Un poème de Pierre Emmanuel

Un poème de PIERRE EMMANUEL

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Les plaines sous le joug comme des bêtes lasses

Tirent aiguillonnées par les vents vers la mer.

Asie, tes horizons d’ivoire ! Tes royaumes

Cousus, momies, dans les déserts parcheminés !

Tes échos hennissant ça et là dans les âges

– Poulains perdus pleurant les montagnes rasées !

Où est Palmyre, d’or et de jais sous les palmes ?

Où sont les cèdres bleus des Libans consumés ?

Sous l’éperon des soleils fous, j’ai vu des villes

Ruer des quatre fers sous un ciel de silex,

Faisant grêler des nuées d’astres, sauterelles

Broyeuses de feuillage et de marbre : une nuit

Passait. L’aube en ruine avait mille ans. La terre,

Noire, portait le deuil de vingt peuples poudreux.

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Pierre Emmanuel « Babel » (1951).

5 réponses sur “Un poème de Pierre Emmanuel”

  1. 4Z2A84 dit :

    Biographie de Pierre Emmanuel (1916-1984).

    Élevé à Lyon par son oncle, Pierre Emmanuel commence une carrière d’enseignant, après des études de lettres à l’université de Lyon. Il découvre la poésie par la lecture de Valéry, et rencontre, en 1937, Pierre-Jean Jouve, qui le guidera dans ses débuts. Son premier recueil, ‘Élégies’, paraît en 1940, mais c’est avec ‘Tombeau d’Orphée’ (1941) qu’il acquit une véritable reconnaissance. Pendant l’Occupation, il se réfugié dans la Drôme, où il poursuit ses activités d’enseignant tout en participant à la Résistance. Cette expérience lui inspirera ses poèmes les plus remarquables : ‘Jours de colère’, ‘Combats avec tes défenseurs’ ou ‘La liberté guide nos pas’. L’oeuvre poétique de Pierre Emmanuel reste l’une des plus importantes du XXème siècle. ‘Le Poète fou’, ‘Mémento des vivants’ ou ‘Poésie raison ardente’, ont marqué les esprits. En parallèle, Pierre Emmanuel est également journaliste, notamment pour ‘Témoignage Chrétien’ ou ‘Esprit’. Chef des services anglais puis américains de la R.T.F. de 1945 à 1959, il donne plusieurs conférences aux États-Unis. Très engagé dans la vie culturelle de son époque, il a notamment été président de l’Association internationale pour la liberté de la culture, président du Pen club français de 1973 à 1976, président de la commission des Affaires culturelles pour le VIème plan ou encore président de l’INA. Esprit vif, marqué par la Seconde Guerre, son oeuvre est à l’image du personnage : indépendante.

    Via Internet

  2. Éclaircie dit :

    Merci pour ce partage, 4Z.
    Le poème que tu nous proposes est empreint de la tristesse face à toutes les guerres.
    Un belle et riche écriture.

  3. 4Z2A84 dit :

    « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Paul Valéry, 1919.

  4. Éclaircie dit :

    Je ne l’avais pas lu aussi largement et le relis avec attention sous le jour de ce nouveau commentaire.
    Merci !

  5. OulRa dit :

    Le passé, la structure, la mémoire, le poids aussi, de ce qui nous fait…
    Je ne connaissais pas cette plume au lyrisme (comme pur-sang) fermement tenu.

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