Les hurlements de la bête. suite. MJM

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Je croyais encore être dans un rêve. Un cauchemar, plutôt.
Mais non. La pierre froide sous mon dos me donnait à penser que tout cela était bien réel. Je fermai les yeux et repassai les derniers événements qui m’étaient arrivés en mémoire. Aucun de ces derniers ne pouvaient avoir une telle suite logique. Je tentai de me calmer, en pensant à des choses agréables, mais rien n’y fit.
Je rouvris les yeux et regardai l’homme qui m’avait adressé la parole. L’homme! D’homme, il n’avait que l’apparence. Je sentais autre chose, une présence, une volonté, à la limite de l’humain.
Il s’adressa à nouveau à moi:
-Je vois de l’inquiétude dans tes yeux, je peux même la lire dans ton âme. Sache qu’ici, tu n’es pas en danger. Mais il y a tellement de choses que tu dois savoir.., puis, se tournant vers l’autre homme à ses côtés, Chef, il y a des mots que même toi ne peux entendre, laisse-nous seuls. Nous attendons ce moment depuis si longtemps que nous ne pouvons pas nous permettre de manquer encore une fois ce rendez-vous avec le destin. Ne crains point pour ton fils, il ne court aucun danger. Laisse-nous, maintenant.
Ton fils?
De qui parlait-il donc? J’étais seul, à part cette assemblée sinistre et l’homme que mon interlocuteur avait appelé ‘chef’.
Chef de quoi, d’abord?
Tout s’embrouillait.
Je ne savais pas où j’étais ni qui étaient ces gens, ni ce que je faisais là. Ma tête était sur le point d’exploser.
L’homme appelé chef, me regarda, son visage se crispa, je sentais sa réticence aux injonctions qu’il venait d’entendre, suppliant par son regard celui qui lui avait parlé.
Mais l’autre était inflexible.
– Tu sais qu’il doit en être ainsi, lui dit-il. Nous devons agir avant que l’ouverture ne se referme.
Semblant vaincu par cette affirmation, le ‘chef’ se tourna de nouveau vers moi:
– Ne crains rien, fils, le Sorcier sait ce qu’il fait. Laisse-toi guider par ses paroles. Je reviendrai te voir dès que possible.
A ces mots, j’entendis une voix dans ma tête, comme un murmure, un chuchotement, dont j’ignorais l’origine.
Il tourna les talons et sortit de mon champ de vue. Je suppose qu’il sortit aussi de la grotte.

Le silence était pesant.
J’étais un peu plus calme, à présent, et pris le temps d’observer ce qui m’entourait.
La grotte était vraiment immense, et sa conformation me rappelait vaguement quelque-chose.
Je remarquai alors la présence de nombreuses personnes aux traits scarifiés comme celui que le ‘chef’ avait nommé ‘sorcier’.
Bien que l’inquiétude pouvait se lire sur leur visage, je ne pus y déceler aucune haine, ni colère.
L’assemblée était réunie autour de moi. Il y avait autant d’hommes que de femmes, habillés tous de la même manière.
Le plafond était sombre et parsemé de petites lueurs très vives.
Je tournai alors la tête pour essayer de me voir, moi.
J’avais les pieds chaussés de grossières sandales. Mes jambes étaient nues, et il semblait que le haut de mon corps fut vêtu d’une sorte de vêtement en peau de bête.
La perplexité revint à la charge dans mon esprit. De même que la petite voix qui n’avait cessé jusque-là de chuchoter.

Le sorcier choisit alors cet instant pour m’adresser la parole.
– Tu as eu le loisir de nous observer, et d’observer tout ce qui t’entoure. Il est juste, à présent, que tu comprennes pourquoi
tu es là. Je demande à l’assemblée ce qu’il convient de faire.

Une des personnes, la plus âgée de toutes, semblait-il, se leva.
– Nous avons beaucoup parlé entre nous, les signes sont trop forts. Le doute n’est plus permis. Au nom de l’assemblée, en tant que doyenne, je demande la fusion des esprits.
– Qu’il en soit ainsi, répondit le sorcier.
Puis se tournant vers moi:
– Ne crains point, tu vas enfin devenir toi, ce que tu aurais toujours dû être.
Je n’y comprenais rien, rien de rien. L’angoisse me saisit de nouveau et je pus articuler enfin quelques mots:
– Qui êtes-vous? Qu’allez-vous me faire? C’est un cauchemar! Je veux me réveiller!
– Devant les humains, nous usons de potions. Mais maintenant, je n’en ai plus besoin. A ce moment, ta vie n’est pas en danger.
Rassure-toi.

Sans que je m’y attende, il posa ses deux mains sur mon front et je perdis la vue. Dans le même temps, les chuchotements se firent de plus en plus forts. Une explosion se produisit dans ma tête. Et je sombrai dans le noir.
Lorsque je me réveillai, j’étais dans la chambre d’hôtel, allongé là même où j’avais chu.
Mais ma mémoire n’était plus la même.

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MJM, avec son aimable autorisation

2 replies on “Les hurlements de la bête. suite. MJM”

  1. Éclaircie dit :

    Une initiation à travers le Temps, ah, tu sais nous tenir en haleine.
    Qualité de la narration comme de l’écriture.
    A bientôt pour la suite.

  2. 4Z2A84 dit :

    Ici peu d’actions, mais le suspense croît.
    Par ailleurs, j’écrirais plutôt : « …aucun de ces derniers ne pouvait… » et « …il semblait que le haut de mon corps fût vêtu… ».

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