Femme dans la Nuit, par André Breton

Un poème en prose d’André Breton (1896-1966).

.

« Femme dans la nuit.

.

A dix heures du soir toutes les femmes en une courent au rendez-vous en rase campagne, sur mer, dans les villes. C’est elle qui fait la vole des cartons de la fête et des tamis de rosée dans les bois. Par-dessus les toits la reine des cormorans, le point de guêpe au niveau du sablier, fait tinter de son bec le sac des présages fermé giclant entre les promesses. «  Mir Bernat, dit Sifre adossé au rempart de Carcassonne, d’une dame j’ai la moitié, mais je n’ai pas bien pu décider s’il me vaut mieux le bas ou le haut. » Rien ne résonne encore plus loin dans les folies, les gares, les hôtels. Une vie protoplasmique profuse se taille dans la Voie lactée, à hauteur de soupir, une amande qui germe. Du ciel de la journée reste un nid d’accenteur. »

André Breton « Constellations » Sur des planches du peintre Miro. 1958.

3 replies on “Femme dans la Nuit, par André Breton”

  1. 4Z2A84 dit :

    (…) » Le poème pour la première fois n’écarte plus et ne cherche plus à écarter l’obsession de tout ce qu’il n’a pas choisi d’être : il se fonde en elle, il s’y replonge et s’y dissout, il perd son opacité construite et détachée d’objet poétique, et se réduit à la conjonction d’un élément, qui baigne universellement les consciences, et d’un regard, qui tire à volonté l’arc-en-ciel de son rideau de pluie et l’y replonge, et pour lequel le poète n’a plus d’oeil privilégié. Le poème redevient soluble dans la poésie, son orient fragile et changeant nous parle sans cesse d’une eau mère, d’un plasma poétique dont la pulsation l’irrigue et auquel continue de l’unir une vivante consanguinité. »(….)
    Julien Gracq « Préface à « Poisson Soluble » d’André Breton.

  2. Éclaircie dit :

    Ce que lire du surréalisme m’apporte et m’évoque : un plongeon, une danse où l’esprit doit en apesanteur explorer l’inconnu, celui de l’auteur et le sien propre. Ainsi dans le texte de Breton comme dans l’extrait de la préface de Gracq, autant on lit autant on s’attache à un mot, une phrase qui ouvre toujours de nouveaux horizons.

  3. 4Z2A84 dit :

    Comme toi, Eclaircie, j’éprouve cette sensation de plonger…en haut ? en bas ? je l’ignore, lorsque l’écriture surréaliste ou assimilée rejoint le murmure ininterrompu que l’esprit enregistre ou délivre en rêve. Il s’agit bien, et je ne fais que répéter tes mots, d’une exploration de l’inconnu qui est en nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.