De ce temps là

 

Les passoires fumaient à l’aplomb des siphons

Des murs les cadres tombaient

Plus un clou ne jouait le jeu

Mais rien n’effrayait davantage que ces limaces

faisant craquer à l’aube leurs vertèbres

Afin de les éviter les laitues lévitaient

Le vertige les prenait parfois à hauteur des toits

.

J’étais ce chien rêvant la nuit d’anciennes plaines

et qui mordait le jour éperdument sa chaîne

Fûtes-vous celle prisonnière d’un châssis

croquant une luciole à l’ombre des persils

 .

Et puis d’humeur le temps changea

provoquant portes et fenêtres en duel

Les champs de blé ondulèrent alors dans les armoires

où pendait sans faux plis le complet bleu du jour

Hormis là

partout il fit noir

Le tic-tac des pendules devint râle

On eu beau se frotter à leur remontoir

l’œil tendre d’un coucou en sautoir

l’intervalle des plaintes s’allongea peu

 .

Des murets les murènes sortaient

un chapeau de paille sur la tête

craignant la lune et l’eau par dessus tout

Sur le bord d’un cratère elles volaient au concert

que donnaient les marins las des marées et des mâts

Sensibles comme visqueuses le son des violoncelles

traçaient sur leurs joues ternes d’étroits chemins de sel

On croisait alentour d’étranges élégantes

au sourire d’hortensia

Le rêve figé

privés d’hiver

des enfants blêmes au loin

lançaient des boules de pluie

sur un bonhomme de vent

7 replies on “De ce temps là”

  1. Elisa Romain dit :

    Quelle belle imagination, quelle fraîcheur dans les regrets ! J’aime beaucoup !

  2. Air-pur dit :

    Tout est déréglé: on dirait que la mémoire déraille.

  3. Éclaircie dit :

    Un temps surréaliste, assez inquiétant, autour d’un enfant « enchainé », beaucoup d’images et un jeu sur les sonorités qui donnent un charme fou à ce poème, j’ai beaucoup, beaucoup aimé, merci !

  4. Orgue-rouge dit :

    Elisa Romain,
    « Quelle fraîcheur dans les regrets », c’est vraiment très joli.
    Je le range dans ma petite boîte à trouvailles.

    Air-pur,
    je pourrais dire à contrario que tout est bien réglé, que j’ai remis la mémoire sur ses rails

    Eclaircie,
    Les mots sont aussi des petits instruments que l’on accorde.

    Merci à vous .

  5. 4Z2A84 dit :

    Alors qu’ils empruntent des voies opposées le surréalisme et l’OULIPO se rejoignent assez souvent pour nous offrir des textes qui s’écartent résolument des sentiers battus. Ici j’ai le sentiment qu’il sagit davantage d’une écriture que l’on pourrait situer qu’elle le veuille ou non dans le sillage du surréalisme voire du dadaïsme que sous l’influence des travaux et exercices propres à l’ouvroir. Mais je puis me tromper. En fait, oui, je me trompe – car il s’agit d’un texte d’Orgue Rouge et lui seul en connaît ou est sensé en connaître tous les…prestiges ?

  6. 4Z2A84 dit :

    Ou…est censé…

  7. Orgue-rouge dit :

    4Z2A84,
    A ‘Exercices de style’ très oulipien de Quenau, je préfère et de loin ‘les fleurs bleues’.
    Cette écriture des contraintes m’est, je dois dire, plutôt étrangère.
    J’écoute, je crois, ma voix influencée plus sûrement par le surréalisme devenu ce grand fourre-tout.
    Tes points de vue sont toujours très intéressants.
    Merci.

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