Sommets

Derrière la porte du grenier

Se trouvait un poème

 A demi caché replié sur lui-même

 Mais je le reconnus

Je l’avais abandonné inachevé dix ans plus tôt

 Pour me consacrer à l’étude du néant

Allons lui dis-je où en sommes-nous

 Te faut-il une rime une mesure Non

Pourquoi es-tu resté là à m’attendre

Quoique déplumées tes ailes ne manquent pas de force

 Elles t’auraient porté ailleurs

Il se taisait

Je le relus plusieurs fois

Peut-être avions-nous lui et moi – lui ou moi –

Définitivement perdu

…la foi.

Le ciel s’est posé sur le faîte du toit

 Comme un œil au sommet d’un crâne

 Fermé on croit que la maison dort

Pourtant tous les murs transpirent

Et se dessine sur les cloisons

 L’histoire de cette bâtisse

 Qui voulait être ronde comme le bocal du poisson

 Où la sirène fiévreuse viendrait se rafraîchir

 Attendant que ses cheveux lissent ses écailles

Et que l’océan tapi sous un bureau de bois clair

Libère le marin de son ancre pesante et amoureuse

L’œil s’entrouvre alors et seul l’iris

A ces reflets du feu vivant dans les cristaux enfouis

Sous les fondations des villes surgies comme flèches

 Ou flammèches embrasées puis figées par le gel

 De nouvelles pages se dessinaient

 Tout en haut des collines et au fond des prunelles

 Un buisson de couleurs embrasé par le soir

Un clocher accueillant en écharpe de maisons

Une route inconnue traversée de zébrures

Les animaux de l’hiver se posèrent sur la tranche

 Du beau livre enluminé

 Que des mains invisibles ouvriraient devant l’âtre

Le bar était tout vert

 J’ai repris du pollen sur le zinc, la télé affirmait que le fils de ma concierge refusait de devenir président, il préférait l’hydraule à l’harmonica et puis les seins de Vénus étaient si doux…

 Coincé entre un gratteur d’illusions et un humeur de havane, je n’ai pas vu arriver Mardisky. S’appuyant sur Décembrepardi, il jouait les impotents.

On a bu jusqu’au dernier centime. Après le verre ultime, une impérieuse nécessité m’a porté vers les toilettes, la porte franchie, je me suis aperçu qu’elles donnaient sur une dune ardente et les pieds me brûlaient tant que j’ai plongé vers d’autres cieux anisés et d’autres bars fiévreux où des millions de bicyclettes chantaient sous la pluie.

Ont participé, dans un ordre un tantinet bousculé par la neige : Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

5 replies on “Sommets”

  1. Éclaircie dit :

    La foi ? la foi ? elle ne décolle pas des sommets; les murs doivent bien de tenir à moins que ce soit les auteurs ou les animaux qui les inspirent, mais roulons, roulons plus loin sous la pluie…

  2. 4Z2A84 dit :

    Quatre sensibilités s’affrontent-elles dans ce cadre qui les réunit pour le meilleur et le plaisir du lecteur soucieux de bondir d’un poème à l’autre comme le kangourou d’éolienne en éolienne ? Non, nul différend ne les oppose. Le poème oublié au grenier tombe sous l’oeil fixé au sommet d’un crâne, puis tous les deux s’égarent sur une route inconnue traversée de zébrures avant de faire une courte halte dans ces toilettes qui donnent sur une dune ardente. D’éolienne en éolienne…Que dis-je ? C’est de sommet en sommet, comme l’indique le titre, que sautent les plombs.

  3. Éclaircie dit :

    Les murs doivent bien SE tenir-Pourtant j’avais relu, le vertige sans doute, celui de ces sommets où se plaisent le grenier, l’œil et la bicyclette dans la rue inconnue mais non sans clocher pour trouver les toilettes, sorties du néant, tombées dans un jour ou l’autre, cependant toujours ardentes comme les dunes, les lunes et les poèmes qui veulent rester silencieux mais que les mains invisibles savent trouver dans tous les flacons.

  4. Elisa-R dit :

    C’est une belle expérience d’écriture. En effet, rien ne s’oppose puisque de semaine en semaines, nos esprits nous faussent compagnie pour se concerter en notre absence…Et là, je pense forcément au « Voyage » d’Eclaircie.

    Bravo à tous.

  5. Heliomel dit :

    Le contraire d’un mail où l’on se promène tous les dimanches, là, on change de paysage à chaque fois, un vrai bonheur!

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