Les hurlements de la Bête-suite- MJM

La lumière du jour m’aveugla. J’avais dormi bien plus que je ne l’aurais dû. Une soudaine douleur à la poitrine me réveilla complètement. Je baissai les yeux et constatai qu’une profonde blessure allait de mon cou à mon nombril.
Puis tout s’enchaina.
Je me levai d’un bond et allai dans la salle de bains.
Mon visage était sale et mes cheveux en désordre.
Ainsi, cela s’était produit une troisième fois.

Plus question de mettre cela sur le dos d’un mauvais rêve succédant à une soirée trop arrosée.

Les deux premières blessures, de grosses bosses, pouvaient encore s’expliquer par de mauvaises chutes.
Mais pas cette cicatrice béante, d’où le sang avait séché mais qui montrait des débuts d’inflammation sur ses lèvres.

Je pris dans ma pharmacie de quoi nettoyer ma blessure. La douleur s’accrût encore à la limite du supportable. Je serrai les dents. Je finis bientôt de nettoyer et appliquai un baume cicatrisant. Tout en priant que la blessure ne s’envenimât point.

Un peu déboussolé, je m’assis dans mon fauteuil et commençai à réfléchir.
Ces rêves avaient commencé il y a quelques semaines, après mon retour d’un field-trip avec quelques amis paléontologistes amateurs, comme moi.

La grotte que nous avions visitée, dans le sud de la France, était depuis longtemps connue. Cependant nous avions décidé d’y aller faire un tour, car on la disait fort intéressante.

Alors que nous creusions, d’assez bonne humeur à l’idée de ne pas rentrer bredouilles, je me sentis comme gêné dans ma respiration. Le coin dont je m’occupais était assez éloigné des ceux de mes compagnons.
L’atmosphère y était pesante, et je recourrai souvent à ma gourde. Il flottait dans l’air comme une sorte de poussière argentée qui ne tombait pas, mais se contentait de virevolter avec les courants d’air que mes gestes généraient. C’est alors que je perdis connaissance et fis un rêve étrange dans un passé très lointain.
Je me réveillai dans une ambulance de pompier avec une bosse sur le haut du crâne.
Un de mes amis expliquait aux secouristes que j’avais dû me cogner fortement la tête en me relevant, car le coin que j’inspectais était assez peu éclairé.

S’il avait su le contenu de mon rêve! J’en souris tout en acceptant l’explication. Que pouvait-il s’agir d’autre, d’ailleurs?

Quelques jours de repos et je fus à nouveau sur pieds. J’oubliai bien vite cet incident. Jusqu’au deuxième rêve.
Là encore, tout pouvait s’expliquer naturellement.
C’était il y avait 10 jours.

Ce troisième incident n’avait plus rien de drôle.
Je décidai de tirer tout cela au clair.
C’était samedi matin, je téléphonai en vitesse à une agence de voyages proche et m’enquis d’un vol aller-retour pour le sud de la France.

Arrivé sur place, je louai une voiture. Je me rendis au village le plus proche de la grotte et réservai une chambre pour la nuit. Puis, équipé pour la marche et les fouilles, je me rendis à nouveau sur place.

La grotte était toujours aussi peu éclairée que dans mes souvenirs. J’avais du mal à me pencher à cause de ma récente blessure, mais je fouillai néanmoins à la recherche de quelque chose. Je ne savais pas quoi, d’ailleurs. Des heures passèrent ainsi, errant à la recherche d’un indice, n’importe quoi.
Puis je me souvins de la poussière.
Dans le coin où je m’étais évanoui quelques semaines plus tôt, la poussière brillante flottait toujours. Mettant mon mouchoir devant la bouche, je m’avançai prudemment. je déployai un sac plastique et entrepris de faire rentrer autant de poussière que je le pouvais en agitant la main.

Satisfait de ma récolte, je sortis de la grotte et pris la route de la ville la plus proche. Dans un magasin de jouets, j’achetai une boîte de jeux contenant un microscope. J’achetai, dans un magasin de bricolage, quelques masques anti-poussières. Je repris ensuite la direction du village et rentrai à l’hôtel.
Après une bonne douche, je dînai frugalement et remontai dans ma chambre.
J’entrepris alors, installé sur le bureau, de regarder le contenu du sac plastique. La poussière y était assez dense.
Je mis un masque et tentai de coincer quelques particules de poussière entre les plaques du microscope. Pensant en avoir recueilli suffisamment, je les posai sous l’objectif et entrepris mon observation.

Je ne savais pas exactement ce que je cherchais.
Je n’eus d’ailleurs pas le temps de me poser plus longtemps de questions. Ma tête se mis à tourner et je sombrai à nouveau dans l’inconscience.

Lorsque j’ouvris les yeux, je vis le visage de mon père penché sur moi.
Il avait l’air interloqué.
« Tu as eu beaucoup de chance, hier soir, mon fils! Tu n’étais pas du goût de la Bête. Mais tu as passé ton épreuve. »

MJM, avec son aimable autorisation.

2 replies on “Les hurlements de la Bête-suite- MJM”

  1. Elisa-R dit :

    Fantastique ! Eclaircie a eu (encore une fois) une bonne idée en vous invitant ici.

  2. Éclaircie dit :

    Où l’on retrouve l’écriture soignée de cette fantastique histoire.

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