Un poème de Victor Hugo

– Va-t’en, me dit la bise,
C’est mon tour de chanter. –
Et tremblante, surprise,
N’osant pas résister,

Fort décontenancée
Devant un Quos ego,
Ma chanson est chassée
Par cette Virago.

Pluie. On me congédie
Partout, sur tous les tons.
Fin de la comédie.
Hirondelles, partons.

Grêle et vent. La ramée
Tord ses bras rabougris ;
Là-bas fuit la fumée
Blanche sur le ciel gris.

Une pâle dorure
Jaunit les coteaux froids.
Le trou de ma serrure
Me souffle sur les doigts.

3  octobre 1865

Victor Hugo (« Nivôse » dans « Les Chansons des Rues et des Bois »)

2 replies on “Un poème de Victor Hugo”

  1. 4Z2A84 dit :

    « Quos ego » : « Je vous… », formule célèbre, exprimant la colère retenue, que Neptune prononce au chant I de l' »Enéide », quand il découvre que les vents ont provoqué une tempête sans son ordre.

  2. Éclaircie dit :

    Merci du partage. Et de la petite note explicative. Les derniers vers m’évoquent ces serrures anciennes avec de grandes clés pour les ouvrir. Les vers rimés donnent un indéniable cachet à un poème, une musique encore plus mélodieuse lorsque tous les mots coulent en harmonie. Mais, c’est Victor Hugo !

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