Un poème de René Guy Cadou

 René-Guy CADOU (1920-1951), Hélène ou le règne végétal, 1945.

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.


5 réponses sur “Un poème de René Guy Cadou”

  1. 4Z2A84 dit :

    Une merveille. La poésie est ici à son summum.

  2. Heliomel dit :

    J’adore(entre autres) les pattes d’oiseaux sur les vitres gelées, tellement écvocateur…

  3. Éclaircie dit :

    Un très beau poème d’amour (à sa femme Hélène)
    Merci pour ce partage, 4z

  4. OulRa dit :

    Merveille d’élégance… « Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe …/… Tu ne remuais encore que par quelques paupières » Un poème irrigué par la beauté du grand Amour.

  5. Éclaircie dit :

    Je fais connaissance avec René Guy Cadou, dans mes rencontres, j’ai beaucoup aimé celui-ci :

    Destin du poète

    Le soir qui bouge son oreille
    Comme un vieil âne abandonné
    Le dernier corset d’une abeille
    Oublié sur la cheminée
    La cloche triste de l’asile
    Et le pas qui répond au pas
    Dans la mesure où ce qui veille
    Encourage ce qui n’est pas
    L’oiseau qui tombe sur la pierre
    Le sang qui tombe sur le cœur
    La bonne pluie des réverbères
    Qui donne à boire au malfaiteur
    Le trou d’aiguille par où passe
    Le fil ténu de la clarté
    La bobine du temps qui roule
    Sous les lauriers sous les sommiers
    Mais se savoir parmi les hommes
    En un présent aventureux
    Une petite lampe à huile
    Qui peut encor mettre le feu.

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