Marguerite ma vache

Marguerite ma vache

Le clocher de l’église sonne
Il est en avance
De quelques secondes
La jolie vache rouquine
S’en fiche
Marguerite a un fil à  la patte
Marguerite a le béguin
Pour la petite aiguille
De l’horloge de l’église
Elle lui fait tourner la tête
Et parfois son lait
Mais la rouquine s’en tape
De son lait
Du fermier
De son veau
Du taureau du voisin
Qui la mate à la terrasse du café
En buvant une vodka orange
La rouquine est une rêveuse
Et sur le parvis de l’église
Parfois elle tend son oreille
Pour écouter le tic tac de son aiguille chérie
C’est cloche qu’elle soit si haut
Là-haut dans ce clocher
C’est moche d’empêcher
Les amants de vivre leur passion
Pense Marguerite en mâchonnant
Son pissenlit par la racine
Et quand tous les jours
Elle voit s’accoupler petite et grande aiguille
L’instant d’une seconde
Elle souffre la rouquine
Elle souffre
Et tous les malheurs bovins
Tombent sur ses épaules
Elle rêve d’électronique
De pendule à quartz
De réveil à cristaux liquide
De clocher silencieux
De mosquée
De synagogue
D’athéisme
Pour ne plus soupirer devant sa petite aiguille

Mais voilà le fermier
Adieu aiguille
Envolés doux rêves
Il va falloir se laisser caresser
Avec brutalité
Par cet obsédé
Qui lui tire sur les pis!
 

Tequila

5 réponses sur “Marguerite ma vache”

  1. 4Z2A84 dit :

    Les poèmes de Tequila mêlent le réalisme à la fantaisie la plus débridée. Ils sont visuels, quasi cinématographiques; c’est sans doute pourquoi ils me font penser à Charlie Chaplin, à Buster Keaton, mais aussi à Tex Avery. Ils sont bâtis comme des scénarios, des drames, avec une prédilection pour l’humour noir. Une autre de leurs caractéristiques : la vitesse. Tout paraît s’y dérouler en accéléré comme justement les premiers « Charlots ». On peut en rire…mais d’un rire jaune, car leur réalisme confine souvent au désespoir. Enfin l’imagination s’y donnant libre cours, on ne s’ennuie jamais en les lisant, on regrette même qu’ils ne soient pas plus longs. Cette vache amoureuse de la petite aiguille de l’horloge de l’église ne s’oublie pas !

  2. Heliomel dit :

    Tant pis, que dire après AZ?

  3. Éclaircie dit :

    Oui, Héliomel, pas simple, en effet, alors dire que Marguerite est fascinante ici, on aurait ragé qu’elle ne figure pas ici, avec ses aiguilles et son fernier. L’heure en est encore toute retournée.

  4. Air-pur dit :

    Je comprends mieux maintenant pourquoi elles regardent passer les trains: c’est pour avoir l’heure quand elles sont loin du village. Et si le lait n’est pas bon, c’est qu’il y a encore du retard dans l’air…

  5. Elisa-R dit :

    Ah ! Marguerite ! Depuis que tu nous l’a présentée, elle figure en tête de mes images de lecture. Elle devrait être la mascotte de Poésie Fertile.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.