L’aquarium dans l’espace

L’aquarium dans l’espace

Les torrents n’appartiennent qu’à ceux qui les ont sellés et qui les montent

Ils n’attendent pas la fonte des neiges pour s’offrir en spectacle

Sur des pentes où leurs crues se ruent comme les comètes vers le soleil aspirant

Ce n’est qu’entre les cuisses des vallées qu’ils se calment et distribuent

Leur fraîcheur aux animaux venus de très loin s’en nourrir avec humilité

Et les cavaliers dont ils ne subissent plus le poids durcissent et deviennent

Ces crêtes et ces pics entre lesquels l’herbe engraisse et se multiplie

Nous nous roulerons parmi les graminées comme autrefois dans les canyons engloutis et les fosses abyssales

Quand nous étions de splendides mammifères marins sensibles à l’écho de nos propres sons

Et que nous nous propulsions d’un continent à l’autre en quelques bonds formidables

Certes aujourd’hui nous ne craignons pas d’atteindre une étoile voisine

En un saut dont sophistiqué le tremplin assure l’élan

Quand l’aimant renonce à attirer vers nous une nébuleuse que son gaz abandonne

Au profit d’un parfum pour lequel la musique ne trouverait pas d’accords assez élogieux

Ni la peinture de bleus assez bleus pour exciter la jalousie de la mer et de l’azur

Et rendre à l’odorat son prestige parmi les sens

Certes nos navires traversent le cosmos comme les gamins un terrain vague sur lequel rien d’inquiétant ne subsiste

Mais il nous arrive souvent même ou surtout quand nos pensées flottent

De regretter cette ère nous n’y étions pourtant avouons-le que des têtards à grosse tête avec une queue

Les poissons scie et marteau ces bricoleurs engagés dans des combats fratricides

Pour les beaux yeux de la pieuvre à huit bras munis de ventouses nous fascinaient

Comme en cet instant précis la réaction nucléaire engendrée par la supergéante que nous croisons ou sa sœur

Ces étoiles se ressemblent toutes – toutes

Ont les yeux verts et les cils trop longs pour espérer échapper à leur ombre

Si nous nous laissons entraîner dans les gouffres où elles explosent

Par caprice

Par ennui ou pour tuer le temps

Entre des falaises minées par la petite vérole progressent les rivières industrieuses

Avec quel plaisir nous y lancerions nos radeaux malgré le risque de les voir se fracasser

Ou se retourner comme des dauphins en quête d’applaudissements

Si nous n’étions pas montés si haut

Si haut qu’en vérité nul télescope aussi puissant soit-il ne parvient plus à nous localiser

Sans nos rêves nous serions à court de vivres

Sans nos illusions le carburant nous manquerait pour foncer vers cette fleur excentrique appelée nova

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3 replies on “L’aquarium dans l’espace”

  1. Éclaircie dit :

    Il convient de lire plusieurs fois, pour entreprendre le voyage de cette humanité, dans ses aspirations, ses regrets, sa sensualité et ses rêves. Un poème fleuve intersidéral.

  2. Éclaircie dit :

    A l’abri dans cet aquarium, je repasse visiter l’espace et le temps.

  3. Elisa Romain dit :

    Heureusement, nous conservons le souvenir, même vague, même flou. Et nos illusions, et nos rêves à la tête des couleurs qui demeurent sous la pluie.

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