Midnight Détress

Une ombre saigne sur la barbe d’ébène d’un piano.
Un fantôme de skaï aux yeux embués de poèmes caresse sa soif et se pend sur un décolleté
Déchirant…
Plus loin, naufragé du comptoir, un désir fou étincelle sur un homme linceul;
Dans un coin de table, un éclat de tristesse rétrécit à l’infini sous les pupilles violentes de gens heureux…
Les bougies tremblent et se confondent de solitude,
J’avance à pas de miel, comme un orage apprivoisé,
Je crève de lune
Une musique, comme un bas invisible grésille, étrangle l’air,
Glisse sur un sol de paillettes et de cendres mouillées.
Une panthère écarlate et cloutée ronge une croix de bois, de fer ou de courage, qui lui donne l’air d’exister.
De l’autre côté du mur, un buvard se répand en voluptés de rimmel.
Et au fond du couloir, coule une larme obscure, un train de vie déraille…
Dans ce brouillard de gueules d’amours fracassés,
Une chape de souffre vient se coller à mon corsage
Et déteint sur les tresses d’une amazone religieuse.

Et soudain, entre deux cris infirmes,
Claudiquant sur un vacarme de savonnette,
Je te reconnais
Je retiens ta couleur sur ma peau
Flamme blessée d’abondance
Jus de pinède sur l’horizon
Minuit siffle sur le quai
Et d’un bout de ton regard de fer
Je me jette enfin du Midnight Detress

10 réponses sur “Midnight Détress”

  1. Éclaircie dit :

    J’aime ce poème bien sûr
    le clin d’oeil au film Midnight express m’a un peu gênée car ce film a parasité ma lecture (il est si fort et la musique si belle);

    Voilà j’entrer dans ton univers:
    «  »
    Une chape de souffre

    «  »
    la matière ? oui ça ne prend qu’un f (moi j’ai toujours mis deux p à chape)
    Tu sais bigrement bien marier la sensualité et la violence des sentiments
    bref merci d’être là.
    le début du poème est un tout petit peu moins enlevé que la suite à partir de :
    « Je crève de lune »
    c’est sans doute un choix.

  2. Éclaircie dit :

    et comme dirait 4z
    grrrrrrrrrrrrrrrrrrrr
    j’entre
    et non pas j’entrer

  3. 4Z2A84 dit :

    J’ai dit ailleurs combien ce poème me plaît. « L’homme linceul », ton « avancée à pas de miel, tel un orage apprivoisé », le « trou dans la lune crevée », « minuit sifflant sur le quai », cette « amazone religieuse » tout droit sortie d’une toile de Clovis Trouille, et d’autres visions et expressions étonnantes. Tu ordonnes savamment ton désordre et tu as le don des images insolites. Maîtresse en hallucinations.

  4. Elisa Romain dit :

    Chaque ligne est un coup de pinceau, coloré !

  5. 4Z2A84 dit :

    Roberto Juarrez a-t-il trouvé son Ibarra (Borges comme s’il composait dans notre langue ! ) pour traduire ses poèmes ? Ceci pour ceux qui comme moi ne savent lire que le français…

  6. Orange dit :

    Merci Eclaircie, je m’excuse j’ai toujours du mal à commenter mes poèmes, et en décortiquer les morceaux, j’écris souvent d’un jet comme dans un sanglot, je n’ai pas de calcul ni de choix particulier, sauf pour les mots à qui je demandent de servir au plus pres les images qui surgissent
    A +
    Orange

  7. Orange dit :

    4Z je te remercie, ta lecture est profonde et me touche. J’ordonne et je désordonne, c’est tout à fait ça, mais je ne sais pas bien dans quel sens…
    Je suis gâtée par tes commentaires élogieux
    Orange

  8. Orange dit :

    Elisa,,,merci de ce commentaire comme un cadeau
    Orange

  9. Orange dit :

    4Z : la traductrice que je lui conais est Silvia Baron Supervielle ( fille de Jules) , poète et écrivain elle même, ayant traduit par ailleurs ( Borges, Teresa de Avila, etc)
    Je le lis Juarroz avec le même bonheur dans les 2 langues:
    A bientôt
    Orange

  10. Éclaircie dit :

    Je ne connais pas du tout et n’ai guère le temps (déjà 55 ans) que me conseillerais-tu de lire de ton auteur favori?

    et que penses-tu des traductions ?
    c’est étrange sur un site fantastique « poezibao », j’ai lu trois traductions différentes de Emily Elizabeth Dickinson et j’ai été surprise. gênée même.
    Je me demande toujours si c’est une bonne chose de traduire les poètes.
    Même si 4z me répond que sans ça, il aurait manqué de belles rencontres…
    la poésie de langue française est si vaste , on ne la connait pas entièrement (sauf 4z,hihihi) pour moi qui suis monolingue est-ce que je ne devrais pas me contenter de celle-ci plutôt que de m’éparpiller ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.