blanche, l’autre habillé comme on enveloppe une marchandise, même l’homme au dos de fer, tous se retrouvent au théâtre. Ce théâtre ouvert à tous les vents comme ont été ouvertes les portes de nos fous. Nos sages.

    Et chacun quand vient son tour joue sur scène sa mascarade, au milieu des débris et des applaudissements qui retentissent au loin. Pour qui prête l’oreille. Puis, tête basse, tous repartent vers leur trou.
    Élastiques
    Et chancelants.

    • 4Z2A84 dit :

      J’aime beaucoup ces images d’un théâtre abandonné…peut-être au cœur de la jungle ou, au contraire, dans une région froide et déserte. Sur scène quelques vieux fantômes, d’anciens acteurs oubliés par le public inconstant, « font leur numéro », cabotinant plus ou moins selon leur résistance physique, car si certains d’entre eux n’ont à se plaindre que d’une profusion de toiles d’araignée sur leur costume, d’autres plus marqués par les épreuves titubent et bégaient (le trou du souffleur est occupé par un énorme rat) ou tournent le dos à l’orchestre où quelques squelettes cliquettent dans des fauteuils moisis.. D’où viennent les applaudissements ? De loin. Des rêveurs pour qui des places sont réservés au paradis. Un paradis autrefois envahi par les amoureux et les ados.

  568. Elisa-R dit :

    Tandis que les terres se couvraient de sillons nouveaux

    Tandis que des nids fleurissaient dans les arbres

    Un mot se posa sur la peau de mes lèvres : « malemort » !

    L’esprit disposé à saisir les premiers frémissements du printemps

    Occupée à couver du regard les petits oiseaux du jardin

    J’avais baissé ma garde, laissant ouverte la porte de mon inconscient.

    « Malemort » venait du passé, comme un cheval fantôme condamné à errer

    Invisible et furieux, chargé d’accidents et de crimes

    Qu’il n’avait ni provoqués ni commis.

    Je laissai à son repas le charmant troglodyte.

    Plus loin, au sommet d’une butte encore nimbée d’un passé médiéval

    Un cimetière sommeillait, silencieux et terrible

    Sous la pluie blanche et sèche d’un soleil glacial.

  569. 4Z2A84 dit :

    Comme beaucoup de tes écrits, « Malemort » est un poème narratif. Mystérieux. Tu sais créer une atmosphère à la fois féerique et angoissante. Je te soupçonne aussi de lire de l' »héroic fantasy » ou de la « sword and sorcery », un genre où le meilleur côtoie le pire, mais qui à mes yeux est l’héritier des contes de fées ou des récits comparables à ceux des mille et une nuits, bref du Merveilleux. Souvent mes poèmes se réclament aussi de ces univers. Le cheval fantôme condamné à errer c’est celui de Mazeppa (Victor Hugo « Les Orientales »)… Laisse baissée ta garde ! Ouvre porte et fenêtres à l’inconscient ! Continue de nous émerveiller.

  570. Elisa-R dit :

    Toi aussi 4Z. Merci.

    D’abord la cage de fer
    Arrondie
    Parfaitement adaptée aux contours du crâne
    Elle serre et broie -ou le désire
    Au-dessus des cheveux tout semble calme
    Au-dessous la mer est déchaînée
    Furieuse
    Elle lance ses vagues à l’assaut de l’agresseur
    Les jette sur les parois osseuses
    Encore et encore
    Les repères disparaissent dans le bouillon blanc
    Des éclairs aveuglants déchirent la voûte
    Sans que l’on sache bien si elle est céleste
    Ou crânienne
    Puis tout s’apaise comme cela était venu…

    Ensuite je cherche la petite
    Il faudrait que je me souvienne de l’endroit où elle se tenait la dernière fois que je lui ai parlé
    Et qu’elle m’a répondu
    Je la cherche
    Comme on cherche ses clés ou son écharpe bleue
    Elle n’est plus ici
    Et j’ignore depuis combien de temps
    Je l’avais oubliée
    Je pense à elle maintenant
    Elle
    Quel âge a-t-elle
    Elle n’a pas vraiment d’âge, c’est la petite
    Au grands yeux
    Qui regardent
    En silence
    Petit fantôme charmant
    Qui se cache
    En moi

  571. 4Z2A84 dit :

    Un poème infiniment troublant. A mesure que l’on te lit, les points d’interrogation naissent dans notre esprit. Est-ce contre une falaise que s’acharne la vague ? Est-ce contre le front d’un géant ? Qui est cette petite cherchée depuis quand et pourquoi ? Le crâne est bien dans un cercle de fer. L’électrochoc , la lobotomie sont à craindre. Mais « le petit fantôme charmant qui se cache en » toi, nous rassure. On se réveille. J’ai beaucoup aimé…ce cauchemar.
    Bravo.
    Mama Bea Tekielski chante « Lobotomie ». On doit pouvoir l’écouter sur YouTube.

  572. Elisa-R dit :

    Je me commente
    Je me modère
    En attente
    De moi-même
    Reflet trouble d’une autre
    La folie en tas au bout du lit
    Je rêve
    Je ne sais plus quand
    Ni dans dans quel sens est le monde
    Vrai
    Faux
    Je rêve en marchant somnambule
    Et docile
    Je mens
    A mon reflet
    Qui me juge
    Me commente
    Me modère

  573. 4Z2A84 dit :

    La forme de ce texte ne m’emballe pas trop. On y trouve pourtant des idées très intéressantes comme dans les derniers vers ce reflet qui te juge, te modère, etc. Mais pourquoi les présenter de cette façon en allant à la ligne tous deux ou trois mots ? Serais-tu payée (et par qui ?) à la ligne comme, je crois, les feuilletonistes d’autrefois ? (Question de rythme…intérieur, peut-être ?)
    Mais les gens qui rêvent couchés – et debout ! – sont mes amis.

