L’automobiliste dans le labyrinthe

L’automobiliste dans le labyrinthe

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Il roulait sur la nationale engourdie

Sans  précaution particulière, dans le silence

Les platanes formaient une cathédrale

Dont le chœur sans cesse s’enfuyait

Au bal des heures fantomatiques

La nuit puissante battait son plein

Il lui semblait que des lumières grelottaient

Qu’elles lui offraient des formes aguichantes

Au loin la ligne droite s’estompait, sournoise

Il suffisait de ne pas tourner le volant

Pour savoir enfin si les bas-côtés de la route

Feraient des passeports douillets pour l’éternité

Il hésita, mais sa main semblait indépendante

Il voulut s’arrêter, ses pieds ne lui appartenaient plus

Il crut entendre un fracas métallique

Le train entrait en gare

On trouve

Dans mon cerveau en hibernation

Une pendule fidèle qui scande les secondes

Sans cependant réveiller l’objet

Un feu perpétuel pour qu’il ne gèle pas

Un œil toujours ouvert sur les faits et gestes de la lune

Impatiente de reprendre la conversation

Mais qui pourrait se révéler infidèle

Quelques araignées qui adorent le silence

Et l’absence de mouvements brusques

Dommageables pour leurs toiles

Un réseau de fils enchevêtrés jetés là par hasard

Ou par le vent en fin de course essoufflé par l’effort

Tout un orchestre sans instrument de musique

Ainsi qu’un plan illisible pour sortir d’un labyrinthe

De couleurs criardes et hostiles

Dont on cherche encore l’architecte

Et la sortie

Derrière les volets clos d’une mine à l’air jovial
Se dandinent un hamster et une étrange écrevisse
La maison n’a ni cuisine ni salon ni aucun mur
On y entre en grimpant aux arbres
Les matins où la lune œil de cyclope
Cherche en vain la fenêtre de la chambre
Pour nous souffler les songes qui donnent aux jours
Cette impression de rêve éveillé

J’erre en une ville

Qui ne fut jamais bâtie

Et de ce fait ne dressa jamais ses minarets

Face à la mer évaporée

Dont je retroussais les vagues

Une à une sans scrupules

Toutes s’anéantissant

Et moi qui suis moins qu’une ombre

Je disparaissais avec elles

Comme j’étais venu

Aussi nu

Qu’un ver

Quand ce ver ignoré de tous fut aboli

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Ce poème a été composé par

Elisa-R, Eclaircie, Héliomel et votre serviteur

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Les couleurs sont « bio »

On doit aux sphères la musique

6 replies on “L’automobiliste dans le labyrinthe”

  1. 4Z2A84 dit :

    Stupéfiante course à la mort.

  2. Éclaircie dit :

    Étonnant en effet, je l’attendais impatiente, et vient le frisson de ces murs qui n’en sont pas et de ces parcours fantômes.
    Merci vous tous, toujours.

  3. Elisa Romain dit :

    Ces rencontres du vendredi me sont indispensables !

    Eclaircie, comme souvent, a raison : « merci à vous tous, toujours ».

  4. Éclaircie dit :

    J’y reviens au clair de « l’oeil cyclope » ; levée avant mes rêves pour nous reconnaître ce pouvoir de tout imaginer avant de rentrer dans nos réalités. Et cette qualité de savoir l’exprimer dans des registres qui s’interpellent et se répondent en écho.

  5. Heliomel dit :

    c’est vrai que le vendredi soir, il nous vient des impatiences… voir ces histoires s’imbriquer, se fondre ou marcher parallèles, quoi de plus précieux?

  6. Elisa Romain dit :

    Tout le reste est plus précieux mais, le vendredi, c’est ça qui est plus précieux que tout. Le vendredi, partagé avec vous, me maintient en écriture et me tient chaud tout au long de la semaine. Les échos deviennent Kaléïdoscope…Ne me laissez pas la parole sinon je vais vous dire que je vous aime !

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