Robert Marteau.1925-2011

Robert Marteau est né le 8 février 1925 en Poitou. Il est mort à Paris le 15 mai 2011. Il a longtemps vécu au Canada, dont il a pris la nationalité. Il a reçu en 2005 le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française.

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Dans l’ombre puis dans la clarté, le rouge-gorge

Apparaît, avant-courrier de l’hiver, merveille

Qui surprend la vue à chaque apparition.

Abréviation du feu, il ne consume

Pas le bois dont il fait son bref abri. La forge

Qu’il allume, le fer qu’il forge, ont habité

La mémoire depuis si longtemps que la braise

Là-bas dans l’huis par où passe le froid nous reste

Une surprise immémoriale. Regarde

Comment il offre à l’air encore teint de roses

De l’automne son plastron : il annonce ainsi

La neige, lui qui en aime les fleurs, qui marque

De son passage la nappe cristallisée,

Puis se tient en haut avec la dernière pomme.

(jeudi  4 décembre 1997)

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Le houx est coupé. La symphorine a fleuri.

La valériane épanouit ses corymbes

Dans la haie où le ciel tombe en ajours, en voiles

Qui se déchirent dès que le soleil en armes

Miraculeusement inaugure un nouveau

Règne. C’est aussitôt que de leur bec armé

Les pics en tribus vous aident à déchiffrer

La mythologie au secret entre l’écorce

Et le liber. Clameur en forêt. À la porte

On crie : au parlement des oiseaux on n’est plus

D’accord. La chevêche est cachée au fond de l’arbre.

Sans elle on ne peut rien décider. La hulotte

S’est retirée avant l’aube. La buse tourne

Où la lune était. On a des soucis nouveaux.

(vendredi 28 août 1998)

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Robert Marteau, Rites et offrandes (Liturgies IV, 1996-1998), Champ Vallon, 2002, p. 147 et 229.

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Grenouilles vertes, vous chantez comme la Chine

Et le piano hongrois, tantôt sous la pluie,

Tantôt dans l’ombre du cerisier. Vos discours

S’accordent mieux que le miel aux temps qu’ils déchirent ;

Vos accrocs disent mieux le temps qui nous a faits

Ce que nous sommes. Chez vous les oiseaux qui volent

Viennent rafraîchir leur plumage et boire au ciel

Où vous nagez comme à l’envers et suspendues.

Interrompre l’éclat, instaurer le silence

Exercices qui vous sont coutumiers, dont tire

Profit la faune volatile habituée

À la musique. Muet, l’iris d’eau vient-il

À fleurir, que bruyamment vous en saluez

Le soufre jaune, vous assurant l’empli du temps.

(mardi 28 avril 2009)

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Robert Marteau, extrait de 7 Sonnets de printemps, revue Rehauts, n° 24, octobre 2009, p. 30

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3 réponses sur “Robert Marteau.1925-2011”

  1. Éclaircie dit :

    Source Poezibao (pour les 3 poèmes), où je viens d’apprendre le décès de Robert Marteau, le 15 mai 2011.
    http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/11/anthologie-permanente-robert-marteau.html
    Un poète que j’aime lire.

  2. 4Z2A84 dit :

    Magnifiques poèmes. En voici un autre :

    « Séville

    Le jour vient sur Séville et dans le blanc jardin
    Les cierges inclinés fument sous le feuillage.
    Une odeur de café refroidi prend au linge
    Quand le Christ fouetté rentre avec sa confrérie.
    Chant des coqs par-dessus les toits, et sur l’asphalte
    Les pieds des pénitents font un bruit de marée.
    Se hisse l’astre enfin d’humides lingeries,
    La dernière paroisse embouche ses clairons :
    Il n’y a plus dans l’air qu’une arche de tilleuls,
    Et le grésillement des oeufs dans l’huile chaude.  »

    Robert Marteau « Terres et Teintures » 1966

  3. Éclaircie dit :

    Une écriture à faire ressentir cette ville, Séville.

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