Grande banquise de Henri Michaux

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Sur le chemin de la Mort,
Ma mère rencontra une grande banquise ;
Elle voulut parler,
Il était déjà tard,
Une grande banquise d’ouate.

Elle nous regarda, mon frère et moi,
et puis elle pleura.

Nous lui dîmes – mensonge vraiment absurde –
que nous comprenions bien.
Elle eut alors ce si gracieux sourire de toute jeune fille,
Qui était vraiment elle,
Un si joli sourire, presque espiègle;
Ensuite, elle fut prise dans l’Opaque.

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5 replies on “Grande banquise de Henri Michaux”

  1. Orgue-rouge dit :

    Je trouve l’univers de Michaux fascinant.
    C’est lui qui écrivait: « Un contemplatif qui se jette à l’eau n’essayera pas de nager,
    il esseyera d’abord de comprendre l’eau, et il se noiera ».
    Si je l’ai lu, je ne me souviens plus de ce poème.
    Limpide et beau.
    Merci.

  2. Éclaircie dit :

    De la Mort à l’Opaque, très beau poème, merci du partage, je suis aussi fascinée par Michaux.

  3. oulRa dit :

    Michaux. Pluriel, saignant, drôle et/ou profond…
    À lire, à relire et rerelire…
    ;-3)

  4. OulRa dit :

    Emportez-moi  

    Emportez-moi dans une caravelle,
    Dans une vieille et douce caravelle,
    Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,
    Et perdez-moi, au loin, au loin.
    Dans l’attelage d’un autre âge.
    Dans le velours trompeur de la neige.
    Dans l’haleine de quelques chiens réunis.
    Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
    Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
    Sur les tapis des paumes et leurs sourires,
    Dans les corridors des os longs, et des articulations.
    Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

    Henri Michaux

  5. Éclaircie dit :

    LE GRAND VIOLON

    Mon violon est un grand violon-girafe ;
    j’en joue à l’escalade,
    bondissant dans ses râles,
    au galop sur ses cordes sensibles et son ventre affamé aux désirs épais,
    que personne jamais ne satisfera,
    sur son grand cœur de bois enchagriné,
    que personne jamais ne comprendra.
    Mon violon-girafe, par nature a la plainte basse et importante, façon tunnel,
    l’air accablé et bondé de soi, comme l’ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs, mais avec, au bout, un air de tête et d’espoir quand même,
    d’envolée, de flèche, qui ne cèdera jamais.
    Rageur, m’engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards,
    j’en emporte comme par surprise
    tout à coup de tels accents de panique ou de bébé blessé, perçants, déchirants,
    que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui, inquiet, pris de remords, de désespoir,
    et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et nous sépare.

    Henri MICHAUX

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