  574. Elisa-R dit :

    Le retour à la ligne correspond à mes temps de silence lorsque j’écris mais tu as raison. L’autre présentation possible serait celle-ci :

    Je me commente, je me modère.
    En attente de moi-même, reflet trouble d’une autre.

    La folie en tas au bout du lit, je rêve.
    Je ne sais plus quand, ni dans dans quel sens est le monde : vrai, faux…
    Je rêve en marchant, somnambule et docile.

    Je mens à mon reflet qui me juge, me commente. Me modère.

    Tout cela vient simplement de mon commentaire d’hier « en attente de modération ».

  575. 4Z2A84 dit :

    Oui je préfère cette présentation.
    Après la lecture d’un texte intéressant, je le commente sans attendre ni trop réfléchir. C’est bien entendu subjectif mais aussi…instinctif. Cette manière de procéder m’amène à commettre des erreurs d’appréciation. Il faudrait au moins lire plusieurs fois un texte de vingt ou trente lignes avant d’en parler, surtout lorsqu’il s’agit d’un texte auquel on peut prêter plusieurs sens. Sans aucun doute il m’est arrivé d’écrire comme toi un poème avec des vers très courts – je n’aurais alors su dire si d’une ligne à l’autre je marquais un instant de silence, du moins aurais-je attribué ce fait à une question de rythme, ce qui peut-être recoupe ton explication puisque le rythme alterne les temps forts et les temps plus faibles voire les silences.

  576. Elisa-R dit :

    J’avoue que les deux présentations me conviennent (j’ai l’avantage de m’entendre quand j’écris) mais je suis très sensible à tes remarques, toujours judicieuses. De plus, reprendre un texte pour le présenter autrement est un exercice qui m’amuse et me plaît. Merci pour ta présence, tes commentaires et tes poèmes.

  577. Éclaircie dit :

    J’écoute en écrivant ces mots. Un artiste que j’apprécie, merci Élisa.

    ( aparté : ta prochaine composition est la ….5 ème ….)

  578. Elisa-R dit :

    Je t’obéis pour la cinquième…

  579. Elisa-R dit :

    Jusqu’au vertige

    Je coupe et multiplie
    Jusqu’au vertige de l’insignifiant
    Je coupe et démultiplie
    Jusqu’au malaise du bord de tout
    Du bord du rien
    Je coupe
    Je montre
    Je cache
    Je vis
    Chaque jour un peu
    Je coupe
    Je meurs
    Jusqu’au vertige je coupe
    Je vis je rêve
    Je multiplie jusqu’à l’infime
    Jusqu’au zéro
    A l’infini je découpe en tranches
    L’épaisseur du tout du rien
    Je coupe à l’infini des tranches
    De l’invisible caché en moi
    Qui pense
    Jusqu’à l’écoeurement parfois
    Souvent jusqu’au bord au rien au tout
    Au vide
    Jusqu’au bord
    Jusqu’au vide

    Comme un ver coupé en deux qui se tord
    Peut-être souffre
    Peut-être pas
    Sans doute si
    Comme lui
    A côté tout près
    Invisible
    Inaudible
    Inutile
    Je coupe

    A accompagner de ceci en versions multiples, légèrement décalées et simultanées :

    https://youtu.be/2wkdgk0-Ag4

  580. Éclaircie dit :

    Musique tourmentée, brides qui peuvent sembler incohérentes. Ton texte donne le vertige.

  581. Elisa-R dit :

    Pupilles au large
    Brouillard et voiles blanches se confondent
    Les côtes ont disparu
    Des vagues lèchent les pieds des grands arbres
    Matelots de fortune.
    La voix rauque du marronnier en sursis croise celles
    Limpides et claires
    Du tilleul insouciant et du hêtre toujours pourpre.
    Des bras s’agitent sans que l’on sache
    S’il s’agit de gestes d’adieu ou de menaces au poing levé
    Quelque chose dans ce jour est paisible
    Un point minuscule
    En osmose avec la lumière comme avec l’obscurité.
    Un chien, seul au milieu d’un monde habité, aboie
    Sans la moindre caresse pour l’apaiser
    Sans que quiconque le comprenne
    Spectre de chair sans parole parmi les vivants bavards.
    La petite coque de noyer se laisse porter
    Par l’humeur de l’eau salée
    Tandis que sur le plancher humide
    Une fleur blanche surgit à la place des mots.

    • Éclaircie dit :

      Les marrons comme osselets s’enterreront
      Trouvant dans l’humus l’abri sûr
      Tandis que le lierre tenace s’attaquera aux bases du refus
      Le tilleul plus âgé raconte son parcours
      De taille en taille pour laisser entrer la lumière
      Coupe légère pour offrir aux hérissons chien chats
      Nourrisson lecteur et contemplatif assez de fraîcheur et d’ombre
      Assez de sève pour marquer la pierre
      Et ne pas perdre le nom d’Arbre au cœur de la ruelle
      Puis un jour nous emmènerons la maison le marronnier
      La terrasse et le figuier au gré des vagues et du vent
      Où la croissance porte plus haut plus loin la parole de l’enfant
      Avant qu’il ne se blesse aux épines du chemin