Le paquebot de 25 heures 13

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S’il te plait dessine-moi un mou thon

S’il te plait au-dessus des canaux

Flotte une drôle d’odeur

Les harengs ont fui la mer du Nord

Le réchauffement climatique

A asséché ma glycine

Ses fleurs ont parsemé le trottoir d’à côté

Les sauces chinoises ont un son guttural

Parfois du haut de mon balcon je vois ce petit bateau

Son orgue de barbarie récite une rengaine

Et je me surprends encore à faire la la la

Du haut de cette avancée

Ou le parapet doucement a filé

Quand on ne le surveillait pas

Une mouette étrangère a plongé

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La rue s’enfonce dans les bois oubliant ses maisons

Le vent évite les obstacles au lieu de les affronter

Et nous nous en allons

Chacun de notre côté

Une étoile du fond de ton encrier

Recharge les batteries de ton cerveau et de ta main qui se font concurrence

Quelqu’un trop près de toi pour être un autre va crier

Ainsi grâce à ton ombre subsisteront les apparences

Privés de hochets les volcans s’ennuient

Le long des voies ferrées les trains ne sifflent plus pour réveiller

Ceux qui voyagent la nuit

En serrant contre eux comme des méduses leurs oreillers

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De leurs naseaux de licornes

Puissants, les  chevaux fument l’air

Imprimant sur les berges tranquilles

Du chemin de halage

Les demi-lunes de leurs sabots

Courant de toits en toits

Le clocher sonne la marée

Les herbes se font algues

Et les pibales hésitent

Entre Carpates et Sargasses

Les péniches se rebiffent

Sous la couette des nuages

Les cygnes au lac bleuissent

Le pays sage s’enlise

L’estuaire laisse faire l’estran

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Dans la nuit des alambics

La Lune laisse perler

Du lait du sang et des larmes

Et la voix s’éteint soudain

Laissant seuls les yeux hagards

Sur la plaine fertile et belle

Des pages blanchies de chaux

Au matin plus rien ne souffle

L’alcool brûle les naseaux

Que le soleil incendie

Dans un revers de son feu

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Le géant sur la colline

Bercé par les voix fluettes

Des fleurs à clochettes

Sourit aux rêves qui le portent

Jusqu’aux fées vêtues de robes bleues

Il est cette colline

Douce et rêveuse

Sur laquelle nous dormons

Entre les robes tendres des bleuets

Et le chant gris des mésanges

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Les gilets de sauvetages sont portés par

Elisa-R

Héliomel

4Z2A84

Téquila

et moi-même, éclaircie

6 réponses sur “Le paquebot de 25 heures 13”

  1. 4Z2A84 dit :

    Sur un tel paquebot on traverse aussi bien le ciel que l’océan. Et la terre non plus n’est pas un obstacle quand on possède des chaudières aussi bien nourries. Cher(e)s ami(e)s, que l’immodestie soit un instant notre fort ! Si la poésie n’existait pas, nous l’aurions inventée.

  2. Elisa Romain dit :

    Je rêve ou je lis : c’est pareil ! Merci, chers comparses, vos voix se font une et ouvrent mes yeux et mes oreilles à ce qui n’existe pas et que je vois et entends pourtant.

  3. Heliomel dit :

    Le paquebot va devenir hydravion, comme ça il volera vers la colline où des robes tendres comme des bleuets parsèment le trottoir d’à côté de ceux qui voyagent la nuit.

  4. Éclaircie dit :

    Le poésie nous aime, nous le lui rendons et au fil des PPV, l’amour se magnifie.
    Quelque soit le mode de transport, le voyage est assuré, la destination incertaine, mais la confiance aveugle nous entraîne en des contrées qui toujours nous berce et nous renvoie en des pays plus magiques encore.

  5. Elisa Romain dit :

    Parfois du haut de mon balcon je vois ce petit bateau

    Et nous nous en allons

    Chacun de notre côté

    Courant de toits en toits

    (Et) la voix s’éteint soudain

    Laissant seuls les yeux hagards

    Et le chant gris des mésanges

    …J’ai toujours aimé les collages, l’ensemble est si riche qu’il serait possible d’en fabriquer un nombre impressionnant !
    J’aime beaucoup ce vendredi (j’ai déjà dit ça, non ?)

    • Éclaircie dit :

      Non, ou tu ne l’auras pas encore assez dit, ces mots, on ne s’en lasse, le bateau est parvenu au faîtage du tilleul et il glisse pour rejoindre une avenue, une piscine ou la baie de Somme.

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