l’estocade

L’ESTOCADE

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Lorsque mon corps blessé s’enhardit dans le soir

Pour oser quelque part une longue ballade

Je risque sans délai de me trouver en rade

Ne gardant pour demain qu’un bien minime espoir.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Pour contrer son vouloir, bloquer son escalade

J’efface mon regard du reflet du miroir

Pour ne pas divaguer, ne pas apercevoir

La ride de ce temps et son estafilade.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Vieux monstre de salon, caché dans le couloir

Tu n’es plus pour l’instant dans cette mascarade

Le copain de mes nuits, mon trop vieux camarade

Qui savait m’envouter des contes du boudoir.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Un médecin, un jour, trouvera la parade

Pour te ranger enfin dans le fond d’un tiroir

Pour repousser plus loin les tampons du butoir

Qui met un point final à ma route malade.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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jc blondel

8 replies on “l’estocade”

  1. Éclaircie dit :

    Un rythme comme ce temps inexorablement court avant « l’estocade », avec pourtant l’espoir de briser cette fatalité.

  2. Elisa Romain dit :

    Belle alternance de voix pour un même narrateur. L’un conte et l’autre pense, ou sait, ou murmure dans l’espoir que les oreilles humaines entendront…C’est un très beau poème !

  3. 4Z2A84 dit :

    Même lorsque tu évoques la Mort, on trouve du plaisir à te lire.

  4. jc-blondel dit :

    merci d’etre passe et c’est aussi un sujet qui nous attends tous un jour au coin du bois

  5. Yokshares dit :

    J’ai reçu un choc en misant votre poème : j’en ai écrit un dont la ressemblance est troublante (je ne comptais pas le publier tout de suite, mais là…

    Je le poste dans la foulée..

    Toujours ce thème de la mort…et pourquoi diable la mort est-elle féminine?
    la femme qui donne la vie, et la reprend dans sa version ‘noire?’

    Yokshares

  6. 4Z2A84 dit :

    La vie…la mort : des « féminins » en effet – dans notre langue. J’ai toujours pensé que Dieu devrait aussi être un « féminin ».

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